00:00Anne-Laure Frechlandler, justement, vient nous rejoindre pour essayer de le lire,
00:03d'anticiper cet avenir boursier. Bonjour Anne-Laure.
00:05Bonjour Guillaume.
00:06Vous avez retrouvé fondatrice d'Eve Vest, bienvenue.
00:09Vous allez rendre votre verdict face au marché.
00:11Est-ce que ce verdict que vous allez rendre, vous l'assumez aujourd'hui, Anne-Laure ?
00:14Je l'assume totalement.
00:15On vous écoute.
00:17Alors tout d'abord, on va parler de ce qui va se passer potentiellement en juin,
00:23c'est-à-dire que la Banque Centrale Européenne a annoncé lors de son dernier conseil
00:28qu'elle était prête, potentiellement, à une première hausse des taux.
00:33Et d'ailleurs, les marchés l'anticipent totalement,
00:36mais anticipent même trois hausses des taux pour cette année.
00:40Mais ce qui n'est pas anticipé du tout, c'est le risque d'erreur de cette hausse,
00:47de cette politique monétaire.
00:49C'est-à-dire que ce que vous venez de nous dire aujourd'hui,
00:50c'est que le 11 juin, la prochaine réunion de la BCE,
00:52pourrait être le jour d'une erreur de politique monétaire importante.
00:55Exactement.
00:56La BCE est, si vous voulez, aujourd'hui sous le spectre de ce qui s'est passé en 2022,
01:04où on lui a beaucoup reproché finalement d'avoir trop attendu pour agir,
01:09pour augmenter ses taux, en pensant que l'inflation était transitoire.
01:12Et elle ne veut absolument pas qu'on lui fasse à nouveau ce reproche.
01:18Aujourd'hui, on a une inflation qui est bien sûr en hausse,
01:22puisqu'on est passé à 3% d'inflation en Europe.
01:26Sauf que si on regarde cette inflation de 3%,
01:29il y a un tiers qui est dû à cette hausse de l'énergie,
01:33puisque l'énergie à elle seule est montée à 10,9%.
01:39Or, une inflation corps, aujourd'hui, qui est autour de 2,2,2,
01:44elle est plutôt en décélération.
01:46Et si vous voulez, l'utopie, c'est de croire qu'une hausse des taux,
01:52aujourd'hui, peut avoir un impact sur ce qui se passe en Iran à 3 000 km.
01:59Cette hausse de l'inflation, elle est due tout simplement par cette guerre en Iran,
02:05par cette hausse du prix du pétrole,
02:08et non pas une surchauffe de la demande.
02:12Et donc, cette hausse des taux n'aurait absolument aucun impact.
02:15Si les taux permettaient de rouvrir un détroit, ça se saurait.
02:18Exactement.
02:19Et par ailleurs, la situation d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle de 2022.
02:26Et elle pourrait même faire penser à ce qui s'est passé en 2011.
02:30Je vous rappelle, 2011, il y a eu le printemps arabe, la crise libyenne.
02:36Trichet a augmenté deux fois ses taux en avril et en juin.
02:41Il s'en est suivi la crise souveraine des périphériques,
02:45avec les spreads qui ont explosé, la crise en Italie et en Grèce.
02:52Et il a fallu finalement attendre que Mario Draghi fasse son « whatever it takes »
02:59pour finalement corriger cette erreur qui avait notamment été commise en 2011.
03:04Et pour moi, aujourd'hui, on est vraiment dans ce risque-là.
03:08On est dans ce risque d'agir finalement sur une cause
03:14qui n'arriverait pas à avoir, n'aurait pas d'impact.
03:20D'ailleurs, si on regarde d'autres crises...
03:22C'est en gros vouloir taper sur une mouche avec un marteau, sur une vitre.
03:25C'est-à-dire que les conséquences seraient beaucoup plus négatives.
03:28Et par ailleurs, ça n'empêcherait pas les problèmes sur la hausse des cours du pétrole.
03:31Les problèmes de cette guerre doivent continuer.
03:33Tout dépend de Donald Trump, des Iraniens et pas de la BCE.
03:36C'est ça l'idée.
03:36Et l'histoire nous l'a dit.
03:38C'est-à-dire que quand on regarde par exemple les précédents chocs pétroliers,
03:42bon, 73, la Fed avait augmenté à plusieurs reprises ses taux,
03:47sans finalement agir, n'arrivait pas à contenir les prix.
03:51Ça n'avait aucun impact sur cette hausse de prix.
03:54Il y a eu cet épisode de stagflation qu'on a connu, qui était désastreux.
03:58Ce que Alan Greenspan n'a pas reproduit lors de la guerre du Golfe.
04:03En 1991, justement, pendant la guerre du Golfe, Alan Greenspan a baissé ses taux.
