00:00Il est 7h12, passe d'armes ce matin également entre le MEDEF et le gouvernement.
00:04Alors ça se fait à coup de courrier, c'est quand même relativement poli,
00:07mais après la lettre de Patrick Martin a planté ses voeux,
00:10une règle d'or face à des politiques qui sont selon lui irresponsables.
00:13Sébastien Lecornu a répondu, il dit que c'est mal connaître les fonctionnements budgétaires,
00:18alors il propose de regarder, de commencer par regarder,
00:21par les allégements de charges et les aides.
00:23Bonne ambiance. Emmanuel, vous êtes dans quel camp ?
00:25Bah écoutez, finalement on se rend compte que Sébastien Lecornu
00:29acquiert jour après jour toutes les vieilles ficelles des politiciens
00:33qui ont ruiné la France, c'est-à-dire en gros, c'est pas de ma faute,
00:36vous ne comprenez rien, vous êtes irresponsable, c'est pas moi,
00:41moi je vous donne des leçons sur la façon, ne me donnez pas des leçons sur la façon de gérer
00:44l'État,
00:44mais quel reçon il a reçu de gérer l'État plus politiquement, je vous le dis, ça se fait pas.
00:48En fait le MEDEF n'a jamais reçu cette lettre, voilà, donc qu'est-ce qu'on fait ?
00:51Qu'est-ce qu'on fait ? Donc on donne à la lettre, à la presse, etc.
00:54C'est vraiment des méthodes de politiciens impuissants, roublards,
00:59finalement c'est extrêmement décevant de la part d'un Premier ministre
01:03qui va avoir un bilan budgétaire absolument catastrophique,
01:07qui à part assurer la survie de son gouvernement au détriment de l'intérêt du pays et des entreprises,
01:12finalement n'aura strictement bien fait.
01:14Et les entreprises, pardon, elles ont quand même le droit de se plaindre,
01:16parce que qui sont aujourd'hui les principales victimes ?
01:20Qui est aujourd'hui le plus fragilisé par l'incurie budgétaire ?
01:23Évidemment Sébastien Lecornu n'est pas le seul responsable, c'est quand même les entreprises.
01:26Qui paye le plus d'impôts au monde, quasiment comme entreprise ?
01:31C'est les entreprises françaises.
01:32Qui finance réellement le modèle social ?
01:34Arrêtons de croire que c'est les entreprises, que c'est les Français.
01:37Ce sont les entreprises.
01:38Je vous renvoie, entre parenthèses, à un formidable échange
01:41que vous verrez dans la librairie de l'écho samedi
01:43entre Jean-Pierre Levade pour son nouveau livre et Jean-Marc Daniel.
01:46Vous savez quand même que Jean-Pierre Levade a été le professeur à Polytechnique de Jean-Marc Daniel.
01:49Et Jean-Pierre Levade, il nous dit dans son dernier livre
01:51qui ausculte les faiblesses du modèle français,
01:53il dit mais attendez, le modèle social français, c'est les entreprises qu'il paye.
01:57Donc elles ont le droit de se plaindre et elles disent quoi ?
01:59Elles disent bah ouais, ce serait pas mal si on élaborait une règle d'or budgétaire,
02:03c'est-à-dire qu'on contraignait les dépenses.
02:05Mais qu'est-ce qu'on fait quand on a affaire à un alcoolique ?
02:07Qu'est-ce qu'on fait quand on a affaire finalement à quelqu'un qui est accro au jeu ?
02:11Bah on l'interdit de casino.
02:12La règle de l'orthodoxie budgétaire de base,
02:16c'est quand vous êtes accro au jeu,
02:17on vous interdit de casino pour essayer de dépenser à peu près correctement.
02:22Donc la demande du MEDEF d'un peu d'or dans la gestion des finances publiques,
02:27elle n'est pas déraisonnable.
02:28Jean-Marc, vous n'avez pas contredit votre professeur ?
02:30Ah non, je n'ai pas contredit mon professeur,
02:32d'ailleurs je lui ai rappelé dans le couloir et après sur le plateau
02:37que j'avais acquis la conviction qu'il fallait que je m'engage dans une carrière d'économiste
02:41grâce à son enseignement et à celui d'un de mes autres professeurs
02:44qui était Lionel Stollerud.
02:45Donc vous êtes d'accord sur le fait que les entreprises financent le modèle social ?
02:49Alors je suis pro-entreprise, je suis contre effectivement la méthode
02:52qui a été adoptée par le MEDEF qui consiste à se mêler de ce qui ne le regarde pas.
02:56J'ai une référence en la matière qui est le responsable du patronat,
02:59Claude-Joseph Gignot qui était l'ancêtre de Patrick Martin à l'époque du Front Populaire.
03:04Donc tout le monde parle du Front Populaire, 90 ans après,
03:07il a écrit un texte qui s'appelle « Patrons, soyez des patrons ».
03:10Et il disait au patron, écoutez, ne vous mêlez pas d'un certain nombre de choses
03:13qui ne vous regardent pas.
03:14Défendez l'entreprise, défendez le droit de propriété,
03:18faites en sorte qu'effectivement les autorités,
03:20quand il y a une occupation d'usine,
03:21puisqu'au moment du Front Populaire il y avait une occupation d'usine,
03:24que les autorités évacuent l'usine.
03:26C'est ça que vous devez attendre de l'État.
03:27En revanche, ne vous mêlez pas de savoir
03:29s'il faut ou non faire une politique de grands travaux,
03:32s'il faut équilibrer le budget,
03:34s'il faut intervenir en Espagne, ça ne vous regarde pas.
