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  • il y a 20 heures
178 ans après l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, les députés examinent une proposition de loi pour abroger officiellement le "Code noir", qui regroupait les dispositions encadrant la vie des esclaves, de leur statut de "meuble" aux châtiments corporels qui pouvaient leur être infligés. Après l'avoir adopté en commission à l'unanimité, le 20 mai dernier, les députés examinent le texte dans l'hémicycle à l'occasion de la "niche parlementaire" du groupe LIOT.

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00:00:07Bonjour à tous et bienvenue dans la séance est ouverte.
00:00:10Dans le cadre de leur journée d'initiative parlementaire, les députés du groupe LIOT,
00:00:15Libertés indépendants Outre-mer et Territoires, ont décidé d'inscrire un texte pour abroger le
00:00:20code noir. La proposition de loi était adoptée à l'unanimité en commission, elle est examinée en
00:00:26hémicycle. Vous comprenez très bien que c'est avec beaucoup d'émotion que je prends la parole
00:00:30aujourd'hui, mes chers collègues, pour vous demander d'examiner cette proposition de loi qui devrait
00:00:36aboutir, je l'espère, à l'issue d'un débat à l'abrogation du code noir. Cette proposition de
00:00:44loi ne prétend ni effacer l'histoire, ni solder à elle seule les blessures de l'histoire. 25 ans après
00:00:55la loi Taubira, qui reconnaît la traite et l'estavage en tant que crime contre l'humanité et vise à
00:01:02franchir, elle vise à franchir une nouvelle étape, à poser un acte puissant de mémoire, de justice et
00:01:09de reconnaissance en abrogeant formellement le code noir et l'ensemble des textes qui en découlent.
00:01:18Car être né dans la matrice d'un crime, c'est quelque chose de vertigineux. Le mot est d'un
00:01:27ami. Ces mots qui ont été rapportés au cours de mes auditions disent à eux seuls la profondeur et l
00:01:37'importance du sujet qu'ils nous réunissent aujourd'hui.
00:01:41Le code noir, c'est d'abord cet édit royal promulgué par Louis XIV en 1685 pour codifier et encadrer
00:01:51la conduite des propriétaires d'esclaves. Et quand je dis esclaves, je veux parler d'hommes et de femmes, d
00:01:57'enfants importés d'Afrique et mis en esclavage dans les colonies françaises en raison de leur origine, de leur race,
00:02:05de la couleur de la peau.
00:02:07Donc, le code noir les assimile à des biens meubles et les soumet à des châtiments pouvant aller jusqu'à
00:02:17la peine de mort en cas de désobéissance ou de tentative d'évasion.
00:02:25L'asservissement et la déshumanisation d'êtres humains pour en tirer le maximum de profits servant de base au fonctionnement
00:02:34du système colonial dans un contexte d'accumulation lié au commerce triangulaire.
00:02:40Le code noir, c'est par ailleurs un ensemble de textes collationnés dans un recueil qui est appelé justement code
00:02:49noir.
00:02:51Contrairement à une idée reçue, si l'esclavage a été définitivement aboli en 1848, le code noir de 1685, pardon,
00:03:02lui n'a jamais été expressément abrogé et persiste dans ce que j'appellerais l'ombre de notre droit.
00:03:10Début mai 2025, lorsque mon collègue Olivier Servat et moi-même avons vu l'ampleur qu'on prenait dans l
00:03:17'opinion publique de la subsistance du code noir,
00:03:21lorsque Jean-Claude Nelson, 9e vice-président de la région Guadeloupe, m'a tout particulièrement alerté, j'ai décidé qu
00:03:31'il fallait agir.
00:03:32Le 14 mai 2025, en réponse à la question du gouvernement posée par le président de notre groupe, lui, M.
00:03:40Laurent Panifous, aujourd'hui ministre,
00:03:44le Premier ministre s'engageait à ce qu'un texte soit présenté pour abogé le code noir.
00:03:51Nous avons alors pris la décision de déposer une proposition de loi après avoir consulté des historiens, des juristes, des
00:03:59économistes et des personnalités travaillant sur les mémoires.
00:04:05Le texte que je vous soumets aujourd'hui, donc à l'Assemblée nationale, a été adopté à l'unanimité en
00:04:13commission des lois.
00:04:14Il comprend deux articles.
00:04:17L'article premier abroge l'ordonnance de mars 1685, dite code noir,
00:04:23et l'ensemble des textes qui en ont assuré l'application, l'adaptation,
00:04:28ou qui ont permis d'en étendre la portée à d'autres territoires.
00:04:34L'article 2 prévoit que le gouvernement remettra un rapport au Parlement sur le droit colonial
00:04:40et ses conséquences de long terme sur les populations et les territoires concernés.
00:04:46Un tel rapport doit permettre de donner à voir combien des territoires ultramarins concernés
00:04:52subissent encore dans leur structure économique, sociale, voire psychologique, les effets de l'histoire de l'esclavage.
00:05:02En conclusion, j'aimerais revenir sur trois enseignements que j'ai retirés de nombreux échanges qui ont nourri les travaux.
00:05:11Le premier, l'abrogation du code noir doit s'inscrire dans un travail de mémoire plus global
00:05:17pour reconnaître les effets de l'esclavage dans toutes leurs dimensions.
00:05:22Cela commence par la mise en œuvre de la loi Lurel en 2017, qui fait du 23 mai la journée
00:05:29nationale un hommage aux victimes de l'esclavage.
00:05:32Il est capital que la loi soit enfin appliquée.
00:05:36Cela continue par la prise en compte de la diversité des histoires et des mémoires de l'esclavage.
00:05:41A ce titre, une place devrait être accordée aux résistances, aux marronnages, aux révoltes qui en constituent une dimension essentielle.
00:05:52La seconde leçon, issue de nos auditions, concerne la question des réparations.
00:06:00Comme l'ont rappelé beaucoup des personnalités auditionnées,
00:06:02Cette proposition de loi est une étape supplémentaire, non une faim en soi.
00:06:09Je partage pleinement leurs convictions.
00:06:11Il m'a toutefois semblé important de ne pas brouiller le message que porte ce texte.
00:06:16Le sujet des réparations appelle à lui seul le travail qui dépasse le cadre qui est le nôtre aujourd'hui.
00:06:23Les engagements pris lors des récentes annonces du président de la République devront être tenus.
00:06:31Enfin, je voudrais mentionner les attentes très fortes dans les Outre-mer pour que le principe d'égalité de la
00:06:40devise républicaine devienne réalité.
00:06:43Nombre de mes interlocuteurs ont souligné combien persistait de façon diffuse une forme d'exception coloniale caractérisée par un traitement
00:06:52trop souvent différencié des territoires aux ultramarins.
00:06:56Que l'on pense au Chlordécone ou à l'ensemble des politiques publiques, force est de constater que les moyens
00:07:03manquent et que ce manque nourrit la défiance.
00:07:07Il faut là aussi garantir l'égalité qui est due à chacun d'entre nous au sein de la République
00:07:13française.
00:07:14Chers collègues, mesdames et messieurs les ministres, je vous remercie de votre attention et j'espère que notre Assemblée peut
00:07:27adopter ce texte de mémoire, de justice et de reconnaissance des souffrances causées par l'esclavage
00:07:32et pour marcher sur le chemin de l'humanité vers l'apaisement et la réconciliation. Je vous en remercie.
00:07:41Merci, monsieur le rapporteur.
00:07:48La parole est à madame Naïma Mouchou, ministre des Outre-mer.
00:07:59Merci, madame la présidente, madame la ministre, chère Aurore, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur,
00:08:07mesdames et messieurs les députés.
00:08:09Il est rare qu'un parlement revienne sur un texte qui n'a plus d'effet et qui n'a
00:08:13plus d'effet depuis longtemps, mais dont l'empreinte et dont le poids sont toujours là.
00:08:18Nous ne découvrons pas le code noir. Les historiens l'ont étudié, les familles l'ont porté dans leur mémoire
00:08:24et les Outre-mer en connaissent depuis très longtemps la trace.
00:08:28Mais nous pensions que nous en étions éloignés. Et puis un jour, nous en avons relu les quelques pages et
00:08:34alors nous avons mesuré non seulement ce que le code noir avait permis,
00:08:37mais aussi ce qu'il révèle de nous-mêmes et d'une partie de notre histoire.
00:08:42Le code noir disait qu'un enfant né d'une femme esclave était lui-même esclave.
00:08:47Le code noir disait qu'un être humain en fuite pouvait être mutilé, qu'il pouvait être marqué, qu'il
00:08:52pouvait être poursuivi comme un bien perdu.
00:08:57Il disait que certains hommes, certaines femmes, certains enfants pouvaient être regardés comme des meubles.
00:09:04Ce ne sont pas seulement des mots anciens. Ce sont des mots qui ont couvert des vies et des vies
00:09:10brisées, des corps contraints dans la brutalité la plus abjecte,
00:09:14des familles séparées, des mots qui ont couvert jusqu'à des langues interdites et des noms qui ont été effacés,
00:09:21des humiliations transmises longtemps après que les chaînes ont été rompues.
00:09:26Voilà pourquoi ce débat ce matin n'est pas un débat de juriste seulement, c'est un débat de nation.
00:09:32Parce qu'une nation ne tient pas seulement par ce qu'elle célèbre, elle se tient aussi par ce qu
00:09:37'elle accepte de regarder en face.
00:09:40La France a donné au monde des mots immenses, liberté, égalité et fraternité.
00:09:46Mais il y eut un temps où dans les colonies, sous l'autorité de ces lois, ces mots ne valaient
00:09:51pas pour tous.
00:09:53Il faut pouvoir le dire, non pas pour diminuer la France, non pas pour dresser les Français les uns contre
00:09:59les autres,
00:10:00mais parce qu'un pays qui ne sait pas nommer ses fautes finit toujours par fragiliser ses promesses, sa cohésion
00:10:07et l'avenir de ses enfants.
00:10:10Cette proposition de loi portée par le député Max Mathiazin a été adoptée à l'unanimité en commission.
00:10:15Je voudrais saluer le travail de M. le rapporteur, sa constance, sa dignité dans l'expression qu'il a eue.
00:10:22Je voudrais vous dire que dès mon arrivée au ministère des Outre-mer, j'ai souhaité que cette initiative puisse
00:10:26aboutir.
00:10:26Aboutir, je l'ai soutenu, j'aurais pu signer la proposition de loi, M. le député, moi-même en qualité
00:10:31de parlementaire.
00:10:33Le président de la République aussi, à l'occasion du 25e anniversaire de la loi Taubira il y a quelques
00:10:37jours,
00:10:38a rappelé qu'il fallait aller jusqu'au bout de cette démarche, qu'il fallait formellement abroger le Code noir
00:10:43parce qu'il y a des textes qu'une République ne peut plus garder, même dans ses marches.
00:10:48Je veux saluer tous ceux qui ont rendu ce moment possible, parlementaires bien sûr,
00:10:54au premier rang desquels Olivier Servat, tous les parlementaires du groupe Liotte,
00:11:00M. le ministre, ancien président du groupe, cher Laurent Panifousse,
00:11:05remercier les historiens, les enseignants, les élus, les associations, les familles, les artistes,
00:11:11toutes les femmes, tous les hommes qui, parfois dans l'indifférence, ont tenu cette mémoire debout.
00:11:18Ils n'ont pas demandé à la République de s'excuser à chaque génération.
00:11:22Ils lui ont demandé une chose plus simple, mais beaucoup plus forte,
00:11:25ne pas laisser dans son droit ce qui a nié l'humanité de leurs aïeux.
00:11:30J'entends bien sûr ceux qui diront « il était temps ».
00:11:33C'est vrai, il est temps.
00:11:35Mais il ne faut jamais mépriser une vérité parce qu'elle arrive tard.
00:11:39Il faut au contraire se demander pourquoi elle a mis si longtemps à être dite,
00:11:43et faire en sorte qu'elle ne soit plus jamais repoussée.
00:11:47J'entends aussi ceux qui diront « ce texte ne règle pas tout ».
00:11:51Et ils auront raison aussi.
00:11:53Une abrogation ne rend pas les vies qui ont été volées,
00:11:57elle ne comble pas les inégalités qui ont été héritées,
00:12:00et elle ne répond pas à elle seule à la question des réparations,
00:12:04même si bien sûr elle mérite d'être toujours regardée avec sérieux.
00:12:07Mais ce texte n'est pas rien, il est le socle.
00:12:11Il est aussi un élément de symbole.
00:12:13Et aujourd'hui, nous faisons sortir de notre droit,
00:12:16nous ferons sortir de notre droit un texte indigne.
00:12:19Et nous ouvrirons aussi un travail nécessaire sur ce qui demeure,
00:12:22sur ce qui se transmet, sur ce qui s'enseigne,
00:12:26sur ce que notre République doit mieux comprendre de sa propre histoire.
00:12:30Le rapport prévu par cette proposition de loi est donc important.
00:12:33Ce ne sera pas un document de plus.
00:12:36Il doit nous aider à regarder ce qui subsiste dans notre réglementation,
00:12:40dans notre école, dans notre mémoire collective,
00:12:43dans les discriminations qui existent encore.
00:12:46Parce que la mémoire n'est pas seulement une affaire de commémoration,
00:12:49elle oblige l'État, elle oblige les institutions,
00:12:51et elle oblige chacun d'entre nous à ne jamais laisser croire
00:12:54que certaines douleurs seraient trop anciennes pour être entendues,
00:12:57ou trop ultramarines pour être pleinement nationales.
00:13:01cette mémoire a toute sa place dans notre espace national.
00:13:06C'est le sens également du futur mémorial national
00:13:09en hommage aux victimes de l'esclavage,
00:13:11qui verra le jour début 2027 dans les jardins du Trocadéro.
00:13:15Un lieu dont je suis l'achèvement personnellement
00:13:19avec une attention particulière, je veux vous le dire.
00:13:21Un lieu où figurons les 214 000 noms d'affranchis
00:13:26qui ont été retrouvés dans les archives après l'abolition de 1848,
00:13:30travail de plusieurs années, 214 000 noms,
00:13:34214 000 vies qui seront rendues visibles,
00:13:37parce qu'au fond l'esclavage aussi avait voulu cela,
00:13:40effacer les identités, rompre les filiations
00:13:43et faire disparaître ces noms.
00:13:45Alors les inscrire dans la pierre de la République,
00:13:47ce ne sera pas seulement commémoré,
00:13:49ce sera redonner une place, et je veux le dire ici avec force,
00:13:52l'histoire de l'esclavage n'est pas une annexe de l'histoire,
00:13:55c'est l'histoire de France,
00:13:57c'est le cœur de notre récit national aussi,
00:13:59qui dit la violence, mais qui dit aussi les résistances,
00:14:02qui dit les marrons, qui dit les combats et les abolitions,
00:14:06qui dit cette force immense de celles et ceux
00:14:09à qui l'on avait voulu retirer jusqu'à la qualité d'être humain,
00:14:12et qui ont pourtant continué à transmettre,
00:14:15à créer, à croire, à se relever.
00:14:18C'est aussi ça que nous devons dire à nos enfants,
00:14:21nous devons dire l'horreur bien sûr,
00:14:22mais nous devons dire aussi la dignité,
00:14:24devons dire l'asservissement, mais aussi la liberté conquise,
00:14:28pas seulement la faute, mais aussi la capacité de la République
00:14:30à se corriger quand elle accepte la vérité.
00:14:33Mesdames et Messieurs les députés,
00:14:35ce vote ne sera pas un aboutissement,
00:14:38ce sera une étape,
00:14:39mais certaines étapes marquent davantage une nation.
00:14:43Aujourd'hui, l'Assemblée nationale peut dire clairement
00:14:45que le Code noir n'a plus sa place dans le droit français,
00:14:49elle peut dire que la dignité humaine ne se discute pas,
00:14:52elle ne se discute jamais,
00:14:53elle peut dire que la République ne garde pas,
00:14:55même par oubli, même par négligence,
00:14:57même par inertie,
00:14:58les traces d'un texte qui a fait des êtres humains des choses.
00:15:02Ce geste est grave,
00:15:04ce geste est juste,
00:15:05ce geste est nécessaire.
00:15:06Au nom du gouvernement,
00:15:07je vous appelle donc à voter unanimement
00:15:09cette proposition de loi
00:15:10pour les générations qui ont souffert,
00:15:12pour celles qui viennent,
00:15:13mais aussi pour ce que la France doit être.
00:15:16Je vous remercie.
00:15:20Merci, Madame la Ministre.
00:15:21La parole est à Madame Aurore Berger,
00:15:23ministre déléguée chargée de l'égalité
00:15:25entre les femmes et les hommes
00:15:26et de la lutte contre les discriminations.
00:15:30Pendant longtemps,
00:15:31les morts de Saint-Paul de la Réunion
00:15:33ont connu un second effacement.
