- il y a 16 minutes
Contraint par le président du Tribunal de revenir à l'audience, Barbie est confronté à certaines de ses victimes, celles ayant été envoyées en déportation par le train du 4 août 1944, soit le 3eme acte d'accusation. C'est un moment puissant de vérité et d'émotion même si Barbie demeure lui totalement impassible.
C'est un grand moment de justice qui s'engage alors : le réquisitoire du procureur Truche, d'une densité exemplaire, les plaidoiries de la défense, dont celle, puissante, que Serge Klarfesld consacre aux crimes d'Izieu et enfin les plaidoiries de la défense qui vont surprendre tout le monde. L'avocat de l'accusé, Maître Vergès a décidé de mener une défense de rupture. C'est-à-dire qu'il n'affronte pas le sujet débattu mais cherche à transférer le débat : si son client est accusé de crimes contre l'Humanité, alors, la France devrait à son tour être jugée pour les crimes commis durant son passé colonial.
Quant à l'accusé, il prend une dernière fois la parole : « c'était la guerre et la guerre c'est fini... »
Après des heures de délibérés, le jury populaire prononce son verdict : Klaus Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
C'est un grand moment de justice qui s'engage alors : le réquisitoire du procureur Truche, d'une densité exemplaire, les plaidoiries de la défense, dont celle, puissante, que Serge Klarfesld consacre aux crimes d'Izieu et enfin les plaidoiries de la défense qui vont surprendre tout le monde. L'avocat de l'accusé, Maître Vergès a décidé de mener une défense de rupture. C'est-à-dire qu'il n'affronte pas le sujet débattu mais cherche à transférer le débat : si son client est accusé de crimes contre l'Humanité, alors, la France devrait à son tour être jugée pour les crimes commis durant son passé colonial.
Quant à l'accusé, il prend une dernière fois la parole : « c'était la guerre et la guerre c'est fini... »
Après des heures de délibérés, le jury populaire prononce son verdict : Klaus Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
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00:00...
00:12Depuis douze jours, la ville de Lyon est le centre de toutes les attentions.
00:17Pour la première fois, la justice française juge un officier nazi pour crime contre l'humanité.
00:29Klaus Barbie a dirigé la Gestapo de Lyon de 1942 à 1944 et est responsable de la mort
00:36et de la déportation de milliers de juifs et de résistants.
00:53Pour cette nouvelle journée d'audience, le président Serdini a contraint Klaus Barbie
00:58à revenir dans le box des accusés.
01:02L'ancien nazi doit être confronté à certaines parties civiles, absentes lors de la procédure.
01:08L'enjeu est bien sûr de reconnaître et de confondre l'accusé.
01:13Nous vous avons entendu hier, M. Margen.
01:16Est-ce que vous reconnaissez, est-ce que le visage de l'accusé évoque chez vous quelque chose ?
01:22Et si oui, vous nous dites quoi ?
01:24Car vous n'avez jamais été confronté avec lui.
01:26Jamais.
01:27Alors dites-nous si...
01:29Je le reconnais formellement.
01:32Tout à fait formellement.
01:34Et on ne peut pas se tromper.
01:37C'est impossible de se tromper.
01:39Plus de 40 ans après...
01:41Mais bien entendu.
01:41Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que...
01:44Regardez comme il regarde.
01:45Regardez cette espèce de rictus de sourire qui est spécial.
01:51L'accusé, vous entendez ?
01:54Ce monsieur prétend avoir comparu devant vous à plusieurs reprises,
01:59avoir reçu de votre part des coups d'un air de bœuf,
02:02avoir été soumis aux supplices de la baignoire
02:05et avoir été frappé à l'aide d'un antivol de vélo.
02:13Vous parlez dans le micro.
02:16Oui, pardon, vous avez été un peu qui va m'entraîner, oui.
02:24Je me trouve ici de manière illégale suite à un enlèvement
02:30et je suis ici contraint par la force.
02:37Et étant donné que juridiquement je suis absent,
02:41je ne répondrai pas.
02:43Monsieur l'accusé, je ne vous ai pas autorisé à lire un papier.
02:46Je crois, il me semble que vous lisez quelque chose.
02:49Je vous avais autorisé l'autre jour parce que vous m'aviez demandé l'autorisation.
02:53Vous êtes en train de lire un papier et vous n'avez pas demandé d'autorisation.
02:56Alors je vous ai posé une question.
02:58Qu'avez-vous à dire sur les accusations portées par ce monsieur ?
03:01Je n'avais rien à dire, monsieur le Président.
03:05Bien, monsieur Marguen, je vous remercie.
03:08C'est dommage, il réagit comme un SS, c'est bien.
03:11Merci, monsieur Marguen.
03:12Monsieur Blardon, je vous en prie.
03:15Je vous en prie.
03:17Nous ne sommes pas au théâtre, je vous en prie.
03:19Vous êtes devant une cour d'assises, je vous demande de garder le silence.
03:24J'ai eu une jeune femme, très jeune, avec un bébé dans les bras qui devait avoir un an et
03:30demi, deux ans.
03:33Barbie lui a pris son bébé, l'a jeté dans le couloir comme un ballon.
03:39J'étais accoupé entre la porte, je voyais tout ce qui se passait dans la salle de torture.
03:46Le premier travail de Barbie fut de faire déshabiller cette femme.
03:53Quand il l'a vu, nu, il a eu un ricanement.
03:59Il a fait venir un chien loup.
04:02Il tenait par la laisse.
04:05Et tout le tour de la pièce, il a fait courir cette femme en faisant mordre par son chien.
04:12Et il l'excitait pour.
04:15Il l'a fait mettre accroupi.
04:18Et il a essayé de lui faire faire des relations sexuelles avec le chien.
04:27Ce visage...
04:27Vous parlez dans le micro, s'il vous plaît.
04:31Ce visage...
04:32Vous parlez dans le micro, mais à la cour, vous vous adressez.
04:35Pardon, je veux le regarder.
04:37Ah oui, je vous en prie.
04:38Je veux quand même le regarder, dans les yeux.
04:41Monsieur Blardon.
04:42Je veux le regarder dans les yeux.
04:44Ses cieux.
04:46Glacial.
04:48Cette bouche.
04:48Il comprend le français.
04:49Vous ne faites pas du souci, parce que moi, il m'a interrogé en français.
04:52Il sait bien ce que je dis.
04:53Vous voyez, il a fermé les yeux maintenant.
04:55Monsieur Blardon.
04:56Monsieur Blardon.
04:58Écoutez, quand vous passez devant un homme comme ça,
05:01la lâcheté, aujourd'hui, sa lâcheté, on la voit.
05:06Excusez-moi, monsieur le président.
05:12Eh bien, j'ai vu, quand il avait suspendu une fille au-dessus de la porte avec des menottes
05:17et deux spires derrière avec les fouets,
05:19et après, quand ils m'ont sorti de la baignoire,
05:22alors il a donné les ordres entre ses spires de pénétrer la fille.
05:27Alors, comme le spire ne l'a pas fait, c'est lui-même qui l'a fait.
05:34Qu'a à dire l'accusé sur ce que vient de dire le témoin ?
05:38Rien à dire, monsieur le président.
05:43J'ai eu avec moi madame Rémi Roux, la femme d'un journaliste
05:48qui a été torturée terriblement et qu'on a mis en prison avec moi.
05:53Mais elle, elle est partie plus tôt.
05:55Elle est allée à Ravensbrück.
05:56Elle est morte à Ravensbrück.
05:58J'ai eu ensuite une Marie-Martin
06:01qui est arrivée ensanglantée des pieds à la tête en chemise de nuit.
06:07Une chemise de nuit toute déchirée, elle avait été arrêtée au milieu de la nuit.
06:11Et comme la nuit, c'était la grande farandole quand CSS était saoul,
06:16c'était épouvantable les cris et les choses qu'il faisait.
06:21Et alors, mon dernier témoignage est celui-là, qui me fait beaucoup de peine.
06:27Celui-là est très important et je ne peux pas l'évoquer sans pleurer.
