00:01Mais juste avant on va revenir sur un élément important en ce moment, il s'agit bien sûr de la
00:06politique monétaire.
00:08Avec donc hier Kevin Walsh qui a été auditionné par la commission bancaire du Sénat.
00:14Bonjour Fabien Bossy, merci de nous accompagner ce matin.
00:17Vous êtes chef économiste France de Société Générale CIB.
00:21Avec vous on va revenir sur cette audition qui s'est tenue hier.
00:25Comment vous avez trouvé Kevin Walsh qui a essayé de défendre tant bien que mal et qui pouvait être président
00:31d'une institution tout en étant indépendant vis-à-vis de Donald Trump ?
00:37Oui alors effectivement il y avait deux grands personnages lors de cette audition.
00:43Il y avait bien sûr Kevin Walsh qui était présent mais il y avait bien entendu l'ombre de Donald
00:48Trump.
00:48Donald Trump est un peu en froid avec le patron actuel de la Fed, Jérôme Powell, qu'il avait lui
00:59-même nommé lors de son premier mandat.
01:03Et il ne comprend pas pourquoi Jérôme Powell ne baisse pas les taux alors que l'inflation selon lui est
01:11à des niveaux raisonnables.
01:13Et tant qu'il n'y a pas de problème gravissime dans l'inflation, il ne voit pas pourquoi on
01:16ne baisserait pas les taux.
01:17Il y a un petit peu le promoteur immobilier en lui qui se réveille à chaque fois qu'on parle
01:23un peu de politique monétaire.
01:25Mais ce qu'il a aussi en tête c'est qu'il a le sentiment de s'être fait un
01:29peu avoir lors de son premier mandat.
01:30Lorsqu'on lui a conseillé de nommer Jérôme Powell et il s'est révélé que Jérôme Powell était quelqu'un
01:35de très indépendant
01:36et qu'il n'écoutait pas forcément les conseils avisés de son président.
01:41Alors Donald Trump a passé, ça a été tout le feuilleton de l'année précédente
01:45qui Donald Trump allait nommer pour succéder à Jérôme Powell.
01:50Donald Trump a pris son temps en répétant qu'il était toujours un petit peu embêté
01:57parce que les candidats disaient des choses dans son bureau
02:00mais il avait toujours peur qu'une fois sorti de son bureau et une fois qu'il serait nommé, il
02:04ferait un peu ce qu'il voulait.
02:05Donc voilà, il a fini par nommer Kevin Warsh
02:08qui avait été membre du board de la Fed lors de la crise financière, un républicain de longue date
02:15qui selon Trump serait peut-être un peu plus loyal que Jérôme Powell ne l'a été.
02:21Cela étant, Kevin Warsh a passé sa première audition au Sénat hier
02:26et il a évidemment dit que lui, il était attaché à l'indépendance de la Fed
02:32que l'inflation était quelque chose dont il fallait se préoccuper
02:36et que, alors il a concédé que lui-même, alors il n'allait pas obéir aux ordres de quiconque
02:44mais c'est pas pour ça qu'il n'allait pas écouter les conseils que
02:49n'importe qui allait lui donner, sans forcément nommer la maison blanche
02:54mais qu'il n'y avait pas de raison de s'offusquer que l'un ou l'autre opine sur
02:58la manière dont la politique monétaire doit être nommée.
03:00Alors Kevin Warsh évidemment n'a pas vraiment dévoilé son jeu
03:02mais on a senti quand même dans son audition qu'il avait à cœur quand même de dire
03:08qu'il y avait une porte ouverte pour baisser les taux
03:13que malgré le fait que l'inflation était sévrée techniquement au-dessus de sa cible
03:17si on regardait tel ou tel indicateur, finalement l'écart n'était pas si grand
03:21et qu'une baisse des taux à un horizon proche n'était pas quelque chose d'inconcevable
03:27surtout dans son grand thème, c'est que la productivité accélère aux Etats-Unis
03:33avec notamment le boom de l'intelligence artificielle
03:35que tout ça va peser sur l'inflation à moyen long terme
03:38et qu'au final des taux plus bas ne seraient pas forcément inconvenants.
