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Ce jeudi 11 juin, la reprise des frappes américaines en Iran, les conséquences de ce conflit sur les prix du pétrole ainsi que les enjeux économiques associés à la politique monétaire de la BCE pour les entreprises, ont notamment été abordés par Françoise Benhamou, présidente du Cercle des économistes, Anne-Charlotte Fredenucci, présidente du groupe Ametra, et Patrick Bertrand, directeur général des opérations de Holnest, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Et pour parler de tout ça, j'ai le plaisir d'accueillir sur le plateau Anne-Charlotte Fredenucci.
00:04Bonjour Anne-Charlotte.
00:05Bonjour Raphaël.
00:06Présidente du groupe Ametra.
00:08Face à vous, Françoise Benhamou.
00:10Bonjour Françoise.
00:11Bonjour Raphaël.
00:12Présidente du Cercle des économistes.
00:14Et Patrick Bertrand.
00:16Bonjour Patrick.
00:17Bonjour.
00:17Directeur général des opérations d'Allnest.
00:20Alors je le disais, les événements cette nuit, ce sont les Etats-Unis qui ont mené à l'aube de
00:24nouveaux bombardements contre l'Iran.
00:25L'Iran qui a annoncé des ripostes contre les bases militaires au Koweït et à Bahreïn et a promis de
00:33prendre pour cible tous les navires s'aventurant dans le détroit d'Hormuz.
00:39Finalement, assez peu de réactions ce matin des marchés.
00:43Françoise, je commence avec vous, notamment sur le pétrole.
00:47Moi, je reste très surpris de ce pétrole qui est sous les 94 dollars en ce moment.
00:54On ne franchit plus depuis un moment la barre des 100 dollars, alors qu'un tel conflit pourrait le propulser
00:59bien au-delà.
01:00Qu'est-ce qui explique cette atonie des marchés ?
01:02On a été récemment d'ailleurs au-delà, donc bien avant la guerre.
01:06Donc qu'est-ce qui se passe ?
01:07D'abord, il y a un affaiblissement des déclarations, de la force des déclarations.
01:12Pourquoi ? Parce qu'on en entend et puis il se passe des choses qui sont moindres que ce qu
01:17'on attendait.
01:17Donc il y a sans doute une espèce d'accoutumance, d'accoutumance à la guerre des marchés, sauf évidemment explosion
01:24généralisée, mais on n'en est pas là.
01:27Mais il n'en reste pas moins que Hormuz, pour reprendre une expression que j'ai lue récemment, c'est
01:32le cœur battant de la mondialisation énergétique.
01:36Donc, à la fois, il n'y a pas de réaction, enfin ou une réaction relativement faible, mais en même
01:41temps, prudence, tout peut arriver.
01:43Donc on est dans cet entre-deux et évidemment, ça n'aide pas les anticipations des entreprises et des États.
01:49Oui, Patrick ?
01:50Il y a aussi, en complément, plusieurs éléments.
01:54Le premier, c'est que la consommation mondiale n'est quand même pas au top du top.
01:59Dans un paquet de régions, la croissance n'est pas là, donc ça c'est un premier élément.
02:05Deuxième élément, le cours du pétrole avait beaucoup progressé.
02:08Troisième élément, même s'il y a effectivement cette accoutumance ou cet attentisme, on ne voit pas d'attaque majeure,
02:19il y en a eu, sur les capacités de production.
02:21Et je pense qu'il y a deux éléments dans cette crise.
02:25Il y a la capacité de production, puis il y a la capacité d'exportation et de diffusion, etc.
02:34Si on abat complètement les capacités de production, plus on bloque le détroit d'Hormouz et que, by the way,
02:40on n'imagine pas que la croissance puisse redémarrer dans ce contexte-là, là, il y aura probablement un gros
02:44problème.
02:45Oui, la croissance ne part pas, mais l'inflation, elle, augmente quand même.
02:48Alors, il y a un grand débat d'ailleurs, est-ce qu'on est en phase d'inflation ou est
02:52-ce que c'est un choc de prix ?
02:53C'est un débat qui divise...
02:55Il y a une inflation sous-jacente.
02:57Oui.
02:58Anne-Charlotte, un commentaire sur...
03:00Il y a un commentaire sur le détroit d'Hormouz.