06:32Il est très triste.
06:34J'étais seule dans ma cellule et c'était la veille de Pâques où on avait enlevé les enfants dix
06:41yeux.
06:42Je ne sais pas s'il venait dix yeux, mais j'ai eu un gamin avec moi qui devait avoir
06:46dix ans.
06:48C'était la veille de Pâques, Mlle Julienne de Pomerol qui distribuait aux prisonniers de Montluc des œufs durs pour
06:57Pâques.
06:58La gardienne qui s'appelait Mme Ozer, qui était une brute, m'en fait avec moi.
07:02Elle me dit « Tu as deux œufs, mais tu les manges.
07:05Tu n'en donnes pas à ce juif. »
07:09Elle a fermé la porte, ce gosse me regardait, j'ai épluché les œufs, je lui ai donné un, je
07:16lui ai donné le deuxième.
07:17Le gosse s'est jeté dans mes bras et m'a dit « Tu les aimes les juifs ? »
07:22Je lui ai dit « J'aime tout le monde. »
07:24Et j'ai gardé ce gosse près de moi.
07:26Mais quand est arrivé la bacchanale de la nuit, on est venu chercher ce gosse,
07:30s'il en tue à coups de sabot devant ma porte, de ma cellule, la cellule de vin, voilà.
07:38Bien.
07:39Dites-moi, madame, alors que vous n'avez jamais été confrontée avec lui,
07:42est-ce que vous le reconnaissez dans la personne ici présente ?
07:48Oui.
07:50Oh, ses yeux, oui, c'est lui.
07:53C'est lui, monsieur le juge.
07:55Des yeux pareils, on ne peut pas oublier ce regard.
07:58Je vous assure.
08:00Et si je n'entendais plus, si j'étais abasourdi de coups,
08:04je voyais ses yeux cruels, voilà.
08:10Vous avez traduit au fur et à mesure l'accusé.
08:13Est-ce que l'accusé a donc entendu ce qu'a dit le témoin ?
08:17Qu'a-t-il à dire là-dessus ?
08:19Oui, non, ça va bien.
08:22Je ne veux rien.
08:23C'est ça.
08:24Je ne veux rien.
08:26Il n'a rien à dire.
08:29Révulsé par l'attitude de Klaus Barbie, qu'il qualifie de Monsieur Nain,
08:34le procureur général Truch va alors chercher à percer l'abîme du personnage
08:38et à comprendre sa vérité.
08:43Mais si vous le permettez, Monsieur le Président,
08:46je voudrais poser une question à Klaus Barbie.
08:49Je voudrais lui poser une question, puis je lui dirai après pourquoi il devrait me répondre.
08:53Je voudrais parler d'un autre Barbie, en 1933.
09:00Un Barbie qui dit certes qu'il est impressionné par le soulèvement national
09:06et qu'il veut s'engager à la suite du chancelier du Reich.
09:11mais également un Barbie qui a des accents émouvants sur la mort toute récente de son frère aîné
09:19puis de son père.
09:20Et aussi un Barbie qui raconte qu'après avoir milité dans une association catholique,
09:27il était dans une société de bienfaisance qui s'occupait d'accueil en gare et de visite des prisons.
09:32Et un Barbie qui dit qu'il était très impressionné par les atteintes à la dignité humaine qu'il a
09:37constatées.
09:39Alors la question que je voudrais lui poser,
09:42c'est comment cet homme de 20 ans, ce jeune homme,
09:45qui a des réactions normales,
09:48est devenu après un SS convaincu,
09:51ce qu'il a conduit sur les bancs de la cour d'assises du Rhône.
09:54Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie entre 1934 et 1937 ?
09:58Et je vais vous dire maintenant pourquoi vous devriez me répondre.
10:03Parce que, bien sûr, vous pouvez continuer à faire semblant,
10:06mais il y a trois choses que vous savez.
10:10La première, c'est que quoi qu'il arrive en Bolivie,
10:12vous ne retournerez jamais en Bolivie,
10:14le droit international fait que vous êtes en France et que vous y resterez.
10:19La deuxième, c'est que le procès se déroule à Lyon et qu'il ira à son terme.
10:23Et la troisième, vous le savez aussi,
10:26c'est que dans un certain nombre d'années,
10:29des personnes iront consulter tous les témoignages
10:34qui ont été posés dans ce procès
10:37pourront voir un film.
10:38Vous savez dans quelles conditions.
10:41Et la question qu'ils se poseront tous,
10:44mais n'avait-il rien à dire ?
10:46Il est très vraisemblable qu'un jour,
10:49il y ait soit un de vos petits-enfants,
10:50soit un enfant de vos petits-enfants,
10:52qui ira à la recherche de son passé
10:56et qui dira,
10:57mais est-ce qu'il n'avait vraiment rien à dire ?
11:01Alors je crois que c'est aujourd'hui pour la dernière fois
11:03que vous avez l'occasion de dire quelque chose.
11:05Et je crois que cette question,
11:07vous le savez, que je vous ai posée,
11:09qu'est-ce qui s'est passé entre 34 et 37 ?
11:11Qu'est-ce qui s'est passé à Bernau,
11:12à l'école où vous étiez ?
11:14Quelles influences avez-vous reçues
11:16qui ont fait de vous, d'un jeune homme sensible à la misère humaine,
11:20un SS convaincu ?
11:22Vous savez que cette question, c'est la clé du procès,
11:24mais c'est aussi la clé de votre vie.
11:26Je crois que vous devriez y répondre aujourd'hui.
11:39Monsieur le procureur général,
11:41je ne peux pas répondre à votre question.
11:44J'attends ce qui va se passer.
11:45Comme je vous l'ai déjà dit,
11:47je suis juridiquement absent ici.
11:50J'ai été victime d'un enlèvement.
11:52Je le répète, je suis la victime d'un enlèvement.
11:54Et donc, il n'y a aucune raison juridique
11:57pour que je vous réponde.
11:58Je ne peux donc absolument pas répondre à vos questions.
12:01Je vous plains de continuer à vivre dans une fiction,
12:04et vous le savez.
12:05L'audience est suspendue.
12:07Elle sera reprise le mardi 9 juin.
12:24Le dernier acte d'accusation
12:26que la cour s'apprête à examiner
12:27concerne le convoi de déportation
12:29du 11 août 1944.
12:33Klaus Barbie a rassemblé 650 personnes
12:36à la prison de Montluc.
12:38Ce sont des juifs et des résistants.
12:41Tous partiront par le dernier convoi de déportation,
12:44faisant entrer de fait
12:45les résistants parmi les victimes
12:47de crimes contre l'humanité.
12:52On est le 11 août 1944.
12:54Nous sommes donc à trois semaines
12:56de la libération de Lyon.
12:58L'Allemagne nazie sait qu'elle a perdu la guerre.
13:00Klaus Barbie sait que la guerre est perdue.
13:03On n'avait pas de train,
13:05on n'avait pas de voiture,
13:06on n'avait pas d'essence,
13:07on n'avait rien.
13:08Le débarquement est lieu,
13:10des villes sont déjà libérées.
13:13Barbie va remuer ciel et terre
13:17pour trouver un train.
13:19On peut se dire,
13:19tiens, il a cherché un train
13:20pour l'armée qui en avait besoin.
13:22Pas du tout.
13:23Son obsession,
13:24c'est de faire partir un train
13:26pour la déportation.
13:28L'enjeu pour l'accusation
13:30est de démontrer la responsabilité de Barbie
13:32dans l'organisation de ce dernier convoi,
13:35ainsi que sa présence à Montluc
13:37et au départ du train.
13:39Mais cette fois-ci,
13:40les avocats ne disposent
13:42d'aucune preuve écrite.
13:44Seuls les témoignages oculaires,
13:46avec ce qu'ils ont de fragiles,
13:48vont compter.
13:49La cour !
13:51Je suis partie le matin de chez moi
13:53avant d'être arrêtée
13:54avec l'euphorie de mon corps,
13:57comme tous les gens qui se portent bien
13:58et qui sont heureux
13:59de partir dans le petit matin.
