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  • il y a 12 heures
Le 11 mai 1987 débute, au palais de justice de Lyon, le premier procès pour Crime contre l'Humanité organisé en France. Klaus Barbie, l'ancien chef de la Gestapo de Lyon (1942 et 1944) est dans le box des accusés, sous le regard des caméras du monde entier et de plus de 800 journalistes.
C'est l'épilogue d'une traque de près de 40 ans. Les époux Klarsfeld, inlassables chasseurs de nazis, ont réussi à débusquer celui qui se cachait en Bolivie sous un faux nom. La volonté politique de la Bolivie et de la France ont permis son extradition et donc la tenue de ce procès. Incarcéré symboliquement à la prison de Montluc, où ils enfermaient ses victimes, Klaus Barbie n'est plus qu'un homme âgé, affaibli par la maladie mais conservant ce sourire provocateur que tous les rescapés reconnaitront.
Conseillé par son avocat, le sulfureux Maître Vergès, Barbie décide de quitter l'audience et de ne pas assister à son procès, comme le droit français le lui permet. Pour les parties civiles et les avocats, c'est un choc puissant. Des années d'attente et de procédure pour ne pas être confronté à leur bourreau ! Mais loin d'affaiblir le procès, l'absence de l'accusé va contribuer à libérer la parole des victimes...

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00:17Le 11 mai 1987, le palais de justice de Lyon s'apprête à vivre l'une des plus grandes pages
00:24d'histoire et de justice de l'après-guerre.
00:30Pour la première fois, la justice française va instruire un procès pour crime contre l'humanité.
00:38L'accusé Klaus Barbie, le nazi qui dirigea la Gestapo de Lyon entre 1942 et 1944.
00:48Celui que l'on surnomme le boucher de Lyon, celui qui est responsable de la déportation de plus de 14
00:54000 juifs et résistants.
00:56C'est un homme qui pratique la terreur.
00:59Klaus Barbie, c'est le mal absolu, c'est le diable.
01:03C'était un homme d'une brutalité exceptionnelle, d'un sadisme particulier.
01:07Même si on est estropié, même si on est vieillard, même si on est très jeune enfant, on n'échappe
01:13pas aux grippes de Klaus Barbie.
01:15Oui, oh ses yeux, oui, c'est lui, c'est lui, monsieur le juge. Des yeux pareils, on ne peut
01:23pas oublier ce regard, je vous assure.
01:27Et si je n'entendais plus, si j'étais à bas au pied des coups, je voyais ses yeux cruels,
01:33voilà.
01:35Il a fait toute sa carrière au cœur de la machine répressive nazie.
01:39Klaus Barbie, c'est un spécialiste du renseignement politique et c'est un policier politique.
01:43Sa carrière dans les SS a été fulgurante.
01:46Il travaille sur les ennemis politiques.
01:48Les juifs, les résistants, les communistes, les francs-maçons.
01:52Il est le prototype du fanatisme de la Gestapo.
01:57Vous voyez Barbie, c'est un tortionnaire, c'est un sanguinaire cet homme-là.
02:04Des sauvages, ça cognait de tous les côtés.
02:07C'est une bête humaine à lieu.
02:09Il faut parler, il faut parler, il faut parler.
02:12Et l'infligé des tortures est pouvantable.
02:19On le nomme dans un endroit qui est celui où il y a sans doute la plus forte activité résistante.
02:28On lui a dit, voilà les cibles, voilà les gens que vous devez éradiquer.
02:32Et il va remplir cette feuille de route avec un zèle tout à fait sanguinaire.
02:37Il a arrêté Jean Moulin, il l'a torturé à mort.
02:42Il a l'intuition, il sait comment traquer les gens, il a de bons informateurs.
02:49Et puis il a arrêté les enfants des yeux qu'il aurait pu ne pas arrêter et qu'il a
02:55envoyé à la mort.
02:57Au-delà des ordres, il y a un pervers absolu qui jouit de son rôle.
03:03Il va montrer une inhumanité absolument totale.
