00:03Bonjour, Lucien Benathan, bienvenue.
00:05Bonjour.
00:06Lucien, vous défendez l'idée d'un pharmacien acteur de premier recours, c'est ce que je disais en introduction.
00:12Aujourd'hui, l'officine reste encore centrée sur la dispensation.
00:17Qui pourrait réellement opérer ce basculement vers un rôle de santé plus large ?
00:23Je pense qu'aujourd'hui, il faut reconnaître que le médecin est quelque peu absent.
00:31Nous, nous sommes parisiens, nous ne rencontrons pas cette problématique.
00:36Et il faut regarder qu'aujourd'hui, sur l'ensemble du territoire français, on parle de véritables déserts médicaux.
00:44Alors, qui dit déserts médicaux, dit inégalité d'accès aux soins, très clairement.
00:48Et le seul endroit encore où on peut accéder à un professionnel de santé, c'est la pharmacie.
00:57Vous avez bien sûr les infirmières, mais vous vous trouvez 19 000 pharmacies aujourd'hui réparties sur l'ensemble du
01:03territoire.
01:04On a grosso modo accès à un acteur de santé à moins de 20 minutes de chez soi aujourd'hui.
01:10Mais jusqu'où une officine peut-elle absorber cette demande ?
01:14Sans que ça sature son temps, ses ressources humaines, son chiffre d'affaires aussi ?
01:20Mais vous avez raison.
01:21Aujourd'hui, la vraie question que peut se poser le pharmacien, qui est un entrepreneur aussi,
01:27c'est de savoir, est-ce qu'il consacre son temps à vendre de la parapharmacie et des crèmes à
01:33faire maigrir ou bronzer ?
01:35Ou est-ce qu'il consacre son temps à la santé ?
01:38Et moi, je préconise que le pharmacien consacre d'abord et avant tout son temps à la santé.
01:45Qui dit santé dit prévention d'abord, dit épidémiologie ensuite, dit dispensation, dit accompagnement.
01:55Est-ce que l'on se rend compte de l'accompagnement que l'on va devoir mettre en œuvre en
02:012030,
02:02lorsqu'on va avoir je ne sais combien de patients chroniques supplémentaires par rapport à l'époque que nous vivons
02:10?
02:11Et vous voyez, on parle à nouveau d'une éventuelle pandémie.
02:15On se fait appuyer sur qui ? On se fait appuyer sur le pharmacien.
02:18À ce moment-là, le pharmacien a totalement abandonné toute l'activité soi-disant rentable
02:24qui consiste à vendre de la parapharmacie pour se consacrer complètement à la santé.
02:28Pourquoi soi-disant rentable ? Elle est rentable ?
02:30Mais non, elle n'est pas rentable.
02:32Pourquoi la plupart des pharmacies capitalisent là-dessus ?
02:35Les pharmaciens capitalisent là-dessus parce qu'en fait, ils ont le sentiment que c'est un moyen pour eux
02:41de gagner plus rapidement leur vie et passer le moins de temps possible et répondre à la demande
02:50et vendre des produits pré-vendus.
02:53Et en fait, c'est tout le côté complètement fou dans cette profession
03:02où d'un côté, vous avez une pression des pouvoirs publics sur le prix du médicament,
03:07la marge pour les pharmaciens sur le médicament et pouvoir public qui dit aux pharmaciens
03:16compenser cette baisse de marge par une activité annexe qui n'est pas en réalité le cœur du métier.
03:23Je n'ai pas fait six années d'études centrées sur le Vidal pour aller vendre une crème.
03:31Quand même, moi je discute souvent avec des pharmaciens, j'entends votre point de vue et je le comprends.
03:37Mais il y en a un paquet qui ne sont pas d'accord du tout.
03:39L'important pour eux, c'est de vendre des crèmes bronzantes, anti-rides, je ne sais quoi.
03:44C'est facile à vendre, ça n'utilise pas tellement de temps de personnel, effectivement.
03:49Et quand ils optimisent leur espace, il y a plein de rayonnage à l'entrée et je vends la cosméto.
03:56Hervé, aujourd'hui, il y a deux typologies de pharmacies en France.
03:59Vous avez à peu près 10-15% des pharmacies qui consacrent 50% de leur chiffre d'affaires, je
04:05donne des chiffres en gros, 50% de leur chiffre d'affaires par rapport aux médicaments et 50% du
04:11chiffre d'affaires en parapharmacie.
04:14On ne changera pas ce modèle, il continuera d'exister.
04:18Mais pour 10-15%, 85% des pharmacies, ce qui fait l'essentiel des revenus de la pharmacie, à 85%,
04:30c'est le médicament remboursé et le médicament non remboursé.