14:01Je n'ai plus jamais connu ça.
14:03Je n'ai plus jamais remarché.
14:07Et c'est là que j'ai bien connu Barbie.
14:10Car il est venu s'asseoir
14:12juste en face de moi.
14:14On a le cerveau quelquefois
14:15qui tourne très vite
14:16dans ces circonstances.
14:18J'ai dit,
14:19« Toi, mon gars,
14:20si je te retrouve après la guerre,
14:22car j'étais sûre
14:23qu'on avait gagné,
14:25je ne te raterai pas. »
14:27Alors, j'ai regardé des choses autres
14:29que ce qu'un bonhomme
14:31peut faire lifter.
14:33J'ai repéré dans son oreille
14:35une petite tuberosité
14:37au niveau de l'entélix gauche.
14:41Et une façon
14:43de ne pas rapprocher son petit doigt
14:45de ses autres doigts.
14:47Ça, je l'ai collectionné
14:49pour moi
14:50en tant que médecine légale
14:52en me disant,
14:53« Même s'il est lifté,
14:54je le reconnaîtrai. »
15:04Alors, je voudrais que vous nous disiez
15:05ce que vous avez remarqué
15:06le 11 août 1944
15:07et par l'œilleton de votre porte...
15:10Eh bien, j'ai vu passer Barbie
15:11qui parlait avec ses quatre bons hommes
15:14qui l'accompagnaient en chef.
15:17Donc, vous dites,
15:17vous avez vu Barbie
15:18à travers l'œilleton de la porte...
15:19Je l'ai vu le 11 août
15:20et j'ai montré à ses avocats
15:22de l'époque
15:22qui étaient maîtres de la serviette
15:24et maîtres Boyer.
15:25Maître de la serviette,
15:26je le salue,
15:27ici,
15:28il s'était commis d'office.
15:30Je trouve que tous les avocats
15:31qui sont commis d'office
15:32sont respectables.
15:34Je ne dirai pas
15:36ce que je pense en corollaire.
15:40Le maître de la serviette
15:41a très bien constaté
15:42qu'au mois,
15:43ils ont même mesuré
15:44de où à où
15:45je voyais par l'œilleton.
15:55Le 11 août,
15:56vous l'avez vu,
15:57parmi les personnes
15:58qui sont venues
15:59chercher les prisonniers
16:00de la prison Montluc
16:01et est-ce que vous l'avez vu
16:02ensuite à la gare
16:03le jour du départ du train ?
16:06Je ne peux pas l'affirmer.
16:08Je ne peux pas l'affirmer
16:09parce que je me trouvais
16:10à l'opposé.
16:11Je me souviens
16:12d'un groupe
16:13de SS.
16:15Donc, vous ne l'avez pas vu ?
16:17C'est ça,
16:17votre...
16:18C'est ce que vous avez dit.
16:19Vous n'avez pas vu Barbie
16:20ni à la prison
16:21ni au départ du train ?
16:26Il riait.
16:27Il disait,
16:28vous êtes tous là,
16:30je vous certifie
16:31qu'aucun de vous
16:32ne rentrera vivant.
16:40Et après,
16:40il nous a fait monter
16:41dans les wagons.
16:43Je l'ai vu en face de moi
16:46d'ici au mur.
16:48Et à la gare ?
16:49Est-ce que vous l'avez vu
16:50à la gare ?
16:51En gare,
16:51j'ai dû le voir,
16:52mais comme il était en militaire,
16:53je n'ai pas prêté attention
16:54en gare.
16:55En gare Pérage,
16:56alors.
16:57On est sur le quai.
16:59Donc, vous l'avez vu
17:00ou pas vu,
17:00alors ?
17:00Je ne comprends pas.
17:01J'ai dû le voir,
17:02mais dans le temps,
17:03vous savez.
17:12Quand il m'a vu arriver,
17:13il riait.
17:16Ah, je vous jure
17:17sur l'œil
17:19qui me reste de bon,
17:21il riait.
17:22Je le reverrai toujours.
17:24C'était Francis André.
17:29Malheureusement
17:30que je lui ressemble
17:31aujourd'hui
17:31par leur torture,
17:33j'ai la gueule tordue.
17:39Et j'ai des appareils
17:40dans la bouche.
17:43Je n'ose pas
17:44vous les sortir.
17:46Des appareils
17:47qui me font le palais
17:48qui me font
17:50mes gencives
17:51qui me font tout.
17:52Et c'est pour ça
17:53qu'on m'a ramenée
17:55à l'état
17:56où vous me voyez
17:57aujourd'hui
17:57un peu sortable.
18:01Et alors,
18:02en ouvrant la porte
18:03où Francis André était,
18:06celui qu'on appelle
18:07Barbie aujourd'hui
18:08que j'ai bien reconnu,
18:10toujours,
18:11j'ai resté,
18:12arrêté trois mois,
18:16et trois mois
18:17on reconnaît
18:17quelqu'un.
18:18Il était pratiquement
18:19tous les jours
18:19devant moi en riant.
18:21Lorsque l'appel
18:22a été fait
18:23à la prison
18:24où vous étiez,
18:25vous dites
18:26que Barbie
18:27était présent.
18:28Ah oui,
18:28ah ça je le maintiens.
18:30Ah oui.
18:30Oh ben,
18:31il est venu,
18:32c'est lui
18:33qui a fait l'appel.
18:34C'est,
18:34il a drôlement
18:35écorché mon nom,
18:36mais c'est lui
18:37en français
18:38qui a appelé les noms.
18:39Votard aiguë de faille
18:40et ainsi de suite,
18:41tout.
18:42Ah je le jure.
18:43Vous avez déjà juré.
18:44Ah devant tout le monde,
18:46je le jure.
18:47Ah oui,
18:48pas d'erreur,
18:51aucun doute,
18:52je le jure,
18:53je le jure,
18:54je le jure.
18:58Plus d'un mois
18:59après le début
18:59des audiences,
19:01après le récit
19:01de plus d'une centaine
19:02de témoins,
19:03après les coups de théâtre,
19:05la sidération
19:06et la compassion,
19:07le procès va maintenant
19:09donner la parole
19:10aux avocats
19:10des partis civils.
19:15Quand on est 39 avocats
19:17et qu'il y a
19:18une semaine d'audience
19:19consacrée aux avocats
19:20des partis civils,
19:21il faut établir un ordre.
19:23Alors on essaye
19:24de le faire
19:25de façon thématique,
19:27ceux qui plaident
19:28la rafle de Lugif,
19:29ceux qui plaident
19:30Isieux,
19:31ceux qui plaident
19:31le dernier convoi.
19:33On a été convenu
19:34que ce serait Clarsfeld
19:35qui parlerait le premier.
19:36C'était à lui
19:37d'ouvrir le débat.
19:41Nous considérions
19:42que ce procès
19:43c'était le sien.
19:44Ce procès
19:44était son bébé.
19:45C'est à lui
19:46que nous le devions.
19:47La moindre des choses
19:48c'était à lui
19:49donc de plaider
19:50et sur la partie
19:51la plus sensible
19:52en premier
19:53sur les enfants
19:54d'Isieux.
19:56Maître Clarsfeld,
19:57vous avez la parole.
19:59Nous vous écoutons.
20:03Monsieur le président,
20:05messieurs les conseillers,
20:06mesdames et messieurs les jurés.
20:07Il faut savoir quoi dire.
20:11Il a accusé Barbie.
20:13Ce n'est pas la peine.
20:14On avait déjà prouvé
20:15qu'il était coupable.