04:08Et là, aujourd'hui, si on regarde les données économiques par rapport à 2022,
04:12on est clairement dans une situation qui est différente.
04:15En 2022, il était important de corriger cette inflation
04:19parce qu'on était sur des politiques budgétaires qui avaient été ultra-accomédantes.
04:24On sortait du Covid, on avait eu un plan budgétaire massif
04:30qui avait inondé de liquidités le marché et qui avait créé cette inflation.
04:37Finalement, la crise de l'Ukraine et de l'énergie avait juste accentué
04:41mais l'impact de cette hausse des taux à l'époque,
04:45elle était pour corriger plus cette partie post-Covid que cette hausse des taux.
04:51Et là, les marchés ont l'impression que finalement, c'est normal.
04:56C'est déjà anticipé.
04:58Oui, il y a eu une inflation.
04:59La Banque centrale va probablement...
05:01Mais les conséquences économiques peuvent être vraiment désastreuses.
05:05Et la France, par ailleurs, en serait probablement le maillon fête
05:09pour être finalement l'Italie de 2011.
05:12La France, en cas de hausse des taux de la BCE, serait pour vous l'une des principales victimes ?
05:17Potentiellement, oui.
05:18Parce qu'on n'est pas du tout dans la même situation qu'avant.
05:22On est des pays qui, en Europe, a le moins d'inflation pour le coup en ce moment.
05:24Oui, et en plus, on a un déficit.
05:27Donc pour nous, on n'en a vraiment pas besoin pour le coup.
05:29Mais c'est quand même de la bonne communication de la part de la BCE.
05:31Parce que pour l'instant, on n'a pas relevé ses taux.
05:33Mais le simple fait qu'on crée une hausse de taux fait monter les taux.
05:36Et quelque part, le marché fait le boulot à la place de la BCE en ce moment.
05:38Est-ce que ce n'est pas un bon pilotage en termes de communication ?
05:41Non, parce que si ça fait le boulot à la place de la BCE,
05:44c'est justement que ça restreint les crédits et ça freine l'économie.
05:48On n'en a clairement pas besoin.
05:50Et ces marchés qui s'interrogent toujours sur l'avenir,
05:54alors qu'on va commencer à sortir de la période de publication de résultats,
05:57la guerre se poursuit.
05:58On a un CAC qui perd 1% aujourd'hui.
06:00Parce que l'Iran affirme avoir tiré deux missiles sur des navires américains.
06:04Les États-Unis démentent qu'un quelconque de leurs navires ait été touché.
06:07Est-ce que les marchés sont géniaux à tenir ?
06:09Wall Street, qui est sur des records toujours,
06:11qui sort de son meilleur mois depuis novembre 2020.
06:13En avril, Wall Street, le S&P a pris 10%.
06:15Est-ce que les marchés sont géniaux ou est-ce qu'ils sont fous face à la guerre ?
06:19Ils ne sont ni l'un ni l'autre.
06:21Ils sont, je dirais, étroits.
06:22Tout simplement, ce qu'ils regardent, c'est deux choses.
06:26C'est tout d'abord, finalement, un marché qui est vraiment drivé par le CAPEX-IA,
06:32donc les dépenses d'IA,
06:33qui est avec cette équation que CAPEX-IA égale croissance future.
06:37Or, c'est vrai qu'on sort de...
06:39On a eu 670 milliards, je crois, de dépenses de l'IA
06:45qui ont créé, finalement, un boom sur cette tendance-là.
06:51Donc là, ils regardent...
06:52Ils accueillent vraiment positivement cette équation-là.
06:57Avec également...
06:58Ils ont aussi intégré que, malgré tout,
07:01Trump n'avait absolument pas intérêt à faire durer la guerre
07:06par rapport à...
07:08Et à faire tout ce qu'il faut pour ouvrir le détroit d'Hormuz.
07:12Donc là aussi, finalement,
07:14ils intègrent ce risque à la baisse.
07:17Donc les marchés sont plus ou plus rationnels,
07:20malgré que vous aimez le risque, mais ils sont rationnels.
07:22Mais disons qu'ils ne regardent que ça.
07:24C'est ces deux variables-là,
07:25alors qu'il y a aussi potentiellement plein d'autres variables.
07:29Notamment, bon, bah...
07:30Effectivement, c'est celle de Banque Centrale,
07:34celle des potentiels dommages collatéraux de l'IA, notamment.
07:41Parce que si on regarde aussi au niveau de...
07:45Pour moi, il y a vraiment trois marchés différents au sein de l'IA.
07:48Il y a d'une part ceux qui bénéficient des dépenses de l'IA.
07:52D'accord ?
07:53Il y a ceux qui payent.
07:55Et ça, on l'a vu dans les résultats.
07:59Microsoft.
08:01Ah oui, ils augmentent leurs dépenses d'investissement à venir cette année.