00:15:35Réduits en esclavage de leurs vivants,
00:15:37ils semblaient avoir été condamnés
00:15:39après leur mort encore,
00:15:40à disparaître une nouvelle fois.
00:15:42La terre les avait recouverts,
00:15:44l'oubli paraissait avoir gagné.
00:15:47En 2007,
00:15:48sous l'effet de la houle
00:15:49et du cyclone Gamède,
00:15:51les ossements du cimetière des esclaves de Saint-Paul
00:15:53ont ressurgi.
00:15:54Car si le temps peut recouvrir la mémoire,
00:15:56ils ne l'effacent jamais complètement.
00:15:58Le 20 décembre dernier,
00:16:00je me suis rendue à l'occasion de la fête CAF,
00:16:02journée qui commémore à la Réunion
00:16:03l'abolition de l'esclavage.
00:16:05J'y ai vu plus qu'un lieu de mémoire.
00:16:07J'y ai vu des vies trop longtemps
00:16:09réduites au silence
00:16:10et une histoire que l'on croyait enfouie
00:16:12revenir nous interpeller.
00:16:14Ce cimetière n'est pas seul.
00:16:16Des Antilles à la Réunion,
00:16:17de la Guyane au port
00:16:18d'où l'on partait,
00:16:19les navires de la traite
00:16:20et jusqu'au cœur même de nos institutions,
00:16:22cette mémoire imprègne notre territoire
00:16:24et notre histoire nationale.
00:16:26Et elle nous adresse encore aujourd'hui
00:16:28une même exigence.
00:16:29Qu'acceptons-nous de laisser dans l'oubli
00:16:31et que décidons-nous de regarder en face ?
00:16:33Je veux d'abord saluer les députés
00:16:35Max Mathiazin et Olivier Servat
00:16:37et mon collègue Laurent Pénifousse
00:16:38pour leur engagement.
00:16:40Nous sommes aujourd'hui en mai 2026.
00:16:42Ce mois est devenu celui des mémoires
00:16:44de l'esclavage, de la traite
00:16:45et de leurs abolitions.
00:16:46Et cette année a une résonance particulière.
00:16:49Nous célébrons les 25 ans
00:16:50de la loi portée par Christiane Taubira
00:16:52qui a reconnu l'esclavage
00:16:53et la traite comme crime contre l'humanité
00:16:55et à laquelle le président de la République
00:16:57a rendu hommage la semaine dernière.
00:16:592026 marque aussi les 20 ans
00:17:01de la journée nationale du 10 mai
00:17:02instaurée en 2006
00:17:03à l'initiative du président Chirac
00:17:05à la suite des recommandations
00:17:07du Comité pour la mémoire de l'esclavage.
00:17:09Ces anniversaires nous rappellent
00:17:10une vérité essentielle.
00:17:12La mémoire nationale ne se décrète pas
00:17:14en un jour.
00:17:15Et c'est précisément
00:17:16dans ce cheminement collectif
00:17:17que s'inscrit votre proposition de loi
00:17:19soutenue par le gouvernement.
00:17:21Au-delà de son adoption unanime
00:17:23en commission,
00:17:23je veux saluer le travail réalisé,
00:17:25notamment celui du rapporteur.
00:17:27Derrière ce que nous appelons
00:17:28communément le Code noir,
00:17:29il n'existe pas un texte unique,
00:17:31isolé, figé dans notre histoire.
00:17:33Il s'agit d'un ensemble de textes
00:17:35adoptés, notamment entre 1685 et 1724,
00:17:39pour organiser, adapter et étendre
00:17:42l'esclavage au sein des territoires
00:17:43coloniaux français.
00:17:45Historiquement, il est donc plus juste
00:17:46de parler d'un ensemble normatif colonial
00:17:48que d'un code au sens moderne du terme.
00:17:51Et derrière cette précision demeure
00:17:52une réalité fondamentale.
00:17:54Ces textes ont constitué le socle juridique
00:17:56de l'esclavage colonial français.
00:17:58Ils ont institué un droit d'exception.
00:18:00L'esclavage n'existait pas dans le droit commun
00:18:02du royaume qui avait mis fin au servage
00:18:04dès le XIVe siècle.
00:18:06Il a failli donc créer un cadre particulier,
00:18:09dérogatoire, destiné aux colonies.
00:18:11Et ce droit n'avait pas seulement pour objet
00:18:13d'organiser une activité économique,
00:18:15exploiter le sol pour la canne, le cacao,
00:18:17le café, la banane ou la vanille.
00:18:19Ce droit prétendait organiser un ordre social entier.
00:18:23Il définissait le statut des personnes,
00:18:25les rapports entre maîtres et esclaves,
00:18:28encadrait les sanctions,
00:18:29les questions familiales, religieuses, patrimoniales.
00:18:32Pour rendre acceptable l'inacceptable,
00:18:34il ne suffisait pas de contraindre les corps,
00:18:37il fallait aussi organiser les consciences,
00:18:39faire entrer l'inhumain dans le droit.
00:18:41L'article 44 de l'édit de 1685 déclare l'esclave
00:18:46« meuble ».
00:18:47Et derrière ce mot se trouve une rupture fondamentale,
00:18:50celle par laquelle un être humain cesse d'être considéré
00:18:53comme une personne pour devenir une chose.
00:18:55Il peut être acheté, vendu, transmis, saisie,
00:18:59comme si le droit lui-même effaçait une part de l'humanité.
00:19:03Et l'histoire de l'esclavage est aussi,
00:19:05vous l'avez dit, M. le rapporteur,
00:19:06une histoire de résistance.
00:19:08Résister se fut préserver une langue
00:19:10quand tout visait à l'effacer.
00:19:12Résister se fut se soulever.
00:19:14Il y eut le marronnage,
00:19:15quitter l'habitation, briser les chaînes,
00:19:17disparaître dans la nuit.
00:19:18Il y eut dans les forêts de Guyane
00:19:20les communautés marronnes,
00:19:21fondées par Claire et Copena et tant d'autres.
00:19:23À la Réunion, Simendeff et Marianne,
00:19:25qui fuirent des montagnes
00:19:27qui portent aujourd'hui leur nom
00:19:29des terres de liberté.
00:19:30Partout, des femmes et des hommes anonymes
00:19:32qui, de refuge en refuge,
00:19:34reconstruirent des espaces de vie
00:19:35là où le système esclavagiste
00:19:37prétendait ne leur laisser aucune place.
00:19:39Puis vint le temps des soulèvements.
00:19:41Il eut tout sain l'ouverture,
00:19:42esclave affranchie,
00:19:43devenu stratège et homme d'État,
00:19:45qui portait jusqu'à son dernier souffle
00:19:47au fort de Joux
00:19:47une irréductible aspiration à la liberté.
00:19:50Il y eut en Guadeloupe,
00:19:51Louis Delgré, Joséphina, Solitude,
00:19:53qui refusèrent le rétablissement
00:19:55de l'esclavage en 1802
00:19:56et choisirent le combat
00:19:57plutôt que le renoncement.
00:19:59En Martinique,
00:20:00ceux qui préparèrent l'insurrection
00:20:01du Carbet en 1822
00:20:03convaincus qu'il valait mieux risquer la mort
00:20:05que de renoncer à la liberté.
00:20:07Il faut le rappeler avec force.
00:20:09Les personnes réduites en esclavage
00:20:11en furent les premiers opposants,
00:20:13les premiers résistants,
00:20:14les premiers artisans
00:20:15de leur propre émancipation.
00:20:17Leur liberté ne leur a pas été octroyée,
00:20:20elle a été conquise.
00:20:22Mesdames et Messieurs les députés,
00:20:24si le Code noir
00:20:25et l'ensemble des dispositions
00:20:26qui en découlent
00:20:27ne produisent plus aucun effet juridique,
00:20:29une norme n'est jamais
00:20:30seulement un instrument technique.
00:20:31Elle exprime une vision du monde
00:20:33et de l'être humain.
00:20:34C'est pourquoi nous avons
00:20:35la responsabilité de poursuivre
00:20:36le travail engagé il y a 25 ans
00:20:38par la loi Taubira.
00:20:39Mieux connaître, transmettre
00:20:41et comprendre encore
00:20:41les conséquences profondes
00:20:43de cette histoire
00:20:43sur notre société.
00:20:45Reconnaître, ce n'est pas
00:20:46solder ou tourner la page,
00:20:48c'est s'engager.
00:20:49S'engager à ce que l'histoire
00:20:50de l'esclavage,
00:20:51de la colonisation
00:20:52et de leurs héritages
00:20:53ne soit jamais oubliée.
00:20:54À renforcer la compréhension
00:20:56par tous les Français
00:20:57de notre passif colonial.
00:20:59À faire transmettre
00:21:00à tous les enfants de France,
00:21:01dans les Outre-mer
00:21:02et dans l'Hexagone,
00:21:03que cette histoire
00:21:04est leur histoire à tous.
00:21:06L'heure est venue aussi
00:21:07d'élargir cette conscience collective,
00:21:09de faire reconnaître
00:21:09dans l'Hexagone
00:21:10la singularité
00:21:11des histoires ultramarines,
00:21:12leurs enjeux environnementaux,
00:21:13sociaux, culturels,
00:21:15leurs blessures
00:21:15et leurs espérances.
00:21:16Et je veux rendre hommage
00:21:18à ceux qui permettent
00:21:18cette exigence de vérité.
00:21:20Les historiens,
00:21:21chercheurs,
00:21:21artistes,
00:21:22militantes,
00:21:22militants de la mémoire
00:21:23qui font émerger
00:21:24des vérités longtemps tues,
00:21:25qui restituent des voix,
00:21:27des noms,
00:21:27des visages,
00:21:28des destins.
00:21:29Pour faire admettre
00:21:30qu'un homme puisse posséder
00:21:31un autre homme,
00:21:32il a fallu construire
00:21:33un système de pensée,
00:21:35créer des catégories,
00:21:36fabriquer une prétendue hiérarchie
00:21:38entre les êtres humains.
00:21:39Les préjugés
00:21:40survivent aux lois,
00:21:42les stéréotypes
00:21:43survivent aux régimes politiques
00:21:44et nous savons
00:21:45que ces mécanismes
00:21:46n'appartiennent pas seulement
00:21:47au passé.
00:21:48Dans notre société
00:21:49demeurent encore
00:21:50des propos qui blessent,
00:21:51des actes qui excluent,
00:21:52des regards qui désignent,
00:21:54des discriminations
00:21:55qui enferment,
00:21:56des haines
00:21:56qui essentialisent
00:21:57et qui frappent.
00:21:58Nous le voyons
00:21:59lorsque des femmes
00:21:59et des hommes
00:22:00sont insultés
00:22:00pour leur couleur de peau,
00:22:02leur nom,
00:22:03leur origine
00:22:03est réelle ou supposée.
00:22:05Nous le voyons
00:22:05lorsque des citoyens
00:22:06sont discriminés
00:22:07dans l'accès à l'emploi,
00:22:08au logement
00:22:08ou à certains droits.
00:22:10Nous le voyons aussi
00:22:10chez tant de nos compatriotes
00:22:11ultramarins
00:22:12venus vivre dans l'Hexagone
00:22:14et qui, trop souvent,
00:22:15ont découvert
00:22:15qu'ils devaient expliquer
00:22:16davantage que les autres
00:22:17qui ils étaient,
00:22:18d'où ils venaient,
00:22:19comme si leur appartenance
00:22:20à notre communauté nationale
00:22:22appelait encore
00:22:23une justification particulière.
00:22:25Nous le voyons
00:22:26lorsque des élus
00:22:27de la République
00:22:27sont pris pour cible,
00:22:28non pour leurs idées
00:22:29ou actions,
00:22:30mais pour ce qu'ils sont
00:22:31supposés être.
00:22:32Derrière ces actes
00:22:33et paroles
00:22:33demeure une même logique,
00:22:35considérer certains
00:22:36de nos concitoyens
00:22:37comme moins légitimes
00:22:38que d'autres
00:22:38à appartenir pleinement
00:22:40à la communauté nationale
00:22:41et à représenter
00:22:43la République.
00:22:44Et la République
00:22:44ne l'accepte pas.
00:22:46Nous ne luttons pas seulement
00:22:47contre des actes
00:22:48et des propos haineux,
00:22:49nous luttons aussi
00:22:50contre des représentations,
00:22:51des mécanismes
00:22:52parfois invisibles,
00:22:53des habitudes et réflexes
00:22:54qui peuvent traverser
00:22:55le temps
00:22:55et les générations.
00:22:56Reconnaître cela
00:22:57ne revient ni à enfermer
00:22:59quiconque dans une identité,
00:23:00ni à considérer
00:23:01que l'histoire
00:23:02déterminerait mécaniquement
00:23:03le présent.
00:23:04Cela consiste simplement
00:23:06à admettre
00:23:07qu'une République fidèle
00:23:08à sa promesse universaliste
00:23:09doit aussi comprendre
00:23:10les mécanismes historiques
00:23:12qui ont parfois
00:23:13contredit cette promesse.
00:23:14Car l'universalisme républicain
00:23:16ne demande pas
00:23:17l'effacement
00:23:17des histoires particulières.
00:23:19Il exige au contraire
00:23:20qu'elle soit pleinement connue
00:23:21pour qu'aucune partie
00:23:23de notre communauté nationale
00:23:24n'ait le sentiment
00:23:25que son histoire
00:23:26a été tenue
00:23:27à distance
00:23:28du récit commun.
00:23:29Mesdames et Messieurs
00:23:30les députés,
00:23:31reconnaître une histoire
00:23:32n'est jamais simplement
00:23:33regardé vers le passé.
00:23:35C'est décider de l'avenir
00:23:36que nous voulons construire
00:23:37ensemble.
00:23:38Pendant trop longtemps,
00:23:39l'histoire de l'esclavage
00:23:40a été reléguée aux marges.
00:23:42Une histoire lointaine,
00:23:43une histoire ultramarine,
00:23:45presque une histoire à part.
00:23:46Mais cette histoire
00:23:47n'est ni périphérique
00:23:48ni secondaire.
00:23:49Elle est une histoire française
00:23:51inscrite dans notre droit
00:23:53et portée par les institutions
00:23:54de son époque.
00:23:56Parce qu'elle a laissé
00:23:56son empreinte dans notre économie,
00:23:58nos institutions,
00:23:58notre histoire commune.
00:24:00L'histoire de l'esclavage
00:24:01n'appartient pas
00:24:01aux seules Outre-mer.
00:24:03Elle n'est pas une mémoire
00:24:04particulière au sein
00:24:05du récit national.
00:24:06Elle est une part
00:24:07de notre histoire commune.
00:24:08Et elle appartient
00:24:09à la nation toute entière.
00:24:11Et c'est précisément en cela
00:24:12que cette proposition de loi
00:24:13trouve son sens.
00:24:14Non parce qu'une abrogation
00:24:16explicite pourrait refermer
00:24:17une histoire
00:24:18dont les effets traversent
00:24:19encore notre société,
00:24:20mais parce qu'elle participe
00:24:21d'un mouvement plus vaste,
00:24:23celui qui consiste
00:24:23à regarder lucidement
00:24:25toute notre histoire,
00:24:26à la nommer pour ce qu'elle fut,
00:24:28à poursuivre le travail
00:24:29engagé il y a 25 ans
00:24:30par la loi Taubira
00:24:31et à faire vivre
00:24:32dans notre présent
00:24:33l'exigence républicaine
00:24:34qu'elle porte.
00:24:35Une République forte
00:24:36ne détourne pas
00:24:37le regard
00:24:38de sa propre histoire.
00:24:39C'est une République
00:24:40qui sait
00:24:40qu'on peut enfouir
00:24:41la mémoire,
00:24:43la recouvrir de silence,
00:24:44croire que les vents
00:24:45de l'histoire
00:24:45l'ont emporté,
00:24:46mais qu'il arrive
00:24:47toujours un moment
00:24:48où la mer la ramène
00:24:50à notre conscience.
00:24:50C'est une République
00:24:51qu'il assume pleinement
00:24:52pour mieux rassembler.
00:24:54Je vous remercie.
00:24:56Merci, Madame la Ministre.
00:24:57La parole est à
00:24:58Monsieur Olivier Servat
00:24:59pour le groupe
00:24:59Liberté indépendant
00:25:01Outre-mer et Territoire.
00:25:04Madame la Présidente,
00:25:07Mesdames les Ministres,
00:25:07Monsieur le Ministre,
00:25:09Monsieur le rapporteur,
00:25:10cher Max,
00:25:11chers collègues,
00:25:13Il y a des silences
00:25:14qui parlent.
00:25:15Le silence
00:25:16de la République française
00:25:17sur le Code noir
00:25:18dure depuis
00:25:191978 ans.
