00:01Et le focus du jour va être un focus obligataire après la semaine que l'on a vu sur les
00:06marchés
00:06financiers la semaine dernière où les taux obligataires ont progressé au niveau mondial.
00:12On a notamment vu des seuils un petit peu critiques dépassés sur la dette américaine que ce soit sur
00:17le 10 ans américain qui a dépassé les 4,5% sur le 30 ans américain qui a dépassé les
00:215% mais
00:22également au Japon on a connu des niveaux inédits. La question qu'on a voulu se poser dans ce focus
00:27du jour c'est quel est le message envoyé par les marchés obligataires la semaine dernière et qu'en
00:32est-il du message envoyé à l'heure actuelle. Pour en parler nous avons le plaisir d'accueillir sur le
00:35plateau de Good Morning Market Charoudata Shende. Bonjour Charoudata. Bonjour. Merci d'être avec
00:40nous vous êtes Fix Income Stratégiste chez Kandriam, stratégiste obligataire. Vous avez suivi j'imagine
00:45de très près ce qui s'est passé la semaine dernière. Alors je n'ai mentionné que le Japon et
00:49les Etats-Unis
00:49mais c'était une, je ne sais pas si on peut parler de flambé, mais en tout cas une progression,
00:52une tension mondiale sur les marchés obligataires qui pouvaient s'interpréter de différentes façons
00:59selon les pays mais globalement il y avait quand même un message uniforme envoyé. Qu'est-ce qu'on
01:03peut retenir et interpréter du message envoyé par les marchés Charoudata ? Alors dans un premier temps
01:09c'est vrai qu'on a vu les taux depuis le début de ce conflit monter et de manière assez
01:15violente.
01:17Bien sûr. Certains se critiquent comme vous le disiez ont été dépassés mais sur la semaine
01:22dernière on a vu une légère détente. Une légère détente qui concernait pratiquement tous les taux.
01:26Les taux américains sur la partie longue c'était entre 10 et 15 points de base. C'est léger certes
01:32mais c'est une détente et pour nous le marché envoyé, enfin le message envoyé c'est que les marchés
01:38obligataires restent en attente de ce conflit. Quand vous dites détente après avoir dépassé
01:43les seuils. Tout à fait. Légère détente mais on est resté sur les mêmes niveaux. On est loin de la
01:47normalisation qu'on attend. Donc qu'est-ce qu'on dit ? On dit tout simplement que finalement ce conflit
01:52Hormuz-Iran et tous les impacts énergétiques, le marché obligataire les suit et à partir du moment
01:59on a vu quelques nouvelles, c'est-à-dire à partir de 20 mai où le président Trump a indiqué
02:04que peut-être
02:05un accord serait possible. On a vu même hier que certaines sources disaient ça y est, on est presque.
02:12Il y a cette information qui nous dit qu'il y a potentiellement un accord sur le bureau du président
02:16et que c'est à lui de le signer à l'heure actuelle. Alors c'est pas fait mais en
02:19tout cas c'est des
02:19informations qu'on n'avait pas avant. Ça laisse entendre que potentiellement il pourrait y avoir
02:23un conflit qui serait, que ça fait baisser les prix du pétrole. On voit pour l'instant en revanche que
02:27sur le disant américain, alors ça se détend mais on est au-dessus de 4,4% quand même, on
02:32est entre 4,4 et 4,5%.
02:34Tout à fait, tout à fait. Et ça c'est quelque chose d'un tout petit peu plus structurel, un
02:38tout petit peu plus
02:39long terme. C'est-à-dire que les chiffres de l'inflation, surtout on les a vus hier aussi,
02:44ils tiennent. Ils ont beaucoup progressé depuis le début de ce conflit. Le baril, lui, est monté.
02:50Les Américains, même s'ils ont leur indépendance énergétique, eh bien ils payent quand même plus cher
02:55le diesel et le gasoil à la pompe. Ça a un impact sur l'inflation, ça a un impact sur
03:00le consommateur
03:00américain. Et les taux nous montrent que, voilà, c'est quand même pris en compte. Malgré le fait
03:10que, effectivement, on peut se dire, en Europe, c'est moins le cas parce que l'Europe est peut-être
03:16un peu moins soutenue par la macro. Aux Etats-Unis, la croissance tient quand même. Donc vraiment,
03:22sur les taux américains, vous avez cette...
03:24Il n'y a pas un message quand même sur le niveau d'endettement des Etats aussi,
03:27et le fait que le moindre choc inflationniste, la moindre relance budgétaire nécessaire face,
03:34alors là, effectivement, à la progression du baril du pétrole, mais ça pourrait être autre chose
03:39demain, inquiète les marchés puisque le message envoyé, c'est que les pays n'ont plus trop de marge
03:44de manœuvre budgétaire aujourd'hui.
