00:01Le focus du jour, c'est avec Raphaël Thuin, directeur des stratégies de marché de capitaux chez Tikeo Capital,
00:06qui est resté avec nous. Rebonjour Raphaël, merci d'être avec nous.
00:10On va commencer peut-être rapidement quand même par la grande actualité que le marché attendait depuis plusieurs jours,
00:17voire plusieurs semaines, c'est la publication des résultats de Nvidia.
00:20On a un peu l'habitude, on a des attentes qui sont exponentielles.
00:23Nvidia dépasse les attentes, les investisseurs ne savent pas trop comment se positionner.
00:29On a vu le titre reculer légèrement dans les échanges post-bourse.
00:33Mais on parle quand même de plus 85% par rapport au même trimestre il y a un an,
00:39de chiffre d'affaires, plus 211% de bénéfices par rapport au premier trimestre il y a un an.
00:44Comment est-ce que vous, vous analysez cette publication de Nvidia
00:49et son impact sur la thématique intelligence artificielle
00:53qui semble donner le la en bourse depuis le début du conflit en Iran ?
00:57Vous avez raison de donner quelques chiffres parce qu'on a tendance parfois à oublier la réalité de ces résultats.
01:02C'est extraordinaire et Nvidia, c'est un ovni finalement dans l'histoire des marchés
01:07avec non seulement des chiffres d'affaires, de profitabilité qui sont exceptionnels,
01:12mais malgré ces chiffres, une croissance qui reste exceptionnelle aussi.
01:15Plus de 80% de croissance quand on a déjà les chiffres d'affaires si élevés, c'est absolument incroyable.
01:20Et globalement, Nvidia a réussi une nouvelle fois à satisfaire les attentes, voire même à les dépasser.
01:26On confirme cette intuition qu'autour de la dépense d'investissement et de cette thématique d'IA,
01:32on est sur une accélération.
01:35Oui, encore aujourd'hui, c'est ça qui est impressionnant.
01:38Absolument, avec des relais de croissance, on entend même Jensen Wang commencer à nous parler
01:42de l'IA robotique et physique, d'avoir un nouveau relais de croissance devant nous.
01:48Et effectivement, on est absolument estomaqué de cette capacité, malgré la taille de l'entreprise,
01:53de continuer à générer de profit et à croître à de tels niveaux.
01:58Donc ça, c'est déjà une première satisfaction.
02:00Alors effectivement, l'action n'a pas beaucoup réagi après marché.
02:04On parle d'une légère baisse, je crois, de 1%.
02:07Ce qui est vrai dans le cas de Nvidia, et c'est le cas à chaque fois,
02:10c'est que finalement, à travers la publication de résultats des grandes entreprises de la tech
02:14qui sont ses clientes, on va parler en particulier des grosses techs GAFAM,
02:18on avait déjà une très forte vue sur les résultats d'Nvidia.
02:22Et peut-être que finalement, le rebond de la valeur, plus de 30% en quelques semaines,
02:27était en partie, reflétait déjà en partie.
02:29Ça anticipait, d'accord.
02:30Oui, c'est ça.
02:31En fait, le marché avait déjà intégré que les résultats seraient bons,
02:35puisqu'il l'avait vu au travers des résultats des hyperscalers.
02:37Exactement.
02:38Et c'est d'ailleurs quelque chose qu'on avait constaté plusieurs fois dans l'histoire avec Nvidia
02:42lors des publications de résultats.
02:43Beaucoup de ces chiffres-là étaient déjà intégrés.
02:46Mais c'était très important d'écouter un petit peu le message de Jenson Wang, son PDG,
02:51et de constater que dans les chiffres comme dans le message,
02:55il n'y a pas de décélération, il n'y a pas de stabilisation.
02:58On est toujours sur une thématique d'accélération qui est très forte.
03:00Et là-dessus, un mot quand même, puisque c'était ce qu'on a vu aussi sur les hyperscalers,
03:05et il y avait le même constat qui était de dire,
03:07même à des niveaux de chiffre d'affaires et des niveaux de valorisation pareils,
03:10on arrive encore à surprendre et on arrive encore à afficher une croissance quand même assez impressionnante.
03:16La question, c'est jusqu'où ?
03:18Et en fait, on se la pose tous les trimestres,
03:20et finalement, pour l'instant, ça continue à progresser, en tout cas en termes de chiffre d'affaires.
03:25On parle de chiffre d'affaires des entreprises.
03:26Aujourd'hui, on n'a aucune perspective de stabilisation de cette croissance.
03:32On est en train de se projeter de plus en plus loin, car effectivement, les carnets d'ordre sont pleins
03:37à craquer.
03:38Et donc aujourd'hui, la question, ce n'est pas tellement une question de demande,
03:41mais c'est une question de capacité d'offre.
03:43Dans quelle mesure Nvidia et tout ce qui est Pell et Infrastructure IA sera en mesure de satisfaire cette demande
03:51qui est incommensurable
03:52et qui vient en particulier de ces grosses techs américaines ?
03:55La grève chez Samsung qui a été évitée de justesse cette nuit aurait pu être un premier grain de sable
04:02et aurait pu impacter tout le secteur.
04:04Aujourd'hui, toutes ces valeurs sont intrinsèquement liées dans leur course au développement d'intelligence artificielle ?
04:11Oui, absolument. Et toute cette chaîne de valeurs est sous une tension extraordinaire.