03:06C'est un bourreau en fait, c'est pas juste, c'est un bourreau.
03:11L'accusé, c'est peut-être ce qu'il y a le plus terrible, c'est que c'est un
03:14homme ordinaire.
03:15C'est un homme terriblement ordinaire.
03:19C'est des gens qui n'auraient jamais dû accéder à ce niveau de responsabilité,
03:23qui vont devenir quelqu'un grâce à la guerre.
03:43Après quatre années d'instruction, la justice française va enfin juger Klaus Barbie.
03:52Durant cette procédure, il a fallu identifier les actes commis par le chef de la Gestapo de Lyon,
03:57pouvant entrer dans le cadre juridique du crime contre l'humanité.
04:04Si dans un premier temps ne furent retenus que trois dossiers liés à la déportation de juifs,
04:09l'inculpation s'élargira finalement à la torture et à la déportation de résistants.
04:26L'accusé a 74 ans au moment de l'ouverture de son procès.
04:31C'est la fin d'une cavale de près de 40 ans.
04:35Après la guerre, on le recherche, mais on ne le trouve pas.
04:40Il n'est pas resté en France.
04:42Comme beaucoup de criminels nazis, il a fait retraite vers l'Allemagne.
04:49Quand Klaus Barbie revient clandestinement se cacher en Allemagne vaincue,
04:54le monde découvre l'ampleur des crimes de masse commis par les nazis
04:58et la réalité des camps d'extermination.
05:04Si les Américains traquent un certain nombre de criminels nazis
05:07afin d'engager les premiers procès,
05:09ils vont aussi savoir composer avec certains autres.
05:12Il y a deux catégories, pour aller très vite,
05:15qui intéressent les alliés de ce point de vue-là.
05:17Pas pour les juger, mais pour les récupérer.
05:20C'est les scientifiques et les policiers.
05:26On va rechercher des gens qui ont des expertises.
05:31Les principaux ennemis des nazis, c'était les résistants.
05:34Parmi les résistants, il y avait les communistes.
05:36Il a une connaissance de ces réseaux.
05:38Il faut une exception pour lui,
05:40parce qu'il est très compétent en matière anticommuniste.
05:43C'est les débuts de la guerre froide,
05:45et l'anticommunisme est l'enjeu qui domine l'impératif de dénazification.
05:52Les services secrets français identifient Barbie dès 1948,
05:56et la justice lance contre lui plusieurs mandats d'arrêt.
05:59Mais les Américains le protègent,
06:01et organisent bientôt son exfiltration.
06:05En 1951, Klaus Barbie devient Klaus Altmann,
06:09et se voit délivrer par la Croix-Rouge un visa légal d'immigration.
06:13Avec sa femme et ses deux enfants, il s'envole pour la Bolivie.
06:20L'ancien nazi se fond dans une ville ceinturée de montagne,
06:23à plus de 3500 mètres d'altitude,
06:26et 10 000 kilomètres de l'Europe.
06:31Il va renaître en Bolivie.
06:33Et pourquoi en Bolivie ?
06:34Parce que la Bolivie est sous le régime des dictatures militaires successives,
06:40et qu'en Bolivie, Barbie retrouve des compagnons nazis,
06:45et va s'exprimer pleinement dans ce régime.
06:49Le pouvoir bolivien est à travers lui le pouvoir des services américains,
06:56et on recrutait Barbie, ils lui ont donné un grade, etc.
07:01Nous n'oublions pas qu'il va constituer ce que l'on appelle un commando des fiancés de la mort,
07:06chargé de faire disparaître en tant que besoin les opposants au régime.
07:11Il est un collaborateur très actif du ministre de l'Intérieur.
07:18Protégé par le gouvernement bolivien et sa nouvelle nationalité,
07:21Barbie va échapper durant près de 30 ans à l'extradition vers la France,
07:25malgré sa condamnation pour crime de guerre en 1952, puis 1954.
07:32Mais au début des années 70,
07:34la tranquillité de Klaus Altmann va rencontrer la détermination d'un couple
07:39traquant inlassablement les anciens criminels nazis.
