- il y a 10 heures
Ce vendredi 29 mai, le message envoyé par les marchés obligataires, notamment face à la politique de la Fed, ainsi que la situation de la BCE et de la Fed aux prises avec le retour de l'inflation, ont été abordés par Charudatta Shende, stratégiste obligataire chez Candriam, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:01Et le focus du jour va être un focus obligataire après la semaine que l'on a vu sur les
00:06marchés
00:06financiers la semaine dernière où les taux obligataires ont progressé au niveau mondial.
00:12On a notamment vu des seuils un petit peu critiques dépassés sur la dette américaine que ce soit sur
00:17le 10 ans américain qui a dépassé les 4,5% sur le 30 ans américain qui a dépassé les
00:215% mais
00:22également au Japon on a connu des niveaux inédits. La question qu'on a voulu se poser dans ce focus
00:27du jour c'est quel est le message envoyé par les marchés obligataires la semaine dernière et qu'en
00:32est-il du message envoyé à l'heure actuelle. Pour en parler nous avons le plaisir d'accueillir sur le
00:35plateau de Good Morning Market Charoudata Shende. Bonjour Charoudata. Bonjour. Merci d'être avec
00:40nous vous êtes Fix Income Stratégiste chez Kandriam, stratégiste obligataire. Vous avez suivi j'imagine
00:45de très près ce qui s'est passé la semaine dernière. Alors je n'ai mentionné que le Japon et
00:49les Etats-Unis
00:49mais c'était une, je ne sais pas si on peut parler de flambé, mais en tout cas une progression,
00:52une tension mondiale sur les marchés obligataires qui pouvaient s'interpréter de différentes façons
00:59selon les pays mais globalement il y avait quand même un message uniforme envoyé. Qu'est-ce qu'on
01:03peut retenir et interpréter du message envoyé par les marchés Charoudata ? Alors dans un premier temps
01:09c'est vrai qu'on a vu les taux depuis le début de ce conflit monter et de manière assez
01:15violente.
01:17Bien sûr. Certains se critiquent comme vous le disiez ont été dépassés mais sur la semaine
01:22dernière on a vu une légère détente. Une légère détente qui concernait pratiquement tous les taux.
01:26Les taux américains sur la partie longue c'était entre 10 et 15 points de base. C'est léger certes
01:32mais c'est une détente et pour nous le marché envoyé, enfin le message envoyé c'est que les marchés
01:38obligataires restent en attente de ce conflit. Quand vous dites détente après avoir dépassé
01:43les seuils. Tout à fait. Légère détente mais on est resté sur les mêmes niveaux. On est loin de la
01:47normalisation qu'on attend. Donc qu'est-ce qu'on dit ? On dit tout simplement que finalement ce conflit
01:52Hormuz-Iran et tous les impacts énergétiques, le marché obligataire les suit et à partir du moment
01:59on a vu quelques nouvelles, c'est-à-dire à partir de 20 mai où le président Trump a indiqué
02:04que peut-être
02:05un accord serait possible. On a vu même hier que certaines sources disaient ça y est, on est presque.
02:12Il y a cette information qui nous dit qu'il y a potentiellement un accord sur le bureau du président
02:16et que c'est à lui de le signer à l'heure actuelle. Alors c'est pas fait mais en
02:19tout cas c'est des
02:19informations qu'on n'avait pas avant. Ça laisse entendre que potentiellement il pourrait y avoir
02:23un conflit qui serait, que ça fait baisser les prix du pétrole. On voit pour l'instant en revanche que
02:27sur le disant américain, alors ça se détend mais on est au-dessus de 4,4% quand même, on
02:32est entre 4,4 et 4,5%.
02:34Tout à fait, tout à fait. Et ça c'est quelque chose d'un tout petit peu plus structurel, un
02:38tout petit peu plus
02:39long terme. C'est-à-dire que les chiffres de l'inflation, surtout on les a vus hier aussi,
02:44ils tiennent. Ils ont beaucoup progressé depuis le début de ce conflit. Le baril, lui, est monté.
02:50Les Américains, même s'ils ont leur indépendance énergétique, eh bien ils payent quand même plus cher
02:55le diesel et le gasoil à la pompe. Ça a un impact sur l'inflation, ça a un impact sur
03:00le consommateur
03:00américain. Et les taux nous montrent que, voilà, c'est quand même pris en compte. Malgré le fait
03:10que, effectivement, on peut se dire, en Europe, c'est moins le cas parce que l'Europe est peut-être
03:16un peu moins soutenue par la macro. Aux Etats-Unis, la croissance tient quand même. Donc vraiment,
03:22sur les taux américains, vous avez cette...