00:25:26Depuis le décret
00:25:28d'abolition de l'esclavage
00:25:29du 27 avril 1848,
00:25:32aucun texte
00:25:32n'a prononcé
00:25:34l'abrogation formelle
00:25:35de l'édit de mars 1685,
00:25:39ainsi que l'ensemble
00:25:40des dispositions
00:25:41de toute nature
00:25:41qui en découle.
00:25:43En constitue le prolongement
00:25:44où on assure l'application.
00:25:46Le Code noir
00:25:47est toujours en vigueur,
00:25:49formellement,
00:25:50juridiquement.
00:25:52Ce silence
00:25:52n'est pas anodin.
00:25:54Il dit que la France,
00:25:56tout en reconnaissant
00:25:57l'esclavage
00:25:58comme crime
00:25:58contre l'humanité,
00:26:00n'a jamais eu le courage
00:26:01de regarder en face
00:26:02le texte
00:26:03qu'il a fondé.
00:26:05On ne peut pas qualifier
00:26:06un acte de crime
00:26:07contre l'humanité
00:26:08et lisser
00:26:09et laisser subsister
00:26:11son instrument juridique.
00:26:14Ce serait une insérité
00:26:15de droit
00:26:16et une insulte
00:26:17à celles et ceux
00:26:18qui ont subi
00:26:18les effets.
00:26:20La loi Taubira
00:26:21a dit
00:26:22que c'était un crime.
00:26:24Ce texte
00:26:25que nous portons
00:26:26avec M. le rapporteur,
00:26:27notre cher collègue
00:26:28Max Mathiazin,
00:26:29dit que
00:26:30nous en tirons
00:26:31enfin les conséquences
00:26:33juridiques.
00:26:34Ces deux actes
00:26:35ne se substituent pas
00:26:36l'un à l'autre,
00:26:37ils se complètent.
00:26:38l'un l'a nommé,
00:26:40l'autre
00:26:40l'efface
00:26:42formellement,
00:26:43en efface
00:26:43l'instrument.
00:26:45Ce 26 mai,
00:26:46nous votons
00:26:47au 25e anniversaire
00:26:49de la loi Taubira.
00:26:50Le symbole
00:26:50n'est pas fortuit,
00:26:52il est voulu
00:26:53et il nous oblige.
00:26:54En Outre-mer,
00:26:55le code noir
00:26:56n'est pas un vestige
00:26:57abstrait,
00:26:58statut de biens meubles,
00:27:00enchaînement,
00:27:01coup de verge
00:27:02ou de corde
00:27:04lorsque le maître
00:27:04croit que son esclave
00:27:05l'a mérité,
00:27:07marquage au fer,
00:27:08découpe aux jarrets,
00:27:10découpe d'oreille
00:27:11pour les esclaves
00:27:12fugitifs.
00:27:14Voilà là
00:27:15quelques extraits
00:27:16de l'abjecte
00:27:17code noir
00:27:17où l'inspirateur
00:27:19Jean-Baptiste Colbert
00:27:20est dans nos murs,
00:27:21dans nos salles
00:27:23au frontant
00:27:23de l'Assemblée nationale.
00:27:28Il s'agit là
00:27:29d'un texte fondateur
00:27:30d'un système
00:27:31qui a façonné
00:27:31nos sociétés,
00:27:33creusé des inégalités
00:27:34que nous vivons encore,
00:27:36encore aujourd'hui
00:27:37et laissé des blessures
00:27:39que nos populations
00:27:40portent toujours en elles.
00:27:43Nous venons corriger
00:27:44une anomalie juridique
00:27:45que rien ne justifie
00:27:46de laisser perdurer
00:27:47une heure de plus.
00:27:50Le groupe Liot
00:27:51a fait le choix
00:27:52d'inscrire ce texte
00:27:52à l'ordre du jour.
00:27:53En premier,
00:27:55quelle fierté
00:27:56d'appartenir
00:27:56à ce groupe.
00:27:58Il y a huit jours,
00:27:59la Commission des lois
00:28:00a voté ce texte
00:28:01à l'unanimité.
00:28:02Quelle fierté
00:28:03de faire partie
00:28:04de cet hémicycle ?
00:28:05Chaque groupe
00:28:06représenté
00:28:07dans cet hémicycle
00:28:07a donc déjà dit oui.
00:28:09Ce vote en séance
00:28:10n'est pas une incertitude.
00:28:12C'est un verdict
00:28:13que la République
00:28:14se doit à elle-même.
00:28:17Nombre de nos aïeux
00:28:18n'ont pas survécu
00:28:20à la barbarie
00:28:21du Code noir.
00:28:22D'autres sont non sortis,
00:28:24abîmés,
00:28:25meurtris,
00:28:26encore aujourd'hui.
00:28:27En leur hommage,
00:28:28nous devons l'abroger.
00:28:29Faisons-le.
00:28:30Je vous remercie.
00:28:32Merci, M. le député.
00:28:34La parole est à Mme Emeline
00:28:37Kerbidi
00:28:37pour le groupe
00:28:38Gauche démocrate
00:28:39et républicaine.
00:28:40Mme la Présidente,
00:28:42Mesdames les ministres,
00:28:43mes chers collègues,
00:28:44M. le rapporteur,
00:28:45c'est sous le regard
00:28:46de Pierre,
00:28:46de Jean-Baptiste Colbert,
00:28:48dont la statue immense
00:28:49trône devant notre Assemblée
00:28:51que nous nous apprêtons
00:28:52aujourd'hui,
00:28:53enfin,
00:28:53à abroger le Code noir
00:28:55qu'il avait écrit.
00:28:56341 ans
00:28:57après sa promulgation,
00:28:58trois siècles et demi
00:29:00après qu'un État ait dit,
00:29:01écrit,
00:29:02dans le droit,
00:29:03que certains êtres humains
00:29:04pouvaient être achetés,
00:29:05vendus,
00:29:06mutilés,
00:29:06battus,
00:29:07transmis par héritage
00:29:08comme du bétail.
00:29:10Trois siècles et demi
00:29:10après que l'État ait organisé
00:29:12juridiquement,
00:29:13l'arrachement,
00:29:14la cale des navires négriers,
00:29:15le fouet,
00:29:16la plantation,
00:29:17le viol des femmes esclaves,
00:29:18l'effacement des langues,
00:29:20des noms,
00:29:20des mémoires.
00:29:22Et nous devons mesurer
00:29:23tout ce que cela signifie.
00:29:24Car le Code noir
00:29:25n'était pas une anomalie administrative.
00:29:27Il était une architecture politique,
00:29:30une machine juridique
00:29:31destinée à transformer
00:29:32l'être humain
00:29:32en force de travail servile
00:29:34au profit d'un système
00:29:36économique colonial.
00:29:37Le Code noir,
00:29:38c'est la République,
00:29:39ou plutôt ce qui l'a précédé,
00:29:41organisant la contradiction
00:29:42absolue
00:29:43entre l'universalisme
00:29:45proclamé
00:29:45et l'inhumanité
00:29:48pratiquée.
00:29:49Et je veux le dire ici
00:29:50avec gravité,
00:29:51nous ne pouvons pas réduire
00:29:52ce débat
00:29:53à un simple geste mémoriel.
00:29:54Parce que dans nos territoires
00:29:56d'outre-mer,
00:29:57le passé colonial
00:29:58n'est pas du passé.
00:29:59Il est encore inscrit
00:30:00dans les paysages sociaux.
00:30:02Il est dans la répartition des terres,
00:30:04dans les inégalités
00:30:04de patrimoine,
00:30:05dans les rapports
00:30:06de domination économique.
00:30:08Il est dans les hiérarchies raciales
00:30:09héritées de la plantation.
00:30:11Il est dans cette relégation
00:30:12persistante des outre-mer,
00:30:14dans l'imaginaire national.
00:30:16À la Réunion,
00:30:17ancienne île Bourbon,
00:30:18l'esclavage a façonné
00:30:20le territoire,
00:30:20lui-même.
00:30:21Voilà pourquoi j'ai déposé
00:30:23un amendement
00:30:23afin que cette abrogation
00:30:24vise explicitement
00:30:25les textes appliqués
00:30:27à l'île Bourbon.
00:30:28Parce que notre histoire
00:30:29réunionnaise ne peut pas être
00:30:30une note de bas de page
00:30:31du récit national.
00:30:32Parce qu'à la Réunion aussi,
00:30:34des hommes et des femmes
00:30:35ont été déportés
00:30:35depuis Madagascar,
00:30:36l'Afrique de l'Est,
00:30:37l'Inde,
00:30:38arrachés à leur monde,
00:30:40privés jusqu'à leur nom.
00:30:42Parce qu'à la Réunion aussi,
00:30:43l'ordre colonial
00:30:44a organisé une société
00:30:45fondée sur la hiérarchie
00:30:46des couleurs,
00:30:47des origines
00:30:48et des statuts.
00:30:49Frantz Fanon
00:30:50nous avait pourtant prévenus
00:30:51le colonialisme
00:30:53ne se contente pas
00:30:54d'imposer sa loi
00:30:54au présent,
00:30:55il s'installe
00:30:56dans les esprits.
00:30:57Et c'est cela
00:30:58que nous devons regarder
00:30:59en face aujourd'hui.
00:31:01L'abolition de l'esclavage
00:31:02n'a pas aboli
00:31:03les structures
00:31:04produites par l'esclavage.
00:31:06Le décret de 1848
00:31:07n'a pas réparé
00:31:08les siècles de dépossession.
00:31:10Les anciens esclaves
00:31:11ont été libérés
00:31:12sans terre,
00:31:13sans capital,
00:31:14sans réparation,
00:31:15pendant que les anciens
00:31:16propriétaires, eux,
00:31:17furent indemnisés.
00:31:18Oui, indemnisés.
00:31:21Aussi choquant
00:31:22que cela soit,
00:31:23cette vérité historique
00:31:24doit être rappelée
00:31:25dans cet hémicycle.
00:31:26Alors la question
00:31:27qui se pose à nous
00:31:28aujourd'hui est simple.
00:31:29Que signifie abroger
00:31:30le code noir en 2026
00:31:31si nous refusons encore
00:31:33de penser les conséquences
00:31:34contemporaines
00:31:35de l'esclavage
00:31:36et du colonialisme ?
00:31:37Si les Outre-mer
00:31:38continuent d'être regardés
00:31:39depuis Paris
00:31:40comme des périphéries lointaines
00:31:42et non comme des territoires
00:31:43centraux de l'histoire de France.
00:31:45Car sans les esclaves
00:31:46des colonies,
00:31:47il n'y aurait pas eu
00:31:48cette prospérité
00:31:48qui a enrichi les ports,
00:31:50les banques
00:31:50et les industries
00:31:51de l'Hexagone.
00:31:53Quelle portée aura
00:31:54cette abrogation
00:31:55si l'histoire de l'esclavage
00:31:56continue d'être
00:31:57si peu enseignée
00:31:58à nos enfants ?
00:31:59Si les noms
00:31:59et les statuts
00:32:00des esclavagistes notoires
00:32:01continuent d'orner nos places,
00:32:03nos rues,
00:32:04jusque nos écoles ?
00:32:05Si la France
00:32:06continue de s'abstenir
00:32:07à l'ONU
00:32:07lorsqu'il s'agit
00:32:08de qualifier l'esclavage
00:32:10comme le plus grave crime
00:32:11contre l'humanité
00:32:13que notre monde ait connu.
00:32:14Quelle portée
00:32:15aura ce texte
00:32:16si nous ne parlons
00:32:17jamais des réparations ?
00:32:18Et je ne parle pas ici
00:32:20uniquement
00:32:20de réparations financières.
00:32:22Je parle de réparations
00:32:23historiques,
00:32:24sociales,
00:32:25éducatives,
00:32:26culturelles,
00:32:27territoriales.
00:32:27Je parle du droit
00:32:28à l'égalité réelle
00:32:29pour les Outre-mer.
00:32:30Je parle du droit
00:32:31à la dignité.
00:32:33Je parle du devoir
00:32:34de vérité,
00:32:35celle qui permet
00:32:36de ne jamais oublier.
00:32:37Parce qu'au moment même
00:32:38où nous débattons
00:32:39de ce texte,
00:32:40nous assistons partout
00:32:41à la remontée
00:32:42des nationalismes,
00:32:43du racisme
00:32:43et des idéologies
00:32:44de rejet.
00:32:45L'extrême droite
00:32:46progresse en France
00:32:47en désignant encore
00:32:48et toujours
00:32:48des catégories humaines
00:32:49comme des menaces.
00:32:50Les discours racistes
00:32:52se banalisent,
00:32:52les violences se multiplient,
00:32:54les théories identitaires
00:32:55prospèrent
00:32:56et il faut avoir
00:32:56le courage de le dire,
00:32:57aucune société
00:32:58n'est définitivement
00:33:00immunisée
00:33:00contre la déshumanisation.
00:33:03Le Code noir
00:33:04nous rappelle justement
00:33:05ce moment où le droit
00:33:06a cessé de protéger
00:33:07l'humain pour organiser
00:33:08sa négation.
00:33:09C'est pourquoi
00:33:09notre responsabilité
00:33:10est immense.
00:33:11Abroger le Code noir
00:33:13ne doit pas devenir
00:33:13un geste de purification
00:33:15morale permettant
00:33:16à la République
00:33:16de tourner rapidement
00:33:17la page.
00:33:18Ce doit être le début
00:33:19d'un travail plus profond,
00:33:20un travail de lutte active
00:33:21contre toutes les formes
00:33:22contemporaines du racisme,
00:33:24un travail de vérité,
00:33:25de justice,
00:33:25de réparation.
00:33:27Entendez bien,
00:33:27comprenez-moi bien,
00:33:28la réparation n'est pas
00:33:29vengeance,
00:33:30puissent ces quelques vers
00:33:31d'Auguste Lacossa
00:33:32d'éclairer notre chemin
00:33:33qui reste à parcourir.
00:33:35Éteignés dans les cœurs
00:33:36les feux de la vengeance,
00:33:37l'esprit a franchi mieux
00:33:39que les glaives héritées.
00:33:40L'étoile de l'intelligence
00:33:42sur nos mœurs
00:33:43doit éclore
00:33:44avant la liberté.
00:33:46Dites à ceux
00:33:46pour qui le destin
00:33:47fut sévère,
00:33:48à ceux pour qui le sort
00:33:49n'a jamais eu d'affront,
00:33:50que les eaux saintes
00:33:51du calvaire
00:33:52ont indistinctement coulé
00:33:53sur tous les fronts,
00:33:54que maudit dans les cieux
00:33:55et maudit en ce monde,
00:33:57pauvre de tout le sang
00:33:58dont il est inondé,
00:33:59l'esclavage est un sol
00:34:00immonde que les regards
00:34:02de Dieu
00:34:02n'ont jamais fécondé.
00:34:08La parole est à
00:34:09madame Sophie Ricourt-Vaginet
00:34:11pour le groupe
00:34:12Union des droites
00:34:12pour la République.
00:34:19Merci madame la présidente.
00:34:21Mesdames les ministres,
00:34:23monsieur le rapporteur,
00:34:24madame la présidente
00:34:25de la commission des lois,
00:34:26mes chers collègues,
00:34:28nous sommes réunis aujourd'hui
00:34:30pour examiner
00:34:30une proposition de loi
00:34:32qui porte en quelques mots
00:34:33tout le poids
00:34:35d'une époque révolue,
00:34:36l'abrogation formelle
00:34:37du code noir.
00:34:39Ces mots suffisent
00:34:41à mesurer
00:34:41ce que ce débat
00:34:42exige de nous,
00:34:44non de l'émotion,
00:34:45non de la posture,
00:34:46mais la rigueur
00:34:47de la vérité historique.
00:34:50Notre groupe
00:34:51votera ce texte
00:34:52et il entend dire
00:34:53en toute clarté
00:34:54les raisons
00:34:55qui fondent notre vote.
00:34:58Le code noir
00:34:59est un édit royal
00:35:00de mars 1685.
00:35:02Il a organisé
00:35:03pendant près de deux siècles
00:35:04la servitude légale
00:35:06d'êtres humains
00:35:07dans les colonies françaises.
00:35:10C'est un fait historique
00:35:11que nul ne saurait contester.
00:35:13C'est aussi un fait
00:35:15que la République
00:35:16a corrigé
00:35:16par le décret
00:35:18du 27 avril 1848
00:35:20porté par Victor Scholcher,
00:35:23élevé ensuite
00:35:24au rang de principe
00:35:25constitutionnel
00:35:26et confirmé
00:35:27en 1854.
00:35:29Ce texte
00:35:31n'a donc
00:35:31plus force de loi
00:35:32depuis bientôt
00:35:33deux siècles.
00:35:34Ce que nous votons
00:35:35aujourd'hui
00:35:36n'est pas
00:35:36à proprement parler
00:35:38un acte normatif.