20:17avant que mon ami Charles Liebman
20:19ne traite le dossier
20:20de la responsabilité de Barbie
20:22dans l'affaire d'Isieux,
20:23je voudrais évoquer la mémoire
20:24de chacun de ces enfants
20:26dont je me suis attaché
20:27après les avoir inscrits
20:28dans le mémorial
20:29de la déportation
20:30des juifs de France
20:31à reconstituer
20:32l'état civil
20:33et le douloureux
20:34itinéraire personnel
20:35afin que le bourreau
20:37ou les falsificateurs
20:39de l'histoire
20:39ne puissent prétendre
20:41comme cela était ridiculement
20:42le cas
20:43pour le Télex d'Isieux
20:44que ses enfants
20:45n'étaient pas authentiques
20:46ou que ses victimes
20:47n'étaient pas authentiques.
20:48Maître Clarsfeld
20:49fait une chose
20:50qui est bouleversante.
20:52Il ne plaide pas.
20:53Surtout pas.
20:53Lui va simplement
20:57faire entrer les enfants
20:59dans la salle.
21:01Samy Adel Scheimer
21:02n'avait que 5 ans.
21:03Il était né à Mannheim.
21:05Sa mère, Laura,
21:07avait été déportée
21:07le 20 novembre 1943,
21:109 convois avant le sien.
21:11Samy n'est pas revenu.
21:13Max Leiner
21:14était né lui aussi à Mannheim.
21:16Il avait 7 ans.
21:18Max n'est pas revenu.
21:20Les parents d'Auto
21:21Vertheimer
21:21ont été déportés
21:22le 17 août 1942,
21:24transférés par Vichy
21:25de la zone libre
21:26à Drancy
21:27en zone occupée.
21:28Il est resté seul.
21:29Il avait 12 ans.
21:30Il a été déporté
21:31sous la fausse identité
21:32d'Octave Vermey.
21:34Otto n'est pas revenu.
21:36Je crois que c'est
21:37l'un des moments
21:37les plus forts
21:39et les plus à la hauteur
21:42du crime.
21:43Et il n'est pas revenu.
21:45Point.
21:46Et on se tait.
21:47Et ce silence,
21:48il faut l'entendre.
21:49Les parents de Georg Alpern
21:51n'ont survécu
21:52que pour pleurer chaque jour
21:53la perte de leur unique enfant.
21:55Ils n'ont pas eu la force
21:56de venir ici
21:57évoquer la mémoire
21:58de ce garçon de 8 ans
21:59né à Vienne
22:00qui leur a écrit
22:0110 yeux
22:02tant de lettres touchantes.
22:04Chère maman,
22:05j'ai bien reçu ta carte
22:06qui m'a fait un grand plaisir.
22:07Je me porte bien,
22:08je m'amuse bien.
22:09À Noël,
22:10on a fait des fêtes.
22:11On a joué des pièces
22:12et on a bien mangé.
22:13On a mangé du pain d'épices,
22:15du chocolat,
22:16de la pâte de poing,
22:17un sac de bonbons.
22:18On a bu du ovo-maltine
22:20et on a donné des jouets.
22:21Je mange bien,
22:22je dors bien,
22:22je suis bien.
22:23On fait des promenades
22:24le jeudi et le dimanche.
22:26On se lève à 7 heures.
22:27Le matin,
22:28on boit du café.
22:29Le soir,
22:30une soupe,
22:30un légume,
22:31du fromage blanc.
22:32Je t'envoie
22:3310 millions de baisers,
22:35ton fils qui t'aime beaucoup,
22:36Gheorghi.
22:37Gheorghi n'est pas revenu.
22:40Brusquement,
22:40tu es avec eux.
22:44Et ma peur,
22:45c'était qu'ils ne soient pas
22:46avec nous au procès.
22:47Et grâce à maître Klairsfeld,
22:48ils étaient avec nous.
22:50Sarah Schulklaper
22:51était née à Paris.
22:52À Isu,
22:52on l'appelait Suzanne
22:53plutôt que Sarah.
22:55Ses parents,
22:55Taoba et Ouna,
22:56avaient été déportés
22:57le 18 juillet 1943.
22:59Elle a fêté ses 11 ans
23:00le 5 février 1944.
23:03Et ce jour-là,
23:03ses petites amies dix yeux
23:05lui avaient écrit
23:05tout avec le même souhait
23:07qu'il est concerné
23:08autant que Suzanne.
23:10Jan Gerenstein,
23:12c'est aujourd'hui ce jour
23:13qui n'est malheureusement
23:14pas comme les autres anniversaires.
23:16Je termine ce petit mot
23:17en te souhaitant
23:18qu'à ton prochain,
23:19tu retrouves tes parents.
23:20De même que ses petites camarades,
23:22Sarah n'a rejoint ses parents
23:24que dans la fumée
23:25des crématoires d'Auschwitz.
23:27Maurice Gerenstein
23:28était né à Paris.
23:29Il avait 13 ans.
23:31Il allait au collège de Bélet
23:32et son directeur a déclaré
23:33« Je vous revois
23:35à Maurice Gerenstein,
23:36virtuose de 13 ans,
23:37sensible et secret,
23:39dont le talent de pianiste
23:40et de compositeur
23:41émerveillait vos professeurs
23:43et vos camarades
23:44et dont les improvisations
23:45tristes et nuancées
23:47contenaient des promesses
23:48certaines de génie.
23:49Maurice n'est pas revenu,
23:50pas plus que sa sœur Liliane,
23:52née à Nice
23:53et qui avait 10 ans.
23:54Leurs parents,
23:55Chandla et Schaps,
23:56avaient été déportés
23:57le 20 novembre 1943.
23:59Un kadiche
24:00pour les enfants.
24:03Là, ce sont les 44 enfants
24:05qui sont entrés
24:07dans le silence.
24:12Maître Clarsfeld,
24:13nous vous remercions.
24:15Maître Liman,
24:16vous avez la parole.
24:20Nous en sommes
24:20à la 25e audience.
24:24Vous avez vu défiler
24:25à cette barre
24:26plus de 100 témoins.
24:27Ce qui nous frappe,
24:28c'est le mur
24:29de l'incompréhensible.
24:30Puis,
24:31durant 8 jours,
24:32les 38 autres avocats
24:34vont se succéder
24:35pour reprendre
24:35par le détail
24:36des actes d'accusation
24:38et les éclairer
24:39par les témoignages
24:40et les preuves
24:41accumulées
24:41tout au long
24:42des audiences.
24:43Ce qu'on vous demande
24:44aujourd'hui,
24:45c'est de juger
24:46un homme.
24:48L'enjeu de leur plaidoirie
24:49est d'emporter
24:50la conviction
24:51de la Cour
24:51et particulièrement
24:53des neuf jurés
24:53quant à la culpabilité
24:55de l'accusé
24:55pour crime
24:56contre l'humanité.
25:03Moi,
25:04il se trouve,
25:05je suis plus jeune,
25:07que mes confrères,
25:09je suis invité
25:10à plaider
25:10ce qui est un honneur
25:12le dernier jour
25:13des partis civils.
25:14Ce à quoi
25:15je tiens le plus
25:15dans cette plaidoirie,
25:16c'est mon passage
25:17sur les femmes
25:17parce que ça,
25:18c'est moi.
25:20Voilà.
25:21Et ça,
25:22c'était pour moi
25:23extrêmement important.
25:24Mesdames,
25:26je veux vous le dire,
25:30lorsque vous êtes venus
25:32à cette barre
25:33parler des tortures
25:35qui vous ont été
25:36infligées à vous
25:37ou à vos proches,
25:39lorsque vous avez évoqué
25:41la négation
25:42de la personne humaine
25:43et les atteintes
25:44à votre dignité
25:45de femme,
25:46lorsque,
25:48entre deux
25:49sanglots refoulés,
25:50vous vous êtes redressés,
25:53dignes,
25:54refusant la chaise
25:55qui vous était proposée,
25:57lorsque vous avez
25:58crispé vos mains
25:59sur la barre
26:01pour vous ressaisir,
26:03lorsque
26:04vous avez violé
26:06votre pudeur naturelle,
26:09lorsque vous avez parlé
26:10de tes salissures,
26:12des souillures
26:13qui vous ont été imposées,
26:15de votre nudité,
26:18de votre intimité,
26:20des odeurs,
26:22des souvenirs
26:23qui continuent
26:25à hanter
26:25toutes vos nuits.
