00:00Emmanuel Salle nous rejoint, il est 15h45, le président de la financière de la Cité.
00:04Bonjour Emmanuel.
00:05Bonjour Guillaume.
00:05Ça c'est marché qui remonte aujourd'hui.
00:07Vous allez rendre votre verdict, ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre.
00:10Est-ce que vous l'assumez ?
00:12Je l'assume entièrement.
00:13On vous écoute.
00:14Écoutez, je pense que la nomination prochaine d'Emmanuel Moulin comme gouverneur de la Banque de France
00:19est une excellente chose à la fois pour le pays et pour l'Europe.
00:21Ah tiens.
00:23Emmanuel Moulin qui va succéder à François-Louis Roi-Gallot à la tête de la Banque de France.
00:27Vous dites, c'est une chance, franchement vous n'êtes pas quelqu'un de très tendre, vous êtes sympathique,
00:31mais quand vous avez des critiques à faire, vous les faites.
00:34Là aujourd'hui vous dites, c'est une chance, la nomination d'Emmanuel Moulin, une chance pour la France et
00:37l'Europe.
00:37Absolument, absolument et je regrette que vos confrères n'en aient pas trop parlé.
00:41Disons qu'on a beaucoup évoqué le sujet sur la forme, en raison des liens bien évidemment d'Emmanuel Moulin
00:47avec la présidence de la République.
00:49Néanmoins, il était intéressant de l'écouter et d'entendre ce qu'il dit.
00:54Et comme vous le savez, il a fait une déclaration de foi, si je puis dire, auprès de la commission
00:58des finances du Sénat.
00:59Et que dit-il dans cette commission de foi ?
01:01Eh bien, dans cette profession de foi, en quelque sorte, il dit que la BCE est vraisemblablement allée trop loin
01:06dans sa politique monétaire,
01:08qu'en termes de stratégie monétaire, quand on remonte les taux d'intérêt, il faut éviter également les impacts sur
01:12la croissance.
01:13Il plaide en faveur d'un endettement commun afin de soutenir des projets, notamment dans la défense, le quantique, l
01:21'IA, bien évidemment.
01:22Il met en valeur le rôle important de Draghi à la BCE qui a évité la désagrégation de la zone
01:31monétaire.
01:31Bref, on peut penser que l'arrivée d'Emmanuel Moulin pourrait, je parle bien sûr au conditionnel, réveiller l'Europe
01:38monétaire
01:39et la sortir, si je puis dire, de sa torpeur ordo-libérale.
01:43Enfin, nous verrons bien.
01:44Mais il me semble que c'est plutôt une bonne nouvelle qui a été soulignée par Bloomberg, d'ailleurs.
01:50Mais on doit regretter qu'en France, les supports de presse spécialisés dans l'économie se soient portés essentiellement sur
01:59la forme de cette nomination
02:00et un peu moins sur les propos d'Emmanuel Moulin.
02:02Heureusement, nous sommes là.
02:03Vous nous accompagnez aussi ici, d'ailleurs, au cœur de BFM Bourse, Emmanuel.
02:07C'est-à-dire que François Villeroy-le-Galot était neutre, on va dire, ni Colombes ni Faucon entre les
02:11deux.
02:11Et d'ailleurs, l'écouter, l'entendre parler de la politique monétaire était intéressant pour voir où se citait le
02:17point médian des membres de la BCE.
02:18Là, vous pensez qu'il sera peut-être un peu plus Colombes, le nouveau gouvernement de la France ?
02:22Un peu plus Colombes, nous le verrons.
02:23En tout cas, il faut souhaiter qu'il fasse valoir une autre voie.
02:28D'ailleurs, ce qui est assez surprenant, c'est que le discours d'Isabelle Schnabel, la représentante de l'Allemagne,
02:33au directoire de la BCE,
02:35s'est soudainement durci après l'annonce de l'arrivée d'Emmanuel Moulin.
02:41Donc, on verra bien.
02:42Ça promet, en tout cas, des discussions intéressantes, je pense, au directoire de la BCE.
02:45Et début juin, je sens que vous serez fâché si la BCE relève ses taux, ce qui est à peu
02:49près le consensus, quand même, lors de l'arrivée d'Emmanuel Moulin.
02:51Oui, pas simplement début juin.
02:52Il y a des anticipations de remontées, on est entre 3 et 4 remontées de taux d'intérêt.