07:45Béat et Serge Klairsfeld ont identifié la présence de Barbie
07:49tout d'abord à Lima, au Pérou, puis à La Paz, en Bolivie.
07:55Béat rejoint l'Amérique du Sud, déterminée à confondre Altmann-Barth.
08:03Quand je suis arrivée à l'aéroport, il y avait au moins une cinquantaine de journalistes
08:06qui m'attendaient, ce qui était le gouvernement de Banzer, c'était horrible.
08:10Et j'ai eu rendez-vous avec M. Gremminger, qui était le secrétaire d'État pour les immigrés.
08:15Et ce Gremminger m'a dit, apportez-moi les preuves,
08:18et puis vous revenez, et puis vous avez fait quelque chose.
08:27Donc il fallait trouver maintenant que Klaus Barbie, Klaus Altmann a sa même chose.
08:31On avait les photos de sa famille, il y avait sa femme, des enfants,
08:35et c'était identique, sauf quelques petites, je crois que les dates d'un sens étaient changées.
08:42D'abord un long examen anthropométrique des photos de Barbie sous l'occupation
08:47et des photos de Altmann prises il y a quelques semaines.
08:50Le résultat de l'examen est formel, il s'agit bien d'un seul et même homme.
08:58Même si l'étau se resserre, l'ancien nazi ne semble craindre aucune action judiciaire.
09:04Il accepte même de répondre à un entretien télévisé mené par le journaliste Ladislas de Hoyos,
09:10qui accompagne Béat Klarsfeld.
09:12On peut peut-être prendre M. Debout en train de marcher jusqu'à la porte.
09:16Les conditions de l'entretien ont été monnayées
09:18et le tournage se déroule au ministère de l'Intérieur
09:21sous le contrôle de fonctionnaires de police boliviens.
09:27Bien sûr, l'enjeu de cet entretien c'est de le confondre,
09:30c'est de prouver que Altmann c'est Barbie.
09:35Quand on voit les images, j'ai fait à ce moment-là un zoom, un gros plan
09:42et j'étais fasciné par ce regard, d'ailleurs ce qui a justifié le zoom.
09:58Il se pense toujours intouchable, il pense qu'il va s'en sortir.
10:05La gente dit que vous appartiez à la Gestapo
10:09et que vous êtes un torturateur, qui dit à l'inspecteur.
10:14Je l'exprime.
10:15Les gens disent que vous étiez au Gestapo.
10:20Je ne suis pas Barbie, comme je l'ai dit.
10:22Je suis Klaus Altmann.
10:24Et la Strasbourg de München a la chance d'avoir la possibilité
10:27de les boliviannistes, les besoins, les besoins de l'entretien.
10:31Je présente à Klaus Altmann la photo de Jean Moulin.
10:37Je lui ai demandé s'il le reconnaît.
10:41Déjà, quand il passe de l'espagnol à l'allemand,
10:46moi je suis persuadé que dans les 15 secondes,
10:48les officiels vont arrêter en disant
10:50« Attendez, ce n'est pas du tout ce qui était prévu. »
10:51Ce qui est après, cerise sur le gâteau,
10:54il l'attaque en français et il répond en français.
10:59Mais c'est surréaliste.
11:00On n'en croit pas à nos yeux.
11:02On n'en croit pas à nos yeux.
11:04Je ne suis pas un assassin.
11:14Je n'ai jamais torturé.
11:16Je ne suis jamais allé à la Gestapo de Lyon.
11:23Je ne suis jamais allé à la Gestapo de Lyon.
11:30De Lyon.
11:32Je ne connais pas Jean Moulin.
11:34Je ne connais pas à Moulin.
11:43On se regarde en se disant « Extraordinaire, inespéré » ce qui vient de se passer.
11:49Et moi, j'ai qu'une seule idée, c'est de sortir ces bobines du ministère de l'Intérieur
11:54parce que je suis persuadé qu'il va se passer quelque chose.
