00:0015h47, il nous rejoint cet après-midi, Emmanuel Salle, le président de la financière de la Cité.
00:05Bonjour Emmanuel.
00:06Bonjour Guillaume.
00:072026 commence sur les chapeaux de roue, vous allez face à ces marchés, face à ce contexte géopolitique.
00:11Rendre votre verdict, cet instant qu'on va vivre, ce verdict que vous allez livrer, est-ce que vous l'assumez ?
00:16Je l'assume Guillaume.
00:16On vous écoute.
00:18Écoutez, malheureusement, je crains qu'en 2026, en bourse, il ne faille jouer le populisme.
00:24Un peu comme en 2025 d'ailleurs.
00:25Ah, la bourse cette année sera portée par le populisme d'après vous ?
00:30Par les thématiques liées au populisme, en effet.
00:33En effet, je crois que d'ailleurs ces premiers jours de 2026 sont particulièrement annonciateurs.
00:38On voit que les valeurs de défense reprennent des couleurs, bien sûr aux Etats-Unis mais également en Europe.
00:45Les matières premières à l'exception du pétrole, l'or.
00:48Bref, on a un monde plus fragmenté qu'il ne l'était en 2025,
00:52avec de grandes zones géopolitiques.
00:56Une Europe qui se porte mal, avec là également une montée des mouvements populistes
01:02qui produit ses propres effets dans l'économie et sur les marchés.
01:07Donc je crains malheureusement que cette thématique du populisme continue d'inspirer
01:12une grande partie des mouvements boursiers et des stratégies d'investissement.
01:17Et de plus en plus à mesure qu'on arrivera vers les mi-termes.
01:20Les mi-termes, maintenant on peut retenir, on peut donner la date et retenir la date.
01:223 novembre prochain, mardi 3 novembre prochain, ce sera les mi-termes.
01:25Et c'est sans doute désormais l'unique cap de Donald Trump.
01:28Est-ce que vous l'imaginez Donald Trump ?
01:29Alors là on voit faire des gros coups et réussir ses coups géopolitiques.
01:33Mais est-ce qu'on imagine aussi Donald Trump faire des coups économiques
01:35pour soulager le consommateur, lui faire plaisir à l'approche de ses mi-termes ?
01:38Quitte à faire des bêtises, déréglementer à tout va, etc. l'économie américaine.
01:42On verra, effectivement c'est un enjeu important parce qu'au début de 2026
01:45c'est les grandes dispositions de la dernière loi de finances américaine
01:50qui entrent en vigueur.
01:51Donc ça veut dire pour beaucoup d'Américains appartenant aux classes moyennes,
01:54aux classes populaires, une baisse du train de vie
01:57liée à la contraction des subventions liées à la santé, aux dépenses de santé.
02:02Ça veut dire également l'inflation qui commence à mordre quand même sérieusement aux Etats-Unis.
02:05Également l'emploi ne se porte pas très bien.
02:06Donc ça sera essentiel de voir quelles sont les mesures qui pourront être prises par Trump sur ce front.
02:13Il pourrait finalement être aidé par le Congrès
02:16qui pourrait peut-être rapporter une partie des mesures prises sur les tarifs
02:21le jour du Liberation Day en avril dernier.
02:26Bon, on verra bien, ça pourrait relâcher peut-être les frères inflationnistes.
02:28Il faudra suivre également la nomination du successeur du président de la Fed.
02:33Il est probable également qu'on ait une majorité plutôt trumpienne à la Fed
02:37avec donc de nouvelles baisses de taux d'intérêt dans le pipe.
02:40Donc tout ça pourrait aider quand même la consommation, l'économie américaine.
02:44La question est de savoir cependant, est-ce que véritablement les mid-terms,
02:49puisque vous en parliez, vont se faire sur le front de l'économie ?
02:51Est-ce que ce n'est pas les questions symboliques liées à la lutte contre le wokeisme,
02:55à l'affirmation de la puissance américaine qui reviendront au premier plan ?
02:59Et on ne peut pas s'empêcher de penser que les revendications territoriales de Trump
03:03s'inscrivent dans cette dynamique.
03:04C'est-à-dire que vous imaginez que Venezuela, par exemple,
03:07ça parle à une partie de l'électorat de Donald Trump.