03:03Certes, la question du prix du pétrole se pose, mais la véritable problématique, me semble-t-il, pour les entreprises,
03:08c'est que c'est une crise sur d'autres crises et que ça amène de l'instabilité, de la
03:12volatilité, de l'insécurité.
03:14Je vous donne un exemple.
03:15Chez Ametra, nous concevons des systèmes mécaniques, électriques, électroniques pour nos clients, mais nous fabriquons aussi des PC industriels et
03:21des bandes test.
03:21Eh bien, avant la crise, il y a 3 ou 4 mois, quand nous demandions à un fournisseur asiatique un
03:26prix d'un composant, il était valable 1 ou 2 mois.
03:29Aujourd'hui, lorsque nous ouvrons notre PC le matin et que nous consultons le devis d'un fournisseur asiatique, il
03:35faut, avant la fin de la journée en Asie, c'est-à-dire dans 4 ou 5 heures, valider le
03:39devis.
03:40Ça crée évidemment une grande, grande difficulté à créer du stock pour pouvoir livrer nos clients, etc.
03:45Et cette incertitude, cette insécurité est terrible pour le business.
03:48Mais vous devenez des sportifs de haut niveau.
03:53Il est vrai que la crise porte particulièrement sur les économies asiatiques.
03:57Elles sont plus dépendantes que les nôtres, exclusivement de l'énergie qui vient de ces régions-là.
04:04Oui, c'est 80% effectivement.
04:07Et si le pétrole ne manque pas tant, c'est que la Chine aussi a sensiblement réduit, parce qu'elle
04:12a beaucoup stocké effectivement.
04:15Donc c'est plutôt compliqué pour les entreprises qui font du business avec l'Asie, si je comprends bien.
04:21Beaucoup plus que la zone occidentale.
04:23Dès qu'on touche à l'électronique, et c'est notre cas géométra, on a une instabilité, une insécurité des
04:28prix qui est terrible pour les entreprises.
04:29Bon, il y a une période très compliquée qui va être gérée pour les banques centrales.
04:35Je le disais, la BCE se réunit en ce moment même.
04:38On attend une hausse d'un quart de point des taux directeurs, puisqu'on a ces prix qui augmentent, Françoise,
04:45mais on a aussi une croissance qui ralentit en ce moment.
04:47Exactement, c'est toujours le paradoxe, c'est-à-dire qu'effectivement on va être à plus de 3%
04:52d'inflation, donc on est au-dessus de la norme qui est celle de la BCE, 2%, et donc qu
05:00'est-ce qui se passe ?
05:01Les taux vont augmenter. Mais c'est dans un moment où justement la croissance est faible, et même négative en
05:07France, deux trimestres de suite.
05:09Donc il y a une grande inquiétude sur cet effet qui pourrait, de ce fait, faire que la croissance soit
05:14de nouveau négative, et là on entrerait en récession.
05:17Alors on n'en est pas tout à fait là, mais c'est vrai qu'il y a une grande
05:20inquiétude dans toute l'économie, et avec des effets.
05:24Les effets sont très importants aussi sur le plan, je dirais, du moral des entreprises et de celui des consommateurs.
05:31Résilientes quand même, parce qu'elles sont en permacrise, et les chefs d'entreprise continuent à se battre pour la
05:36croissance.
05:36Mais est-ce que la BCE menace cette croissance, Patrick ?
05:39Un point d'interrogation, d'ailleurs, on peut se poser même la question de savoir si on ne rentrerait pas
05:47potentiellement dans une zone de stagflation,
05:49c'est-à-dire qu'on ait l'inflation et la stagflation en même temps, qui est un sujet un
05:54petit peu différent pour la Federal Reserve Board,
05:56parce que la croissance aux États-Unis est plus importante, donc votre management des taux peut être un peu différent.
06:03Donc la marge de manœuvre pour la BCE est rude, difficile, et de plus en plus complexe pour les entreprises.
06:11Vous l'évoquiez tout à l'heure en parlant de volatilité des prix,
06:15on est aujourd'hui dans un contexte où, une fois de plus, on va être confronté non seulement au sujet
06:21géopolitique,
06:22mais aussi à la volatilité au niveau des taux, et on sait que le financement est, en sous-jacent du
06:28financement et des taux,
06:30la confiance, non pas l'optimisme, mais la confiance ou la prévisibilité devient un facteur majeur de contrainte pour les
06:39dirigeants d'entreprise.