03:36Mais ça, ça marche si vous n'avez pas de pression fiscale.
03:38Vous êtes bien obligé de négocier sur le niveau de votre pression fiscale.
03:41Mais dans une démocratie, la pression fiscale,
03:43elle est déterminée par les représentants du peuple.
03:46C'est-à-dire les gens qui votent les impôts.
03:47Donc c'est une donnée, point.
03:50Si Patrick Martin n'est pas content,
03:52il va voir son député, il lui explique que ça ne va pas du tout.
03:57Mais en tant que chef d'entreprise,
03:58de même que vous proponez le texte de Milton Friedman
04:02sur Business of Business is Business,
04:05de même dans ce texte, Milton Friedman dit au patron,
04:07écoutez, faites des profits.
04:09Vous êtes dans un cadre qui est déterminé.
04:12Le cadre en question, la réaction en question,
04:14c'était à la réaction des lois de l'affirmative action.
04:17Donc Friedman dit, écoutez, on vous demande
04:19d'embaucher une certaine quantité de personnes
04:22d'origine afro-américaine.
04:24Faites-le, mais ne prenez pas position en disant
04:26c'est génial ou c'est contraire à mes intérêts.
04:30On ne négocie pas le cadre.
04:31Vous ne négociez pas le cadre.
04:32Je pense que dans cette affaire,
04:34je vais conclure avec toujours Claude-Joseph Gignot.
04:37Claude-Joseph Gignot était dans la commission Rue F-Armand.
04:41Donc on est dans les années 60.
04:43Il a fait sa carrière.
04:44On est 30 ans après.
04:45Et il s'abstient.
04:46Et Jacques Rue F vient lui dire,
04:47mais pourquoi vous vous abstenez ?
04:49Il dit, écoutez, si jamais quelqu'un dit
04:51les conclusions de la commission ont été soutenues
04:54par le patronat,
04:55vous êtes sûr qu'immédiatement,
04:57ces conclusions vont être flinguées.
04:58Au mystère.
05:00Et donc, la conclusion de ça,
05:01c'est le familiste Florian qui l'a donnée.
05:05Pour vivre heureux, vivons cachés.
05:07Chacun son métier et les vaches seront bien gardées.
05:10Emmanuel.
05:10Mais ça, la stratégie, Jean-Marc,
05:12personne ne vous le contestera.
05:13Ah, je suis désolé,
05:14mais quand vous habitez dans un immeuble,
05:16vous arrivez,
05:16il y a un règlement de copropriété,
05:18vous le subissez,
05:19vous êtes d'accord,
05:20vous n'êtes pas d'accord,
05:20mais vous le respectez.
05:21Par contre,
05:22quand vous avez des voisins
05:22qui font n'importe quoi,
05:23quand vous avez des voisins
05:24qui font du tapage nocturne,
05:25qui vous pourrissent la vie,
05:26comme l'État pourrit la vie
05:27aux entreprises aujourd'hui,
05:28qu'est-ce que vous faites ?
05:29Vous appelez la police ?
05:30Ben oui, c'est normal.
05:31Parce que là,
05:31c'est une question de survie.
05:33C'est-à-dire,
05:34voilà,
05:34donc quand même,
05:36aujourd'hui,
05:36parce que l'État est un pécunieux,
05:38parce que l'État français
05:39est celui qui trahit le plus
05:41tous ses engagements
05:42de redressement des finances publiques
05:43depuis 50 ans
05:45et c'est de pire en pire,
05:46puisque on est quand même
05:47le pays qui réussit
05:50à avoir des ministres
05:51de l'économie
05:52qui, les uns,
05:53sont nommés à la Cour des comptes
05:55qui est quand même censé
05:56diriger le pays
05:57quand ils ont des performances
05:58à 3% de déficit public.
06:01Non, on n'est pas sur le même débat.
06:03C'est qu'on nomme en plus
06:04après des gens
06:05qui, à la Cour des comptes,
06:06sont des gens
06:07qui ont comme performance
06:08des déficits de 5% du PIB.
06:10Donc, il y a un moment
06:11où cette incurie budgétaire
06:12généralisée,
06:13il faut bien qu'il y ait
06:14quelqu'un de responsable
06:15qui tire la sonnette d'alarme
06:16et qui essaie de demander
06:18qu'il y ait un adulte
06:20quelque part
06:20à la gestion des finances publiques.
06:21Alors, effectivement,
06:22je crois qu'on est un peu hors débat.
06:24Deux remarques par rapport à ça.
06:25Sur le plan des règles
06:26en tant que telles,
06:27on a voté un traité,
06:28il suffit d'appliquer le traité
06:29et le traité prévoit
06:30qu'on équilibre
06:31les comptes publics
06:32en acceptant simplement
06:33des déficits conjoncturels.
06:35Et je maintiens,
06:36la démocratie repose
06:37sur le fait
06:38que les règles budgétaires
06:39sont déterminées
06:40par les représentants du peuple
06:41élus au Parlement.
06:42Mais la démocratie,
06:43ça suppose aussi,
06:44j'en remarque,
06:44que ces règles,
06:44on les respecte
06:45et qu'on ne les trahisse pas
06:46année après année.
06:48Comme tout débat,
06:49vous avez le droit
06:49de continuer dans le couloir
06:51puisque c'est là
06:52où finissent évidemment
06:52les débats sur des business.
06:55Si vous continuez.
06:55Jamais en dehors de l'antenne.
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