00:01Bonjour Michael Petitjean, chef économiste de Waterloo Asset Management, vous êtes également professeur à l'université de Louvain.
00:08Nous sommes dans une semaine très intense en termes d'annonce de banque centrale.
00:13Pour rappel, la semaine dernière, il y a eu la BCE, demain nous aurons la Fed, et puis cette nuit,
00:18c'est la Banque du Japon qui a relevé ses taux.
00:2125 points de base, alors c'était très attendu, vous avez une banque centrale du Japon qui aujourd'hui essaye,
00:27en plus de maintenir les pressions inflationnistes, de maintenir sa devise, le Yen qui est bien sûr sous pression.
00:33Alors bon, le marché action n'a pas bronché, loin de là, le Nikkei a battu encore une fois un
00:38nouveau record cette nuit, au-delà des 70 000 points.
00:40Petite réaction sur le marché obligataire, comment vous regardez ce qui se passe du côté du Japon, sachant que le
00:46carry trade, c'est quelque chose de très important pour le marché ?
00:51Oui, effectivement, la situation du Japon nous a fort intéressés depuis maintenant deux mois.
00:57On avait eu l'occasion d'en parler la dernière fois, je pense qu'on s'était retrouvés sur l
01:02'antenne.
01:03Avec la Corée du Sud, c'était les deux pays que l'on avait en ligne de mire, dans le
01:07cas où la situation venait à se normaliser.
01:12Effectivement, les indices boursiers des deux côtés ont fortement rebondi.
01:18Alors du côté du Japon, si vous voulez, on est plutôt positif parce que le Japon est en train de
01:24se normaliser.
01:25La situation, que ce soit sur le plan de l'inflation ou de la croissance, on retrouve une situation qui
01:31est assez proche de la situation qu'on avait connue en Europe pendant les années, on va dire 2010.
01:38Une croissance qui revient puisqu'on s'attend sur base annualisée à une croissance de 2,1 %, et une
01:45inflation quand même malgré tout qui reste sous contrôle.
01:48Il faut savoir qu'au Japon, il y a une tendance de la part des entreprises à plutôt digérer la
01:55hausse des prix au travers de leurs marges.
01:58Donc, les entreprises japonaises ont tendance à renier davantage sur leurs marges qu'à l'étranger, si bien que les
02:05répercussions sur le pouvoir d'achat des Japonais sont moins importantes,
02:10sachant par ailleurs d'ailleurs que les salaires pour la troisième année consécutive au Japon ont progressé de 5 %.
02:19Donc, il y a des négociations salariales qui sont menées chaque année, et ça fait la troisième année consécutive que
02:26les salaires augmentent de 5 %,
02:28ce qui compense en fait le choc inflationniste et qui permet effectivement d'avoir une forme de dynamique au sein
02:34de l'économie japonaise qu'on n'avait pas connue depuis très longtemps.
02:38Et les salaires réels ont même augmenté au mois d'avril.
02:41Donc, la hausse de 25 points de base au Japon s'explique, on ne peut pas le nier, par une
02:48forme d'inflation importée qui dégrade les termes de l'échange,
02:52c'est-à-dire que les importations, le coût des importations augmente davantage finalement que l'impact positif que ça
02:57peut avoir sur les exportations.
02:59Donc là, il y a un impact qui est non négligeable, mais néanmoins, il y a une forme de dynamisme
03:05au sein de l'économie japonaise
03:08qui conduit à la Banque du Japon de manière tout à fait logique, j'allais dire, contrairement à la zone
03:14euro.
03:14On aura peut-être l'occasion de revenir là-dessus, mais contrairement à la zone euro,
03:18la hausse de 25 points de base est de nos points de vue tout à fait légitime.
03:22C'est une semaine importante pour les banques centrales avec le Royaume-Uni,
03:25la Banque du Royaume-Uni qui va prendre la parole, la Banque Nationale Suisse, Norvège, Suède, Russie et puis surtout
03:30la Fed.
03:31Réunion aujourd'hui et demain.