06:40Vous anticipez un peu ma question, j'ai posé une question très bête, mais vous y répondez déjà à moitié.
06:45C'est les réponses.
06:46Est-ce que le chef d'entreprise regarde l'évolution des taux directeurs de la BCE ? Est-ce que
06:51ça impacte votre business ?
06:53On pourrait penser que c'est finalement très loin de votre quotidien.
06:57Il regarde le coût du crédit.
06:58Finalement, un quart de point, un quart de moins.
07:01Anne-Charlotte Frédénouchi.
07:02C'est une bonne question, mais si le chef d'entreprise ne regarde pas le taux de la BCE,
07:06chez Ametra, le jour où on appelle notre banquier pour dire qu'on a besoin de faire plusieurs millions d
07:09'investissements
07:10dans notre système d'information, le banquier va nous répondre
07:13« Ah bah oui, mais la BCE a augmenté ses taux, donc ça va coûter à Ametra tant en plus
07:17sur votre compte de résultats. »
07:19Donc on regarde ou non, ne vous inquiétez pas, les entreprises sont rattrapées par les taux de la BCE.
07:23Par les services financiers, évidemment, mais est-ce que ça veut dire que si vous entendez Christine Lagarde
07:29tout à l'heure annoncer une hausse d'un quart de point, ça va modifier vos investissements à venir dans
07:34les 6, 12, 18, 24 mois à venir ?
07:38Chez Ametra, on a la chance d'être dans des secteurs d'activité, défense, aéronautique, nucléaire, qui sont en forte
07:43croissance.
07:43Mais si on met à part le cas d'Ametra, et que je vous réponds avec une casquette chef d
07:49'entreprise un peu plus neutre,
07:50la réponse est oui, nécessairement, parce qu'on sait très bien, en tant que chef d'entreprise,
07:54tout ce que l'augmentation des taux de la BCE a comme impact en termes de confiance sur l'investissement,
07:58confiance des ménages, etc.
08:01Et un secteur qui en pratique énormément, évidemment, de la question des taux, c'est l'immobilier.
08:07Et ça c'est essentiel.
08:08Un secteur qui n'est déjà pas très en forme.
08:11Patrick ?
08:12Oui, sur le sujet, oui, on a l'effet immédiat de contact avec les banquiers, donc ça c'est clair.
08:19Alors, qui est un peu différent lorsqu'on est entreprise excedente en trésorerie, puisque là il y a le sujet
08:23du placement.
08:23C'est le grand sujet de la trésorerie, évidemment.
08:25Mais sur le fond, vous l'avez très bien évoqué tout à l'heure, sur le fond, on sait que
08:29c'est un effet immédiat sur les coûts d'approvisionnement,
08:33parce qu'il y a des sujets de taux de change qui sont impactés par l'évolution des taux en
08:38fonction des différentes zones.
08:39Donc même quand on fait un budget en début d'année, et que sans être vraiment exportateur,
08:44mais qu'on se fournit et on s'approvisionne à l'étranger,
08:46dans le budget, vous devez intégrer votre parité pour être à peu près sûr que vous allez arriver à la
08:53fin de l'année positif.
08:55Et naturellement, les taux directeurs ont un impact évident sur les parités des monnaies.
09:01– En Europe, et peut-être aux Etats-Unis, aux Etats-Unis où l'inflation est au plus haut depuis
09:06trois ans,
09:07Françoise, et on attend la semaine prochaine la décision, la première décision de Kevin Walsh à la tête de la
09:12Fed.
09:12– Exactement, et on a la guerre Trump, si je puis dire, contre la Fed, donc ce sera compliqué.
09:20– Enfin, Trump qui vient de dire qu'il adorait l'inflation tout d'un coup, ça c'était hier,
09:24mais qui promet qu'elle va retomber très très vite.
09:27Vrai sujet politique.
09:28– C'est un sujet politique, c'est un sujet économique et c'est un sujet mondial.