04:33Ce sont des chiffres vrais tous les jours.
04:39Ces pharmacies-là, elles vous disent, moi, je veux vivre de mon cœur de métier.
04:45Ce que je souhaite, c'est que les pouvoirs publics m'entendent et me donnent les moyens de vivre à
04:52partir de mon cœur de métier.
04:53Et à la limite, je suis prêt à abandonner toute cette activité annexe pour me consacrer à une activité complémentaire
05:01en matière de santé que constitue la prévention, la mise en œuvre de nouveaux services.
05:09En Italie, les pharmaciens vous proposent de passer à un électrocardiogramme.
05:13En Italie, les pharmaciens vous proposent de faire des prélèvements sanguins pour avoir vos premières analyses.
05:20J'entendais l'autre jour l'ancien ministre se menter et nous dire, j'ai mis en place un plan
05:26prévention risque cardiovasculaire.
05:28Et il a parlé des médecins.
05:31Il n'y a pas de médecin.
05:33Donc vous faites ce plan en vous appuyant sur des acteurs de santé qui ne sont pas présents.
05:37En l'État, notre modèle économique, il ne permet pas de financer cette montée en puissance des missions de prévention,
05:43de suivi ?
05:44Si on permettait à la pharmacie de sortir du modèle conventionnel,
05:50Nous fonctionnons avec un modèle qui consiste entre le mois de juin et le mois de septembre
05:57de négocier une convention avec l'assurance maladie
06:00et de fixer une activité servicielle pour les pharmaciens
06:04et de fixer le prix de ce service.
06:10Il faut sortir de ce modèle.
06:12C'est-à-dire qu'en fait, laisser le pharmacien proposer les services au tarif qu'il le souhaite.
06:20Et finalement, c'est le patient et le client qui dira si ce service vaut le coup ou ne vaut
06:28pas le coup,
06:29mérite d'exister ou ne mérite pas d'exister en pharmacie.
06:33Néanmoins, les missions se sont déjà élargies.
06:35La vaccination, le dépistage.
06:38Qu'est-ce qui fonctionne réellement sur le terrain et qu'est-ce qui reste difficilement déployable ?
06:43Aujourd'hui, ce qui a très bien marché, c'est la vaccination avec le rappel.
06:50Le rappel de vaccination parce que c'est un acte assez rapide à mener
06:56et qu'il est suffisamment rémunéré pour le pharmacien.
06:59Ensuite, vous avez les bilans de prévention qui commencent à se développer.
07:04Mais là encore, vous allez consacrer 45 minutes à un patient
07:08pour être rémunéré par l'assurance maladie à hauteur de 30 euros.
07:13Il y a un véritable problème de ROI pour le pharmacien.
07:17Oui.
07:17Très clairement.
07:18Donc on voit bien qu'à partir du moment où on se laisse imposer la rémunération par les pouvoirs publics,
07:27finalement, on distribue l'aumône aux pharmaciens en disant
07:31tiens, donne-nous un coup de main, mais on n'a pas les moyens de l'assumer.
07:36Alors finalement, les pharmaciens ne les mettent pas en oeuvre.
07:41Aujourd'hui, on a proposé aux pharmaciens de mettre en oeuvre la prévention sur les anti-asthmatiques.
07:49Un suivi des asthmatiques en proposant à peine 10 euros par entretien.
07:55Mais le pharmacien ne peut pas mener un entretien d'une demi-heure pour être rémunéré 10 euros.
08:02En effet.
08:03Donc on a un certain nombre d'entretiens qui sont prévus comme ça et que les pharmaciens
08:08ne mettent pas en oeuvre, faute de moyens ou faute de temps.
08:13Et vous proposez trois modèles commerciales, généralistes, spécialisés.
08:17Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
08:19Oui, tout à fait.
08:19C'est-à-dire que le modèle commercial, j'en conviens, Hervé, il va exister.
08:25C'est le drugstore.
08:26C'est le drugstore.
08:49Un service, en général, conventionné, qu'il peut mener assez facilement.
08:55Et puis, pour moi, vous allez avoir les pharmacies spécialisées qui vont se spécialiser dans
09:01l'activité servicielle, qui vont être bien sûr dans la dispensation, bien sûr dans
09:06l'accompagnement, mais qui vont développer très fortement le service, comme ça se voit
09:12dans certains pays.
09:13Et ces pharmaciens-là...
09:14Dans quel pays ? Est-ce que vous prenez exemple sur des choses déjà existantes ?