03:08Les électorats latinos sont sans doute favorables à ce genre d'opération.
03:12Les latinos ont beaucoup voté Trump.
03:13Les latinos sont favorables.
03:14Les MAGA, je ne l'en suis pas sûr, parce qu'effectivement,
03:16les MAGA étaient tout à fait hostiles aux attentions à l'étranger,
03:19aux extérieurs des États-Unis.
03:21Mais on ne le voit pas.
03:21Est-ce qu'on imagine que ce n'était que la première étape avant pourquoi pas le Groenland ?
03:24En voyant les midterms arriver, pas les Groenland !
03:26Pourquoi pas ?
03:26Mais c'est vrai qu'on voit bien que l'intervention au Venezuela
03:28n'est pas tout à fait la même qu'en Irak.
03:29Ce n'est pas véritablement du régime change,
03:32puisqu'il semble que l'administration Trump va s'appuyer sur les institutions du Venezuela,
03:39la vice-présidente, afin d'assurer une transition progressive dans la durée.
03:42On verra bien ce qu'il en est.
03:44Mais en tout cas, on n'est pas vraiment dans une problématique de régime change,
03:46comme c'était le cas en Syrie, en Irak ou en Libye,
03:49où malheureusement nous avons également participé.
03:52Donc on peut considérer que le contrat avec la sphère MAGA
03:56sur la non-intervention des États-Unis dans ce cadre-là est plus ou moins respecté.
04:04Et en revanche, l'affirmation de puissance américaine au Venezuela, au Colombie,
04:08et peut-être au Groenland, va quand même dans flat toute sa sphère de l'électorat.
04:13À titre personnel, je pensais que les élections se faisaient davantage sur des questions symboliques,
04:18sur des questions de signaux historiques et symboliques, ou religieux,
04:22que sur des questions strictement économiques.
04:27Et nous verrons bien.
04:28En outre, même si le Congrès passe dans le camp démocrate,
04:33ça ne notera pas les pouvoirs dont dispose le président des États-Unis
04:37en matière de politique étrangère, qui sont extrêmement importantes,
04:40notamment en manière militaire.
04:41Il a fait ce qu'il a fait au Venezuela sans passer par le Congrès.
04:42Il l'aurait dû d'ailleurs, mais il l'a fait craindre.
04:45Au-delà de ces questions-là, l'année dernière, tout le monde craignait la récession,
04:48qui n'est pas advenue.
04:49Cette année, tout le monde attend une réaccélération de la croissance.
04:52Est-ce que du coup, c'est un risque ?
04:53Alors, effectivement, c'est un risque.
04:55Moi, j'ai le sentiment que je suis resté optimiste pour 2026,
04:57parce que je trouve qu'il y a des facteurs qui sont plutôt positifs.
05:00D'abord, le pétrole, la baisse du prix du pétrole.
05:02Et là, c'est vrai qu'un pétrole à 50-60 dollars,
05:05c'est plutôt favorable à l'économie mondiale.
05:07La baisse du dollar, mais tout est fait pour favoriser la baisse du dollar,
05:10même si à court terme, on peut avoir des mouvements de hausse
05:12liés justement au succès de l'intervention américaine,
05:15voire au prolongement de ces opérations.
05:18Mais mon sentiment, c'est que le dollar devrait rester assez bas,
05:23enfin le taux de change.
05:24Donc, ça soutient plutôt l'économie mondiale, en tout cas les pays émergents.
05:27Bon, de ce point de vue-là, j'avoue, je ne vois pas de grand accident.
05:32Il peut y avoir un risque en matière de politique monétaire,
05:34mais là également aux Etats-Unis, je trouve que c'est plutôt bien géré.
05:37En revanche, le problème, c'est toujours l'Europe.
05:38L'Europe qui est toujours malheureusement en panne,
05:40toujours à la traîne, avec des taux longs extrêmement élevés comparativement à l'économie.
05:45Attendez, l'Europe à la traîne ?
05:46La baissée a baissé ses taux largement avant la Fed ?
05:49Ah oui, alors vous savez que dans la politique monétaire,
05:51il y a les taux courts et les taux longs.