03:24Il n'y a pas un message quand même sur le niveau d'endettement des Etats aussi,
03:27et le fait que le moindre choc inflationniste, la moindre relance budgétaire nécessaire face,
03:34alors là, effectivement, à la progression du baril du pétrole, mais ça pourrait être autre chose
03:39demain, inquiète les marchés puisque le message envoyé, c'est que les pays n'ont plus trop de marge
03:44de manœuvre budgétaire aujourd'hui.
03:46Tout à fait. Et donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'effectivement, à l'avenir,
03:52donc jusque-là, on a bien compris, il y a eu une expansion fiscale, notamment aux Etats-Unis,
03:56le One Big Beautiful Bill, mais à l'avenir, il reste, comme vous le dites, très correctement,
04:00il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre. Et donc, ça veut dire quoi ?
04:06Ça veut dire finalement que, in fine, si demain, la macro venait à baisser
04:12et que la croissance allait être impactée, et bien les gouvernements n'ont plus autant de marge de manœuvre.
04:19Donc, les taux à moyen terme, il y a des possibilités qui baissent dans le sillage d'une macro qui
04:26souffre,
04:26notamment en Europe.
04:27Des taux obligataires qui baisseraient dans le sillage d'une macro qui souffre ?
04:31C'est-à-dire qu'effectivement, aujourd'hui, les attentes d'inflation sont plus élevées.
04:36Qu'est-ce qui peut se passer ? On a une destruction de la demande.
04:39C'est-à-dire que les gens consomment moins.
04:41L'économie ralentit.
04:43Ça fait aussi baisser, quelque part, l'inflation.
04:46Et donc, les taux longs dont on parle sont amenés à baisser.
04:50Donc, qu'est-ce qu'on pense, nous ? C'est que c'est plus le cas en Europe.
04:52Aux Etats-Unis, la macro, pour l'instant, elle tient.
04:55Enfin, même s'il n'y a plus de support fiscal, c'est-à-dire qu'il est encore là
04:58avec la One Big Beautiful Bill,
05:00Trump peut encore faire quelque chose d'ici à la fin des midterms.
05:03Mais en Europe, on a beaucoup moins.
05:05Donc, aucune raison d'augmenter les taux de la BCE, si je comprends bien.
05:08Alors, malheureusement, aujourd'hui, on a le marché qui price 2,5 hausses de taux.
05:17Normalement, une hausse en juin.
05:19Il faudra suivre.
05:22Certes, la BCE fait très attention à l'inflation.
05:25On voit qu'ils n'ont pas envie de faire les mêmes erreurs de 2022.
05:28Le discours a été extrêmement haut-fiche.
05:30Mais si je vous suis, les marchés pourraient se réguler eux-mêmes sans avoir besoin de passer par une hausse
05:34de taux.
05:34Exactement.
05:35Tout a déjà été priceé.
05:37Et donc, la prochaine étape, ça serait quand même de voir comment la croissance est impactée
05:43et comment les taux longs s'ajustent.
05:45Nous, on pense qu'il y a une possibilité que ça se détende.
05:48Mais attention, je me permets juste de dire que sur le moyen terme,
05:52on risque de voir les taux longs à des niveaux élevés.
05:57On aura certes une légère baisse, mais la situation de l'inflation est de telle que...
06:02Kevin Warsh à la tête de la Fed, qui va devoir réagir à ce chiffre d'inflation qu'on a
06:07vu aux États-Unis.
06:08L'indice PCE, plus 3,8% au mois d'avril.
06:11Alors, en version corse, un petit peu moins, c'est 3,3%.
06:14Dans l'indicateur que suit Kevin Warsh, donc trim de mine, là, on est à 2,3%.
06:22Quels sont les enjeux pour le marché obligataire d'un Kevin Warsh à la tête de la Fed,
06:27nommé par Donald Trump, qui s'exprime sur l'indépendance de la Fed,
06:30sur le fait qu'il a moins envie de rassurer les marchés au quotidien ?
06:34Est-ce qu'il y a un sujet de crédibilité derrière tout ça ?
06:36Et est-ce que Kevin Warsh peut rassurer sur ce sujet de crédibilité ?
06:38Ou est-ce que, de toute façon, le mal est fait, quelque part ?
06:41Alors, non, il peut. Il peut rassurer sur le sujet de la crédibilité.
06:45Le problème, c'est qu'il a été nommé par Trump, qui a été très critique envers son prédécesseur.
06:50Donc, à partir du moment où la Fed a déjà subi énormément de pression,
06:54on a du mal à voir qu'il ait nommé quelqu'un qui ne lui donne pas ces fameux baisses
06:58des taux.
06:59Et c'est en ça que c'est un petit peu biaisé.
07:01C'est pour ça que la situation de Warsh est un petit peu plus difficile.