26:27Mesdames,
26:28mesdames,
26:29je veux vous le dire,
26:31quel que soit votre âge,
26:32quel que soit
26:33les calcères
26:34que vous avez endurés,
26:36vous étiez belle
26:37devant l'éternité.
26:43avez-vous bien compris,
26:46avons-nous bien compris
26:48ce qui s'est passé
26:50au cours de ces audiences ?
26:52J'ai personnellement
26:54le sentiment
26:54que réellement,
26:56devant vous,
26:57devant nous,
26:58la mémoire
26:59s'est transformée
27:00en histoire.
27:03Six millions de morts
27:04sans sépulture.
27:06Le nazisme
27:07avait nié leur vie,
27:09il a nié leur mort.
27:11Alors,
27:11les juifs
27:12qui moururent nus
27:13sont aujourd'hui poussières
27:15au vent d'Auschwitz.
27:16à l'humiliation
27:18de leur pudeur
27:19a succédé
27:21l'humiliation du vent.
27:23Morts sans sépulture,
27:26ils avaient été condamnés
27:27sans procès.
27:30Alors,
27:32quand,
27:35d'ici quelques jours,
27:38vous vous retirerez
27:40pour délibérer,
27:43quand vous serez
27:44dans cette salle
27:46des délibérations,
27:48face
27:49à votre âme,
27:51face
27:52à votre conscience,
27:54comme vous le dit la loi,
27:57moi,
27:57je vous le demande,
27:59faites parler
28:00votre cœur.
28:02N'oubliez pas,
28:04n'oubliez pas
28:04pour que nul n'oublie
28:06le visage
28:07des enfants dix yeux.
28:09C'est le visage
28:11d'enfants
28:12qui auraient pu être
28:13les vôtres.
28:14c'est le visage
28:16de l'humanité.
28:22Au 33ème jour
28:24d'audience,
28:25vient l'un des moments
28:25les plus attendus
28:26du procès,
28:27le réquisitoire
28:28du procureur général
28:29Pierre Truch.
28:31Son rôle
28:32est d'incarner
28:33la puissance publique
28:33et de défendre
28:35le respect
28:35de la loi.
28:36C'est lui
28:37qui doit porter
28:37l'accusation,
28:39apporter la preuve
28:40de la culpabilité
28:40de l'accusé
28:41et requérir
28:42enfin la peine.
28:47Le 29 juin,
28:48la température dépasse
28:49les 30 degrés
28:50à Lyon
28:50et plus de 800 personnes
28:52se pressent
28:53dans la salle
28:53des pas perdus
28:54du tribunal
28:54pour écouter
28:56durant deux jours
28:56le réquisitoire
28:58du procureur Truch.
29:05Monsieur le procureur général,
29:06vous avez la parole.
29:08Monsieur le président,
29:09mesdames, messieurs,
29:12le crime contre l'humanité
29:15suppose d'abord
29:16une plongée
29:17dans l'inhumanité.
29:19De tout cela,
29:21je ne reparlerai pas.
29:24Ce n'est pas
29:25froideur de juriste,
29:28c'est simplement
29:28parce que
29:30cela,
29:31vous l'avez reçu
29:31comme moi
29:33et que moi,
29:34je n'ai pas les mots
29:35pour le dire.
29:37Il n'a pas voulu
29:40reprendre
29:40les témoignages,
29:42il a voulu respecter
29:43les victimes.
29:45Ces témoignages
29:47imposent
29:49que cette justice
29:50qui fut refusée
29:51à ces femmes
29:52et à ces hommes
29:53il y a 40 ans,
29:55aujourd'hui,
29:56vous leur rendiez
29:57cette justice.
29:59Le réquisitoire
30:00de M. Truch
30:01a été quelque chose
30:02d'immense,
30:03d'humanité,
30:05de chaleur humaine,
30:06d'intelligence,
30:07de construction.
30:09Pas de grande phrase,
30:10pas d'effet de manche,
30:11rien.
30:12L'efficacité,
30:13carré.
30:14Vous avez vu ces mères
30:15qui pleurent encore
30:16leurs enfants,
30:17vous avez vu ces déportés
30:20qui ont vu remonter
30:24dans leur vie
30:25tout ce passé horrible,
30:27cet homme qui vous a dit
30:28« je ne dors plus »
30:29tranquillement depuis 40 ans.
30:32Le temps n'a pas joué
30:34son rôle d'oubli,
30:35ni individuellement,
30:36ni collectivement,
30:38et la sanction
30:39est encore utile.
30:40La sanction est encore utile
30:42parce que
30:44il faut que l'on comprenne
30:45que ça doit rentrer
30:46dans notre civilisation,
30:48ce crime contre l'humanité.
30:51Ce bilan est effrayant.
30:54Si l'on arrive à compter
30:55au plus juste,
30:57on arrive
30:58à 842 déportations.
31:02Si on prend pour les morts,
31:03mais vraiment le minimum,
31:05et par exemple pour le convoi
31:06du 11 août,
31:07dont les chiffres officiels
31:08du ministère des Anciens Combattants
31:10sont incontestablement inférieurs
31:11à la vérité,
31:12mais si on prend que les morts
31:13surconnues en oubliant
31:15ceux qui sont morts dans le train,
31:17on arrive à 373 morts,
31:20dont 52 mineurs,
31:2252 ans.
31:24Quel cours d'assises
31:26a déjà eu
31:27à connaître
31:28d'un tel bilan ?
31:29Un rouleau compresseur.
31:30Il n'avait même
31:31pas besoin de demander
31:33la réclusion à perpétuité.
31:35Elle coulait de source
31:36après sa façon
31:38de présenter les choses.
31:39C'est redoutable.
31:40Dans le bras de fer
31:41par rapport au juré,
31:43il faut remonter la pente.
31:44Vous avez donc
31:45à vous poser cette question
31:47dans le cadre
31:48des pouvoirs
31:48qu'avait Barbie,
31:49c'est-à-dire
31:49comme chef de la Gestapo
31:50à Lyon.
31:53Est-ce qu'il pouvait
31:54faire pire ?
31:56Est-ce qu'il pouvait
31:57faire moins ?
31:58J'ai moi une certitude,
32:00c'est que sans trahir
32:01la confiance que ses chefs
32:02avaient en lui,
32:03il pouvait faire
32:04beaucoup moins.
32:05Il veut requérir
32:07en fait
32:07une perpétuité
32:08perpétuelle.
32:09Et il va trouver
32:10une solution.
32:12Il sait que
32:13dans ce moment solennel,
32:14il faut un mot solennel.
32:16Barbie avait une fille
32:17qui était née en 1941.
32:18ça ne l'a pas empêché
32:20de déporter le 11 août
32:21un enfant qui était
32:23un tout petit peu plus jeune
32:24que sa fille.
32:26D'enlever
32:27le 6 avril 1944
32:28à Isieux,
32:29un garçon
32:30qui était un peu plus âgé
32:31que sa fille
32:32qui était née en 1939
32:33en Belgique.
32:34De tout cela,
32:36il n'a jamais tenu compte.
32:37Il a
32:39mené
32:41à Lyon
32:41une action
32:42particulièrement inhumaine
32:44qui aujourd'hui
32:45encore appelle une sanction.
32:46je vous demande
32:48de dire
32:49qu'à vie
32:50Barbie sera reclue.
32:55Je requerre
32:56qu'à vie Barbie
32:57soit reclue.
32:58Tout est dans les mots.
33:00C'est une beauté,
33:01c'est une merveille.
33:03Et puis c'est
33:03je,
33:05moi,
33:06la France,
33:07l'État,
33:08la justice
33:09demande.
33:10Il aurait pu dire
33:11j'exige,
33:12mais bon,
33:13c'est non,
33:14justement,
33:14c'est truche.
33:15je demande
33:15qu'à vie,
33:17le mot vie
33:17qui explose,
33:19Barbie soit reclue.