03:33Kevin Ward va tenir sa première conférence de presse demain soir.
03:38Contrairement à la Banque du Japon et à la BCE, il ne faut pas attendre de décisions monétaires pour la
03:43Fed,
03:44pour la Banque Centrale Américaine.
03:45Néanmoins, peut-être des indices, des messages peut-être sur la politique à mener pour 2026,
03:52sachant que pour l'instant, Kevin Ward n'a pas dit grand-chose sur comment il comptait mener sa barque.
03:58Oui, on aura sans doute encore une preuve de fort désaccord au sein du comité.
04:05Rappelez-vous que la dernière fois, je pense qu'on n'avait jamais observé un tel niveau de désaccord depuis
04:10les années 90.
04:11Ça risque de se confirmer lors de la prochaine réunion.
04:15Mais vous savez, je pense que le marché est tout à fait capable de digérer certainement une hausse de taux
04:23de 25 points de base.
04:25Et de nos points de vue, ce ne serait pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
04:28Il ne faut pas qu'elle intervienne trop tôt, on est bien d'accord.
04:30Mais si elle devait intervenir même dans le dernier trimestre de cette année,
04:36ce ne serait certainement pas une mauvaise nouvelle de notre point de vue,
04:38parce qu'il faudrait éviter à tout prix ce qu'on appelle un run-up,
04:42c'est-à-dire une hausse trop forte des cours qui pourrait provoquer de la volatilité inutile.
04:50Et une hausse de 25 points de base, c'est digérable.
04:53Vous savez que les taux ici, finalement, n'ont pas beaucoup bougé.
04:55On a baissé, on va dire, de peut-être 15 points de base sur le 10 ans suite à cet
05:01accord, entre guillemets.
05:02J'aimais bien les guillemets, parce que c'est un mémorandum qui n'a aucun poids légal, en fait.
05:08Donc, il faut rester quand même vigilant sur ce qui risque d'arriver dans les mois qui viennent avec l
05:14'Iran.
05:14C'est la raison pour laquelle je pense que la décision de ne pas bouger les taux d'ici la
05:21fin août,
05:21pour moi, serait une bonne décision.
05:24Encore une fois, une hausse des taux serait tout à fait logique,
05:27étant donné la très bonne performance des entreprises américaines.
05:30Il faudra bien sûr suivre ce qui se passe également du côté des banques centrales,
05:35notamment cet été, puisque comme chaque année, on a le symposium de Jackson Hole,
05:41qui se tient, où là, on aura peut-être également d'autres éléments,
05:44avec un peu plus de recul par rapport à la situation en Iran.
05:47En attendant, tout va bien du côté de Wall Street.
05:49Hier soir, le Nasdaq a gagné 3%.
05:51C'était sa meilleure séance depuis fin mars.
05:53SpaceX, qui a gagné 20% vendredi, a encore gagné 20% hier.
05:58Bref, c'est encore la tech qui tire la cote, Mickaël Petitjean.
06:01On se posait la question juste avant vous, avec Laurent Chauder,
06:03je disais, on voit maintenant que la guerre est peut-être finie avec les États-Unis et l'Iran.
06:08C'est peut-être le moment de revenir sur les valeurs cycliques, les valeurs défensives.
06:12Visiblement, non.
06:12Hier, le marché avait encore envie de jouer les leaders de l'intelligence artificielle.
06:17Oui, et c'est la raison pour laquelle nous n'allons pas fondamentalement changer notre politique d'investissement.
06:24Elle est restée, j'allais dire, très alignée depuis maintenant plusieurs mois.
06:30Et c'est très important de ne pas rater un train qui est en marche.
06:37Et vous savez, c'est vrai qu'on peut suivre une politique davantage de diversification internationale.
06:44On a été particulièrement positif sur les États-Unis, pour des raisons qui sont tout à fait logiques,
06:50puisqu'il faut quand même garder en tête que toutes les perspectives de croissance des bénéfices trimestriels
06:55sur les trois prochains trimestres sont au-delà de 20% lorsqu'on tient compte des gains exceptionnels,
07:01lorsqu'on les corrige.