05:53Alors certes, elle a commencé à baisser les taux courts
05:56après les avoir remontés de façon avec eux,
05:58après avoir connu le cycle de hausse le plus important de son histoire.
06:02Mais il y a les problèmes, c'est les taux longs surtout.
06:04C'est que la BCE continue de contracter son bilan.
06:06Et aujourd'hui, les taux longs sont à 3,60 en zone euro,
06:11enfin 3,60 en France, l'OAT est à 3,60 avec une inflation à 0,8.
06:15Donc écoutez, comment vous faites pour redémarrer une économie
06:17lorsque vous avez une inflation à 0,8, une croissance quasiment nulle,
06:20en tout cas une croissance du secteur privé quasiment nulle,
06:22et des taux d'intérêt à long terme à 3,60 ?
06:25Ça paraît quand même assez difficile.
06:26Oui, donc pression là sur la BCE.
06:28Vous estimez que la BCE est tard ?
06:30Je pense qu'il y a un vrai problème de lecture du cycle économique
06:33et que la BCE a été plus concernée finalement par le souci
06:37de tourner la page de l'ère Draghi,
06:40de revenir à une gestion dite orthodoxe,
06:42normalisée des équilibres monétaires,
06:44plutôt que de soutenir la croissance européenne.
06:47Il faut dire malheureusement que son mandat,
06:49comme le soulignait d'ailleurs le président de la République récemment,
06:51est limité, puisqu'il ne concerne nominalement que l'inflation.
06:55Mais on sait très bien qu'à travers l'inflation,
06:57on peut attraper beaucoup de choses.
06:58On peut attraper également le taux de change,
07:00pourquoi pas la croissance,
07:01puisque la croissance est un des facteurs de détermination de l'inflation.
07:05En préparant cet échange, Emmanuel,
07:07vous me disiez qu'il y avait un truc peut-être un peu agaçant,
07:10une actualité passée, qu'on a vu apparaître pendant les fêtes,
07:12qui vous, peut-être vous a agacé en tout cas,
07:14le salaire de Christine Lagarde.
07:15Le salaire de Christine Lagarde,
07:16dont on a découvert qu'il était supérieur à celui de Jerome Powell.
07:19Ça, ça vous agace ?
07:20Oui, alors ce n'est pas que ça m'agace,
07:21je trouve que c'est intéressant de voir.
07:22D'abord, c'est le Financial Times,
07:24qui n'est pas réputé pour particulièrement mettre en cause
07:26la rémunération des grands dirigeants de ce monde,
07:29qui a signalé effectivement que le salaire de Christine Lagarde
07:31dépassait avant impôt, je crois, les 800 000 euros,
07:33ce qui est effectivement tout à fait significatif.
07:35À titre personnel, c'est moins le salaire de Christine Lagarde
07:37qui me dérange que finalement sa politique.
07:38et je pense que c'est davantage de la politique
07:40qu'on devrait mettre en cause,
07:42et notamment une politique de contraction de la demande interne,
07:45tout à fait assumée,
07:46dans la foulée des analyses d'Isabelle Schnabel
07:50et de Nagel, le patron de la Bundesbank,
07:52avec des conséquences dont la France est la principale victime.
07:56Alors la France, justement,
07:57elle passera un test obligataire dès cette semaine.
07:59L'année 2026 commence dès cette semaine
08:01sur le marché obligataire pour nous.
08:02On va essayer d'émettre 13 milliards et demi d'euros,
08:04ce sera jeudi, J-3 avant cette émission,
08:06à long terme, 10 ans et 30 ans.
08:0813 milliards et demi d'euros à 10 ans et 30 ans.
08:09Ce sera un premier test,
08:10alors que cette année, l'Allemagne aussi doit se mettre
08:12à y mettre pas mal de dettes.
08:14Bon, on va réussir à nouveau nos tests cette année,
08:16on va jouer à se faire peur comme d'habitude,
08:17ou il y aura des vraies raisons cette fois,
08:18cette année, de se faire peur,
08:19parce qu'en face, on aura aussi une offre allemande importante.
08:21Écoutez, moi j'ai le sentiment que la dette française
08:23c'est un excellent produit.
08:24Donc je ne peux que recommander aux investisseurs
08:26de prendre de la dette française,
08:27surtout au taux actuel, vraiment à 3,60.