02:58C'est quand même assez frappant, parce qu'on sait très bien que dans un choc pétrolier,
03:02c'est d'ailleurs un point que soulignait Emmanuel Moulin lors de ses déclarations,
03:05les banques centrales doivent, voire à travers un choc pétrolier,
03:09en quelque sorte passer outre afin de ne pas taper la demande et ne pas ajouter du mal au mal.
03:15C'est ce qu'a fait la BCE en 2008, au moment de la hausse du prix du pétrole de
03:202008, si vous vous en souvenez.
03:21C'est ce qu'on a fait également en 2025, à la sortie du Covid, avec le déclenchement de la
03:26guerre en Ukraine, en 2024.
03:29Là, on a un nouveau choc pétrolier. Est-ce que ces effets vont être durables sur l'économie ?
03:34Est-ce que c'est un effet de court terme ? On ne le sait pas encore, puisque des négociations
03:38sont en cours.
03:39En tout cas, quoi qu'il en soit, ajouter une remontée de taux d'intérêt à un choc d'inflation
03:44externe,
03:45ce n'est pas bon pour la croissance, d'autant plus qu'on est en phase de consolidation budgétaire
03:48et de contraction du bilan de la BCE.
03:50Donc, pour l'Europe, ça veut dire hausse des taux courts, poursuite de la contraction du bilan,
03:54donc avec tension sur les taux longs, et enfin, politique de consolidation budgétaire.
03:58Donc, les perspectives de croissance ne sont quand même pas très favorables.
04:01Sur la tendance des marchés, là, on espère un accord dans les prochaines heures,
04:06mais enfin, comme les 360 fois avant.
04:10Est-ce que vous ne trouvez pas que la paix est surjouée en bourse ?
04:14Une fois de plus, on est quand même pétri de complaisance.
04:18Alors, je rejoins effectivement tout à fait cet avis.
04:20Je pense qu'il y a deux choses qui sont surjouées.
04:22C'est la paix et c'est l'IA, si je puis dire.
04:25C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les marchés sont pleins de complaisance
04:27envers la capacité de Donald Trump de parvenir à une issue sur la crise d'Hormuz.
04:33Bon, on ne sait pas si effectivement le décret...
04:36Enfin, on va avoir une réouverture du Détroit.
04:38Personne n'en sait rien.
04:39Enfin, très sincèrement, personne n'en sait rien.
04:41Il y a eu tellement de revirements.
04:42Et on voit bien quand même que d'une certaine façon,
04:43les Iraniens ont la main quand même sur le sujet.
04:45D'autant plus que c'est maintenant, grâce à l'administration américaine,
04:48la frange la plus radicale qui est au pouvoir en Iran.
04:52Donc, on n'en sait rien.
04:53Même s'il s'ouvre aujourd'hui, on aura des perturbations sur le marché du pétrole
04:56qui vont durer au moins jusqu'à la fin du mois de juillet, début du mois d'août.
04:59Si on prend quelques semaines de retard, là, ça va nous reporter au 2027
05:04dans un contexte, effectivement, où on a des taux d'intérêt qui sont très élevés.
05:09C'est ça le problème.
05:10C'est qu'en fait, aujourd'hui, la hausse des marchés...
05:13Comme la contradiction, je la sens moins, entre ce qui se passe dans le Détroit d'Hormuz
05:16et puis la hausse des marchés, c'est plutôt la hausse des marchés d'action
05:18et ce qui se passe sur les marchés de taux d'intérêt
05:23avec des mouvements de vente qui sont tout à fait impressionnants,
05:25des niveaux de taux en zone euro qui sont véritablement des mouvements,
05:30des niveaux qui pourraient rendre extrêmement prudents sur les perspectives de croissance.
05:34Et donc, vous ne comprenez pas que les marchés continuent de monter
05:36alors que les pressions billetaires sont si fortes, sauf qu'il y a de la croissance.
05:39Il y a un nouvel acronyme qui apparaît là dans le marché.
05:41Vous connaissez l'effet FOMO, la peur de rater le train en marche.
05:43Non, là, c'est un nouvel acronyme, c'est l'effet FEMO.
05:47Fabulous Earnings Momentum, un fabuleux cycle de hausse des bénéfices.
05:51C'est dans ça qu'on est, et ce n'est peut-être pas terminé.
05:52Est-ce que ça, ça ne justifie pas la poursuite ?
05:54Ça justifie effectivement la hausse des bourses.
05:57Alors, ce FEMO, cet effet Momentum, on l'a quand même surtout sur la bourse américaine.