03:42Il a évité, il a bien sûr enrobé tout ça
03:44mais il a évité de contredire le message venant de la maison blanche.
03:48Et puis Kevin Warsh prend également pour un changement
03:50d'un point de vue de la communication de la banque centrale américaine
03:54il se dit, est-ce que c'est vraiment utile de tenir une conférence de presse
03:57à chaque fois que le board se réunit ?
03:59Est-ce que c'est vraiment utile que tous les membres de la Fed prennent la parole ?
04:03Il parle même de bruit.
04:04C'est vrai que ça, ça serait quand même un tournant
04:06si de moins la communication de la Fed est beaucoup moins présente
04:10parce que c'est un petit peu ce qui guide les marchés aujourd'hui.
04:14Alors effectivement, il a une certaine nostalgie
04:17pour le temps d'avant Bernanke,
04:21le temps où Greenspan faisait des conférences de presse plus courtes
04:26sans forcément donner de prévision à moyen long terme
04:30de ses anticipations de taux à lui
04:32et en disant, si vous avez compris ce que je viens de dire,
04:36c'est que vous n'avez pas compris.
04:39Donc il a une certaine nostalgie pour ce temps
04:41où les banquiers centraux étaient beaucoup plus libres
04:44de leur mouvement à court terme
04:45et il y a effectivement un argument
04:48en disant que lorsque les banquiers centraux
04:50donnent eux-mêmes des indications
04:54sur les trajectoires à moyen long terme,
04:56eux-mêmes peuvent se retrouver un peu empêtrés
04:59lorsqu'il y a des changements un peu brutaux
05:01à faire en matière de politique monétaire.
05:04Bon, cela dit, ça va quand même à l'encontre
05:08de beaucoup de travaux académiques sur le sujet
05:11qui quand même prônent pour une communication
05:13vraiment très extensive de la FED,
05:15notamment sur sa fonction de réaction,
05:17sur ses anticipations.
05:18Mais effectivement, Kevin Warch,
05:19lui, est quand même plus de l'école disant que,
05:22bon, finalement, tout ça,
05:23toutes ces anticipations, ça fait beaucoup de bruit,
05:25beaucoup de travail,
05:26beaucoup de peine perdue
05:28pour finalement se créer autant de problèmes
05:31qu'on en résout.
05:32Donc lui serait partisan pour arrêter,
05:34notamment, de publier tous les trimestres
05:36une trajectoire, les anticipations de taux,
05:40les prévisions de taux des différents membres
05:43du board, qui n'engagent pas évidemment la FED,
05:46mais qui donnent une indication quand même
05:47assez claire au marché sur ce que pense la FED
05:49à moyen long terme.
05:50Lui, il est de l'école disant qu'il faut
05:53revenir un peu en arrière sur ce thème-là.
05:55Les fameux dotplods, ce nuage de points
05:57avec les différentes prévisions des membres
05:59de la Banque Centrale Américaine.
06:02Bon, une fois que cette audition est passée,
06:04c'est quoi la suite aujourd'hui, Fabien Bossy ?
06:06Dans le sens où la commission bancaire du Sénua
06:09doit voter ce profil.
06:11Le problème, c'est que les démocrates, bien sûr,
06:12ne vont pas voter pour le profil de Kevin Walsh.
06:15Et puis du côté des sénateurs,
06:16il y a 13 voix sur 24,
06:18mais le problème, c'est qu'il y a un sénateur,
06:20Tom Tillis, qui refuse de voter
06:21tant qu'il n'y a pas d'éclaircissement
06:24sur les travaux de la FED
06:26et la mise en cause de Djeron Paul.
06:27Bref, à ce sujet, il y a beaucoup de brouillard
06:30sur la succession, sur les dates,
06:32sur le calendrier de la succession de Djeron Paul.
06:36Ben, effectivement.
06:38Alors, le mandat de Djeron Paul s'arrête
06:40techniquement à la mi-mai.
06:41Si son successeur n'est pas nommé,
06:43Paul entend rester.
