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  • il y a 2 heures
Ce mercredi 10 juin, le débat sur l'encadrement des honoraires médicaux, face à l'explosion des dépassements abusifs atteignant 49 milliards d’euros en 2025 et touchant principalement les chirurgiens, a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Ça c'est Emmanuel Lechip, c'est Jean-Marc Daniel.
00:023000 médecins ont des taux d'honoraires excessifs, ça fait 49 milliards d'euros en 2025.
00:06C'est une hausse de 69% en 5 ans.
00:09Les plus concernés, c'est les chirurgiens.
00:11Alors la question de ce matin, est-ce qu'il faut encadrer les honoraires des médecins ?
00:14Emmanuel, qu'est-ce que vous dites ?
00:16Ah non, mais cette affaire des dépassements d'honoraires,
00:19puisque c'est de ça qu'il s'agit, c'est un véritable cancer pour le système de santé français.
00:24Les dépassements, c'est tout le contraire de l'esprit de notre sécurité sociale
00:30qui consiste à ce que chacun soit soigné en fonction de ses besoins et pas de ses revenus.
00:36Or, aujourd'hui, la réalité, c'est que pour accéder à certains spécialistes,
00:40le prix devient un critère de sélection implicite.
00:44Vous avez les moyens, vous pouvez consulter rapidement.
00:47Vous n'avez pas les moyens, vous ne consultez pas.
00:49Bref, on est dans un système dans lequel la carte bleue est en train de remplacer la carte vitale
00:54et ça, ce n'est pas l'esprit du système français.
00:56Deux, ces dépassements d'honoraires, ils aggravent les déserts médicaux.
01:00Ils aggravent les déserts médicaux parce qu'aujourd'hui,
01:03la possibilité de pratiquer ces dépassements d'honoraires
01:06attire les spécialistes vers les zones les plus aisées.
01:10Donc, vous allez avoir plein de spécialistes à Paris, à Lyon, à Neuilly, sur la Côte d'Azur.
01:15Et puis, les territoires ruraux et les villes moyennes, vous n'en aurez pas.
01:19Donc, ce n'est pas seulement une question de discrimination par le prix,
01:24c'est aussi une question de discrimination par le territoire.
01:28Franchement, ces dépassements d'honoraires, est-ce qu'ils améliorent vraiment la qualité des soins ?
01:33Est-ce que parce que vous payez deux fois plus cher, vous êtes me soigner ?
01:36Non, je ne crois pas.
01:38Donc, oui, effectivement.
01:39Et puis alors, les complémentaires, elles payent,
01:42mais au final, c'est répercuté sur la facture.
01:45C'est un système qui est devenu incontrôlable, qui crée de la ségrégation dans l'accès aux soins.
01:49Donc, il faut en finir avec tout ça, sachant que la condition, ça doit quand même être une revalorisation du
01:54prix moyen des consultations.
01:56On y arrive.
01:57Jean-Marc, vous dites, ne touchez pas au dépassement d'honoraires.
01:58Ah oui, oui, le dépassement d'honoraires, c'est un peu de liberté dans un système qui est en train
02:02de s'effondrer
02:03et de créer la pénurie par excès de réglementation.
02:07C'est-à-dire que le principe de la sécurité sociale d'Ambroise Croizat,
02:11qui n'a pas créé la sécurité sociale, contrairement à ce qu'on pense,
02:14elle a été créée un peu avant qu'il ne soit nommé ministre,
02:16mais le commentaire qu'il a fait, c'est qu'il faut que chacun paie selon ses moyens
02:20et reçoive selon ses besoins.
02:22Et donc, le bilan de ça, c'est que ça a tout le temps été en déficit.
02:24Et la conséquence, c'est que ce déficit désormais est géré par l'État,
02:29qui, au lieu d'améliorer la situation, a aggravé la situation.
02:31Donc, on arrive à cette situation aberrante.
02:33Vous avez un secteur 1, qui est le secteur où tout le monde, normalement, peut aller.
02:38Le secteur 2, où il y a les dépassements d'honoraires,
02:40qui permet d'avoir une situation meilleure,
02:43qui va vers 90% des spécialistes, d'après un rapport récent.
02:46Et puis, ce secteur 3, où il y a les gens qui refusent tout accord avec la sécurité sociale.
02:51Le bilan de tout ça, quand on regarde comment ça fonctionne,
02:53c'est que le passage dans le secteur 1 au secteur 2
02:56dépend du choix qui est fait sur la rémunération dans le secteur 1.
03:00Vous pouvez modifier complètement et faire en sorte que les gens n'arrivent pas vers le secteur 2,
03:03si vous augmentez...
03:04Donc, si vous augmentez le prix de la consultation, vous n'avez plus de dépassement d'honoraires.