09:32– Bon, on attend d'ici, allez, deux heures, deux heures et demie, la décision de la BCE,
09:38très probable augmentation de 0,25 points de PIB,
09:42avec une croissance qui s'annonce compliquée, les prochains mois le seront probablement aussi.
09:48Allez, je voulais qu'on parle du salon Eurosatory Ensemble,
09:51le plus grand salon mondial de l'armement terrestre,
09:54qui ouvre ses portes lundi à Villepinte, il se tiendra du 15 au 19 juin.
10:00Il est placé cette année sous le signe évidemment des nouveaux rapports de force mondiaux.
10:06L'événement s'articulera autour d'une ambition claire, nous dit le ministère des Armées,
10:11se préparer, s'engager et vaincre en coalition aéroterrestre.
10:16Vous faites partie de la base industrielle, technologie et défense,
10:21Anne-Charlotte Freducci, à quoi il faut s'attendre dans cette édition ?
10:25C'est une édition forcément particulière.
10:27– Alors ça sera une édition forcément particulière à Métra Expose au salon,
10:30donc nous allons être acteurs et spectateurs au premier plan de ce salon.
10:35Ça sera une édition particulière parce que c'est une édition de tous les records,
10:38en termes d'exposants, en termes de visiteurs, en termes de délégations,
10:41ce qui démontre un intérêt fort du politique pour le sujet de l'économie de défense,
10:48de la défense en général, et ça démontre aussi un intérêt de nombreux pays étrangers
10:53pour les systèmes qui seront exposés à Eurosatorie,
10:56qui sont notamment des systèmes français et européens.
10:58Ça sera une édition particulière aussi parce que nous aurons 80 exposants ukrainiens.
11:03– Eh oui, ils étaient dix il y a quelques années encore,
11:06on a multiplié par huit le nombre de représentants ukrainiens à Eurosatorie.
11:10– Absolument, et donc ça pose une question politique, nous l'évoquions tout à l'heure,
11:16quelle sera demain au lendemain du conflit la place de l'Ukraine dans l'Europe de la défense ?
11:21Est-ce que c'est l'Ukraine qui a besoin de l'Europe pour se reconstruire au lendemain du conflit
11:25?
11:25Est-ce que c'est l'Europe qui aura besoin de l'Ukraine,
11:27qui sera la première armée européenne, tant en termes de soldats entraînés au combat,
11:33qu'en termes de systèmes développés de manière ultra rapide,
11:36de manière très économique et de manière adaptée au conflit d'aujourd'hui ?
11:40C'est une question et je pense que Eurosatorie nous apportera un élément de réponse
11:44et Ametra est impatient de participer à la conclusion d'accords éventuels avec ces sociétés présentes.
11:52– Je vous disais, 80 sociétés ukrainiennes contre 10,
11:55il y a deux ans, pardon, il y a quelques années, non, c'était en 2024.
11:59En deux ans, on va passer de 10 à 80 sociétés ukrainiennes présentes.
12:04Une autre question pour vous, Anne-Charlotte,
12:05la direction générale de l'armement, qui est le grand donneur d'ordre en France,
12:11a promis, il y a déjà 12 à 18 mois,
12:14qu'il allait donner de la visibilité aux entreprises de la BITD,
12:19de la base industrielle de technologie et de défense en France.
12:23On a l'impression que ça tarde à venir, cet allongement des commandes,
12:27cette visibilité pour les entreprises de l'armement en France,
12:31qui, je le rappelle, sont majoritairement des PME,
12:34ce n'est pas forcément des grands groupes.
12:36– Absolument, chez Ametra, on est 450,
12:38on est une grosse PME, une petite ETI, comme vous voulez,
12:40et je vous confirme que la visibilité des commandes tarde à venir.
12:44La loi de programmation militaire n'est sans doute pas à la hauteur
12:46des ambitions en matière de défense que nous nous donnons.
12:48– Ah oui, pourtant, on a beaucoup augmenté, cette loi de programmation militaire.
12:51– Oui, mais nos ambitions ont augmenté très fortement également,
12:54puisque nous constatons, nous, France, nous constatons que le conflit
13:00est maintenant aux portes de l'Europe et qu'il est nécessaire certainement
13:04pour protéger nos valeurs, nos frontières, d'augmenter encore davantage ce budget.
13:08– Oui, je voudrais rebondir sur ce que vous dites qui est très important.