12:00Je prends les bobines, je les mets dans un imperméable et je les donne à la 10 et au consul.
12:06Je me souviens de la phrase « Tirez-vous, mais tirez-vous tout de suite ! »
12:12Alors ça a été formidable parce que l'ambassadeur s'est rendu compte immédiatement de la valeur du document
12:18et il est sauté dans un avion avec sa valise diplomatique et il a ramené les bobines.
12:25Lorsque j'ai vu l'émission à la télévision, j'étais frappé directement comme un éclair qui vient,
12:29une personne qu'on revoit devant soi subitement.
12:32Cela a un peu les âges, ont un peu changé son visage.
12:35Pensez-vous que Klaus Altmann puisse être Klaus Barbie ?
12:40« La façon de regarder cet homme me rappelle étrangement ce Barbie que j'ai connu peu de temps, il
12:45y a 30 ans. »
12:46« À 13 ans, on se souvient très bien d'un regard. Pour moi, il n'y a pas de
12:49problème. »
12:51Durant les semaines qui suivent la diffusion de l'interview, les confirmations de victimes se multiplient.
12:57Les époux Klarsfeld centralisent les nouveaux dépôts de plainte.
13:00La machine judiciaire est relancée.
13:06Mais face au blocage du gouvernement bolivien, une autre voie, illégale cette fois-ci, va être envisagée.
13:18Je m'étais dit qu'on pouvait réveiller l'attention internationale en enlevant Barbie, qui était pour moi l'assassin
13:28de Jean Moulin.
13:32Régis Debray nous a dit « J'ai un ami qui est un ami sûr et lui pourrait organiser l
13:39'enlèvement de Barbie. »
13:42On a essayé d'organiser quelque chose.
13:45« La motivation est, je crois, établir un parallèle entre la résistance antifasciste bolivienne et la résistance anti-nazi française.
13:56»
13:57« L'organisation, c'était qu'il fallait que je vienne en Bolivie et qu'on apporte 5000 dollars pour
14:04l'achat d'une voiture pour des militaires qui enlèveraient Klaus Barbie. »
14:10L'idée était de le prendre et de l'amener au Chili de Salvador Allende et à partir de là,
14:19demande d'extradition de la France et expédition du personnage en France.
14:27Mon ami Gustavo Sanchez a prêté ses concours et ses amis, mais il n'y avait manifestement pas de moyens.
14:35« La voiture a été achetée et a eu un accident. Rencontre avec un lama. »
14:44Il faudra attendre encore dix ans et l'effondrement de la dictature pour que la Bolivie lâche l'ancien nazi.
14:50En 1983, le nouveau vice-ministre de l'Intérieur, Gustavo Sanchez, n'est autre que l'ami de Régis Debray
14:58ayant participé à la tentative d'enlèvement.
15:03Le ministre Sanchez fait arrêter Klaus Barbie et engage une déchéance de nationalité, ouvrant la voie à l'extradition.
15:12Il informe immédiatement Régis Debray, désormais conseiller du président de la République, François Mitterrand.
15:19« Mitterrand était hésitant et j'étais très stupéfait, ne comprenant pas. »
15:28« Dans une sorte de soliloque dans la voiture, soliloque qui m'a déconcerté, il a évoqué que ce serait
15:41peut-être une mauvaise chose de lever le couvercle. »
15:47« Il avait le couvercle sur ce qu'a été l'occupation française. »
15:53« Il craignait, disons, en tant que responsable de l'unité de la République, il craignait une sorte de série
16:03de règlements de comptes. »
16:06« Bref, je ne l'ai pas trouvé déterminé. »
16:13Maintenant que Barbie est derrière les barreaux de la prison San Pedro de La Paz, ce sont les autorités boliviennes
16:19qui attendent le feu vert de la France.
16:23Le 4 février, Mitterrand finit par prendre sa décision.