04:16On est sur des déploiements de capitaux colossaux, des risques d'exécution qui sont très forts.
04:20Et donc, effectivement, chaque partie de la chaîne de valeurs est sous tension.
04:23On va parler des puces, on va parler du silicone, on va parler de l'énergie, de l'accès à
04:28l'énergie.
04:28On sait que ça aussi, c'est une problématique importante pour faire face à cette demande.
04:33Et dans ces conditions, effectivement, chaque point de la chaîne sera important.
04:37C'est vrai que dans le cas de Nvidia, la capacité à exécuter, la capacité à faire face à cette
04:43demande a été remarquable
04:44et a aussi justifié la performance de l'action.
04:46Un mot des marchés obligataires.
04:48Alors, on parle d'une détente cette nuit sur les marchés obligataires,
04:53mais on reste quand même sur des niveaux assez élevés.
04:554,60 pour le 10 ans US, 5,13 pour le 30 ans américain.
04:59On a Kevin Warsh qui va, dans quelques jours, quelques heures même maintenant,
05:04prendre la tête de la réserve fédérale américaine.
05:08Le message depuis plusieurs jours du marché, c'était
05:12est-ce qu'il n'y a pas un risque d'erreur de politique monétaire
05:16en ne remontant pas les taux dans un contexte inflationniste ?
05:19En tout cas, c'est comme ça que certains pouvaient interpréter la réaction du marché obligataire.
05:23Débuter son mandat sur ce risque d'erreur, c'est toujours le scénario central aujourd'hui.
05:28Le message que nous envoient ces marchés obligataires ?
05:31Oui, les marchés sont inquiets.
05:32Ils ont beaucoup de raisons d'être inquiets, ces pauvres marchés sur l'obligataire.
05:35Il y a effectivement l'énergie, il y a effectivement les déficits des États
05:40qui croissent, en particulier pour faire face à cette facture énergétique.
05:43Et donc, en plus de ça, on a cette boule puante de l'arrivée de Kevin Warsh
05:48dans un contexte de politique très incertain.
05:52Il arrive avec un mandat très défini.
05:55Il a été choisi pour cela par le président Trump.
05:57À savoir un mandat de baisser les taux.
05:59Oui, clairement.
06:00Ça a été très clairement énoncé.
06:02Même si lui laisse entendre que ce n'est pas aussi clair,
06:05globalement, personne n'est du tout.
06:07Et c'est vrai qu'il n'a pas de chance.
06:09La donnée économique aujourd'hui ne justifie pas du tout de baisser les taux.
06:13Voire même, on pourrait argumenter qu'elle justifie des augmentés.
06:16Il y a un choc inflationniste énergétique, d'une part.
06:19Mais même au-delà de ça, lorsque vous soulevez le capot
06:21et vous regardez les chiffres de l'inflation aux États-Unis
06:23qui ont été très chauds récemment,
06:25on est au-delà de cette dimension énergétique.
06:27Plusieurs segments de l'économie voient des hausses de prix
06:30qui sont importantes en ce moment.
06:32Et donc, évidemment, il y a une espèce de contradiction
06:34entre, d'une part, ce mandat de baisse des taux
06:37qui, oui, effectivement,
06:39handicap l'économie aujourd'hui aux États-Unis.
06:40Les taux sont très élevés.
06:42Et puis, d'autre part, la réalité de l'inflation
06:43qui, probablement, va contraindre le président Warsh.
06:47Rapidement, les minutes du FOMC qui ont été publiées hier
06:50peuvent-elles rassurer les marchés sur les réactions à venir
06:55de la part de la Réserve fédérale américaine ?
06:58Alors, il y a eu à boire, à manger dans ce compte-rendu.
07:01Effectivement, on sent une inquiétude
07:03vis-à-vis de cette thématique d'inflation.
07:05D'une part, évidemment, avec la crise énergétique,
07:08mais on vient de le dire, ça dépasse le cadre de la crise énergétique.
07:11Et on sent que, de ce point de vue-là,
07:13le comité a eu des mots de prudence fortes
07:15vis-à-vis de cela, avec un scénario de hausse des taux
07:18si, effectivement, l'inflation devait s'installer.
07:20Donc ça, c'est une première chose.
07:22Deuxième enseignement,
07:23et on va pouvoir faire le lien avec ce qu'on disait précédemment,
07:25il est assez divisé, ce comité.
07:27Or, dans le cas de la FED, c'est problématique
07:29parce que la FED travaille sur un fonctionnement de consensus.
07:33On construit un consensus pour se présenter ensuite au marché
07:36et avoir un discours clair vis-à-vis des marchés.
07:39Or, le discours, il est de plus en plus brouillé.
07:41Il va être encore davantage brouillé avec Kevin Warsh.
07:44Et ça, c'est peut-être le deuxième enseignement.
07:46La réalité pour l'économie américaine,
07:48c'est qu'entre d'une part le détroit d'Hormuz
07:50et d'autre part l'implémentation des droits de douane,
07:53qui pourraient d'ailleurs à nouveau être une thématique de marché
07:56dans les semaines qui viennent,
07:57les pressions inflationnistes risquent d'être très fortes
07:59dans les mois qui viennent aux États-Unis.
08:01Merci beaucoup, Raphaël.
08:02Tu es un directeur des stratégies de marché de capitaux
08:03chez TKO Capital.
08:04Merci d'avoir été avec nous.
08:05Merci.
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