33:21Il n'y a pas de peine
33:22de sûreté,
33:23il n'y a pas de choses.
33:24Il demande simplement
33:25qu'à vie Barbie
33:25soit reclue.
33:26C'est-à-dire en clair
33:27que jamais
33:28tant que Barbie vivra,
33:30il soit
33:31mis en liberté.
33:32Il ne m'en avait pas
33:33parlé avant.
33:34Je ne sais pas
33:34à quel moment
33:35il a conçu cette phrase
33:36en effet qui est
33:36d'une construction
33:37tout à fait particulière.
33:40C'est Zola ?
33:42C'est Victor Hugo ?
33:45C'est Jacuzze ?
33:48Qu'à vie Barbie
33:50soit reclue.
33:53Il sait
33:53que lorsqu'il l'écrit,
33:56il sait que ce mot
33:57sera le titre
33:59d'homme
33:59des journaux.
34:01Il le sait.
34:03ça a été un énorme,
34:05un immense moment
34:06pour nous tous.
34:07Ça, je peux parler
34:08au nom de tout le monde.
34:09Et nous sommes tous
34:11allés après
34:15le remercier
34:16pour le travail
34:17qu'il avait accompli
34:18dans cette affaire.
34:33A partir du 1er juillet
34:35et durant trois jours
34:36débute le dernier acte
34:38du procès Barbie.
34:39La défense
34:40de l'accusé.
34:41Maître Vergès,
34:42dont la mère
34:43est vietnamienne,
34:44s'est adjoint
34:44deux avocats,
34:46l'algérien
34:46Nabil Boita
34:47et le Congolais
34:49Jean-Martin Mbemba.
34:51Ainsi,
34:51il souhaite constituer
34:53une affiche symbolique,
34:54celle de l'ancienne
34:55France coloniale
34:56et la mettre
34:56au service
34:57de sa démonstration.
34:58Si la France
34:59juge Barbie
35:00pour crime
35:00contre l'humanité,
35:02alors la France
35:02devra à son tour
35:03être jugée
35:04en raison de ses actions
35:05lors de la colonisation
35:07et de la guerre d'Algérie.
35:11Bien entendu,
35:11c'était un effet d'affichage.
35:13Il n'a pas choisi
35:14des gens
35:14de défendre
35:15une idéologie
35:16post-coloniale,
35:18mais il a voulu
35:19que ça se voit
35:20à leur visage.
35:22Spectaculaire !
35:23Il a joué
35:24vraiment cette carte-là.
35:26Nous sommes le reste
35:27de l'humanité
35:29et nous faisons
35:30un bras d'honneur
35:30à l'humanité européenne
35:32avec ces petites souffrances.
35:33On a deux avocats
35:34qu'on voit arriver
35:35et qu'on ne connaît pas
35:36qui n'ont pas assisté
35:37à un jour de procès
35:38et qui viennent plaider.
35:39Ils viennent plaider
35:40à un procès
35:40auquel ils n'ont pas assisté.
35:45Il faut savoir
35:45que quand on plaide
35:46en défense,
35:48on est Dieu réincarné.
35:51Une plaidoirie
35:52de la défense
35:53comme un réquisitoire,
35:54on n'interrompt pas.
35:57Il a le monde entier
35:59qui attend sa parole,
36:00la salle d'audience
36:01qui est pleine,
36:03la presse internationale
36:04qui est là
36:04sans pouvoir être interrompue.
36:08Il a décidé
36:09de plaider deux jours.
36:11Deux jours.
36:13Maître Vergès,
36:14nous vous écoutons.
36:17Et là,
36:18quand il se lève
36:18pour prendre la parole,
36:20le paillé de justice de Lyon
36:21n'est pas loin
36:21de la cathédrale Saint-Jean
36:22qui est juste à côté.
36:24Les cloches
36:25se mettent à battre
36:25mais qui se déchaînent.
36:37Ça résonnait
36:38dans la salle
36:40et il n'a pas pu
36:42commencer sa plaidoirie.
36:43Irréel, quoi.
36:45Irréel.
36:46Irréel.
36:50Je vous demande
36:51de le silence,
36:51si vous pouvez,
36:52dans la salle.
37:01C'était comme un symbole.
37:03C'était comme un symbole.
37:04Et il a attendu
37:05que ça cesse
37:05pour commencer
37:06donc à plaider.
37:08Pour maître Vergès.
37:11Je voudrais tout d'abord
37:13au nom de la défense unanime
37:15et quand je dis la défense
37:17c'est avec l'aval
37:18de notre client
37:20nous incliner
37:21devant la lutte
37:23des résistants.
37:25Et quand nous le faisons
37:28personne ne peut nous contester
37:29ce droit
37:30car les peuples africains
37:31ont été les premiers
37:33engagés dans ce combat
37:35et moi-même
37:36j'y ai passé ma jeunesse.
37:39Nous voudrions
37:41nous incliner
37:42devant la souffrance
37:43des juifs
37:45et des cigares
37:46et personne
37:48ne peut nous contester
37:50ce droit
37:50car le racisme
37:52figurez-vous
37:54nous savons
37:55ce que c'est.
37:57Klaus Barbie
37:58aurait donc commis
38:00des crimes
38:01d'une gravité telle
38:02qu'elle entre dans la catégorie
38:03des crimes contre l'humanité.
38:05Le débat
38:06sur les crimes
38:07contre l'humanité
38:09est entré
38:10dans ce prétoire
38:11par la grande porte.
38:12Comment alors
38:13admettre
38:13que l'on poursuive
38:14d'un côté
38:14l'objectif
38:15d'étendre
38:15l'imprescriptibilité
38:17des crimes nazis
38:18et de l'autre
38:19celui de rester
38:21massivement indifférent
38:22devant des crimes
38:23encore plus odieux
38:24en les couvrant
38:25avec précipitation
38:26de l'impunité
38:27qui découle
38:28de leurs prescriptions.
38:29Hitler avait dit
38:30lui-même
38:31qu'il va coloniser
38:32l'Europe.
38:34Le mot n'est pas
38:35de lui
38:35la colonisation.
38:37Il a emprunté
38:38quelque part
38:39mais où ?
38:40Est-ce que ceux
38:41qui ont appliqué
38:42certaines méthodes
38:43coloniales
38:44n'ont pas leur part
38:45de responsabilité
38:46dans la formation
38:48de l'idéologie nazie ?
38:50Par quelle hémiplégie
38:51intellectuelle
38:52peut-on se taire
38:52devant le génocide
38:53palestinien spécialement
38:54défini
38:55par des actes
38:56israéliens
38:57inhumains
38:57contre des populations
38:59civiles ?
39:00Comment définir
39:01autrement
39:01qu'une incitation
39:02au génocide
39:03le fait pour
39:04les autorités
39:06israéliennes
39:06d'avoir au moins
39:07encouragé
39:08les massacres
39:08de Sabra
39:09et Satila
39:10alors qu'elles avaient
39:10les moyens
39:11d'les arrêter ?
39:12Monsieur le Président,
39:13je m'excuse
39:13d'interrompre un contraire.
39:14Je sais que ce n'est pas
39:15l'usage
39:15et du tout les règles.
39:16On nous a dit
39:18qu'on allait nous parler
39:19des problèmes
39:20de notre temps.
39:21On est depuis un moment
39:22en train de...
39:23Maître Zahoui,
39:23que vous vous coupez,
39:24s'il vous plaît.
39:24Maître Zahoui,
39:25je ne vous ai pas
39:25donné la parole.
39:26Vous n'avez pas
39:27le choix des arguments
39:28de la défense.
39:28Vous laissez la défense
39:29s'exprimer.
39:30Si vous voulez prendre
39:31la parole ensuite,
39:31je vous la donnerai.
39:33À l'époque,
39:33Vergès fait partie
39:35de ses avocats
39:36qui pratiquent
39:37la défense de rupture.
39:39C'est-à-dire qu'il ne cherche
39:40pas à contester les faits,
39:41à rentrer dans le dossier.