06:45Il restera de toute façon membre du bord de la FED
06:50et il entend bien rester à la tête de la FED
06:54de manière temporaire tant que son successeur
06:55ne sera pas nommé.
06:56Et effectivement, au Sénat, il y a une opposition
07:00à une nomination rapide de Kevin Warch
07:02tant que le département de justice
07:04aura cette action en justice
07:07contre Jérôme Powell en cours.
07:10Alors, on est un peu dans un duel de volonté
07:16entre le Sénat et Donald Trump
07:19qui ressemble un petit peu à certains autres
07:21événements internationaux.
07:22Alors, qui va céder le premier ?
07:24Honnêtement, là, les jeux sont grands ouverts.
07:27On peut aussi supposer que Donald Trump
07:30n'allait pas non plus laisser la porte ouverte
07:33à la nomination de Kevin Warch
07:34tant qu'il n'aurait pas entendu un peu plus
07:36Kevin Warch se dévoiler de façon publique
07:39sur ses intentions.
07:41Voilà, encore une fois,
07:42Donald Trump a été assez échaudé
07:45par les façons différentes
07:48par lesquelles les candidats s'expriment
07:50lorsqu'il parle à lui
07:52et lorsqu'il parle en public.
07:53Peut-être qu'il se laissait un petit peu
07:55une porte ouverte pour freiner les choses
07:57si jamais Kevin Warch
07:59se révélait un peu moins malléable,
08:01un peu moins ouvert
08:02à ses thèses de politique monétaire
08:05qu'il ne l'espérait.
08:06Mais honnêtement, personne n'en sait rien.
08:08Pour l'instant, c'est vrai que
08:09telles que les choses sont,
08:12personne ne s'attend à ce que le processus
08:13de domination avance rapidement
08:15et que Kevin Warch
08:16prenne la tête de la Fed
08:17dans les semaines à venir.
08:18Un dernier mot, Fabien Bossy,
08:20rapide quand même
08:21sur les ventes au détail
08:21qui ont été publiées hier.
08:23C'est un indicateur
08:23qui mesure la consommation
08:25aux Etats-Unis.
08:26Cet indicateur est ressorti
08:27au-delà des attentes.
08:29Bon, visiblement,
08:29il y avait un effet assez important
08:31à la suite de la hausse
08:32des prix à la pompe.
08:34Alors, effectivement,
08:35les ventes ont augmenté
08:36de 1,7% sur le mois.
08:38Mais si on prend
08:40l'indice sous-jacent
08:41qui exclut notamment
08:43les prix à la pompe,
08:43la hausse était seulement
08:45de 0,7%.
08:46Alors, je dis seulement,
08:47il faut mettre des guillemets
08:48à ce seulement
08:48parce que 0,7% sur un mois,
08:51ça reste un chiffre bon,
08:53voire même très bon.
08:54Le consensus attendait
08:56seulement 0,2% de hausse
08:58de cet indice sous-jacent.
08:59Il y avait quelques signaux
09:01de faiblesse peut-être
09:02de la consommation
09:03ces tout derniers mois
09:03aux Etats-Unis.
09:04Cette publication nous dit
09:05que non, pour l'instant,
09:06le consommateur américain
09:07continue de dépenser
09:08et l'activité américaine
09:10devrait continuer de progresser
09:11à un bon rythme
09:12au premier semestre.
09:13Ça complique un petit peu
09:17la défense de la thèse
09:19selon laquelle
09:19une politique monétaire
09:21plus accommodante
09:22est nécessaire aux Etats-Unis.
09:25Mais bon, ça ne va pas arrêter
09:26les gens de plaider
09:27en cette faveur.
09:28Merci beaucoup, Fabien.
09:29Vous aussi nous a raccompagnés
09:30ce matin.
09:30Vous êtes chef économiste
09:31France de Société Générale CIB
09:33pour nous éclairer
09:33sur les derniers indicateurs
09:35aux Etats-Unis
09:35et surtout sur cette audition
09:37qui s'est tenue hier au Sénat.
09:39Audition de Kevin Walsh.
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