13:11Alors d'une part sur l'Ukraine, c'est vrai qu'il y a des compétences,
13:14elle acquit des compétences incroyables, notamment pour les drones,
13:17et ça nous pose la question, je n'en suis pas spécialiste, je parle sous votre contrôle,
13:22mais quelle est la bonne répartition en matière d'armement,
13:26quels sont les armements de demain ?
13:29Et est-ce qu'on ne fait pas d'erreurs là-dessus ?
13:31C'est très difficile d'anticiper, mais l'Ukraine nous a montré
13:34qu'il y a des changements qui sont fondamentaux.
13:36Puis le deuxième point sur la loi de programmation militaire,
13:39je regardais la part des dépenses militaires en proportion du PIB en France
13:43entre 1950 et 2021, on est passé de 7,57% du PIB à 2,02,
13:51et là on remonte lentement à 2,5% et avec des projections qui sont un peu plus élevées,
13:56mais on voit que c'est lent la remontée dans un contexte géopolitique
13:59qui est quand même extrêmement menaçant.
14:01Bon, ce qui pose la question des moyens financiers,
14:04effectivement, et l'état de nos finances publiques.
14:06Voilà, mais il y a des choix très forts là,
14:08qui sont sans doute à faire et qui posent la question du politique.
14:10On parle beaucoup de la justice en ce moment aussi,
14:12des moyens alloués à la justice,
14:14qui pourtant est un ministère dont les crédits ont beaucoup augmenté,
14:18mais on voit qu'on n'est pas au rendez-vous des besoins.
14:20J'ajoute un point sur les dépenses militaires qui est très important,
14:23c'est l'effet sur l'innovation,
14:26qui n'est pas du tout négligeable.
14:27Il y a des papiers académiques là-dessus qui sont très intéressants,
14:31notamment du CEPR, de Philippe Aguillon et d'autres,
14:34et qui montrent à quel point l'innovation dans le domaine de la défense
14:36peut avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'économie.
14:40Ça aussi c'est important.
14:41Rappelons-nous, le GPS, l'Internet, leur origine est militaire.
14:44C'est la base de la DARPA aux Etats-Unis, qui sert de l'innovation.
14:47Patrick, vous souhaitiez réagir ?
14:48Le fond aussi des choses, il y a l'outil, les armements,
14:53quel type d'armement, mais pour quelle vision stratégique ?
14:57Et l'échec de l'avion du futur, qui a été annoncé,
15:01dont on parle beaucoup dans la presse,
15:03est vraiment très significatif à cet égard.
15:06C'est-à-dire que comment, dans un contexte
15:10où des pays ont des approches différentes,
15:12par exemple la France, l'approche dissuasion nucléaire que l'on connaît,
15:16l'approche capacité de déploiement de forces armées à l'extérieur de façon autonome,
15:22l'Allemagne beaucoup plus dans une logique de défense du territoire,
15:25et ça, ça fait un avion totalement hybride,
15:28parce qu'il faut un avion qui puisse atterrir sur les porte-avions,
15:32transporter les bombes nucléaires,
15:34mais de l'autre côté être à l'appui de troupes au sol, etc.
15:37Donc, le sujet des outils est extrêmement intéressant,
15:42et notamment cette émergence de ce qu'on appelle la guerre hybride,
15:45et la remarquable réactivité, réaction et compétence de l'Ukraine,
15:49mais au passage, on repose de nouveau le sujet d'une stratégie au niveau européen,
15:56et on restera en retard tant qu'on n'aura pas une stratégie commune.
16:00Aux États-Unis, il y a un client, l'armée, il y a une stratégie, il y a un territoire.
16:04Là, on a des stratégies de nature politique différentes,
16:07et donc, du coup, on augmente les coûts,
16:10parce que le coût de l'avion du futur était augmenté de cette accumulation de réponses
16:16à des besoins différents émis par les différents pays.
16:20Donc, il y a un sujet fondamental de gouvernance et de stratégie,
16:24et on en revient, on l'a beaucoup évoqué sur ce plateau,
16:28à la cohérence de la stratégie européenne.
16:31Quand est-ce qu'on se mettra à peu près d'accord ?