03:46Tout à fait. Et donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'effectivement, à l'avenir,
03:52donc jusque-là, on a bien compris, il y a eu une expansion fiscale, notamment aux Etats-Unis,
03:56le One Big Beautiful Bill, mais à l'avenir, il reste, comme vous le dites, très correctement,
04:00il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre. Et donc, ça veut dire quoi ?
04:06Ça veut dire finalement que, in fine, si demain, la macro venait à baisser
04:12et que la croissance allait être impactée, et bien les gouvernements n'ont plus autant de marge de manœuvre.
04:19Donc, les taux à moyen terme, il y a des possibilités qui baissent dans le sillage d'une macro qui
04:26souffre,
04:26notamment en Europe.
04:27Des taux obligataires qui baisseraient dans le sillage d'une macro qui souffre ?
04:31C'est-à-dire qu'effectivement, aujourd'hui, les attentes d'inflation sont plus élevées.
04:36Qu'est-ce qui peut se passer ? On a une destruction de la demande.
04:39C'est-à-dire que les gens consomment moins.
04:41L'économie ralentit.
04:43Ça fait aussi baisser, quelque part, l'inflation.
04:46Et donc, les taux longs dont on parle sont amenés à baisser.
04:50Donc, qu'est-ce qu'on pense, nous ? C'est que c'est plus le cas en Europe.
04:52Aux Etats-Unis, la macro, pour l'instant, elle tient.
04:55Enfin, même s'il n'y a plus de support fiscal, c'est-à-dire qu'il est encore là
04:58avec la One Big Beautiful Bill,
05:00Trump peut encore faire quelque chose d'ici à la fin des midterms.
05:03Mais en Europe, on a beaucoup moins.
05:05Donc, aucune raison d'augmenter les taux de la BCE, si je comprends bien.
05:08Alors, malheureusement, aujourd'hui, on a le marché qui price 2,5 hausses de taux.
05:17Normalement, une hausse en juin.
05:19Il faudra suivre.
05:22Certes, la BCE fait très attention à l'inflation.
05:25On voit qu'ils n'ont pas envie de faire les mêmes erreurs de 2022.
05:28Le discours a été extrêmement haut-fiche.
05:30Mais si je vous suis, les marchés pourraient se réguler eux-mêmes sans avoir besoin de passer par une hausse
05:34de taux.
05:34Exactement.
05:35Tout a déjà été priceé.
05:37Et donc, la prochaine étape, ça serait quand même de voir comment la croissance est impactée
05:43et comment les taux longs s'ajustent.
05:45Nous, on pense qu'il y a une possibilité que ça se détende.
05:48Mais attention, je me permets juste de dire que sur le moyen terme,
05:52on risque de voir les taux longs à des niveaux élevés.
05:57On aura certes une légère baisse, mais la situation de l'inflation est de telle que...
06:02Kevin Warsh à la tête de la Fed, qui va devoir réagir à ce chiffre d'inflation qu'on a
06:07vu aux États-Unis.
06:08L'indice PCE, plus 3,8% au mois d'avril.
06:11Alors, en version corse, un petit peu moins, c'est 3,3%.
06:14Dans l'indicateur que suit Kevin Warsh, donc trim de mine, là, on est à 2,3%.
06:22Quels sont les enjeux pour le marché obligataire d'un Kevin Warsh à la tête de la Fed,
06:27nommé par Donald Trump, qui s'exprime sur l'indépendance de la Fed,
06:30sur le fait qu'il a moins envie de rassurer les marchés au quotidien ?
06:34Est-ce qu'il y a un sujet de crédibilité derrière tout ça ?
06:36Et est-ce que Kevin Warsh peut rassurer sur ce sujet de crédibilité ?
06:38Ou est-ce que, de toute façon, le mal est fait, quelque part ?
06:41Alors, non, il peut. Il peut rassurer sur le sujet de la crédibilité.
06:45Le problème, c'est qu'il a été nommé par Trump, qui a été très critique envers son prédécesseur.
06:50Donc, à partir du moment où la Fed a déjà subi énormément de pression,
06:54on a du mal à voir qu'il ait nommé quelqu'un qui ne lui donne pas ces fameux baisses
06:58des taux.
06:59Et c'est en ça que c'est un petit peu biaisé.
07:01C'est pour ça que la situation de Warsh est un petit peu plus difficile.
07:04Il arrive en disant, attention, c'est quelqu'un qui a tendance à vouloir baisser les taux.