00:35:40C'est un acte
00:35:41de clarté.
00:35:42Et la clarté
00:35:43dans la vie
00:35:44d'une nation
00:35:45a sa valeur propre,
00:35:47non parce qu'elle
00:35:47modifie le droit,
00:35:48mais parce qu'elle
00:35:49énonce solennellement
00:35:51que la République
00:35:52n'entretient
00:35:53aucune équivoque
00:35:54avec les textes
00:35:55qui en leur temps
00:35:56ont organisé
00:35:58l'asservissement
00:35:59de l'homme
00:35:59par l'homme.
00:36:01Permettez-moi
00:36:01à ce stade
00:36:02de partager
00:36:02une conviction
00:36:03qui guide notre groupe.
00:36:05Il existe
00:36:06dans le débat
00:36:07public contemporain
00:36:08une tentation,
00:36:09celle de relire
00:36:10l'histoire
00:36:10à travers
00:36:11le seul prisme
00:36:12du présent
00:36:13et d'inviter
00:36:14les générations
00:36:15d'aujourd'hui
00:36:16à porter
00:36:16le poids
00:36:17des fautes
00:36:18des générations
00:36:19passées.
00:36:20Cette tentation,
00:36:21nous croyons
00:36:22devoir y résister,
00:36:23non par indifférence
00:36:25au passé,
00:36:25mais par fidélité
00:36:27à ce que
00:36:28les lumières
00:36:29elles-mêmes
00:36:29nous ont enseigné,
00:36:30que la connaissance
00:36:32émancipe
00:36:33là où la culpabilité
00:36:34enferme
00:36:35et que la lucidité
00:36:37vaut mieux
00:36:38que la pénitence.
00:36:39L'histoire
00:36:40est un héritage
00:36:41à transmettre
00:36:42et non un réquisitoire
00:36:43à perpétuellement
00:36:45réouvrir.
00:36:46La France
00:36:47n'a pas à faire
00:36:48de son histoire
00:36:49un procès
00:36:50permanent.
00:36:51Elle a à la connaître,
00:36:53à l'enseigner
00:36:53et parfois
00:36:54à la corriger,
00:36:56ce qu'elle a su faire
00:36:57en son temps
00:36:57avec courage.
00:36:59C'est précisément
00:37:01parce que nous tenons
00:37:02cette ligne
00:37:02avec constance
00:37:03que nous pouvons
00:37:03aujourd'hui voter
00:37:04ce texte
00:37:05sans réserve.
00:37:06La reconnaissance
00:37:07n'est pas la repentance.
00:37:09Abroger formellement
00:37:10un édit
00:37:11aboli
00:37:12depuis 1848,
00:37:14c'est simplement
00:37:15être cohérent
00:37:16avec ce que la République
00:37:17a déjà accompli.
00:37:18Ainsi,
00:37:19nous votons
00:37:20l'abrogation
00:37:20formelle
00:37:21d'un édit
00:37:21qui n'aurait
00:37:23en vérité
00:37:24jamais dû exister.
00:37:26Nous n'entendons pas
00:37:27en revanche
00:37:28que ce vote
00:37:29serve de point d'appui
00:37:30à la dérive
00:37:31d'une repentance
00:37:33manipulée
00:37:33au fin de diviser
00:37:34un peu plus
00:37:35notre nation.
00:37:36Ce texte
00:37:37est un texte
00:37:38de mémoire.
00:37:39Nous le recevons
00:37:39comme tel
00:37:40dans ses justes proportions.
00:37:42L'histoire de France
00:37:44n'a pas besoin
00:37:45d'être réécrite
00:37:45pour être pleinement
00:37:47assumée.
00:37:47Elle a besoin
00:37:48d'être connue,
00:37:49transmise
00:37:50et, lorsque cela
00:37:51est nécessaire,
00:37:52formalisée
00:37:53dans nos textes.
00:37:54Ce vote
00:37:55ne solde
00:37:56aucune dette,
00:37:58n'instruit
00:37:58aucun procès,
00:38:00ne désigne
00:38:01aucun coupable.
00:38:02Il est au fond
00:38:03l'un de ces rares moments
00:38:05où cet hémicycle
00:38:06peut s'accorder
00:38:08non par compromis
00:38:10mais par conviction
00:38:11partagée,
00:38:12celle que la République
00:38:13doit être cohérente
00:38:15avec les valeurs
00:38:16qu'elle proclame.
00:38:17C'est une cohérence
00:38:18que nous pouvons
00:38:19tous revendiquer
00:38:20quelle que soit
00:38:21la place
00:38:21où nous ségeons
00:38:22dans cet hémicycle.
00:38:23Je vous remercie.
00:38:24Merci Madame la députée.
00:38:26La parole est à
00:38:26Monsieur Cyril Tribuiani
00:38:28pour le groupe
00:38:29Rassemblement national.
00:38:31Madame la Présidente,
00:38:32Mesdames et Messieurs
00:38:32les ministres,
00:38:34Monsieur le rapporteur,
00:38:35chers collègues,
00:38:37la France porte en elle
00:38:38une vocation universelle
00:38:39universelle d'émancipation.
00:38:42Dès 1315,
00:38:43l'édit du roi dit
00:38:44se poser un principe
00:38:45juridique et moral.
00:38:46Le seul de la France
00:38:48a franchi l'esclave
00:38:48qui le touche.
00:38:50Cet idéal de liberté
00:38:51a façonné
00:38:51notre identité nationale.
00:38:53Malheureusement,
00:38:54ce principe
00:38:54n'a pas été étendu
00:38:55à tous les territoires
00:38:56que contrôlaient la France.
00:38:58Notre pays a fait le choix
00:38:59en 1685
00:39:00de réglementer l'esclavage
00:39:01dans ses possessions.
00:39:03Quelles que soient
00:39:03les motivations de ce texte,
00:39:05réglementer l'ignominie,
00:39:06c'était participé
00:39:07à la faire perdurer.
00:39:09En cela,
00:39:10le Code noir
00:39:10a entretenu
00:39:11une abomination
00:39:12niant la dignité humaine
00:39:14que nous condamnons
00:39:14tous ici
00:39:15de manière absolue.
00:39:16Nous soutenons donc
00:39:18cette proposition de loi
00:39:18pour sa portée symbolique.
00:39:20Il n'est jamais inutile
00:39:21de rappeler
00:39:22que la France
00:39:23ne peut entretenir
00:39:24aucune ambiguïté
00:39:25avec un texte contraire
00:39:26à son histoire
00:39:26et à ses principes.
00:39:28Pour autant,
00:39:29cette exigence de mémoire
00:39:30doit être abordée
00:39:30avec mesure et rigueur.
00:39:32Sur le plan juridique,
00:39:33le Code noir
00:39:34n'a plus d'existence légale
00:39:35depuis longtemps.
00:39:36Il n'a certes pas
00:39:37fait l'objet
00:39:37d'une abrogation expresse,
00:39:38mais notre droit
00:39:39connaît aussi
00:39:39l'abrogation tacite.
00:39:41Lorsqu'un texte nouveau
00:39:42est incompatible
00:39:43avec un texte ancien,
00:39:44celui-ci est privé
00:39:45de portée juridique.
00:39:47Or,
00:39:47toute l'histoire républicaine
00:39:48s'inscrit contre l'esclavage.
00:39:50La Déclaration des droits
00:39:51de l'homme
00:39:51et du citoyen
00:39:52de 1789
00:39:53affirme que les hommes
00:39:54naissent libres
00:39:55et égaux en droit.
00:39:57La Convention
00:39:57abolit l'esclavage
00:39:59dans les colonies
00:39:59par le décret
00:40:00du 4 février 1794
00:40:01après les reculs
00:40:03du consulat
00:40:04et de l'Empire.
00:40:05Le décret
00:40:05du 27 avril 1848
00:40:07a de nouveau
00:40:07proclamé
00:40:08cette abolition.
00:40:10La Constitution
00:40:10de la Deuxième République
00:40:11a par la suite
00:40:12réitéré
00:40:13le refus
00:40:13de l'esclavage
00:40:14qui est venu
00:40:15enteriner notre ordre
00:40:16juridique contemporain
00:40:17à travers les consécrations
00:40:18des principes
00:40:19de dignité humaine
00:40:19et de condamnation
00:40:21de toute forme
00:40:22d'asservissement.
00:40:23La République
00:40:24a donc pris
00:40:25depuis longtemps
00:40:25les dispositions
00:40:26nécessaires
00:40:26pour proclamer
00:40:27son hostilité
00:40:28absolue à l'esclavage.
00:40:29Ses textes fondateurs,
00:40:30ses principes constitutionnels
00:40:31et ses réaffirmations
00:40:32successives
00:40:33rendent toute survivance
00:40:35du Code noir
00:40:35impossible.
00:40:37Cette proposition
00:40:38de loi
00:40:38a donc une portée
00:40:39essentiellement symbolique
00:40:40mais ce symbole
00:40:41a son importance.
00:40:42Il permet de redire
00:40:44que la France
00:40:44ne reconnaît
00:40:45aucune légitimité
00:40:47ni aucune survivance
00:40:47à un texte
00:40:48qui a organisé
00:40:49une atteinte majeure
00:40:50à la dignité humaine.
00:40:51La mémoire
00:40:52de l'esclavage
00:40:53impose la vérité,
00:40:53la transmission
00:40:54et le respect
00:40:55dues aux victimes
00:40:56mais elle ne doit pas
00:40:57masquer les difficultés
00:40:58actuelles des Outre-mer.
00:41:00Chômage,
00:41:00vie chère,
00:41:01insécurité,
00:41:02accès aux services publics,
00:41:03immigration massive,
00:41:05fractures sociales.
00:41:07Oui,
00:41:07nous voterons
00:41:07sur la moindre
00:41:08hésitation
00:41:08à l'abrogation
00:41:09du Code noir
00:41:10mais celle-ci
00:41:11ne rendra pas
00:41:12les rues
00:41:12de nos Outre-mer
00:41:13plus sûres
00:41:13et elle ne remplira
00:41:14pas les frigos.
00:41:15L'urgence
00:41:16est à l'action
00:41:16et nous attendons
00:41:18donc l'inscription
00:41:19rapide au Sénat
00:41:20de la proposition
00:41:20de loi visant
00:41:21des mesures d'urgence
00:41:22contre la vie chère
00:41:23en Outre-mer.
00:41:24Je vous remercie.
00:41:27Merci monsieur le député.
00:41:28La parole est
00:41:29à monsieur Ludovic Mendelès
00:41:30pour apparenter
00:41:31ensemble
00:41:32pour la République.
00:41:34Au-delà
00:41:35de sa portée juridique,
00:41:36ce texte porte
00:41:36une exigence morale,
00:41:37historique et républicaine
00:41:39qui nous place
00:41:39face à nos contradictions
00:41:40les plus profondes.
00:41:41Le Code noir
00:41:42n'est pas un simple
00:41:42vestige administratif,
00:41:44une réplique poussiéreuse
00:41:45des archives coloniales.
00:41:46Il fut l'ossature juridique
00:41:48d'un crime
00:41:48contre l'humanité,
00:41:49un système organisé,
00:41:50méthodique,
00:41:51qui a nié l'humanité
00:41:52de millions d'êtres humains
00:41:54au nom de la prospérité
00:41:55économique
00:41:55et de la puissance impériale.
00:41:57Il a légalisé
00:41:58l'innommable,
00:41:59la réduction d'hommes,
00:42:00de femmes et d'enfants
00:42:01en biens meubles,
00:42:02la violence institutionnalisée,
00:42:04la séparation des familles,
00:42:05l'arbitraire le plus absolu.
00:42:07Il a fait de la souffrance
00:42:08un article de loi,
00:42:09de la déshumanisation
00:42:10une norme
00:42:12et de l'injustice
00:42:13un héritage.
00:42:14Le Code noir
00:42:15n'était pas une exception
00:42:16dans notre histoire.
00:42:17Il en était un pilier,
00:42:18un pilier sur lequel
00:42:19s'est construit une partie
00:42:20de la richesse de la France,
00:42:21un pilier qui a façonné
00:42:22des mentalités,
00:42:23des hiérarchies,
00:42:24des préjugés
00:42:24qui aujourd'hui encore
00:42:26rongent le corps social
00:42:26et empoisonnent
00:42:27le vivre ensemble.
00:42:29Oui,
00:42:30la France a reconnu
00:42:30la traite et l'esclavage
00:42:31comme crime contre l'humanité
00:42:32avec la loi Taubira de 2001.
00:42:34Oui,
00:42:35notre nation honore
00:42:35chaque 10 mai
00:42:36la mémoire des victimes
00:42:37de l'esclavage.
00:42:38Mais à quoi bon
00:42:39des symboles
00:42:39si les actes ne suivent pas ?
00:42:41À quoi bon
00:42:41des discours
00:42:42si les textes fondateurs
00:42:43de l'oppression subsistent
00:42:44comme une tâche indélébile
00:42:45sur notre contrat social ?
00:42:47Car voici l'inacceptable.
00:42:49Les articles du Code Noir
00:42:50n'ont jamais été explicitement abrogés.
00:42:51Ils planent,
00:42:52fantomatiques,
00:42:53au-dessus de notre droit,
00:42:54comme un rappel silencieux
00:42:55que la République a,
00:42:56pendant des siècles,
00:42:57fermé les yeux
00:42:57sur l'inhumanité
00:43:01quand elle servait
00:43:01de ses intérêts.
00:43:03Cette anomalie
00:43:03n'est pas historique.
00:43:05Elle est politique,
00:43:06morale
00:43:06et profondément révélatrice.
00:43:08Elle révèle que la France,
00:43:09patrie des Lumières,
00:43:10a ainsi été
00:43:10la patrie de l'ombre,
00:43:11que la devise
00:43:13liberté,
00:43:13égalité,
00:43:13fraternité
00:43:14a longtemps cohabité
00:43:15avec l'esclavage,
00:43:16la colonisation
00:43:16et le racisme d'État.
00:43:18Abroger le Code Noir
00:43:19aujourd'hui,
00:43:19ce n'est pas faire
00:43:20œuvre d'archéologie juridique,
00:43:22c'est un acte
00:43:22de réparation symbolique,
00:43:24mais surtout
00:43:24un acte de rupture.
00:43:26Rupture avec un passé
00:43:27qui nous hante,
00:43:28rupture avec les compromissions
00:43:29qu'on trouve souvent prévalues
00:43:30au nom de la raison d'État.
00:43:31Ce n'est pas juger
00:43:32nos ancêtres
00:43:32avec la sévérité
00:43:33de notre époque,
00:43:34c'est refuser
00:43:34que les héritages
00:43:35empoisonnent encore le nôtre.
00:43:37Car le racisme
00:43:38n'est pas un résidu
00:43:38du passé.
00:43:39Il est une réalité
00:43:40vivante, insidieuse
00:43:41qui se niche
00:43:41dans les institutions,
00:43:42les discours,
00:43:43les regards,
00:43:44les opportunités refusées.
00:43:45Il se cache
00:43:46derrière des mots
00:43:46en apparence anodins,
00:43:47des stéréotypes ténaces,
00:43:49des inégalités structurelles
00:43:50qui persistent
00:43:51génération après génération.
00:43:52Il se manifeste
00:43:53dans les discriminations
00:43:54à l'embauche,
00:43:55dans les quartiers relégués,
00:43:56dans les discours politiques
00:43:57qui désignent
00:43:57des boucs émissaires.
00:43:59La République a failli
00:43:59en 1685
00:44:01en promulguant
00:44:02le Code Noir.
00:44:03Elle a failli
00:44:04en 1848
00:44:05en abolissant l'esclavage
00:44:06mais en maintenant
00:44:07le travail forcé.
00:44:07Elle a failli en 1946
00:44:09en départementalisant
00:44:10les colonies
00:44:11mais en niant
00:44:12leur spécificité culturelle
00:44:13et historique.
00:44:14Cette abrogation
00:44:15est un devoir de cohérence.
00:44:17Comment prétendre
00:44:17incarner les valeurs
00:44:18universelles de liberté
00:44:19et d'égalité
00:44:19quand on laisse subsister,
00:44:20ne serait-ce que symboliquement,
00:44:22les textes
00:44:22qui les ont piétinés ?
00:44:24Comment demander
00:44:24à nos concitoyens
00:44:25ultramarins
00:44:25de se sentir pleinement français
00:44:26quand la République
00:44:27n'a pas encore tourné
00:44:28la page
00:44:28jusqu'à ce qu'il les a brisés ?
00:44:30Pour eux,
00:44:31cette abrogation
00:44:31est un geste attendu
00:44:32depuis des siècles,
00:44:33un geste de reconnaissance,
00:44:34de considération,
00:44:35de dignité retrouvée.