08:04Ils augmentent leurs dépenses,
08:05mais donc ça empiète leurs résultats.
08:08Et puis il y a ceux qui vont disparaître à cause de l'IA.
08:11Ah oui.
08:11D'accord ?
08:13Donc vraiment, eh oui.
08:15Moi, les Saspocalypse,
08:18on a quand même aujourd'hui,
08:21ne serait-ce que dans le S&P 500,
08:23une bonne partie de ces sociétés,
08:26quand on regarde HubSpot, Adobe,
08:27qui sont en chute libre.
08:30Donc là, le marché, il est vraiment porté par justement ces winners-là.
08:34Mais il y a quand même pas mal de losers
08:36dans toutes ces thématiques liées à l'IA.
08:41Effectivement, il y a eu un sacré ménage de fait.
08:43Beaucoup d'analyses pensent que c'est fait.
08:46Reste à voir.
08:47Moi, je ne suis pas certaine.
08:49Oui ?
08:50Il reste de la marge de correction, selon vous ?
08:53Je pense qu'il reste de la marge de correction.
08:55Je pense qu'on n'a pas encore tout vu.
08:57Je pense qu'aussi sur les marchés privés,
08:59il y a encore pas mal de choses qui sont en train de se passer.
09:03Ça, on a mis la poussière sous le tapis.
09:04On n'en parle plus, c'est évident.
09:06Mais si on regarde à un petit peu plus long terme,
09:09si vous deviez choisir entre deux dynamiques,
09:11IA ou pétrole, pour les prochains mois,
09:15à quelle vous choisiriez ?
09:18Je ne pense pas qu'on puisse choisir, en fait.
09:20Non, oui, mais je vous le demande quand même.
09:22Ce n'est pas grave.
09:24Le pétrole, c'est plutôt court terme.
09:26La question, elle va se poser, finalement,
09:28est-ce que ça va se matérialiser sur une guerre longue,
09:30sur quelque chose, sur des tendances
09:32qui vont devenir de conjoncturelles à structurelles.
09:36Et l'IA, c'est simplement...
09:39Comment, finalement...
09:40Il y a clairement des opportunités, l'IA, l'IA.
09:43Tout ce qui est infrastructures, l'IA, l'IA.
09:46Et on le voit, d'ailleurs, les marchés émergents
09:48sont aujourd'hui les principaux gagnants,
09:50aujourd'hui, de l'IA,
09:53puisqu'ils produisent cette technologie
09:54qui est vendue là-bas.
09:57Mais ça va être, effectivement...
10:04Moi, j'essaie de rester...
10:06Ce n'est pas simple.
10:07Ce n'est pas simple.
10:07Je pense qu'il faut rester neutre.
10:09Il faut revenir neutre sur les technologies.
10:12C'est-à-dire qu'après cette surpondération,
10:14on a eu, effectivement, un point d'entrée,
10:15un bulder qui a été fait,
10:16sur lequel il y a eu un moyen de re-rentrer
10:20pour ceux qui ne l'étaient pas.
10:22Là, je pense que c'est un peu trop tard
10:23pour se repositionner.
10:26Très clairement,
10:28il va falloir gérer ce problème potentiel
10:31qui peut se passer en Europe
10:33avec ce risque d'erreur politique monétaire.
10:37Donc, ce n'est certainement pas le moment
10:38d'aller sur des small caps européennes,
10:40par exemple, comme ça l'était l'année dernière.
10:43Est-ce que l'or va finalement faire
10:46enfin son rôle de valeur refuge
10:48plutôt que son rôle de valeur anti-dollar ?
10:51C'est une question qui peut se poser aussi.
10:54Ça en ouvre, les possibilités, les hypothèses.
10:56En une minute, c'est quoi vos choix,
10:58vos priorités d'investissement pour la suite ?
11:00Pour l'instant, je privilégie quand même
11:03les actions américaines
11:04aux actions européennes,
11:06avec un biais aussi sur les émergents
11:08qui restent structurelles.
11:11J'aime bien toujours
11:12tout ce qui est valeur de dividende
11:14parce que ça permet d'avoir
11:16potentiellement un hedge
11:17au niveau de l'inflation.
11:19Et puis, on va aller regarder
11:23au sein du marché
11:25ce qui peut avoir cette valeur à ajouter
11:27dans les infrastructures lourdes.
11:29Donc, les valeurs d'infrastructures
11:32qui peuvent bénéficier justement
11:33de cette hausse de l'IA
11:35et être diversifiées, bien sûr.
11:37Oui, hyper important.
11:38Anne-Laure Frischlander,
11:39merci beaucoup.
11:40Fondatrice de Eve Vest
11:41avec nous sur BFM Business aujourd'hui.
11:43Merci Anne-Laure.
11:44Merci à vous.
Commentaires