08:30Quelles sont les raisons que vous avez de craindre
08:31une remontée des taux d'intérêt ?
08:33En Europe, vous n'avez pas de croissance,
08:34et d'ailleurs c'est même une stratégie assumée,
08:36c'est une stratégie assumée de contraction
08:37de la demande interne,
08:38vous n'avez pas de croissance,
08:39la croissance dépend essentiellement de l'extérieur,
08:41avec une Chine qui est plutôt en panne
08:43et des Etats-Unis qui se ferment.
08:46Vous n'avez pas véritablement d'inflation,
08:48donc quelles raisons pourraient finalement
08:50conduire les taux à remonter ?
08:52En revanche, on est dans une situation
08:55qui est plutôt de contraction de l'économie,
08:57et donc on pourrait très bien s'attendre
09:00à des baisses de taux longs,
09:01des taux d'intérêt à long terme,
09:04et donc dans ces conditions-là,
09:05je considère que finalement,
09:06avoir de l'OAT à ces niveaux de taux d'intérêt,
09:09c'est plutôt une bonne opération.
09:11Oui, il sera intéressant de voir
09:12si l'écart de taux toujours entre la France et l'Allemagne
09:14s'amplifie à nouveau,
09:15il s'était rétréci,
09:16fin de l'an dernier,
09:16on est toujours à 70 points de base d'écart de spread
09:18aujourd'hui entre les 10 ans français et allemands.
09:19On a connu plus.
09:20Oui, on a connu plus.
09:21Alors, bonne nouvelle d'ailleurs,
09:22le 10 ans français est un peu en dessous,
09:23en dessous,
09:23en dessous du 10 ans italien.
09:25On est passé un peu en dessous là,
09:263,58 contre 3,59 pour le 10 ans italien.
09:28Dernière question sur les grands enjeux
09:30de cette année 2026,
09:31l'IA quand même, un peu d'IA.
09:33Est-ce que vous pensez que 2026 sera l'année
09:35où l'on verra les premiers ruissellements comptables
09:38de l'IA dans les bilans des entreprises ?
09:39Est-ce que les bilans comptables des entreprises
09:41nous montreront un premier effet bénéfique de l'IA
09:43ou toujours pas ?
09:44Très sûrement, je crois qu'on va avoir
09:45des gains de productivité considérables
09:47liés à l'introduction de l'IA
09:50dans la pratique des entreprises.
09:51Ça a déjà commencé en 2025
09:53dans quantité de secteurs,
09:54notamment dans les secteurs financiers,
09:55mais dans bien d'autres.
09:56Donc, je considère effectivement
09:58que c'est un facteur d'amélioration
09:59de la productivité
10:00qui est absolument capital
10:01et qui est vraisemblablement sous-estimé
10:03dans les pays aussi.
10:04On l'a vu d'ailleurs il y a peu de temps
10:05en Grande-Bretagne
10:06où l'Office de responsabilité budgétaire
10:08avait très fortement mésestimé
10:12les gains de productivité
10:13liés à la diffusion de l'intelligence artificielle
10:18dans l'économie britannique.
10:19Et donc, en termes sectorielles,
10:20la tech, toujours la tech
10:20ou vous diversis ?
10:21Comment vous préparez cette nouvelle amie ?
10:23En termes sectoriels,
10:24comme je vous l'avais dit d'ailleurs,
10:25je trouve qu'il y a énormément,
10:26il y a beaucoup de survalorisation
10:27sur la tech,
10:28mais néanmoins,
10:28le marché s'est normalisé.
10:29Depuis la fin de l'année 2025,
10:31on a quand même une baisse
10:32des valorisations de la tech,
10:33enfin en valeur relative, j'entends.
10:34On a un marché qui est aux Etats-Unis
10:36a retrouvé un peu plus de valeur,
10:37un peu plus de diversification
10:38et ça, c'est plutôt une bonne chose.
10:40Merci beaucoup de nous avoir accompagnés.
10:42Aujourd'hui,
10:43il est le président de la financière de la Cité.
10:45nous accompagne très régulièrement
10:47depuis combien d'années Emmanuel ?
10:48Emmanuel Salle était avec nous.