16:34Et à partir de là, c'est comme si, dans une entreprise,
16:38avec 8 ou 10 filiales, on décide de lancer un nouveau produit,
16:43et la filiale X vous dit, oui, mais le produit, il faut qu'il soit de telle façon.
16:47La filiale Y vous explique que son client, non.
16:49Et donc, vous faites un produit qui n'est plus un bon produit,
16:53parce que vous faites une espèce de quelque chose de totalement hétérogène,
16:57et qui ne répond plus directement aux besoins.
16:59Ou un produit qui ne sort pas, tout simplement, puisqu'on a hété l'échec.
17:01Ou un produit qui n'est pas acheté, parce que finalement, il n'est pas bon.
17:05Comme il a voulu, c'est un peu un nivellement par le bas,
17:07comme il a voulu répondre à tous les besoins,
17:09il n'est plus performant pour le besoin X exprimé.
17:13Quelle leçon vous tirez de l'échec du SCAF, Anne-Charlotte Renemchi ?
17:20Ce qui est sûr, c'est qu'on est parti avec une belle idée en tête.
17:24Il y avait une volonté politique qui a été exprimée entre la France et l'Allemagne,
17:27mais finalement, cette volonté politique ne s'appuyait pas sur un cahier des charges industrielle cohérent.
17:32Il est vrai qu'en France, nous avons un porte-avions,
17:35nous avons une arme de dissuasion nucléaire à faire porter par nos avions.
17:39Ce n'est pas le cas des Allemands.
17:40Et dans cette volonté politique, on a, me semble-t-il, un peu oublié
17:44d'associer les industriels dès l'origine.
17:46Or, s'il n'y a pas de cohésion entre les industriels,
17:50de coopération entre les industriels,
17:51et s'il n'y a pas d'alignement des besoins des forces armées,
17:54il n'y a pas de coopération possible.
17:56Il y a aussi sur ce sujet, mais attention,
18:00parce qu'on n'est pas dans le cœur des négociations
18:03et de tout ce qui s'est passé,
18:05mais nous avons aussi une vraie question,
18:09c'est que la France est très très en avance sur l'aspect technologique,
18:13donc il y a une notion de propriété intellectuelle,
18:15et l'Allemagne a une capacité industrielle tout à fait remarquable.
18:20Mais entre la propriété intellectuelle et la capacité industrielle,
18:25et deuxième élément, on se retrouve dans un schéma
18:27où nos partenaires allemands disent
18:29« mais comme on finance, on devrait avoir droit
18:32à l'accès à la propriété intellectuelle ».
18:34C'est comme si un fonds d'investissement dans une entreprise
18:36vous expliquait qu'on va bâtir quelque chose ensemble,
18:39mais comme je te finance,
18:41la propriété intellectuelle, il faut aussi que je l'ai.
18:44Ben non, ça ne marche pas comme ça.
18:46Dassault étant le seul à avoir ce logiciel de stabilisation
18:49des avions de chasse avec un acteur américain,
18:52Nogeo, oubliez le nom,
18:53mais qui ne voulait pas le transférer effectivement.
18:55On en revient aux intérêts,
18:57parce qu'ils ne sont pas des intérêts communs.
18:58C'est vrai que la volonté politique,
19:00comme vous l'avez dit madame, ne suffit pas,
19:01mais en plus elle a plus ou moins disparu.
19:04Et donc ça c'est un sujet.
19:06Alors on cherche d'ailleurs d'autres partenaires,
19:08des partenaires européens,
19:09de substitution, je pense aux tractations avec ça par exemple.
19:14Donc ce n'est pas fermé l'Europe de la défense,
19:18mais on voit bien que ce sont des partenariats un à un,
19:22et on n'a pas une logique de défense européenne pour l'instant,
19:24et on en est très loin malheureusement.
19:26Vous pourriez faire des opérations chez Ametra
19:27de croissance externe européenne ?
19:30Oui, évidemment.
19:31Ametra est allée s'implanter en Tunisie et en Inde
19:34pour accompagner ses clients.
19:36Alors lorsque nous avions des usines
19:38que nous avons cédées l'année dernière
19:39pour faire un recentrage stratégique
19:40sur les activités de bureaux d'études,
19:42mais nous regardons aujourd'hui une implantation en Belgique
19:45parce que nos clients de la défense en ont besoin,
19:47voire une implantation en Allemagne.