07:11Bien sûr.
07:12D'un côté, très bien.
07:14Mais de l'autre côté, il faut que le marché suit.
07:16Il faut que les chiffres d'inflation suivent.
07:18Et donc, il y a effectivement ce problème de crédibilité qui va devoir résoudre.
07:22D'autant qu'il se retrouve dans une Fed qui est quand même fragmentée.
07:26On l'a vu dans les minutes de la dernière fois.
07:28Mais est-ce que, du coup, s'il fait monter les taux, par exemple,
07:34est-ce que, d'un coup d'un seul, la crédibilité de la Fed en sortira renforcée ?
07:38Ou on se demandera s'il n'y a quand même pas une stratégie derrière ?
07:42Toujours.
07:42Toujours.
07:43Toujours.
07:43On se demandera toujours.
07:46Pourquoi ?
07:46Parce qu'encore une fois, tout ça…
07:48Alors, il n'est pas seul à décider, je précise, mais quand même.
07:51Bien sûr.
07:51Mais on a déjà vu Donald Trump mettre la pression sur les autres membres.
07:55On ne sait pas comment Kevin Warsh va se comporter.
07:58D'ailleurs, au moment des hearings, il a bien dit « j'aime bien »
08:03qu'il y a des, en anglais, il a dit « family fights », etc.
08:06Et effectivement, intellectuellement, c'est respectable.
08:09Pourquoi ? Parce que la Fed doit atteindre un consensus.
08:12Et parfois, c'est bien de passer par des discussions.
08:14Mais on est dans une situation où il y a quand même des risques géopolitiques.
08:17Il y a quand même des problèmes sur l'inflation.
08:19Donc, on a vraiment besoin d'un message assez uni et fort.
08:23Et là-dessus, on a quelques questions.
08:26Donc, les doutes devraient subsister, même s'il y a quand même possibilité de rassurer à moyen terme les marchés.
08:31Un mot quand même de votre métier.
08:34Comment est-ce qu'on intègre ça dans une stratégie crédit aujourd'hui ?
08:37Comment est-ce qu'on intègre ce contexte des marchés obligataires dans une stratégie crédit ?
08:41Avec beaucoup de prudence.
08:42Avec beaucoup de prudence.
08:44Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on voit une certaine exubérance sur les marchés.
08:48En partie justifiée.
08:49Parce que finalement, sur le crédit, au niveau des fondamentaux, ça tient.
08:53Notamment sur la partie investment grade.
08:54Mais même sur la partie high yield, on voit quand même que les fondamentaux sont plutôt résilients.
09:00On voit aussi que le marché achète toute l'offre, qui est quand même considérable.
09:05Mais d'un autre côté, on est obligé de se dire que, comme on en a discuté, les taux sont
09:10à des niveaux extrêmement élevés.
09:12Ça veut dire quoi ?
09:12Ça veut dire que toute l'offre qui va arriver, il va falloir la financer.
09:17Il va falloir payer des intérêts dessus.
09:19Et à partir du moment où le coupon est élevé, il faut être prudent.
09:23Il faut essayer de faire au cas par cas.
09:26Et il faut essayer de voir si l'entreprise peut vraiment atteindre ses obligations financières.
09:30Et là, on parle effectivement de coupons et de dettes souveraines.
09:34Mais il y a aussi toute la concurrence de ces entreprises d'intelligence artificielle ou tech qui vont lever énormément
09:40sur les marchés obligataires.
09:42Est-ce que là aussi, il faut se poser la question quand même de la concentration à terme de ces
09:47dettes ?
09:48Absolument.
09:48Alors, disons que le marché crédit jusque-là, ou du moins jusqu'à il y a 3-4 mois, il
09:54n'était pas embêté.
09:56On voit bien que sur le marché high yield, la tech, c'est environ 5%.
10:00Sur l'investment grade, elle est 7 à 8%.
10:03Mais ça va monter.
10:04On attend énormément d'émissions à ce niveau-là.
10:07Mais encore une fois, ce n'est pas parce que l'IA et que les data centers vont être construits
10:12et qu'on a cette demande
10:13que forcément, chaque entreprise qui vient sur le marché va pouvoir réussir dans sa construction et dans sa quête de
10:20domination.
10:21Encore une fois, c'est la sélectivité qui prime sur le marché du crédit.
10:24Au global, tout se passe bien pour l'instant.
10:26Mais attention, les taux sont toujours très élevés.
10:28Merci Charles d'Attachende de nous avoir accompagné dans le focus du jour.
10:32Vous êtes Fix Income stratégiste chez Kandria.
10:34Merci beaucoup.
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