16:29« Il ne pouvait plus dire non, les choses étaient très avancées. »
16:34« Je vous dis tout de suite que j'étais choqué sur le moment de ces hésitations. »
16:39« Parce qu'enfin, je lui disais, écoutez, monsieur le président, il faut donner le top, là, on ne va
16:43pas laisser cet avion, etc. »
16:47« J'avoue que j'étais... »
16:49« Mais après, quand j'ai vu tout ce qui allait survenir et qu'il avait prévu en quelque sorte,
16:55je me suis dit qu'il investissait en tant que président de la République. »
17:03Le soir même, Klaus Barbie est mis dans un avion à destination de la Guyane française, où un DC-8
17:10de la DGSE doit le récupérer.
17:16Mais l'ancien nazi ignore tout de sa véritable destination.
17:22« Oui, on n'a pas dit au départ à Barbie où on l'extradait. »
17:25« Et Barbie, en effet, pensait que c'était l'Allemagne qui le recherchait. »
17:29« Vous croyez que le passé est déjà... »
17:31« Le passé est déjà passé, il est enterré. »
17:35« Cependant, ce voyage est comme un retour vers le passé, n'est-ce pas ? »
17:40« Bon, c'est un retour vers l'Allemagne, où je dois vivre normalement. »
17:53Mais lorsque Barbie apprend, alors qu'il est dans l'avion, que ce n'est pas en Allemagne qu'on
17:59l'envoie,
17:59mais en France, Barbie, encore une fois très intelligent, comprend que là, c'est tout à fait autre chose.
18:10En France, le gouvernement suit de près le retour de Barbie.
18:17Le ministre de la Justice, Robert Badinter, va alors prendre une décision de haute portée symbolique.
18:25« C'est Robert qui a l'idée d'amener le personnage à Lyon, dans la prison où avait été...
18:38Jean Moulin et d'autres. »
18:41« C'est moi qui le voulait. »
18:44« La symbolique était tellement forte que j'ai voulu, voulu expressément,
18:51qu'il retourne, je dirais selon la célèbre formule, sur les lieux de son crime. »
19:00C'est ici, dans la prison de Montluc, que Klaus Barbie a fait enfermer plus de 10 000 Juifs et
19:05résistants entre 1942 et 1944.
19:10C'est là qu'il avait fait construire la baraque aux Juifs, anti-chambre de la déportation.
19:23C'était un vœu du garde des Sceaux Robert Badinter, dont, rappelons-le, le père, Simon Badinter, avait une victime
19:31de Klaus Barbie.
19:34Entre émotions et réflexions, les médias et les Français vont maintenant s'emparer du procès Barbie,
19:39faisant brutalement remonter dans le pays les fractures d'un passé que certains voudraient oublier.
19:44« En effet, 40 ans après la Deuxième Guerre mondiale, 40 ans après la découverte des massacres et des tortures
19:49des camps de concentration,
19:50beaucoup de questions restent posées. »
19:53« La France a pris la décision de réveiller l'histoire. La presse internationale en fait ses gros titres. »
19:58« Klaus Barbie, nazi-war criminal known as the Butcher of Lyon, is back in France. »
20:02« Les hésigen médias berichten breit über die verbrechen des Bouchers de Lyon. »
20:06« Je ne connais pas grand chose de Lyon. Je ne sais pas ce qu'il a fait. »
20:09« Moi, je ne vois pas pourquoi on jugerait un homme qui a 82 ans sur les fêtes qu'il
20:12a fait il y a quelques années. »
20:13« C'était un être immonde. Et si la peine de mort n'était pas abolie, je torturerais Klaus Barbie,
20:22de la même façon qu'il avait torturé les gens. »
20:25« Il faut le flinguer, il faut le mettre là sur la place et puis les Gausses vont s'en
20:29occuper. »
20:29« Il y a eu le procès Hachman, il y a eu d'autres procès, mais je crois que le
20:32procès que les Français attendent, c'est bien celui-là. »
20:35« Le monde nous regarde dans ce procès. Il s'agit de savoir quelle sorte de justice la France rend.
20:41»
20:41« Alors pour vous, Barbie, prisonnier en France, jugé en France, est-ce que c'est une bonne chose ?