00:44:36Mais soyons clairs,
00:44:37ce geste,
00:44:38aussi nécessaire soit-il,
00:44:39ne suffira pas.
00:44:40Il ne suffira pas
00:44:41à effacer les traumatismes.
00:44:42Il ne suffira pas
00:44:43à réparer les injustices.
00:44:44Il ne suffira pas
00:44:45à briser les chaînes
00:44:46invisibles du racisme.
00:44:48Il nous faut regarder
00:44:49notre histoire en face,
00:44:50comprendre que le droit
00:44:51colonial a façonné
00:44:52nos institutions,
00:44:53mesurer comment
00:44:54ses héritages pèsent encore
00:44:55sur nos lois,
00:44:55nos mentalités,
00:44:56nos inégalités,
00:44:57car on ne construit pas
00:44:58l'avenir sur des mensonges.
00:45:00Nos devoirs,
00:45:00la vérité,
00:45:01la justice et l'action.
00:45:03Notre devoir n'est ni l'oubli,
00:45:05ni la repétence stérile.
00:45:07Notre devoir,
00:45:07c'est la vérité,
00:45:08la vérité sur ce que fut
00:45:09l'esclavage,
00:45:09non pas une parenthèse
00:45:10malencontreuse,
00:45:11mais un système essentiel
00:45:12à l'enrichissement
00:45:12de la France.
00:45:14Notre devoir,
00:45:14c'est la justice,
00:45:15la justice pour les descendants
00:45:16de celles et ceux
00:45:17qui ont souffert,
00:45:18résisté et survécu.
00:45:20Notre devoir,
00:45:20c'est l'action,
00:45:21l'action contre les discriminations,
00:45:22contre les inégalités,
00:45:24contre le racisme
00:45:24qui, sous des formes nouvelles,
00:45:26perdure et se banalise.
00:45:26La mémoire apaisée
00:45:28ne se décrète pas.
00:45:29Elle se construit
00:45:30par des actes forts
00:45:31comme l'abrogation du Code noir,
00:45:32par des politiques publiques
00:45:33ambitieuses dans l'éducation,
00:45:34le logement,
00:45:35l'emploi et la culture,
00:45:36par une volonté politique
00:45:37sans faille de déconstruire
00:45:38les préjugés
00:45:39et de garantir à chacun,
00:45:40quelles que soient ses origines,
00:45:41la place qui lui revient
00:45:42dans la nation.
00:45:43C'est dans cet esprit
00:45:44de responsabilité,
00:45:45de lucidité et d'unité nationale
00:45:46que le groupe Ensemble
00:45:47pour la République
00:45:48se votera en faveur de ce texte.
00:45:50Mais soyons clairs,
00:45:51ce vote ne sera qu'une étape,
00:45:52une étape vers une République
00:45:53enfin fidèle à ses principes,
00:45:55une République qui assume son passé
00:45:56pour mieux construire son avenir,
00:45:58une République où personne
00:45:59ne sera jamais plus traitée
00:46:00comme un sous-homme,
00:46:01un sous-citoyen,
00:46:02un éternel étranger
00:46:03dans son propre pays.
00:46:04La lutte contre le racisme
00:46:05n'est pas un combat parmi d'autres,
00:46:07c'est le combat
00:46:07pour l'âme de la République.
00:46:08Et c'est un combat
00:46:09que nous devons mener
00:46:10sans relâche,
00:46:11sans compromis
00:46:11et sans illusion.
00:46:12Car comme l'écrivait Aimé Césaire,
00:46:14une civilisation qui s'avère
00:46:16incapable de résoudre
00:46:16les problèmes
00:46:17que suscite son fonctionnement
00:46:18est une civilisation décadente.
00:46:20À nous de prouver
00:46:21que la nôtre est encore capable
00:46:22de se réinventer.
00:46:23Je vous remercie.
00:46:25Merci, M. le député.
00:46:26La parole est à M. Jean-Hugues Ratenon
00:46:28pour le groupe
00:46:28La France Insoumise
00:46:29Nouveau Front Populaire.
00:46:34Ce texte n'est pas
00:46:35qu'un simple ajustement juridique.
00:46:37Il touche quelque chose
00:46:38de plus profond.
00:46:40Des vies brisées,
00:46:41des noms effacés,
00:46:43des langues interdites,
00:46:44des cultures déracinées,
00:46:46des corps marqués par la violence,
00:46:48des morts indigneusement traitées.
00:46:51Ce code colonial
00:46:52nous renvoie à une histoire
00:46:53qui traverse encore nos familles,
00:46:55nos mémoires,
00:46:56nos silences,
00:46:57nos rapports sociaux
00:46:58et la manière
00:46:59dont les descendants d'esclaves
00:47:00sont encore perçus
00:47:02et parfois relégués
00:47:04dans leur propre territoire.
00:47:06Le code noir,
00:47:07c'est 600 pages
00:47:08pour décider
00:47:09qui est humain.
00:47:11600 pages
00:47:11pour encadrer la souffrance.
00:47:13600 pages
00:47:14pour légitimer
00:47:15violence,
00:47:16châtiments,
00:47:18mutilations,
00:47:18viols,
00:47:19séparations familiales,
00:47:21humiliation
00:47:22et exécution.
00:47:24Voilà ce qu'ont vécu
00:47:25nos ancêtres
00:47:26et j'ai une pensée
00:47:27pour eux
00:47:28ici dans cette assemblée
00:47:30là où ont siégé
00:47:32des esclavagistes
00:47:33qui se sont enrichis
00:47:35sur des cadavres.
00:47:37Prétendre qu'avec
00:47:38l'abolition de l'esclavage,
00:47:40le code noir
00:47:41aurait été abrogé de fait,
00:47:42c'est faux.
00:47:43Et une république
00:47:45ne peut pas proclamer
00:47:46que tous les hommes
00:47:47naissent libres et égaux
00:47:48tout en conservant
00:47:50un code
00:47:50qui dit l'inverse.
00:47:52N'en déplaise
00:47:53à Mme Le Pen
00:47:55qui déclarait
00:47:56que le code noir
00:47:57n'a plus cours
00:47:58depuis longtemps
00:47:58et Philippe Ballard
00:48:00qui ajoutait
00:48:02que la bourgation
00:48:03formelle
00:48:05ne changera rien
00:48:06et d'autres
00:48:07comme Éric Ciotti
00:48:08et Sébastien Chenu
00:48:10parlent d'aspect positif
00:48:12de la colonisation.
00:48:14Voilà des déclarations
00:48:15politiques
00:48:16qui en disent long
00:48:17sur les idées
00:48:18colonialistes
00:48:19et racistes
00:48:20que prône
00:48:21le Rassemblement
00:48:21national.
00:48:23Sachez collègues
00:48:24que l'esclavage
00:48:26traverse encore
00:48:27notre société
00:48:28à travers des
00:48:29hiérarchies sociales
00:48:31et raciales
00:48:32héritées de cette histoire.
00:48:34Le racisme
00:48:35ne se redit pas
00:48:35quelques insultes
00:48:37ou comportements
00:48:38individuels.
00:48:39Il se manifeste
00:48:40aussi
00:48:40dans les inégalités
00:48:42d'accès
00:48:43au pouvoir économique,
00:48:44les stéréotypes
00:48:45sociaux,
00:48:46l'invisibilisation
00:48:47dans le récit national.
00:48:50Le rapport
00:48:51colonial
00:48:52au territoire
00:48:53ultramarin
00:48:54a ainsi
00:48:55perduré
00:48:56à travers
00:48:56des décisions
00:48:57imposées
00:48:58depuis l'Hexagone
00:48:59sans considération
00:49:00pour les populations
00:49:01dans une logique
00:49:02de domination
00:49:03administrative
00:49:04et de mépris
00:49:06social.
00:49:06À la Réunion,
00:49:07cela s'est traduit
00:49:08par la déportation
00:49:10d'enfants
00:49:11jusqu'en 1982,
00:49:13par les avortements
00:49:14et stérilisations
00:49:15forcées
00:49:15subies par des femmes
00:49:17rayonnaises
00:49:17jusqu'en 1970,
00:49:19par l'ordonnance
00:49:20de Bré
00:49:21de 1960
00:49:22qui organisait
00:49:24l'exil forcé
00:49:25de fonctionnaires
00:49:26ultramarins
00:49:26engagés politiquement
00:49:28par l'interdiction
00:49:30du Maloyard,
00:49:31aux Antilles
00:49:31par le scandale
00:49:32du Chlordécone
00:49:33et j'en passe.
00:49:35Est-ce que le code noir
00:49:36est-ce le code noir
00:49:37mot pour mot ?
00:49:38Non,
00:49:38mais la logique
00:49:39de domination
00:49:40et de relégation
00:49:42perdure.
00:49:43Quand on pense
00:49:44à l'esclavage,
00:49:45un tableau revient
00:49:46souvent,
00:49:47l'homme noir
00:49:48dans les jardins,
00:49:49la femme noire
00:49:50qui nettoie.
00:49:51Et aujourd'hui,
00:49:53mes chers collègues,
00:49:54qui entretient
00:49:55les jardins
00:49:55de l'Assemblée ?
00:49:56Qui nettoie
00:49:57les chambres
00:49:57et les toilettes ?
00:49:58Qui travaille
00:49:59de nuit
00:49:59sur les chantiers,
00:50:00dans les tranchées
00:50:01et les camions-poubelles ?
00:50:03Le tableau
00:50:04a changé de cadre,
00:50:05mais les hiérarchies
00:50:07sociales demeurent.
00:50:08Le code noir
00:50:09a structuré
00:50:10des siècles
00:50:11de domination
00:50:12et ses traces
00:50:13restent encore
00:50:14visibles
00:50:14dans la manière
00:50:15dont certains peuples
00:50:16sont encore regardés
00:50:18et traités.
00:50:19La bogation formelle
00:50:20du code noir,
00:50:22même tardive,
00:50:23ne réparera pas
00:50:24elle seule
00:50:25les blessures
00:50:26héritées
00:50:27de l'histoire,
00:50:28mais elle a
00:50:29une portée
00:50:31essentielle.
00:50:31Elle signifie
00:50:32que la République
00:50:33reconnaît enfin
00:50:34explicitement
00:50:35qu'aucune trace
00:50:36juridique,
00:50:37même symbolique,
00:50:38d'un système
00:50:39fondé sur la déshumanisation
00:50:40ne peut demeurer
00:50:42dans notre droit,
00:50:43parce qu'au fond,
00:50:45il ne s'agit pas seulement
00:50:46d'abroger
00:50:47un texte,
00:50:48il s'agit de regarder
00:50:49en face
00:50:49ce qu'il a produit
00:50:50et ce qu'il a détruit
00:50:52et ce que nos sociétés
00:50:54portent encore
00:50:55de cette violence.
00:50:56en commission
00:50:57des lois
00:50:58de ce 20 mai,
00:51:00le Rassemblement
00:51:01national,
00:51:01encore une fois,
00:51:02répète que le code noir
00:51:03n'aurait plus
00:51:04d'existence légale
00:51:05et que cette loi
00:51:06serait un simple
00:51:06symbole inutile.
00:51:08Tenir de tels propos
00:51:09c'est nier
00:51:10ce que représente
00:51:11encore cette histoire
00:51:12pour les descendants
00:51:13d'esclaves.
00:51:14Alors non,
00:51:15la République
00:51:16n'a pas encore
00:51:17totalement
00:51:18fait son travail.
00:51:19La question
00:51:20de l'égalité réelle,
00:51:21du respect
00:51:22des peuples
00:51:22ultramarins
00:51:23et du rattrapage
00:51:24des droits
00:51:25de meilleurs
00:51:25posés.
00:51:26Et demain
00:51:26ne se posera aussi
00:51:27la question
00:51:28des réparations.
00:51:29L'esclavage,
00:51:30crime contre
00:51:31l'humanité
00:51:31mérite
00:51:32un jour
00:51:32férié
00:51:33national
00:51:34car cette histoire
00:51:35c'est celle
00:51:35de toute la République.
00:51:37Le chemin
00:51:38de la justice
00:51:38est long
00:51:39et la France
00:51:40insoumise
00:51:41votera pour
00:51:42la bogation
00:51:42de ce texte
00:51:43pour que plus jamais
00:51:44un texte
00:51:45de la République
00:51:45ne puisse dire
00:51:47qu'un homme
00:51:47vaut moins
00:51:48qu'un autre.
00:51:50Merci,
00:51:51M. le député.
00:51:53La parole
00:51:54est à M. Philippe
00:51:54Naillet
00:51:55pour le groupe
00:51:55socialiste
00:51:56et apparenté.
00:51:58Aujourd'hui,
00:51:59en abrogeant
00:52:00le code noir,
00:52:01nous tournons
00:52:02une nouvelle page,
00:52:03celle d'un système
00:52:04qui a méprisé
00:52:05des millions
00:52:06d'êtres humains.
00:52:08Nous reconnaissons
00:52:09une violence
00:52:10historique.
00:52:11Bien qu'inopérant,
00:52:13cet ensemble
00:52:13ignominieux
00:52:14de textes
00:52:15racialistes
00:52:15demeure encore
00:52:16présent
00:52:17dans notre corpus
00:52:18juridique.
00:52:20Son abrogation
00:52:21constituera
00:52:22un acte politique
00:52:23majeur
00:52:24et une étape
00:52:24décisive
00:52:25dans la construction
00:52:26d'une mémoire
00:52:27partagée
00:52:27et pleinement
00:52:28réconciliée
00:52:29à laquelle nous
00:52:30devons toutes
00:52:31et tous
00:52:32œuvrer sans relâche.
00:52:33Il faut le répéter,
00:52:35la France
00:52:36a été
00:52:37une puissance
00:52:37esclavagiste
00:52:38pendant
00:52:39plusieurs siècles,
00:52:41par-delà
00:52:41de l'Atlantique
00:52:42bien sûr,
00:52:43aux Antilles,
00:52:44où la traite
00:52:44négrière
00:52:45a marqué
00:52:45avec la plus
00:52:46grande violence
00:52:47les consciences
00:52:48et les corps,
00:52:49mais aussi
00:52:50dans l'océan
00:52:51indien,
00:52:51avec la réunion
00:52:53Mayotte
00:52:53et les autres
00:52:54îles des Mascaregnes,
00:52:55où l'esclavage
00:52:56a pris des formes
00:52:57tout aussi brutales,
00:52:59tout aussi iniques.
00:53:01Ces histoires,
00:53:02bien que distinctes
00:53:03géographiquement,
00:53:05sont indissociables.
00:53:06Elles font partie
00:53:07d'un même héritage
00:53:08douloureux,
00:53:10celui d'un pays
00:53:10qui a trop longtemps
00:53:11fermé les yeux
00:53:12sur ses propres
00:53:13contradictions.
00:53:1425 ans
00:53:16après la loi
00:53:17Taubira
00:53:17du 21 mai
00:53:192001,
00:53:19qui a reconnu
00:53:20la traite négrière
00:53:21et l'esclavage
00:53:22comme crime
00:53:22contre l'humanité.
00:53:24Et alors
00:53:25qu'ensemble,
00:53:26nous allons,
00:53:27je l'espère,
00:53:28voter la brogation
00:53:29du Code noir,
00:53:30le mot réparation
00:53:31ne doit plus faire peur
00:53:32à la République.
00:53:34Ainsi,
00:53:34le chemin
00:53:35de la réparation
00:53:36suit une route claire,
00:53:38celle de l'action
00:53:38publique
00:53:39et de politique
00:53:40ambitieuse.
00:53:41A ce jour,
00:53:42il faut le dire,
00:53:43le répéter,
00:53:44l'égalité formelle
00:53:46n'a toujours pas
00:53:46permis l'égalité réelle
00:53:48dans nos territoires.
00:53:49L'exemple de la réunion
00:53:51est frappant.
00:53:52En 2026,
00:53:5480 ans
00:53:55après la départementalisation,
00:53:57les inégalités
00:53:58persistent,
00:53:59criantes,
00:54:00avec un taux de chômage
00:54:01de près de 17%,
00:54:03soit presque le double
00:54:04de la moyenne nationale,
00:54:06et un taux de pauvreté
00:54:07qui touche
00:54:0836%
00:54:09de la population.
00:54:10Face à une fracture sociale
00:54:12de plus en plus importante,
00:54:15nombreux sont nos jeunes
00:54:16qui, malgré leurs talents,
00:54:18voient trop souvent
00:54:19leurs aspirations
00:54:20brisées par un système
00:54:21qui ne leur offre pas
00:54:22les mêmes chances.
00:54:24Comment alors expliquer
00:54:25que dans une République
00:54:27réputée,
00:54:29une et indivisible,
00:54:30de telles disparités
00:54:31subsistent ?