06:01Et c'est l'IA, la technologie, qui ne peut pas se leurrer,
06:04qui comme en 2020, au moment de la première vague Internet,
06:10porte l'ensemble des valorisations.
06:11Si vous laissez de côté l'IA et les valeurs liées à la technologie,
06:14on a en fait un marché qui est beaucoup moins,
06:17qui présente des dehors beaucoup moins attractifs.
06:19Donc, on est indéniablement dans un Momentum positif.
06:22À long terme, en tout cas, même à moyen terme,
06:25est-ce que la poursuite de ce Momentum est compatible
06:27avec une remontée des taux d'intérêt à long terme,
06:29peut-être qu'on la connaît aujourd'hui ?
06:30Je ne le crois pas.
06:31Moi, il y a également un sujet dont on ne parle pas suffisamment à l'IMBI,
06:34c'est ce qui se passe au Japon.
06:36C'est-à-dire qu'au Japon, vous avez une remontée des taux d'intérêt massive,
06:40qui va de pair avec les projets d'investissement du nouveau Premier ministre,
06:44de la nouvelle Première ministre.
06:46Ça a des effets d'éviction sur l'ensemble de la dette obligataire.
06:49C'est-à-dire que si les Japonais, si l'épargne japonaise,
06:51notamment les compagnies d'assurance japonaises,
06:53commencent à décaler, à déplacer leur épargne,
06:56et aujourd'hui investie dans les obligations européennes,
06:58pour aller sur une épargne mieux rémunérée,
07:01et en outre sans risque de change,
07:02l'effet d'éviction risque d'accentuer encore la tension sur les taux longs.
07:06Et si elle connaît la ministre japonaise un moment un peu à la listreuse,
07:11pour faire référence à la Première ministre britannique,
07:14il y a quelques années, qui était tombée sur une crise du sterlin,
07:17on peut avoir également le même effet de sell-off, si je puis dire,
07:22de vente forcée, qui va se répandre sur l'ensemble du marché obligataire.
07:26Donc tout ça, à mon avis, justifie une certaine prudence sur les marchés d'action.
07:29Bon, et les marchés d'action qui deviennent de plus en plus un monde à part.
07:32Le S&P 500 est sur des plus hauts historiques,
07:33quand le moral des consommateurs américains, lui, sur des plus bas historiques.
07:36Mais vraiment, l'indice du Michigan, qui a été publié vendredi, du mois de mai,
07:39est sur un plus bas depuis la création de cet indicateur en 1952.
07:43Et parallèlement, le même jour, le S&P battait un plus haut.
07:45On regardait là, au cours des six dernières années,
07:47le S&P a progressé de 130%,
07:48alors que la confiance des consommateurs américains s'est effondrée de 55%.
07:52On n'a jamais eu une telle divergence entre la hausse des actions
07:55et la baisse du moral des consommateurs.
07:56Est-ce que ça peut tenir ça ?
07:57Écoutez, c'est très surprenant, effectivement.
07:59Et c'est d'autant plus surprenant que ces statistiques concernent également
08:02ceux qui détiennent des actions.
08:03Même ceux qui détiennent des actions du SP500,
08:06de la valeur technologique, sont pessimistes.
08:09Effectivement, c'est un vrai sujet.
08:11Je crois que c'est lié également aux inquiétudes qui entourent l'IA.
08:13Les gens ne savent pas s'ils vont conserver véritablement leur job à long terme.
08:16Donc on a des interrogations sur ces sujets-là
08:18qui vont très au-delà, finalement, de l'évolution des cours boursiers
08:21et qui justifient, à mon avis, cette situation.
08:23Avec en outre, à court terme, la guerre en Iran,
08:25le renchérissement des prix du galon,
08:27et tout ça qui pèse également sur le moral.
08:29Il y a quelque chose de l'idée que l'enrichissement se fera désormais
08:32au moins autant par le capital que par le travail,
08:34voire plus, de plus en plus, par le capital,
08:36plutôt que par le travail, du fait de l'intelligence artificielle,
08:39du ralentissement démographique attendu aussi.
08:41Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne,
08:42comme disait Guizot.
08:43Les deux.
08:44Oui, nous verrons bien.
08:46Merci beaucoup, en tout cas, Emmanuel, d'être passé nous voir.
08:48Emmanuel Salle, le président de la financière de la Cité.
08:49On parlera de SpaceX, tout à l'heure,
08:51dans la suite de BFM Bourse à nouveau.
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