19:48Donc oui, évidemment, nous irons là
19:50où les clients d'Ametra nous entraînent.
19:52Ce que je vous entends là,
19:53c'est que cette consolidation européenne,
19:55elle doit se faire par l'industrie
19:56et par les acteurs de l'entreprise
20:00avant de lancer par le politique en réalité.
20:02En parallèle à mon avis, il faut les deux.
20:04C'est-à-dire qu'il faut une volonté politique
20:06et il faut des coopérations industrielles
20:07qui aient du sens, qui créent de la valeur
20:09et qui répondent à l'expression besoin politique.
20:12La Suède nous a acheté quatre frégates récemment.
20:14Donc on voit qu'il y a des choses qui peuvent arriver
20:17et qui peuvent se passer.
20:19C'est vrai que la volonté politique est indispensable,
20:21mais ça doit se négocier en même temps,
20:23l'industrie et le politique.
20:24Oui, et le politique,
20:25et qui doit aussi mettre les voies et moyens,
20:27les conditions de l'essor d'une industrie européenne,
20:30faciliter un peu le travail.
20:31On en parlera dans la seconde partie de l'émission.
20:33Juste avant la coupure pub,
20:35je voulais qu'on touche un mot.
20:36Tous ces sujets, on va en parler
20:37aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, Françoise.
20:40Bien entendu, le premier week-end de juillet,
20:42comme chaque année,
20:43avec énormément de monde,
20:45les 2 et 3 juillets,
20:46il y aura trois grandes thématiques qui vont ressortir.
20:49Celle de la jeunesse, essentielle,
20:52la géopolitique, bien entendu,
20:54avec toutes les questions qui se posent,
20:56les reconfigurations nord-sud, notamment.
20:58Et puis, le troisième élément,
21:01est-ce qu'on peut encore parler de progrès,
21:03comment et en quels termes ?
21:05Et donc, ce seront les trois thématiques centrales.
21:07À un moment particulier,
21:08qui est le lancement de la présidentielle aussi.
21:11J'imagine qu'on aura beaucoup d'acteurs politiques
21:13qui vont venir vous voir.
21:13Évidemment, on aura beaucoup d'acteurs politiques.
21:15On a beaucoup d'acteurs étrangers
21:16qui pourront nous éclairer aussi,
21:18des ministres,
21:19des gouverneurs de banques centrales, etc.
21:21Vraiment, on a de très belles rencontres
21:23qui se préparent.
21:24Bon, eh bien, rendez-vous les 2 et 3 juillet
21:28à Aix-en-Provence
21:29pour les rencontres économiques.
21:30C'est disponible, évidemment,
21:32sur Internet.
21:33Pour ceux qui n'auront pas la chance
21:35de s'y déplacer.
21:36BFM Business, il sera, bien sûr,
21:39dès la matinale.
21:41Les experts,
21:41deux émissions spéciales en direct
21:44d'Aix-en-Provence
21:45avec plein de beaux mondes sur le plateau.
21:48Ne ratez pas cet événement,
21:50bien sûr,
21:51qui clôture l'année économique
21:53en général.
21:55Et prépa la suivante,
21:57absolument,
21:57qui s'annonce absolument passionnante.
21:59Allez, ne quittez pas.
22:00On va revenir sur des questions
22:03un peu moins militaires
22:04en deuxième partie.
22:05On va revenir notamment
22:06sur ce rapport de la Cour des comptes
22:08qui s'est penché
22:09sur la prime d'activité,
22:10une prime d'activité
22:11qui coûte plus de 10 milliards
22:12et qui, estime la Cour,
22:15aurait des effets sur l'emploi
22:16qui ne sont pas démontrés.
22:18On va décortiquer ça ensemble.
22:20Et puis, on reviendra
22:21sur la présentation par Bruxelles.
22:23On parlait de cette consolidation européenne.
22:25Bruxelles qui essaie
22:26de simplifier la vie des entreprises.
22:28Un nouveau paquet Omnibus
22:29a été présenté par la Commission.
22:30On verra ce qu'il recouvre.
22:33Ne quittez pas,
22:34on se retrouve tout de suite.
22:34On se retrouve tout de suite.
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