00:54:32Comment accepter
00:54:34que le lègue de l'esclavage
00:54:36qui a structuré
00:54:36nos sociétés modernes
00:54:38pèse encore
00:54:39sur le présent ?
00:54:41La mémoire,
00:54:42aussi importante
00:54:43soit-elle,
00:54:44ne suffira pas seule.
00:54:46Il faut désormais
00:54:48urgemment
00:54:49des actes
00:54:50et des investissements
00:54:51massifs
00:54:52pour que ce soit
00:54:53dans l'éducation,
00:54:53le logement,
00:54:54l'insertion
00:54:55ou bien encore
00:54:55la santé.
00:54:56Pourtant,
00:54:57les multiples
00:54:58coups de rabot
00:54:59gouvernementaux
00:55:00vont à rebours
00:55:01des besoins
00:55:02les plus urgents.
00:55:03Sur le sujet
00:55:04de la vie chère,
00:55:05aujourd'hui,
00:55:07après de multiples
00:55:08reports,
00:55:08la bataille
00:55:09contre les causes
00:55:10structurelles
00:55:10de la vie chère
00:55:11se fait toujours
00:55:13attendre.
00:55:14Mais la proposition
00:55:16de loi
00:55:16que nous examinons
00:55:17aujourd'hui
00:55:18est néanmoins
00:55:19une étape décisive.
00:55:20Elle scelle
00:55:21l'abrogation
00:55:22de l'ensemble
00:55:22des textes
00:55:23constitutifs
00:55:24du Code noir.
00:55:25Vous l'aurez compris,
00:55:26mes chers collègues,
00:55:27le groupe socialiste
00:55:28et apparenté
00:55:29votera bien évidemment
00:55:30en faveur
00:55:30de cette proposition
00:55:31de loi
00:55:32pour laquelle
00:55:33je salue
00:55:34le travail entrepris
00:55:35à l'Assemblée nationale
00:55:36par Max Mathiazin
00:55:37et Olivier Servat
00:55:38et au Sénat
00:55:39par notre collègue
00:55:40socialiste
00:55:40Victorin Lurel
00:55:41également
00:55:42à l'origine
00:55:43de propositions
00:55:44de loi
00:55:44sur le sujet.
00:55:45Je vous remercie.
00:55:47Merci,
00:55:48Monsieur le député.
00:55:48La parole est à
00:55:49Monsieur Philippe Gosselin
00:55:50pour le groupe
00:55:50de droite républicaine.
00:55:53Le 12 mai dernier,
00:55:55notre Assemblée nationale
00:55:56à l'initiative
00:55:56de la Présidente
00:55:57mettait à l'honneur
00:55:58cinq députés
00:55:59illustres
00:56:00engagés
00:56:01par et pour
00:56:03l'abolition
00:56:03de l'esclavage
00:56:04en 1848
00:56:06en présence
00:56:06de leur famille.
00:56:07Bien sûr,
00:56:08Victor Solcher
00:56:09aux côtés
00:56:10de Victor Hugo,
00:56:11d'Alphonse
00:56:12de Lamartine,
00:56:13d'Alexis
00:56:14de Tocqueville,
00:56:15le manchois
00:56:16qui inspire tant
00:56:17aujourd'hui,
00:56:18mais aussi
00:56:18Louisie Mathieu,
00:56:21un ancien esclave
00:56:22affranchi
00:56:23quelques mois
00:56:24auparavant
00:56:25par l'abolition
00:56:26de 1848
00:56:27et qui siège
00:56:28dès le 22 août
00:56:301848
00:56:31et jusqu'au 26 mai
00:56:321849
00:56:33à l'Assemblée nationale
00:56:35constituante.
00:56:37Oui,
00:56:38regardez ce paradoxe
00:56:40et ce télescopage
00:56:42des dates.
00:56:43L'abolition
00:56:44est proclamée.
00:56:47Il y a
00:56:47un député
00:56:48de couleur,
00:56:50non pas pour la première fois
00:56:51qui intègre
00:56:52les bancs de la République,
00:56:53car je devrais citer
00:56:54aussi Jean-Baptiste Bélet
00:56:55et il serait d'ailleurs
00:56:57bien
00:56:57de lui rendre
00:56:58hommage
00:56:59ici
00:57:00et de ramener
00:57:01peut-être
00:57:02le tableau
00:57:03qui est à Versailles
00:57:04dans notre enceinte,
00:57:06peut-être
00:57:07lui dédier
00:57:08une salle,
00:57:09car il fut
00:57:10le premier
00:57:11homme noir
00:57:13qui fut
00:57:15élu
00:57:15de notre République
00:57:17au moment
00:57:17de la Révolution.
00:57:21J'en reviens
00:57:21à Louisie Mathieu.
00:57:23Il est élu
00:57:24donc quelques semaines
00:57:25après l'abolition
00:57:27de l'esclavage.
00:57:28C'est un beau symbole
00:57:29de la République
00:57:29qui accueille
00:57:30et pourtant,
00:57:32et pourtant,
00:57:34178 ans
00:57:35après cette abolition
00:57:37de 1848,
00:57:39le code
00:57:39noir
00:57:40est toujours
00:57:41bien présent,
00:57:42officiellement
00:57:43en tout cas
00:57:44dans notre droit.
00:57:45Alors,
00:57:46dans le prolongement
00:57:47de la journée nationale
00:57:48des mémoires
00:57:49de la traite
00:57:50de l'esclavage
00:57:51et de leur abolition
00:57:51du 10 mai,
00:57:52pour les 25 ans
00:57:54de la loi
00:57:55Taubira
00:57:56qui a fait
00:57:57de l'esclavage
00:57:58et de la traite
00:57:59négrière
00:58:00un crime
00:58:01contre l'humanité,
00:58:02il est temps
00:58:03d'aller au-delà.
00:58:05Oui,
00:58:06il est temps
00:58:07d'aller au-delà
00:58:08et avec
00:58:09cette unanimité
00:58:11qui se fait jour
00:58:12depuis la commission
00:58:13des lois
00:58:14de la semaine dernière.
00:58:15Il est important
00:58:17de porter
00:58:18ensemble
00:58:19cette blessure
00:58:21dont l'appelait
00:58:23peine
00:58:24encore aujourd'hui
00:58:25à cicatriser
00:58:26et sans doute
00:58:27parfois
00:58:28fécéloïde
00:58:28une offense
00:58:30bien invisible
00:58:32des stigmates
00:58:34qui sont
00:58:35celles
00:58:35d'une époque
00:58:36révolue
00:58:36mais en réalité
00:58:38parfois
00:58:39encore bien
00:58:40présente,
00:58:41si actuelle.
00:58:43alors il est important
00:58:44de penser
00:58:45avec un A
00:58:46ensemble.
00:58:48Oui,
00:58:49penser cette plaie
00:58:50et si le texte
00:58:51que nous nous apprêtons
00:58:52à voter
00:58:53ne résout pas
00:58:54toutes les difficultés,
00:58:56il est un texte
00:58:57symbolique
00:58:58qui n'est pas
00:58:59un énième acte
00:59:00de repentance
00:59:00mais la reconnaissance
00:59:02que notre histoire
00:59:03est faite
00:59:04et j'emprunterai
00:59:05cette expression
00:59:06aux accords
00:59:06de Nouméa
00:59:07et ce n'est pas
00:59:08non plus un hasard
00:59:09d'ombre
00:59:10et de la lumière.
00:59:12Ce n'est pas
00:59:13un aboutissement
00:59:14sans doute
00:59:15une étape
00:59:16majeure
00:59:17mais qui reste
00:59:18une étape
00:59:19à ce stade.
00:59:21Alors remercions
00:59:22notre collègue
00:59:23Mathias Saint
00:59:23de s'être
00:59:24emparé
00:59:25de ce sujet.
00:59:28Cher Max,
00:59:29vous êtes sans doute
00:59:29un lointain fils
00:59:30spirituel
00:59:31de celui
00:59:32élu
00:59:32boadeloupéen
00:59:33que j'évoquais
00:59:34Mathieu
00:59:35qui vous a précédé.
00:59:37Le code noir
00:59:38c'est quelque chose
00:59:39qui aujourd'hui
00:59:39paraît aberrant.
00:59:40un recueil
00:59:41des dits royaux
00:59:43qui réglementaient
00:59:44l'esclavage
00:59:45et dont l'article 44
00:59:47faisait pratiquement
00:59:49d'êtres humains
00:59:50des restes nullius
00:59:51en tout cas
00:59:52des biens meubles
00:59:53niant
00:59:54leur humanité.
00:59:56Alors l'objet
00:59:57de l'article 1er
00:59:58de notre proposition
00:59:59de loi
00:59:59c'est d'abroger
01:00:00d'abroger
01:00:01de façon express
01:00:02ce code
01:00:03et l'ensemble
01:00:04des dispositions
01:00:05de toute nature
01:00:06qui en découle
01:00:07et qui retirera
01:00:09alors tout effet
01:00:10juridique
01:00:10pour l'avenir.
01:00:12Il s'agit
01:00:12de mettre fin
01:00:13à une incohérence
01:00:15juridique
01:00:16et morale.
01:00:18Il s'agit
01:00:19de réaffirmer
01:00:20notre identité
01:00:22républicaine.
01:00:23La France
01:00:24avec sa vocation
01:00:25universaliste.
01:00:27Oui,
01:00:28la dignité
01:00:29de la personne humaine,
01:00:30l'égalité
01:00:31et la liberté
01:00:32sont des valeurs
01:00:34qui transcendent
01:00:35et doivent continuer
01:00:36à transcender
01:00:36notre droit.
01:00:37Oui,
01:00:39il y a
01:00:39dans cette abrogation
01:00:41un message
01:00:41de reconnaissance
01:00:43et d'unité
01:00:44nationale.
01:00:45C'est un message
01:00:46qui est envoyé
01:00:47non seulement
01:00:47à nos compatriotes
01:00:49ultramarins
01:00:49mais aussi
01:00:50à nos amis
01:00:51africains.
01:00:53Il y a donc
01:00:53une double dimension.
01:00:55Alors attention
01:00:55et je terminerai
01:00:56sur ce point
01:00:57Madame la Présidente,
01:00:58attention
01:00:59à ne pas
01:01:00instrumentaliser
01:01:01peut-être
01:01:01ce texte.
01:01:02Je salue
01:01:03la sagesse
01:01:03de notre rapporteur
01:01:04Oui,
01:01:05attention
01:01:06à ne pas
01:01:06en faire
01:01:06des procès
01:01:07permanents
01:01:08qui n'auraient
01:01:09pas de sens
01:01:10nécessairement.
01:01:12Ce qui ne veut pas dire
01:01:13qu'il n'y a pas
01:01:14une attente
01:01:14d'égalité réelle
01:01:16et que cette attente
01:01:18doit être satisfaite.
01:01:20Alors,
01:01:20chers collègues,
01:01:21saluons ce travail
01:01:23et regardons
01:01:24avec lucidité
01:01:26notre histoire.
01:01:27Ce qui nous unit
01:01:28nous grandit.
01:01:30Je vous remercie.
01:01:31Merci,
01:01:32Monsieur le député.
01:01:33La parole est
01:01:33à Monsieur
01:01:33Stevie Gustave
01:01:34pour le groupe
01:01:35Écologiste
01:01:35et Social.
01:01:47Madame la Présidente,
01:01:49Mesdames et Messieurs
01:01:50les Ministres,
01:01:51Monsieur le rapporteur,
01:01:52mes chers collègues,
01:01:54pendant des siècles
01:01:55dans notre pays,
01:01:56la loi a accepté
01:01:57l'indigne.
01:01:58Elle a accepté
01:01:59qu'un être humain
01:01:59puisse appartenir
01:02:00à un autre.
01:02:01Elle a accepté
01:02:02que des enfants
01:02:03soient arrachés
01:02:03à leur mère,
01:02:04que des femmes
01:02:04soient vendues,
01:02:05que des hommes
01:02:06soient marqués,
01:02:08offerts,
01:02:09fouettés,
01:02:10mutilés.
01:02:12Et tout cela,
01:02:13la loi l'autorisait,
01:02:14légal.
01:02:16Voilà ce qu'était
01:02:17le code noir.
01:02:18Une mécanique pensée,
01:02:19organisée,
01:02:20assumée,
01:02:21qui chosifiait
01:02:22des êtres humains.
01:02:23Dans ce texte,
01:02:24l'esclave devenait
01:02:24juridiquement un bien meuble.
01:02:27Et c'est pour cela,
01:02:29au fond,
01:02:30le plus glaçant.
01:02:31Le moment où la loi
01:02:32cessait de protéger
01:02:33l'humain.
01:02:34Je ne parle pas seulement
01:02:35d'un texte ancien.
01:02:36Je parle de mémoire,
01:02:37d'une mémoire
01:02:38qui traverse encore
01:02:39les générations.
01:02:40Derrière les registres,
01:02:41derrière les cargaisons,
01:02:42il y avait des vies.
01:02:43Il y avait des mères,
01:02:45il y avait des enfants,
01:02:46il y avait des visages.
01:02:48Des êtres humains
01:02:49que l'on pouvait effacer,
01:02:51coupés de leur histoire.
01:02:56Arrachés à eux-mêmes,
01:02:57ces femmes,
01:02:58ces hommes,
01:02:59avaient aussi des rêves.
01:03:00Ils avaient une langue,
01:03:02des croyances.
01:03:12Ils voulaient vivre libre,
01:03:13et cela aussi
01:03:14que l'esclavage
01:03:15a tenté de détruire.
01:03:16Et pourtant,
01:03:17malgré les chaînes,
01:03:18malgré les coups,
01:03:19malgré ceux qui voulaient
01:03:20les effacer du monde,
01:03:21ils ont continué
01:03:23à se tenir debout
01:03:23à travers des révoltes,
01:03:25les marronnages,
01:03:26les chants,
01:03:27les prières.
01:03:28Ils ont continué
01:03:29à défendre
01:03:29cette part d'eux-mêmes
01:03:30que l'esclavage
01:03:31voulait anéantir.
01:03:37La liberté a été confisquée,
01:03:39leur dignité,
01:03:39jamais.
01:03:40Et cette force,
01:03:41ils l'ont transmise
01:03:42à leurs enfants,
01:03:43de génération à génération,
01:03:46jusqu'à nous.
01:03:55Je pense à mon arrière-grand-mère,
01:03:57maman bébelle.
01:03:58Sa mémoire a traversé
01:03:59ma famille.
01:04:00J'ai grandi avec son histoire.
01:04:01Elle me l'a racontée.
01:04:03Elle était la petite fille
01:04:04d'Ambroise Gérambe,
01:04:06née en Afrique,
01:04:06puis réduite en esclavage
01:04:08sous le matricule 336.
01:04:10Et aujourd'hui,
01:04:11son arrière-petit-fils
01:04:13se tient debout,
01:04:14devant vous,
01:04:16député de la République.
01:04:23Ce que l'histoire
01:04:24a voulu réduire en silence
01:04:25parle désormais
01:04:26au cœur même
01:04:27de la République.
01:04:28Chaque parole
01:04:29que je porte
01:04:29à cette tribune
01:04:30est aussi la leur.
01:04:33Je suis de cet héritage.
01:04:35Mon métissage
01:04:36ne vient pas seulement
01:04:36de l'amour de mes parents
01:04:37ou de mes grands-parents.
01:04:39Il porte aussi
01:04:40la trace d'un monde
01:04:41où certaines femmes
01:04:41n'étaient pas libres.
01:04:42et derrière certaines
01:04:45histoires familiales,
01:04:46il y a parfois des douleurs
01:04:48que les générations
01:04:48transmettent en silence.
01:04:50Cette mémoire
01:04:51appartient à la France
01:04:52entière.
01:04:53Regardez cette vérité
01:04:54en face,
01:04:54ce n'est pas accuser
01:04:55notre pays
01:04:56ni parler de repentance.
01:04:57C'est choisir la lucidité
01:04:59plutôt que le silence.
01:05:00Et Messésère
01:05:01l'avait prévenu.
01:05:02Lorsqu'une civilisation
01:05:04s'habitue
01:05:04à nier l'humanité
01:05:05de l'autre,
01:05:06elle finit toujours
01:05:07par s'abîmer
01:05:08sa propre humanité.
01:05:09Parce que le code noir
01:05:10ne s'est pas arrêté
01:05:10aux portes de l'histoire.
01:05:12Le racisme
01:05:12ne disparaît jamais totalement.
01:05:14Il change de visage
01:05:15dans certaines discriminations,
01:05:17dans certaines illégalités,
01:05:19dans certains regards.
01:05:20Voilà pourquoi
01:05:21l'éducation
01:05:21et la transmission
01:05:23sont essentielles
01:05:24à la transmission.
01:05:26Parce qu'un peuple
01:05:26qui n'enseigne pas
01:05:27son histoire
01:05:28laisse toujours une place
01:05:29à l'ignorance
01:05:29et au préjugé.