39:43Il dénonce une justice
39:44qui, selon lui,
39:45n'est pas légitime
39:46pour juger Klaus Barbie.
39:48La défense de rupture,
39:49c'est de contester
39:50la légitimité
39:51de l'institution judiciaire
39:53pour juger.
39:54On dévie.
39:55On dévie le sujet.
39:56Vous êtes juge,
39:58vous ne pouvez pas juger ça.
39:59Et puis,
40:00il y a eu tellement
40:01d'autres choses à côté
40:03que finalement,
40:04il n'a pas fait pire
40:05que les autres.
40:06Je parlais
40:07de Saint-Gaul.
40:10À cet égard,
40:11beaucoup s'y réunissent.
40:13C'est le jour même
40:14où les Algériens
40:15fêtent leur participation
40:16à la victoire
40:17commune
40:18contre le nazisme
40:19que leur pays
40:20et leurs frères
40:20sont soumis aux exactions
40:22auxquelles ils ont contribué
40:23à mettre fin en Europe.
40:25Massacre collectif
40:26de civils,
40:27torture,
40:28tueries aveugles.
40:29Y aurait-il,
40:30jusque dans la mort,
40:31une hiérarchie
40:32qui ferait des uns
40:33des morts dignes
40:33de mémoire
40:34et des autres
40:35des morts
40:36bons pour l'oubli ?
40:38Je ne pense pas du tout
40:39que son objectif
40:40était de défendre
40:41d'une façon
40:42ou d'une autre Barbie.
40:43Son objectif
40:44était de faire passer
40:45des messages.
40:45C'était une déversion
40:47pour culpabiliser
40:48donc la France
40:48et derrière la France
40:50de culpabiliser
40:51donc sa justice.
40:52On n'a rien compris
40:53à son système de défense.
40:54Je lui ai rien compris.
40:56Étant donné
40:57que nous approuvons
40:58les tortures
40:59dans d'autres pays
41:01quand elles sont commises
41:02par nos amis,
41:04est-ce que nous avons
41:05le droit là-dessus
41:08de prendre
41:09la position
41:10du commandeur
41:12et de regarder
41:14l'accusé
41:14qui est ici
41:15contre lequel
41:15il n'existe
41:16aucune preuve
41:18certaine
41:18mais beaucoup
41:19de témoignages
41:23contradictoires.
41:24Il a tout essayé.
41:26Il n'avait pas de limite
41:27et il a dit
41:30des mots
41:30épouvantables
41:31notamment
41:32en ce qui concerne
41:33les violences
41:34faites aux femmes.
41:35Il y a eu
41:35un moment
41:36particulièrement pénible
41:37un moment
41:38absolument terrifiant
41:40mais
41:42indécent.
41:43Indécent.
41:43C'est pour ça
41:44que je lui en veux
41:44la vérité.
41:46Dans le bureau
41:47d'un officier SS
41:48où selon des témoins
41:50on trouve des chiens
41:52des chats
41:53des prostituées
41:56je me demande
41:57comment
41:57ces 120 hommes
41:59avec des bureaux
42:00transformés en ménagerie
42:01en boudoir
42:01pouvaient être
42:02aussi efficaces.
42:05La torture
42:05est liée
42:07dans l'imaginaire
42:08même d'honnêtes gens
42:10à la sexualité.
42:13Mesdames,
42:14messieurs
42:15nous ne sommes plus
42:17des enfants.
42:18Nous savons tous
42:19que la perversion
42:21est étrangère
42:23aux animaux
42:24et que pour les amener
42:26à avoir des rapports
42:27contre nature
42:28avec des êtres humains
42:30à plus forte raison
42:31avec des femmes
42:32vous comprenez pourquoi
42:33un homme peut violer
42:35une chèvre
42:35il ne lui demande
42:36pas son avis
42:38mais pour un chien
42:40puisse violer
42:41une femme
42:42il faut encore
42:44que la femme
42:45l'y incite
42:46au moins
42:47par une posture
42:49indécente
42:55que vous avez entendu
42:58et que je n'ai pas
43:00interrompu
43:01n'a pas osé
43:02aller jusque là.
43:04Tout d'un coup
43:05il y a eu
43:07ce monstre
43:09étrange
43:09c'est un type
43:11qui devenait fou
43:13comment oser
43:14dire quelque chose
43:15comme ça
43:15je ne comprends pas
43:16et là
43:17cette phrase là
43:18a mis à bas
43:18la totalité
43:19de sa défense
43:21c'était insupportable
43:24insupportable
43:26insupportable
43:26je ne sais pas
43:27ce qu'il lui a pris
43:27je ne sais pas
43:29ce qu'il lui a pris
43:30à ce moment là
43:31il y avait deux barbares
43:33le client
43:33et son avocat
43:35j'avais honte
43:36de porter la même robe
43:37que lui
43:48au nom de l'humanité
43:50au nom de la loi
43:52au nom du droit
43:54au nom de la France
43:57enfin
43:57qui n'a que trop souffert
43:58de ses faiblesses
44:00trop tardé
44:01sur ses remords
44:03bref
44:04trop douté
44:04de sa grandeur
44:05et de sa vérité
44:08acquitté
44:08sans plus tarder
44:09Klaus Barbie
44:11victime expiatrice
44:12par trop commode
44:13d'un bataillon
44:14de la vengeance
44:14qui n'est pas l'armée
44:15des victimes innombrables
44:16et fraternelles
44:18si l'humanité
44:20attend quelque chose
44:21de vous
44:23répondez
44:23non
44:24à toutes les questions
44:25qui vous seront posées
44:31le 3 juillet
44:32en fin d'après-midi
44:33la dernière audience
44:34du procès s'achève
44:35par le retour
44:36de l'accusé
44:37le président Serdini
44:39souhaite lui donner
44:40une dernière fois
44:41la parole
44:42de retour également
44:43dans la salle d'audience
44:45assise dans le public
44:46se trouve celle
44:47qui s'est faite discrète
44:48tout au long du procès
45:05vous connaissez les faits
45:06qui vous sont reprochés
45:08dans quelques instants
45:09la cour et les jurés
45:10vont se retirer
45:11pour délibérer
45:15auparavant
45:16avez-vous quelque chose
45:17à dire
45:18pour votre défense
45:23oui monsieur le président
45:25quelques mots
45:25en français
45:31je n'ai pas commis
45:32la rafle
45:35des yeux
45:38je n'ai jamais
45:42le pouvoir
45:43de décider
45:44la déportation
45:48je combattus
45:50à l'assistance
45:51je respecte
45:55avec l'hiverté
45:57mais c'était la guerre
46:00et la guerre
46:01c'est fini
46:03merci
46:06les débats sont terminés
46:21à 17h37
46:22les neuf jurés se retirent
46:24et rejoignent le premier étage
46:25du tribunal
46:26où se situe la salle
46:27des délibérés
46:32pour répondre
46:33aux 341 questions
46:35qui leur sont posées
46:36pour fixer la peine
46:37et prononcer
46:38d'éventuelles circonstances
46:39atténuantes
46:40ils sont encadrés
46:41par le président
46:42Serdini
46:42et ses deux assesseurs
46:46les portes
46:47sont maintenant fermées
46:48aucune communication
46:50avec l'extérieur
46:51n'est possible
46:51les jurés
46:53ne ressortiront
46:53qu'une fois
46:54le verdict acté
46:57il vote
46:58un bulletin secret
46:59ce bulletin secret
47:00est immédiatement
47:01détruit
47:02au moment
47:03où il est dépouillé
47:04par le premier juré
47:04c'est des petits bulletins blancs
47:07en mon honneur
47:07et en ma conscience
47:08ma réponse est
47:09et il doit écrire
47:10de sa main
47:10propre main
47:11oui
47:12ou non
47:14entre la salle d'audience
47:16les couloirs
47:17les marches
47:18et les alentours
47:18du palais de justice
47:19de Lyon
47:19le temps
