00:00Le Chypre, c'est Jean-Marc Daniel. Le patronat veut changer les règles pour les ruptures conventionnelles,
00:05mettre en place un système spécifique pour ceux qui en ont signé une.
00:09Est-ce qu'on peut continuer à financer l'entrepreneuriat et les congés sabbatiques avec les ruptures conventionnelles ?
00:14Emmanuel.
00:16Quelle présentation caricaturale.
00:19Attention, attention, on ne s'attaque pas.
00:21Vous voulez les profils quand même, des gens qui ont des ruptures conventionnelles ?
00:25Si vous voulez, c'est toujours pareil.
00:28Pour quelques abus, vous avez un nombre d'avantages qui sont quand même assez substantiels à ce qui est devenu
00:35finalement une sorte de monument historique de notre patrimoine social.
00:40Mais bien sûr, c'est devenu un outil considérable.
00:42Alors l'argument massue, c'est ça coûte cher, c'est un quart de l'indemnisation d'assurance chômage, 9
00:48milliards, il faut mettre fin aux abus.
00:50Mais la réalité, c'est que quand vous mettez bout à bout tous les avantages que procure finalement cette rupture
00:55conventionnelle,
00:56vous vous rendez compte que si on ne l'avait pas, ça coûterait beaucoup plus cher.
01:00C'est quand même un outil qui a permis de sortir du face-à-face un peu stérile entre démission
01:09et j'ai pas de chômage, licenciement, conflits contentieux.
01:13Vous ne pouvez pas nier que s'il y a beaucoup moins de prud'hommes aujourd'hui, moins de tensions,
01:18moins de licenciements à billets, etc.
01:19C'est quand même grâce à la rupture.
01:20C'est rien qui passe.
01:21Voilà, bon, très bien.
01:22Donc déjà, regardez ce que ça économise.
01:24Vous ne pouvez pas dire que dans le pays qui, rappelons-le, est le pays de l'OCDE qui a
01:30la plus mauvaise allocation de son capital humain,
01:33c'est le pays, la France, qui gaspille le plus son capital humain,
01:37puisque c'est le pays dans lequel vous avez le plus de gens qui sont surqualifiés par rapport aux postes
01:42qu'ils occupent.
01:43Vous avez, grâce à la rupture conventionnelle, une meilleure allocation des compétences.
01:48Et ça aussi, ça ne se voit pas, ce n'est pas palpable, mais macroéconomiquement, ça a un effet positif.
01:52Vous ne pouvez pas nier que ça améliore quand même la mobilité professionnelle,
01:56mais ça c'est un peu dans le même ordre que ce qu'on a dit précédemment.
01:58Sauf que quand des salariés ne sont pas heureux dans leur boulot actuel et que ça pourrit le climat social
02:03de l'entreprise,
02:04que ça pourrit l'avis du patron qui se dit « comment je vais m'en débarrasser ? »,
02:07c'est quand même un outil bien pratique.
02:08Bon, bref, tout ça, moi je veux bien qu'on se batte contre quelques abus, etc.
02:13Mais grosso modo, c'est devenu un outil extrêmement précieux.
02:16Enfin, Caroline Morrison nous racontait que même les syndicats disent qu'il y a beaucoup trop d'abus
02:20et que justement, le problème, c'est le profil des gens qui sont en rupture conventionnelle.
02:23Mais je ne veux pas ôter le pain de la bouche de Jean-Marc.
02:25Mais oui, je pense que vous avez raison de décrire ce qui se passe.
02:29au travers de phénomènes qu'Emmanuel définit comme caricaturaux.
02:33Mais c'est peut-être des détails, mais le diable est dans les détails.
02:36Et donc, il faut quand même regarder la situation de l'UNEDIC.
02:38L'UNEDIC, c'est 60 milliards d'euros de dettes.
02:41C'est encore un déficit qui va cette année être aux alentours d'un milliard, un milliard et demi.
02:46Et donc, le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux de regarder de près la gestion de l'UNEDIC
02:50pour essayer de faire des économies et d'amorcer de façon concrète le désendettement.
02:57Et donc, c'est une proposition du patronat, de l'ensemble d'ailleurs des organisations patronales
03:01qui sont d'accord sur les réformes, qui visent essentiellement à réduire les durées d'indemnisation
03:06et à durcir les conditions d'accès à ces ruptures conventionnelles.
03:10Alors, je rappellerai à ce propos de nouveau trois choses, comme d'habitude.
03:14La première, c'est la formule de Manuel Valls.
03:16Pour qu'il y ait des employés, il faut qu'il y ait des employeurs.