01:05:31La la trouvira
01:05:31à marquer une étape essentielle.
01:05:33Elle n'était pas
01:05:34un aboutissement,
01:05:34elle était un chemin.
01:05:35Et ce chemin,
01:05:37nous le devons aussi
01:05:37à des générations
01:05:38de femmes et d'hommes,
01:05:39d'associations,
01:05:40d'historiens,
01:05:41de militants
01:05:42qui ont refusé
01:05:42que cette mémoire
01:05:43disparaisse.
01:05:48Mais regardez
01:05:49cette vérité en face
01:05:50et aussi regardez
01:05:50ce qu'elle a laissé
01:05:51derrière elle.
01:05:52Car ceux qui possédaient
01:05:53des êtres humains
01:05:53ont été indemnisés.
01:05:55Ceux qui avaient été
01:05:56réduits en esclavage
01:05:57ne l'ont jamais été.
01:05:59Et après l'esclavage,
01:06:00la colonisation
01:06:00a prolongé certaines logiques
01:06:01de domination
01:06:02et d'inégalité.
01:06:04Et certaines traces
01:06:05traversent encore les siècles.
01:06:06Car le passé
01:06:07ne disparaît jamais totalement
01:06:08et réapparaît parfois
01:06:09dans les inégalités
01:06:10que certains territoires
01:06:11continuent de subir.
01:06:13Aux Antilles,
01:06:13les maladies liées
01:06:14au chlore de cône
01:06:15continuent de briser des vies.
01:06:16Des familles vivent
01:06:17avec l'angoisse
01:06:18de la maladie.
01:06:18Des mères s'inquiètent
01:06:19pour leurs enfants.
01:06:20Et dans certains
01:06:21territoires ultramarins,
01:06:22quand l'eau manque,
01:06:23quand certains renoncent
01:06:24à se soigner,
01:06:24quand la vie chère
01:06:25étouffe des familles entières,
01:06:27alors ce n'est pas seulement
01:06:28une question économique,
01:06:29c'est une question de justice.
01:06:30Pourtant,
01:06:31notre pays devrait être
01:06:32exemplaire envers ces territoires.
01:06:33Et lorsque des citoyens français
01:06:35ont le sentiment
01:06:35d'être oubliés,
01:06:36alors la promesse
01:06:37d'égalité s'abîme.
01:06:38Aujourd'hui,
01:06:39la République regarde
01:06:39enfin la part de son histoire.
01:06:41Mais ce regard
01:06:42ne devrait pas rester symbolique,
01:06:43car le corps noir
01:06:44nous a pas seulement
01:06:45légué une histoire,
01:06:46il a aussi laissé
01:06:47des préjugés,
01:06:48des inégalités,
01:06:48des imaginaires
01:06:49dans notre société
01:06:50portent encore les traces.
01:06:51Alors j'espère
01:06:52que les paroles
01:06:52entendues aujourd'hui
01:06:54sauront vivre demain
01:06:55dans notre société.
01:06:56Parce qu'on ne combat pas
01:06:57les héritages
01:06:58de la barbarie
01:06:59uniquement avec des commémorations.
01:07:00On les combat aussi
01:07:01par l'égalité,
01:07:02par la justice,
01:07:03par le respect absolu
01:07:04de chaque être humain.
01:07:05Alors oui,
01:07:06abroger le code noir
01:07:06est nécessaire.
01:07:07Mais aucun vote
01:07:08ne pourra réparer
01:07:10à lui seul
01:07:10des siècles de vie brisées.
01:07:13Et la grandeur
01:07:13d'une République
01:07:14ne se mesure pas seulement
01:07:15à ce qu'elle commémore,
01:07:16elle se mesure aussi
01:07:17à la manière
01:07:17dont elle protège
01:07:18aujourd'hui encore.
01:07:19La dignité humaine.
01:07:21Permettez-moi,
01:07:21pour finir,
01:07:22de faire une nuance
01:07:23importante.
01:07:26Nous ne sommes pas
01:07:26des descendants d'esclaves,
01:07:28nous sommes les descendants
01:07:29d'être humains et libres
01:07:30puis réduits en esclavage.
01:07:33Je vous remercie.
01:07:37Applaudissements
01:07:55La parole est à M. Sylvain Berrios
01:07:58pour le groupe
01:07:58Horizons et Indépendants.
01:08:01Merci,
01:08:01chers collègues,
01:08:02Steve Gustave,
01:08:03pour les propos
01:08:04que vous venez
01:08:05et le témoignage
01:08:06et l'émotion
01:08:08et la force
01:08:10de ce que vous venez
01:08:12de nous dire
01:08:13et qui illustrent
01:08:17parfaitement
01:08:17ce que nous sommes
01:08:18aujourd'hui
01:08:20en train de faire.
01:08:23En mai 2001,
01:08:25l'Assemblée nationale
01:08:26et le Sénat
01:08:26ont voté
01:08:28à l'unanimité
01:08:30la loi
01:08:31dite
01:08:31Taubira
01:08:32reconnaissant
01:08:33la traite
01:08:33et l'esclavage
01:08:34comme un crime
01:08:36contre l'humanité.
01:08:3925 ans plus tard,
01:08:41nous sommes réunis
01:08:43dans cet hémicycle
01:08:44pour abroger,
01:08:46je l'espère,
01:08:48à l'unanimité,
01:08:50un texte
01:08:51qui témoigne
01:08:52de l'institutionnalisation
01:08:54de l'esclavage.
01:08:57178 ans
01:08:58après l'abolition
01:09:00de l'esclavage,
01:09:0125 ans
01:09:02après la loi
01:09:04de Taubira.
01:09:05Il est faible
01:09:06de dire
01:09:07que le chemin
01:09:09parcouru
01:09:10l'a été
01:09:11avec une grande
01:09:12lenteur.
01:09:14À ce moment,
01:09:15cette grande lenteur
01:09:17me fait penser
01:09:18à un professeur
01:09:19de français
01:09:21du lycée
01:09:22Marcelin Berthelot
01:09:23dans ma circonscription
01:09:24à Saint-Mord-des-Fossés.
01:09:25qui a été député,
01:09:28qui a été ministre,
01:09:30qui a été
01:09:31le premier président
01:09:32du Sénégal,
01:09:35qui a,
01:09:35avec Aimé Césaire,
01:09:37travaillé
01:09:38à ces sujets
01:09:39et qui nous disait
01:09:41« Oui, Seigneur,
01:09:44pardonne à la France
01:09:47qui dit
01:09:49la voie droite
01:09:50mais qui chemine
01:09:52par des sentiers
01:09:54obliques.
01:09:58aboli ».
01:09:58Aboli pendant
01:09:58la Révolution française,
01:09:59le Code noir
01:10:00a été rétabli
01:10:00sous Napoléon
01:10:01en 1802.
01:10:03Et depuis,
01:10:04il n'a jamais été
01:10:04formellement abrogé.
01:10:06Bien qu'il soit
01:10:07inappliqué
01:10:08depuis 1848,
01:10:10l'ensemble
01:10:10de ces édits royaux
01:10:12réduisent
01:10:13des hommes
01:10:13et des femmes
01:10:14et des enfants
01:10:15au statut
01:10:16de bien meubles.
01:10:17Ils n'ont jamais
01:10:18été explicitement
01:10:20effacés
01:10:20de notre
01:10:21ordonnancement
01:10:22juridique.
01:10:23Ni l'abolition
01:10:24de 1794,
01:10:26ni celle
01:10:27de 1848,
01:10:29ni la loi
01:10:30du 21 mai
01:10:312001
01:10:32n'y ont mis
01:10:33un terme.
01:10:34Comment
01:10:35avons-nous pu
01:10:37ignorer
01:10:37la persistance
01:10:39du Code noir ?
01:10:41Probablement
01:10:42que nous devrions
01:10:42nous interroger
01:10:43sur la manière
01:10:44dont la République
01:10:46a pu si longtemps
01:10:48abolir l'esclavage
01:10:49sans abroger
01:10:50les textes
01:10:52qu'il avait
01:10:52légalisé
01:10:53et encadré.
01:10:55Il n'appartient
01:10:56pas aux législateurs
01:10:58d'écrire
01:10:59l'histoire,
01:11:00encore moins
01:11:01et c'est heureux
01:11:02de la réécrire.
01:11:04Cette abrogation
01:11:05du Code noir
01:11:06ne prétend
01:11:06donc pas
01:11:07effacer
01:11:08ce qui a été fait,
01:11:09ni en atténuer
01:11:12la gravité.
01:11:13En revanche,
01:11:14en abrogeant
01:11:16le Code noir,
01:11:16nous donnons
01:11:16toute la force
01:11:17républicaine
01:11:18nécessaire
01:11:20à la loi
01:11:20Taubira
01:11:21qui reconnaît
01:11:22la traite négrière
01:11:23et l'esclavage
01:11:23comme un crime
01:11:24contre l'humanité.
01:11:26S'il ne nous appartient
01:11:27pas d'écrire
01:11:28ou de réécrire
01:11:29l'histoire,
01:11:30il nous appartient
01:11:31de contribuer
01:11:32par notre travail
01:11:33de législateur
01:11:34à dessiner
01:11:36un avenir meilleur.
01:11:37La progression
01:11:38du Code noir
01:11:39n'est pas
01:11:39une question
01:11:40partisane
01:11:40mais une question
01:11:42de dignité
01:11:44républicaine
01:11:44qui doit
01:11:45éclairer
01:11:46des générations
01:11:47futures.
01:11:48C'est la raison
01:11:48pour laquelle
01:11:48le groupe
01:11:49Horizon
01:11:50et indépendant
01:11:52votera
01:11:52avec détermination
01:11:53et sans réserve
01:11:54cette proposition
01:11:55de loi.
01:11:57Merci,
01:11:58M. le député.
01:11:59La parole est
01:12:00à Mme Véronique Besse.
01:12:02Mme la Présidente,
01:12:03M. le rapporteur,
01:12:04mes chers collègues,
01:12:05il y a des textes
01:12:06qui n'ont plus
01:12:06de portée juridique
01:12:07depuis longtemps
01:12:08et qui pourtant
01:12:09continuent de peser
01:12:10sur nos consciences.
01:12:11Le Code noir
01:12:12est de ceux-là,
01:12:13formellement tacites
01:12:14depuis que la République
01:12:15en 1848
01:12:16a proclamé
01:12:17l'abolition
01:12:17de l'esclavage.
01:12:18Il subsistait
01:12:19néanmoins
01:12:20dans notre corpus
01:12:21législatif
01:12:21comme une ombre,
01:12:22une tâche,
01:12:23un reproche muet.
01:12:25L'abrogé,
01:12:26formellement,
01:12:26n'est pas un acte juridique,
01:12:27c'est un acte de mémoire.
01:12:29Mes chers collègues,
01:12:30la France est une grande nation,
01:12:32une grande nation précisément
01:12:33parce qu'elle est capable
01:12:34de regarder son histoire
01:12:35en face.
01:12:36Elle le fait aujourd'hui
01:12:37en retirant
01:12:37de son arsenal législatif
01:12:39ce texte
01:12:40du XVIIe siècle
01:12:41qui organisait
01:12:42la négation
01:12:42de l'humanité
01:12:43de femmes,
01:12:44d'hommes et d'enfants
01:12:45en faisant d'eux
01:12:46des esclaves
01:12:47sur la base
01:12:47de leur origine
01:12:48et de leur couleur de peau
01:12:49en les assimilant
01:12:50à des biens meubles.
01:12:52Le Code noir
01:12:52a créé une cassure
01:12:54entre la France hexagonale
01:12:55et le reste
01:12:55de ces territoires
01:12:56qui perdurera
01:12:57bien après l'abolition
01:12:58de l'esclavage.
01:12:59Son abrogation témoigne
01:13:01d'une conscience morale nationale
01:13:02qui refuse le mensonge
01:13:04par omission.
01:13:05Et je rejoins
01:13:05les mots prononcés
01:13:06en commission
01:13:07par vous,
01:13:08monsieur le rapporteur.
01:13:09La repentance
01:13:10n'a pas de sens.
01:13:12Ces mots sont profondément vrais.
01:13:14La repentance
01:13:14est une posture stérile
01:13:15qui ne répare rien,
01:13:17qui n'élève personne
01:13:18et qui, au fond,
01:13:19n'est qu'une forme
01:13:19d'orgueil inversée.
01:13:20La France n'a pas
01:13:21à s'agenouiller devant
01:13:22qui que ce soit.
01:13:23Elle a à se tenir droite
01:13:25dans la pleine conscience
01:13:26de son histoire,
01:13:27lumière et ombre confondues.
01:13:29Car je veux le dire
01:13:29ici avec force,
01:13:30cette grandeur morale
01:13:31qui est la nôtre
01:13:32tranche singulièrement
01:13:34avec l'hypocrisie
01:13:34de ceux qui,
01:13:35sur la scène internationale,
01:13:37instrumentalisent
01:13:37la mémoire de l'esclavage
01:13:38pour mieux asseoir
01:13:39un narratif
01:13:40dont l'unique fonction
01:13:41est de désigner l'Occident
01:13:42comme le grand coupable
01:13:43de tous les maux
01:13:44de l'humanité.
01:13:44Ce narratif est un mensonge.
01:13:46L'histoire est bien
01:13:47plus complexe,
01:13:48moins médicaine,
01:13:49car la traite transatlantique,
01:13:51celle dont on parle
01:13:52dans le code noir,
01:13:53est une abomination
01:13:54que l'on a retrouvée
01:13:55dans diverses formes.
01:13:56Tout d'abord,
01:13:57la traite orientale
01:13:58et transsaharienne
01:13:59à destination
01:14:00de la péninsule arabique
01:14:01et du Maghreb,
01:14:02justement décrite
01:14:03par l'historien sénégalais
01:14:04Tidiane Ndiaye.
01:14:06Mais aussi la traite
01:14:07dans l'océan Indien
01:14:08et enfin les razzias arabes
01:14:09et turcs
01:14:10d'esclaves européens
01:14:11enlevés pendant
01:14:11plus d'un millénaire.
01:14:13A chaque fois,
01:14:14des millions,
01:14:14voire des dizaines
01:14:15de millions d'hommes,
01:14:15de femmes et d'enfants
01:14:16qui ont tout perdu,
01:14:18arraché à leur terre,
01:14:18à leur famille,
01:14:19à leur nom,
01:14:19des millions d'êtres humains
01:14:21privés de ce mot
01:14:22que notre pays
01:14:23a gravé sur ses frontons
01:14:24la liberté.
01:14:25Toutes ces traites
01:14:26doivent être enseignées.
01:14:27L'histoire doit être
01:14:28impartiale,
01:14:29pas partielle
01:14:30afin d'apaiser
01:14:31toutes les mémoires.
01:14:32Mais à l'ONU,
01:14:33où ces résolutions
01:14:34se votent à la majorité
01:14:35mécanique d'un Sud global
01:14:36coalisant plus de 130 nations,
01:14:38le narratif est tout autre.
01:14:40On y pointe l'Occident seul.
01:14:41On veut alors faire
01:14:42de ce qui n'a aucun sens,
01:14:44hiérarchiser les crimes
01:14:45contre l'humanité
01:14:46comme si l'horreur
01:14:46était différente
01:14:47selon l'oppresseur
01:14:48et l'opprimé
01:14:49selon la religion,
01:14:50la couleur de peau.
01:14:51La France,
01:14:51elle,
01:14:52fait le contraire.
01:14:53Elle débat de tout,
01:14:53elle regarde tout.
01:14:54C'est cela,
01:14:55la vraie grandeur
01:14:55de notre pays.
01:14:56Je veux aussi dire,
01:14:58et ce texte nous permet
01:14:58de le rappeler,
01:14:59que l'esclavage
01:15:00n'est pas seulement
01:15:00un crime du passé.
01:15:02Il subsiste dans
01:15:03certains pays
01:15:04qui n'en parlent jamais
01:15:04dans les enceintes
01:15:06internationales.
01:15:06Il subsiste dans
01:15:07des filières
01:15:08d'immigration clandestines
01:15:09où des êtres humains
01:15:10sont traités
01:15:11comme des marchandises
01:15:12exploitées,
01:15:13vendues, trafiquées.
01:15:14Le devoir de la France,
01:15:15c'est de le combattre,
01:15:16là où il existe encore,
01:15:17y compris dans
01:15:18ses formes modernes.
01:15:19Je voterai ce texte
01:15:20parce que la mémoire
01:15:21mérite cet acte solennel,
01:15:23mais je le voterai
01:15:24sans illusion
01:15:24car il ne rendra pas
01:15:25les rues de nos
01:15:26Outre-mer plus sûres.