07:04Il arrive en disant, attention, c'est quelqu'un qui a tendance à vouloir baisser les taux.
07:11Bien sûr.
07:12D'un côté, très bien.
07:14Mais de l'autre côté, il faut que le marché suit.
07:16Il faut que les chiffres d'inflation suivent.
07:18Et donc, il y a effectivement ce problème de crédibilité qui va devoir résoudre.
07:22D'autant qu'il se retrouve dans une Fed qui est quand même fragmentée.
07:26On l'a vu dans les minutes de la dernière fois.
07:28Mais est-ce que, du coup, s'il fait monter les taux, par exemple,
07:34est-ce que, d'un coup d'un seul, la crédibilité de la Fed en sortira renforcée ?
07:38Ou on se demandera s'il n'y a quand même pas une stratégie derrière ?
07:42Toujours.
07:42Toujours.
07:43Toujours.
07:43On se demandera toujours.
07:46Pourquoi ?
07:46Parce qu'encore une fois, tout ça…
07:48Alors, il n'est pas seul à décider, je précise, mais quand même.
07:51Bien sûr.
07:51Mais on a déjà vu Donald Trump mettre la pression sur les autres membres.
07:55On ne sait pas comment Kevin Warsh va se comporter.
07:58D'ailleurs, au moment des hearings, il a bien dit « j'aime bien »
08:03qu'il y a des, en anglais, il a dit « family fights », etc.
08:06Et effectivement, intellectuellement, c'est respectable.
08:09Pourquoi ? Parce que la Fed doit atteindre un consensus.
08:12Et parfois, c'est bien de passer par des discussions.
08:14Mais on est dans une situation où il y a quand même des risques géopolitiques.
08:17Il y a quand même des problèmes sur l'inflation.
08:19Donc, on a vraiment besoin d'un message assez uni et fort.
08:23Et là-dessus, on a quelques questions.
08:26Donc, les doutes devraient subsister, même s'il y a quand même possibilité de rassurer à moyen terme les marchés.
08:31Un mot quand même de votre métier.
08:34Comment est-ce qu'on intègre ça dans une stratégie crédit aujourd'hui ?
08:37Comment est-ce qu'on intègre ce contexte des marchés obligataires dans une stratégie crédit ?
08:41Avec beaucoup de prudence.
08:42Avec beaucoup de prudence.
08:44Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on voit une certaine exubérance sur les marchés.
08:48En partie justifiée.
08:49Parce que finalement, sur le crédit, au niveau des fondamentaux, ça tient.
08:53Notamment sur la partie investment grade.
08:54Mais même sur la partie high yield, on voit quand même que les fondamentaux sont plutôt résilients.
09:00On voit aussi que le marché achète toute l'offre, qui est quand même considérable.
09:05Mais d'un autre côté, on est obligé de se dire que, comme on en a discuté, les taux sont
09:10à des niveaux extrêmement élevés.
09:12Ça veut dire quoi ?
09:12Ça veut dire que toute l'offre qui va arriver, il va falloir la financer.
09:17Il va falloir payer des intérêts dessus.
09:19Et à partir du moment où le coupon est élevé, il faut être prudent.
09:23Il faut essayer de faire au cas par cas.
09:26Et il faut essayer de voir si l'entreprise peut vraiment atteindre ses obligations financières.
09:30Et là, on parle effectivement de coupons et de dettes souveraines.
09:34Mais il y a aussi toute la concurrence de ces entreprises d'intelligence artificielle ou tech qui vont lever énormément
09:40sur les marchés obligataires.
09:42Est-ce que là aussi, il faut se poser la question quand même de la concentration à terme de ces
09:47dettes ?
09:48Absolument.
09:48Alors, disons que le marché crédit jusque-là, ou du moins jusqu'à il y a 3-4 mois, il
09:54n'était pas embêté.
09:56On voit bien que sur le marché high yield, la tech, c'est environ 5%.
10:00Sur l'investment grade, elle est 7 à 8%.
10:03Mais ça va monter.
10:04On attend énormément d'émissions à ce niveau-là.
10:07Mais encore une fois, ce n'est pas parce que l'IA et que les data centers vont être construits
10:12et qu'on a cette demande
10:13que forcément, chaque entreprise qui vient sur le marché va pouvoir réussir dans sa construction et dans sa quête de
10:20domination.
10:21Encore une fois, c'est la sélectivité qui prime sur le marché du crédit.
10:24Au global, tout se passe bien pour l'instant.
10:26Mais attention, les taux sont toujours très élevés.
10:28Merci Charles d'Attachende de nous avoir accompagné dans le focus du jour.
10:32Vous êtes Fix Income stratégiste chez Kandria.
10:34Merci beaucoup.
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