03:19Donc, si on veut véritablement réduire le chômage,
03:21dans une période qui est une période où il a plutôt tendance maintenant à réaugmenter,
03:25il faut effectivement écouter ce que disent les employeurs.
03:29C'est-à-dire essayer de faire en sorte que la parole des gens qui vont créer les emplois soit
03:34mise en œuvre.
03:35La deuxième remarque que je ferai, c'est que les travaux académiques sur l'indemnisation du chômage
03:40je t'y avais donné notamment, il y a toute une série de travaux qui ont débouché en 2010
03:43sur le prix Nobel de Peter Diamond et de deux autres personnes.
03:46Ils ont mis en avant qu'un des enjeux autour de la durée d'indemnisation.
03:50Et ce qu'ils ont proposé, c'est qu'il y ait une durée d'indemnisation qui ne soit pas
03:53nulle.
03:54On ne va pas réclamer aux gens d'être immédiatement sur le marché du travail
03:57parce qu'on retrouverait cette situation que décrit, mais qui est dans la bouche d'Emmanuel probablement exagérée,
04:02une surqualification des gens par rapport aux emplois qu'ils exercent.
04:05Parce qu'il faudrait vérifier la qualification objective et réelle des gens qui détiennent,
04:10certains diplômes.
04:10Mais si on va...
04:11Vous êtes durs là !
04:14Si on va effectivement dans l'analyse...
04:16Les gens se croient super surqualifiés !
04:19Quand on va dans l'analyse des durées...
04:20Tous les étudiants n'ont pas fait Sciences Po, Jean-Marc.
04:22Oui, oui, oui.
04:24Oui, c'est sûr.
04:25Sciences Po, pour Jean-Marc, il y en a déjà...
04:27Il y en a qui ont fait des études, c'est sûr.
04:29C'est autodidacte pour Jean-Marc.
04:31Oui, oui, totalement.
04:32Minimum, c'est polytechnique.
04:34Et donc, la durée qui est évaluée par ces travaux, c'est entre 12 et 14 mois.
04:40Et donc, un des enjeux, effectivement, de notre système d'une édic, c'est de revenir
04:44à des modes d'indemnisation, qu'ils soient des modes d'indemnisation, autour d'une
04:49durée de 12 à 14 mois.
04:51Et le troisième élément, puisque j'ai trois éléments, je pense qu'effectivement,
04:56c'est un des derniers endroits où le paritarisme fonctionne encore, même si l'État s'en
05:00mêle de plus en plus.
05:01Je pense que les partenaires sociaux ont intérêt, y compris les syndicats, à trouver
05:05un accord, et que faire un milliard d'économies sur des situations qui sont des situations
05:09qui ont généré beaucoup d'abus, c'est une façon aussi de sauver le système
05:13et de permettre à ce système, qui n'a pas totalement démérité, de continuer
05:17à vivre, même si je pense qu'à terme, puisque c'est une assurance, comme toujours
05:22dans toutes mes chroniques, je vais conclure par le mot simple, prix, va, si, si, si, si.
05:28Non, moi je pense qu'il faut, je voulais souligner quand même un point, qui est que
05:32dans la période qu'on vit, qui n'est pas une période d'innovation incrémentale,
05:36mais une période d'invention, vous avez quand même la moitié des entreprises aujourd'hui
05:42qui ont été créées par des gens qui sont passées par ces périodes de chômage.
05:45Donc, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, grâce à cette indemnisation généreuse,
05:50ok, de surdiplomés, ok, et bien vous avez des gens qui ont eu l'opportunité, le temps
05:57de créer leur boîte, de créer des emplois, etc.
06:01Et donc, si, mais...
06:03Quand on leur avait donné 12 ou 14 mois et pas 18 mois, ils auraient quand même créé
06:07une boîte.
06:08Peut-être, mais dans un contexte où vous avez par ailleurs beaucoup de vent contraire
06:12pour ceux qui veulent créer leur boîte, moi je pense que c'est une petite oasis, et
06:16attention, les oasis, ce sont des écosystèmes fragiles.
06:20L'entrepreneuriat remercie donc Pôle emploi et le système de chômage.
06:24Mais vous croyez que Pôle emploi...
06:25Non mais rien, je veux juste dire...
06:27Vous croyez que l'assurance chômage ne remercie pas tous ces créateurs d'entreprises
06:30d'apporter des généreuses cotisations grâce aux emplois qu'ils créent, etc.
06:33Donc, vous considérez que vous, que c'est un système positif qui s'auto-alimente ?
06:38Je ne nie pas qu'il y ait quelques abus, mais toujours cette volonté de jeter le bébé
06:42avec l'eau du bain, non, non, et non.
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