47:21est comme suspendu
47:27on imaginait bien tous
47:28quand même
47:29que compte tenu
47:31de la durée
47:31de ce procès
47:32et de son importance
47:34les jurés
47:35n'allaient pas délibérer
47:35en quelques minutes
47:36on est là
47:38on tourne en rond
47:39on parle entre nous
47:41on était sur des charbons ardents
47:42tous
47:46la justice
47:47c'est ça qui fait sa grandeur
47:48c'est une justice humaine
47:50humaine
47:51c'est comme quand vous passez
47:52un examen
47:53où vous pensez
47:54que tout s'est bien passé
47:55que bon ça va
47:56mais tant que vous n'avez pas eu
47:58le résultat
48:00vous vous doutez
48:01forcément
48:03c'est humain
48:04c'est vrai que dans le feu de l'action
48:05on n'avait aucune objectivité
48:08on se disait
48:11et si
48:12et si
48:13le fait qu'il se soit le personnage
48:15et si
48:16la plaidoirie de Vergès
48:19avait porté
48:20sur quelques jurés
48:21ses fruits
48:21en toute logique
48:23il ne pouvait pas y avoir
48:24d'autre verdict
48:25et pourtant
48:25on s'est rongé les ongles
48:27jusqu'au coude
48:31mesdames et messieurs
48:32voulez-vous rejoindre vos places
48:33s'il vous plaît
48:34l'huissier invite les journalistes
48:35les avocats
48:36le public et l'accusé
48:38à rejoindre leur place
48:40le verdict va enfin tomber
48:44la cour
48:59accusé
49:01et Claude Barbie
49:01vous pouvez vous lever
49:02s'il vous plaît
49:07voici les réponses
49:08de la cour
49:09et du jury
49:09aux questions posées
49:12il résulte
49:13que
49:13Claude Barbie
49:15s'est rendu coupable
49:18premièrement
49:19d'avoir
49:21en 1943
49:22à Lyon
49:23et sur le territoire français
49:27commis un crime
49:28contre l'humanité
49:29en
49:31prenant part
49:32à l'exécution
49:32d'un plan concerté
49:34pour réaliser
49:34la déportation
49:35l'asservissement
49:38et l'extermination
49:39de populations
49:39civiles
49:41ou de persécutions
49:43pour des motifs
49:43politiques
49:44raciaux ou religieux
49:46qu'à la majorité
49:48de 8 voix
49:49au moins
49:50il n'existe pas
49:52de circonstances
49:53atténuantes
49:54en faveur de l'accusé
49:58condamne
49:58à la majorité
49:59Claude Barbie
50:01à la peine
50:02de la réclusion
50:03criminelle
50:04à perpétuité
50:04et le condamne
50:06également
50:07aux dépens
50:14silence
50:15s'il vous plaît
50:16Claude Barbie
50:19vous traduisez
50:20ma déclaration
50:21toujours
50:23vous disposez
50:24de 5 jours francs
50:26pour vos pourvoir
50:27en cassation
50:29passez ce délai
50:30de 5 jours
50:31votre pourvoir
50:33ne sera plus recevable
50:42traduction
50:42en fait
50:44mesdames
50:44et messieurs
50:45les jurés
50:46vous êtes libres
50:48définitivement
50:49je vous remercie
50:51de la civilité
50:51que vous avez
50:52dont vous avez fait preuve
50:53au cours de ces 8 semaines
50:56l'audience
50:57criminelle
50:58est levée
50:59l'audience
51:00silence s'il vous plaît
51:01je vous en prie
51:03silence
51:03silence
51:03s'il vous plaît
51:07un petit peu
51:08de dignité
51:09s'il vous plaît
51:11c'est une longue
51:13longue
51:13histoire personnelle
51:15qui se termine
51:16avec sa condamnation
51:18on a réussi
51:19finalement
51:20d'obtenir ça
51:21Claude Barbie
51:22a dû accepter
51:23que les crimes
51:24qu'il a commis
51:25étaient coupables
51:31à peine le verdict
51:32prononcé
51:33à une heure
51:33moins le quart
51:34du matin
51:35Jacques Vergès
51:36quitte la salle
51:36d'audience
51:39ce sont les lumières
51:40des caméras
51:40qui de nouveau
51:41l'attirent
51:42mais dans la nuit
51:43chaude
51:43de ce mois
51:44de juillet
51:45c'est l'hostilité
51:46de la foule
51:47qui l'attend
51:57ça y est
51:59Barbie a perdu
52:00Barbie va être
52:01incarcéré
52:02Barbie va mourir
52:03en prison
52:03on le sait tous
52:05et Vergès
52:06ne peut pas sortir
52:07du palais
52:08de justice
52:10on en avait
52:10gros sur le coeur
52:11mais les particuliers
52:13eux voulaient
52:13lui régler son compte
52:24je me souviens
52:26de la foule
52:27y compris
52:28des partis
52:29civils
52:29qui avaient
52:29enlevé
52:30leur badge
52:31Vergès assassin
52:32Vergès pourriture
52:34Vergès SS
52:38il jouissait
52:39en disant
52:40la voilà
52:40ça y est
52:41voilà la haine
52:42voilà l'alalie
52:43ce que j'attends
52:44depuis le début
52:45c'est à dire que
52:46des gens lui ont offert
52:48d'être dans la position
52:49de victime
52:50alors qu'il était
52:51dans la position
52:51de l'avocat
52:52du coupable
53:03après le procès
53:05vers 2h du matin
53:06je suis allé à pied
53:08de l'hôtel
53:10au fond
53:11à la prison
53:12de Montluc
53:12ce que je retiens
53:14de cette nuit
53:14c'est cette promenade
53:16pendant
53:16enfin
53:17ce pèlerinage
53:19je dirais
53:20à la prison
53:21de Montluc
53:22parce que pratiquement
53:23tout le monde
53:23est passé par
53:24par Montluc
53:26toutes les victimes
53:28j'ai tenu
53:29à y aller à pied
53:31tout seul
53:32aujourd'hui
53:33j'aurais du mal
53:34parce que
53:34c'est assez loin
53:37c'est un pan
53:37de notre vie
53:38qui
53:40qui
53:40qui
53:41qui se termine
53:43on renaît
53:44après
53:44on va renaître
53:45après
53:46c'est Pierre Truche
53:47qui a dit
53:47nul ne sort indemne
53:48du procès Barbie
53:49je crois qu'il a bien
53:50résumé les choses
53:51ma personnalité
53:52a changé
53:53j'étais plus la même
53:54je pouvais plus voir
53:56les choses
53:56de la même façon
53:57c'est
53:58il y a avant
53:59et il y a après
54:00moi je ressors
54:02de là
54:03épuisé en fait
54:06je ressors
54:07épuisé
54:07je ressors
54:07plein de
54:09plein de visages
54:11plein d'images
54:11plein de mots
54:13ces gens là
54:14ils sont morts
54:17et c'est à nous
54:18d'en être dignes
54:20c'est comme si
54:21tous les gens
54:21qui avaient assisté
54:22à ce procès
54:23partaient avec
54:25un petit message
54:27donné par
54:28cette multitude
54:31et un petit message
54:32à faire passer
54:34voilà
54:36c'est étrange
54:41aucun procès
54:42de ma vie
54:43ne m'a fait ça
54:43aucun
54:44jamais
54:44aucun reportage
54:45même ne m'a fait ça
54:46jamais
54:47celui-là
54:48à Lyon
54:49à 2h de TGV
54:51de Paris
54:53la voie est ouverte
54:55pour les procès
54:55qui
54:55en cours
54:56on attendait
54:58Touvier
54:59on attendait
55:00Papon
55:01le militien
55:02le traître
55:04en gros
55:04et puis
55:06le collabo
55:08le criminel
55:09de papier
55:10comme on l'a dit
55:10c'est
55:11l'écriture
55:13par la justice
55:14de l'histoire
55:14de cette période
55:15de notre pays
55:17voilà
55:18justice a été rendue
55:19m'a dit
55:21m'a dit
55:22m'a dit
55:35m'a dit
56:07...
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