03:06Donc, vous êtes dans une situation où vous avez des médecins qui ont un raisonnement économique,
03:11parce qu'ils font un calcul,
03:12et puis vous avez une administration étatique
03:14qui est censée incarner la rationalité économique
03:16et qui fait un raisonnement comptable,
03:18qui se retourne complètement contre elle.
03:20Et donc, il faut mettre un terme à tout ça.
03:22Le problème de la santé, globalement,
03:24c'est le fait que c'est un marché à tierces personnes.
03:27C'est-à-dire, celui qui paie n'est pas celui qui consomme.
03:29Celui qui consomme, c'est le malade,
03:32et il ne peut pas être en situation de concurrence,
03:35parce qu'il n'a pas la même information que le service qui lui est rendu,
03:38que la personne qui lui rend un service.
03:40Le médecin en sait plus, normalement, que le malade.
03:42Donc, il y a une tierce personne qui paie et qui a l'information.
03:45Or, cette tierce personne,
03:47elle ne joue pas le jeu de la concurrence,
03:49et elle a des raisonnements qui sont des raisonnements
03:50de court terme, comptables et étatistes.
03:53Donc, il faut exploser tout ça.
03:55Il faut garder le peu de liberté qu'il y a encore dans le système,
03:57et amorcer la privatisation
03:59et la mise en concurrence de la sécurité sociale.
04:01Mais du coup, ça fait une consultation de secteur 1 à quel niveau ?
04:04Ça va vous augmenter de combien ?
04:05Je pense que quand ce sera des compagnies d'assurance
04:07qui géreront,
04:08chacune définira son accord.
04:11Et c'est elles qui feront pression sur les médecins.
04:12Et c'est elles qui feront pression sur les médecins.
04:14Et la conséquence de ça,
04:15c'est qu'effectivement,
04:16les gens auront la vérité des prix.
04:18Parce qu'on est dans une situation
04:20où les gens,
04:20donc chacun selon ses moyens,
04:22les gens n'ont même pas conscience
04:23de la réalité de ce qu'ils paient.
04:25Et quand on leur dit
04:25« Mais ce sont vos charges sociales,
04:27vos cotisations sociales »,
04:28ils lurent en disant
04:29« Ah mais oui, mais le brut est beaucoup trop grand
04:31par rapport aux dettes,
04:32il faut supprimer les cotisations sociales. »
04:35Jean-Marc, on est bien dans le
04:36« à chacun selon ses moyens »,
04:37selon votre perspective,
04:40mais on n'est pas à chacun selon ses besoins.
04:42Et c'est bien ça
04:43qui est quand même le problème.
04:45Le problème, c'est que
04:46d'abord,
04:49si on reste sur un choix financier,
04:51on sait très bien,
04:52quand je vous disais
04:53« La carte bleue ne doit pas remplacer la carte vitale ».
04:56Mais le problème,
04:56c'est que la carte bleue,
04:57ça s'accompagne aussi
04:58de l'asymétrie d'informations.
05:00Quand vous dites
05:00« Il y a une asymétrie d'informations
05:01entre les patients et les médecins »,
05:03mais c'est pire que ça.
05:04C'est-à-dire qu'il y a une asymétrie d'informations
05:06entre les patients.
05:08C'est-à-dire que la réalité,
05:08vous la connaissez comme moi,
05:10c'est qu'il y a les patients
05:11qui ont de l'argent
05:12des niveaux intellectuels
05:14et sociaux élevés
05:15qui savent qui sont les bons médecins
05:16parce qu'ils ont du piston
05:17des relations, etc.,
05:18et les autres qui ne les connaissent pas.
05:19Donc, c'est un double.
05:22C'est surtout
05:23qu'il faut voir un spécialiste
05:23ou prendre le train, déjà.
05:25Et la réalité,
05:26Jean-Marc aussi,
05:27c'est que dans votre système,
05:28que je vois très bien
05:29se dessiner de concurrence,
05:30qu'est-ce qui va se passer ?
05:31C'est que vous aurez
05:31chaque compagnie,
05:32chaque mutuelle
05:33qui aura ses réseaux de médecins,
05:35etc.,
05:35et que la réalité,
05:36c'est que vous aurez quand même
05:37une sélection par l'argent.
05:39Dernier mot, Jean-Marc.
05:40Oui, oui.
05:41D'abord,
05:41je suis toujours très surpris
05:42des gens qui considèrent
05:43que nos concitoyens
05:44sont incapables de s'informer,
05:46incapables de prendre
05:46de responsabilités,
05:47qu'il faut leur prendre la main
05:48pour les conduire
05:49vers leur bien-être
05:50et leur bien-être.
05:51La deuxième chose,
05:51c'est qu'effectivement,
05:53quand on dit à chacun
05:54selon ses moyens,
05:56mais il faut respecter ses besoins,
05:57le bilan,
05:58c'est qu'on a un système
05:59qui est en train de mourir
06:00et tout fait sous le déficit.
06:01Donc, il faut revenir
06:02à la réalité des prix.
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