07:0320%, c'est bien au-dessus des moyennes historiques qui sont aux alentours, on va dire, de 9-10%
07:10en fonction du point de repère.
07:13Donc, on est dans un marché qui crée beaucoup de richesses, de bénéfices.
07:17Et donc, les États-Unis restent un secteur, un marché très intéressant.
07:22Les pays ont même eu tendance, les rapports courts-bénéfices ont même eu tendance à baisser sur les dix derniers
07:27jours.
07:28Donc, on reste, nous, positifs sur les États-Unis.
07:31C'est vrai qu'on peut davantage diversifier.
07:35Néanmoins, vous savez, j'ai parlé de la Corée du Sud et du Japon, on parle souvent des pays émergents.
07:39Il faut quand même se rendre compte que ces deux pays-là représentent plus de 50% du poids des
07:46indices des pays émergents hors Chine.
07:48Nous, on n'est pas positifs sur la Chine, on n'est pas surpondérés sur la Chine, plutôt négatifs.
07:53Et donc, quand on veut investir dans les pays émergents, en fait, on investit essentiellement en Corée du Sud et
08:01à Taïwan et principalement trois entreprises qui bougent le marché.
08:07Donc, oui, les États-Unis incontournables avec une politique de diversification plus prononcée de notre point de vue sur l
08:14'Asie que sur l'Europe.
08:15Le Nasdaq 100 a gagné 34% en ligne droite depuis fin mars.
08:19Qu'est-ce qui va faire qu'à un moment où vous dites, bon, allez, là, c'est bon, il
08:22faut réduire ?
08:22Parce que là, j'entends le message, il ne faut pas louper le train, il faut accompagner le mouvement.
08:26Mais cet indice ne va pas gagner 30% tous les deux mois.
08:29Au bout d'un moment, il y aura forcément un élément qui va faire que la tendance ne va peut
08:34-être pas être cassée, mais en tout cas, se stabiliser, voire même assister à quelques prises de profit.
08:40Oui, il faudra bien suivre l'évolution des perspectives de bénéfices.
08:47C'est vrai qu'on pourrait aller vers des déceptions.
08:49On est très haut, en fait, effectivement, dans les attentes de croissance de bénéfices.
08:54J'avais encore regardé un chiffre récemment.
08:56On était au plus haut depuis 1985 au niveau des perspectives.
08:59On est à 28%.
09:00Alors, c'est des perspectives qui sont calculées bottom-up, c'est-à-dire qui sont calculées à partir des
09:05price targets, des analyses financières.
09:09Donc, entreprise par entreprise, qui sont généralement bien au-dessus de ce qu'on obtient.
09:13Mais l'écart, justement, qu'on observe sur base historique par rapport à ce qu'on observe maintenant est particulièrement
09:19élevé.
09:20Donc, le marché, effectivement, est optimiste.
09:22Maintenant, il faut reconnaître que sur les derniers mois, voire la dernière année, on a eu des belles surprises.
09:29Et on a révisé systématiquement à la baisse les perspectives de croissance des bénéfices sur les trois derniers trimestres, sauf
09:38sur le premier trimestre 2026, où là, on a eu une révision à la hausse.
09:42C'est relativement rare, mais ça a été le cas.
09:45Donc, il ne faudrait pas non plus qu'on soit trop optimiste à l'égard des introductions en bourse.
09:53C'est clair que si on parle de SpaceX, de mon point de vue, il y a une bulle.
09:56Ça, on n'a pas des PE qui dépassent 100 sans qu'il y ait une bulle.
10:00Mais de là à vouloir généraliser à l'ensemble du marché, là, il y a un pas que nous ne
10:04franchirons pas.
10:05SpaceX qui est devenu hier la sixième capitalisation mondiale de vente et SMC notamment, avec 2500 milliards de capitalisation boursière.
10:15Merci beaucoup, Mickaël Petitjean, de nous avoir accompagné ce matin, chef économiste de Waterloo Asset Management et professeur à l
10:21'Université de Louvain.
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