09:17Je prends exemple sur mes confrères canadiens, je prends exemple sur mes confrères italiens.
09:22Où là-bas, il y a ces trois modèles de pharmacie ?
09:25Oui.
09:26Au Canada, vous avez ces trois modèles de pharmacie.
09:28Donc, il n'y a pas de raison, on n'est pas plus bête qu'eux et on est capable
09:32de mettre
09:33en oeuvre.
09:34Il faut laisser...
09:36En fait, aujourd'hui, le pharmacien est enfermé dans un carcan.
09:39Et dans une négociation permanente avec les pouvoirs publics, on parle de pharmacien
09:46comme un entrepreneur, acteur de santé libéral.
09:49Il n'est pas du tout libéral aujourd'hui, tout est encadré.
09:53Il faut lui redonner un petit peu de respiration, d'oxygène et lui permettre justement de faire
10:00des propositions et de...
10:03Et ces services...
10:04Oui, et pour autant, je reviens à ce que disait Hervé, bon nombre de pharmaciens, le modèle
10:08en l'état, la part de parapharmacie dans une pharmacie, ça ne l'en va, quoi.
10:12Il y a ça et puis c'est corrélé.
10:14Il y a quand même une petite guéguerre médecin pharmacien, on peut se le dire.
10:17Est-ce qu'il ne faut pas aussi revoir les études de pharmacie ?
10:22Moi, je connais des jeunes qui font leurs études, franchement, ils apprennent des trucs
10:25inutiles.
10:26Et ça ne va pas dans le sens de ce qu'ils devraient faire après dans leur boutique, dire
10:30je fais du conseil médical.
10:31Ce n'est pas ça qu'on leur apprend.
10:32Ils font de la biochimie, de la, je ne sais pas quoi, de la mycologie, des tas de trucs
10:36difficiles.
10:37Tout à fait.
10:38Ce n'est pas adapté.
10:39Mais ça commence par ça.
10:41On commence par faire évoluer les études pour que justement ces pharmaciens puissent
10:48mener un certain nombre d'activités qui vont soulager le médecin, qui vont soulager
10:56les services des urgences.
10:58Et aujourd'hui, on me dit oui, mais ça vient percuter le rôle du médecin.
11:08Le médecin, il a le temps de faire de la prévention ou de faire de l'autodiagnostic.
11:15Le médecin, il a le temps de détecter aujourd'hui plus de 700 000 diabétiques qui s'ignorent.
11:22Est-ce que le médecin, il a le temps aujourd'hui ? Non, moi au contraire.
11:26Moi au contraire, aujourd'hui, mon rôle, mon rôle, ça va être d'être dans la prévention
11:31et d'orienter.
11:33Et je vais quelque part, quelque part, à petite échelle, je vais jouer le rôle du pharmacien
11:41coordinateur, je vais être en amont de la visite aux urgences.
11:49Mais est-ce que les trois modèles que vous proposez, admettons, science-fiction, ça se répand,
11:55ça ne risque pas de créer une pharmacie à deux vitesses sur le territoire ?
11:59À trois vitesses.
11:59Mais est-ce que vous vous êtes offusqué de voir arriver les médecins à trois vitesses,
12:08c'est-à-dire classe 1, les conventionnés 1, conventionnés 2, conventionnés 3 ?
12:17Est-ce que...
12:18Le secteur 3, ils ont des problèmes.
12:19Oui, mais on a des problèmes avec qui ? Avec les pouvoirs publics, pas avec les patients.
12:24Je suis d'accord.
12:25Or, encore une fois, toutes nos activités, qu'elles soient médicales, les médecins comme
12:34les pharmaciens, aujourd'hui, il faut se poser la question.
12:38Moi, je vais vous poser la question inverse.
12:42Nationalisons.
12:44Moi, je veux bien être fonctionnaire.
12:47Mais à partir du moment où je vais être fonctionnaire, que l'État achète mon stock,
12:52que l'État prenne le risque stock et le risque humain, gestion humaine,
12:59on ne peut pas me demander d'avoir une entreprise, d'avoir des collaborateurs,
13:03d'investir dans du stock, et en même temps de me dire, tu n'achèteras qu'à ce prix,
13:09tu ne vendras qu'à ce prix, et tu n'as le droit de, dans ton activité,
13:13tu n'as le droit de faire que ceci, et tu n'as pas le droit de faire cela.
13:18Il y a un problème, surtout quand, moi, ce qui m'intéresse,
13:21le parcours du patient, aujourd'hui, il est totalement illisible.
13:30Restez avec nous.
13:31Désolée, on passe au scanervé, et c'est à toi de jouer.
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