01:15:27Il ne répondra pas
01:15:28à la détresse économique
01:15:29qui s'y exprime
01:15:30avec une intensité croissante.
01:15:32Et c'est pourquoi
01:15:32l'examen du projet de loi
01:15:33portant sur la vie chère
01:15:34en Outre-mer
01:15:35doit être accéléré.
01:15:37Le président de la République
01:15:38qui communique à outrance
01:15:39sur ce débat
01:15:39devrait plutôt répondre
01:15:40aux attentes légitimes
01:15:41de nos Outre-mer
01:15:42qui attendent
01:15:44des actes concrets.
01:15:45Et puisque la République
01:15:46entend nettoyer
01:15:47son droit de texte
01:15:48qui blesse la mémoire,
01:15:49non pour comparer
01:15:50les souffrances
01:15:50car les souffrances
01:15:51ne se comparent pas,
01:15:52je vous propose
01:15:53dans le futur
01:15:54d'abroger les décrets
01:15:54du 1er août
01:15:55et du 1er octobre 1793,
01:15:57dites loi d'anéantissement
01:15:59de la Vendée.
01:16:00Comme le Code Noir,
01:16:01ces décrets sont caduques
01:16:02depuis des siècles,
01:16:03mais là encore,
01:16:04il faut rompre symboliquement
01:16:05avec ce qui a été
01:16:07la base légale
01:16:07d'abomination.
01:16:09Pour conclure,
01:16:10permettez-moi
01:16:10d'avoir une pensée
01:16:11pour tous les peuples
01:16:12qui attendent encore
01:16:13que le monde reconnaisse
01:16:14ce qu'ils ont subi.
01:16:15Je pense aux Arméniens,
01:16:16un million et demi de morts,
01:16:17un siècle d'attente
01:16:18et la reconnaissance
01:16:19de leur génocide
01:16:20qui tarde encore
01:16:21à venir de l'ONU
01:16:22et de la Turquie.
01:16:23Ces peuples nous regardent.
01:16:24Ce texte constitue
01:16:25un signal important
01:16:26à tous ceux
01:16:27qui tentent courageusement
01:16:28de secouer le joug
01:16:29du déni de certains États
01:16:30face à leur histoire.
01:16:32Aujourd'hui encore,
01:16:33la France va rayonner
01:16:34et être un exemple
01:16:35pour le monde
01:16:35grâce à votre texte,
01:16:36M. le rapporteur.
01:16:37Abroger le Code Noir,
01:16:38c'est attester
01:16:39que notre Parlement
01:16:40place la dignité humaine
01:16:42au premier rang
01:16:42des valeurs
01:16:43qu'il entend défendre
01:16:44car la France est grande
01:16:46quand elle est juste.
01:16:48Merci, Mme la députée.
01:16:49La parole est à M. Franz Gums
01:16:52pour le groupe Démocrate.
01:16:55Mme la Présidente,
01:16:57Mesdames les Ministres,
01:16:59M. le Ministre,
01:17:02M. le rapporteur,
01:17:03cher Max,
01:17:05chers collègues,
01:17:06il y a, Mme la Présidente
01:17:07de la Commission,
01:17:09il y a des votes
01:17:10qui ressemblent
01:17:11à tous les autres
01:17:11et puis il y en a
01:17:12qui vous rappellent
01:17:13par quel chemin
01:17:14vous êtes arrivés là.
01:17:17Celui-ci est de ceux-là.
01:17:18Nous allons abroger
01:17:19le Code Noir officiellement,
01:17:21définitivement,
01:17:23mettre fin à l'existence
01:17:24juridique d'un texte
01:17:25qui a organisé
01:17:26pendant 150 ans
01:17:27l'esclavage
01:17:28dans les colonies françaises.
01:17:30Ce n'est pas un geste
01:17:31anodin,
01:17:32c'est une décision
01:17:32que cette Assemblée
01:17:34pouvait prendre
01:17:34depuis longtemps
01:17:35mais que nous prenons
01:17:36aujourd'hui.
01:17:38Je suis de l'île
01:17:39antillaise de Saint-Martin,
01:17:40une île marquée aussi
01:17:41par la traite
01:17:42de l'esclavage.
01:17:43Mais c'est aussi
01:17:44une île qui a participé
01:17:46à l'histoire
01:17:46de l'abolition.
01:17:48C'est dans ces salines
01:17:50qu'Auguste François Périnon,
01:17:52né d'une mère esclave,
01:17:53a franchi,
01:17:54a mené,
01:17:55à partir de 1844,
01:17:56ses expérimentations
01:17:57de travail libre.
01:17:59Il a démontré,
01:18:00chiffre à l'appui,
01:18:01que des ouvriers payés
01:18:03travaillaient mieux
01:18:04que des hommes esclavisés.
01:18:06Ses conclusions
01:18:07ont nourri
01:18:07les travaux de Schellscher
01:18:09et ses périnons
01:18:09que Schellscher
01:18:10a choisis
01:18:11pour l'aider
01:18:12à rédiger
01:18:13des décrets
01:18:14liés à l'abolition
01:18:15de l'esclavage
01:18:16de 1848.
01:18:19L'histoire
01:18:20de l'émancipation
01:18:21passe donc
01:18:21par Saint-Martin.
01:18:23C'est d'ailleurs
01:18:24précisément aujourd'hui,
01:18:2528 mai,
01:18:27que nous commémorons
01:18:29l'abolition
01:18:31de l'esclavage
01:18:31après la Martinique
01:18:33le 22
01:18:33et la Guadeloupe
01:18:34le 27.
01:18:37C'est pourquoi
01:18:38ce texte me touche
01:18:39tout à fait personnellement.
01:18:41Notre pays
01:18:42a fait un chemin réel
01:18:43sur cette mémoire.
01:18:44La loi Taubira
01:18:45de 2001
01:18:45a reconnu
01:18:46la traite
01:18:46de l'esclavage
01:18:47comme crime
01:18:47contre l'humanité.
01:18:49C'est un acte fort,
01:18:51courageux,
01:18:52nécessaire.
01:18:52Ce que nous faisons
01:18:53aujourd'hui
01:18:54s'inscrit
01:18:55dans cette continuité.
01:18:57Nous ne recommençons pas,
01:18:58nous allons jusqu'au bout.
01:19:00parce que le code Loire,
01:19:01lui,
01:19:02n'a jamais été abrogé.
01:19:04Pas en 1794,
01:19:05pas en 1848.
01:19:07Il est toujours là
01:19:08dans notre corpus juridique
01:19:10comme une anomalie
01:19:12que personne n'avait encore voulu
01:19:15formellement corriger.
01:19:16On dit parfois
01:19:17que ces textes
01:19:18ne produisent plus aucun effet pratique.
01:19:20C'est vrai.
01:19:21Mais le droit,
01:19:22ce n'est pas de la technique.
01:19:23On l'a déjà dit.
01:19:24Le droit,
01:19:24c'est ce qu'une nation
01:19:26dit d'elle-même.
01:19:27Et tant que ce code demeure,
01:19:29nous laissons subsister
01:19:30dans notre ordre juridique
01:19:32un texte
01:19:32qui définissait
01:19:33des êtres humains
01:19:34comme des biens meubles
01:19:35sans nom,
01:19:36juste matricule.
01:19:38Un texte
01:19:39qui numérotait
01:19:39les châtiments
01:19:40qui encadraient
01:19:41la mort
01:19:42de ceux
01:19:42qui osaient fuir.
01:19:44Ce sont des articles
01:19:45numérotés,
01:19:46enregistrés,
01:19:46appliqués
01:19:47sur des terres
01:19:48qui sont aujourd'hui françaises.
01:19:50Abroger ce texte,
01:19:51ce n'est pas réécrire l'histoire,
01:19:53c'est l'assumer pleinement.
01:19:54C'est dire
01:19:54que la République
01:19:55regarde son passé
01:19:56sans le fuir
01:19:57et qu'elle en tire
01:19:58les conséquences
01:19:59dans son droit.
01:20:00Et je veux dire
01:20:01un mot pour les territoires
01:20:02ultramarins.
01:20:03Dans nos îles,
01:20:05les héritages
01:20:06de l'esclavage
01:20:07ne sont pas seulement
01:20:07mémoriels,
01:20:08ils sont économiques,
01:20:09sociaux et culturels.
01:20:10Ils se lisent
01:20:11dans les inégalités
01:20:12d'aujourd'hui,
01:20:13dans les histoires
01:20:14de familles,
01:20:15dans ce rapport complexe
01:20:16fait parfois d'amour
01:20:18mais aussi de haine
01:20:19que certains entretiennent
01:20:21avec cette République
01:20:21qui fut longtemps
01:20:23celle du Code Noir.
01:20:25Ce vote dit quelque chose
01:20:26à ces territoires.
01:20:27Il dit
01:20:27nous vous entendons,
01:20:29nous assumons
01:20:30ce que cette République
01:20:30a fait
01:20:31et nous faisons en sorte
01:20:33que son droit
01:20:33soit enfin pleinement
01:20:34d'accord avec ses valeurs.
01:20:36Le Premier ministre
01:20:37lui-même a parlé
01:20:38d'anomalie historique.
01:20:39Corrigeons-la.
01:20:40Pas dans la polémique,
01:20:42pas dans la revanche
01:20:43mais avec la sérénité
01:20:45de ceux qui savent
01:20:46qu'un acte juste,
01:20:47même tardif,
01:20:49reste un acte juste.
01:20:51Je voterai ainsi
01:20:52comme un groupe
01:20:53pour cette proposition
01:20:55de loi
01:20:55avec conviction
01:20:56et avec la fierté
01:20:58de représenter
01:20:58une île
01:20:59dont les enfants
01:20:59ont contribué
01:21:00à écrire
01:21:01l'histoire
01:21:02de la liberté.
01:21:04Permettez-moi
01:21:05une petite courte
01:21:07note très personnelle
01:21:09pour conclure.
01:21:11En ce moment
01:21:12si particulier,
01:21:14je pense
01:21:14à tous les chemins
01:21:15de cette histoire
01:21:16de 300 ans
01:21:17qu'il a fallu
01:21:18que je suive
01:21:19de force
01:21:20ou de gré
01:21:21pour être devant vous
01:21:23ici
01:21:23et aujourd'hui.
01:21:25Je vous remercie
01:21:26de votre écoute.
01:21:29Merci
01:21:29Monsieur le député.
01:21:31La discussion générale
01:21:32est close.
01:21:32J'appelle maintenant
01:21:33dans le texte
01:21:34de la commission
01:21:34les articles
01:21:35de la proposition
01:21:36de loi.
01:21:37Je vais donc mettre
01:21:37en voie
01:21:38cette proposition
01:21:38de loi
01:21:39retournée
01:21:40à vos places.
01:21:45Le scrutin
01:21:48est ouvert.
01:21:50Le scrutin
01:21:51est clos.
01:21:59Votant 254,
01:22:01exprimé 254,
01:22:02majorité 128
01:22:03pour 254,
01:22:04contre zéro,
01:22:05l'Assemblée nationale
01:22:06a adopté.
01:22:13S'il vous plaît,
01:22:15on écoute
01:22:15Monsieur le rapporteur
01:22:17qui souhaite
01:22:18s'exprimer.
01:22:19Monsieur le rapporteur.
01:22:22Il y a 25 ans,
01:22:25la loi Taubira,
01:22:26Madame Taubira,
01:22:28de toute sa pugnacité,
01:22:30a fait reconnaître ici
01:22:32après aussi longtemps
01:22:35que l'esclavage
01:22:36était un crime
01:22:37contre l'humanité.
01:22:39C'est inscrit
01:22:39dans les esprits,
01:22:41c'est inscrit
01:22:41dans les livres,
01:22:42c'est inscrit
01:22:43dans la loi
01:22:43et dans nos cœurs.
01:22:46Si nous voulons
01:22:47continuer
01:22:48et faire nation
01:22:51sur tous les territoires,
01:22:53dans notre diversité,
01:22:54dans nos cultures,
01:22:55dans la richesse,
01:22:57dans ce qui fait
01:22:57que nous pouvons
01:23:00révéler notre humanité,
01:23:01il fallait faire
01:23:02ce deuxième pas.
01:23:04ce n'est qu'un jalon.
01:23:06Je sais,
01:23:07je sais très bien
01:23:08que mes avis
01:23:10n'ont pas,
01:23:11je dirais,
01:23:12satisfait
01:23:13tous mes amis,
01:23:15tous mes collègues
01:23:16de la réunion
01:23:18à la Guadeloupe,
01:23:19à la Martinique,
01:23:20à ceux de Paris,
01:23:21à ceux d'ailleurs.
01:23:22Ceux d'ailleurs.
01:23:24Mais il fallait
01:23:25que nous trouvions
01:23:26ce compromis,
01:23:27c'était mon soin,
01:23:29c'est ce que je souhaitais
01:23:30aujourd'hui,
01:23:31que nous trouvions
01:23:32ce compromis
01:23:33qui n'est peut-être
01:23:34pas le meilleur,
01:23:36mais c'est un jalon,
01:23:37un deuxième pas.
01:23:39Le président de la République
01:23:40l'a dit,
01:23:41il faut des réparations.
01:23:44Il l'a dit le 21.
01:23:45Alors,
01:23:46ce que je ne voulais pas,
01:23:47nous n'avons pas voulu,
01:23:49Olivier et moi,
01:23:52alourdir ce deuxième article,
01:23:53qu'il y ait deux,
01:23:54trois rapports
01:23:55dans ce deuxième article,
01:23:56que ça traîne trop longtemps,
01:23:57que ça crée des polémiques.
01:23:58alors nous avons,
01:24:00non pas édulcoré,
01:24:02mais nous avons un peu
01:24:03arrangé les choses.
01:24:04Et vous l'avez compris.
01:24:07Je comprends
01:24:08la fougue,
01:24:10l'insatisfaction
01:24:11de mes amis,
01:24:12mon ami Ratnon,
01:24:14Nilo,
01:24:15Frédéric,
01:24:17Maillet,
01:24:18Maillot,
01:24:21Kabidzi,
01:24:22Madame Kabidzi,
01:24:22et les autres.
01:24:24Je vous comprends
01:24:25parfaitement,
01:24:26mais c'est ce que je crois
01:24:28que nous avons pu faire.
01:24:30Je remercie profondément
01:24:32le groupe,
01:24:34je dis,
01:24:35mes collègues du groupe
01:24:36Lyot,
01:24:37qui viennent de voter
01:24:39à l'unanimité
01:24:40avec les autres
01:24:40pour la bogation
01:24:42du Code Noir,
01:24:43parce qu'ils ont été
01:24:45d'une ouverture d'esprit
01:24:48extraordinaire
01:24:49en plaçant ce texte
01:24:51que nous savions peut-être
01:24:53d'un examen
01:24:54un peu délicat
01:24:56en premier.
01:24:57C'est une belle responsabilité,
01:25:00mais c'est un beau cadeau
01:25:01aussi
01:25:02de générosité
01:25:03pour la France,
01:25:05je dirais.
01:25:06Ça, c'est important
01:25:07et pour nous.
01:25:13Je remercie
01:25:14M. l'administrateur
01:25:17et son équipe
01:25:20pour cet appui
01:25:22remarquable.
01:25:23J'ai eu souvent
01:25:24recours à vous
01:25:26et je ne suis pas sûr
01:25:28que nous ayons convaincu
01:25:29certains de nos amis
01:25:31sur la question
01:25:31de l'annulation
01:25:32de la bogation
01:25:33parce que nous étions
01:25:34sur des niveaux différents.
01:25:37Je remercie
01:25:38toutes les personnes
01:25:38auditionnées.
01:25:39Certains d'ailleurs
01:25:40sont présents
01:25:41dans les tribunes
01:25:41et je les salue.
01:25:43Leur contribution
01:25:44et leur soutien
01:25:45est extrêmement précieux
01:25:47et positif
01:25:47donne un poids
01:25:49et une portée
01:25:50d'une grande puissance
01:25:51au travail
01:25:52que nous venons d'accomplir.
01:25:56Ce vote aujourd'hui
01:25:57est un pas supplémentaire
01:25:59en hommage
01:26:00aux hommes et aux femmes
01:26:01aux enfants
01:26:02mis en esclavage.
01:26:15à ces hommes et aux femmes
01:26:16mis en esclavage
01:26:18et d'où je viens.
01:26:20Et permettez-moi
01:26:21de remercier ma maman.
01:26:22de remercier ma maman.
01:27:00Les députés ont donc
01:27:01adopté la proposition
01:27:03de loi visant
01:27:03à abroger
01:27:04le code noir.
01:27:05Voilà pour ce numéro
01:27:06de la séance
01:27:07est ouverte.
01:27:08A très vite
01:27:08sur LCP.
01:27:098
01:27:12Il
01:27:13il
01:27:13Il
01:27:13il
01:27:14l'
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