20:47»
20:48« Oui, je voudrais d'abord vous dire que j'avais beaucoup hésité à venir ce soir.
20:53Lorsque j'ai lu que peut-être cela donnerait lieu à des règlements de comptes,
20:58que l'on allait exhumer des vieilles histoires franco-françaises. »
21:03« Au fond, en France, les passions se greffent sur ce français. »
21:05« Je crois que ce qui serait terrible, c'est d'en faire une affaire française avec l'occasion de
21:10rechercher des histoires qui, elles, sont normalement prescrites
21:14et de remuer des événements qui ne s'intègrent pas dans cette affaire-là ou qui s'y intègrent, bien
21:20sûr, mais de façon tout à fait annexe. »
21:54« Ne réveillons pas ces vieux démons. »
21:56Et puis évidemment, se superpose à ça sa propre histoire, son histoire personnelle.
22:02Et Madame Veil, comme tous les autres et toutes les autres, c'est l'histoire du procès Barbie.
22:08C'est que ce sont des choses dont on ne parle pas.
22:12Face à l'importance du procès qui s'annonce, Robert Badinter réfléchit à une loi historique.
22:19Il souhaite que la justice réalise la captation audiovisuelle des audiences.
22:23« J'étais un grand partisan de constituer des archives cinématographiques de la justice.
22:32Ne pas filmer le procès Barbie serait une atteinte à l'histoire.
22:40Les magistrats, notamment, étaient tout à fait hostiles.
22:48Les avocats plus narcissiques, eux, se voyant en héros du procès, étaient plus favorables. »
23:04L'installation de caméras, l'accueil d'une quarantaine d'avocats,
23:07de plus de 150 partis civils, de centaines de journalistes et d'un public massif,
23:12posent une question pragmatique, car aucune salle du tribunal n'est suffisamment vaste.
23:20« Si vous faites un procès pour l'histoire, il faut que le lieu où on juge soit à la
23:26hauteur de ce que l'on juge.
23:27Et c'était la première fois qu'on faisait un procès pour crime contre l'humanité en France. »
23:35Le choix est donc fait de transformer la salle des pas perdus en salle d'audience.
23:46« Ce palais de justice, c'est un grand théâtre.
23:50Je restais dans ces codes.
23:52Si vous leviez le nez, vous avez un grand timpon entièrement sculpté.
23:58Et là, vous avez la justice.
24:00Vous êtes là, au pied de la justice.
24:03Et la justice, elle sépare les innocents des coupables. »
24:12Il fallait absolument, absolument, que ce procès offre l'image d'une justice ordinaire.
24:21Barbier comparaissait devant la cour d'assises ordinaire,
24:24jugée par des citoyens ordinaires, tirés au sort.
24:28Et ça, c'était très important, parce que c'était la représentation du peuple français
24:33qui allait rendre la justice vis-à-vis de Klaus Barbier.
24:41Après quatre années de procédure, la justice est enfin prête.
24:46Tous ceux qui ont permis au procès Barbier d'exister
24:49convergent vers l'enceinte du tribunal.
24:52Les témoins, les magistrats, les 39 avocats des partis civils
24:56face à l'unique avocat de la défense,
24:59le très médiatique Jacques Vergès.
25:01Et enfin, l'accusé.
25:05Le rideau va enfin se lever.
25:13Madame, Monsieur, bonjour.
25:15Regardez cette image, c'est finalement celle de la démocratie,
25:19celle de la justice.
25:2143 ans après son départ, le 30 août 1944,
25:26Klaus Barbier redevient l'homme que tous les Lyonnais regardent.
25:31Toute la presse mondiale réunit dans cette salle
25:34pour juger un dossier qui dépasse de loin
25:38le cadre général ordinaire de ce qui se juge dans la cour d'assises de Lyon.
25:44C'est le premier procès qui a été diffusé en Mondiovision.
25:47Ce qui fait qu'il a fallu attendre le top du réalisateur pour entrer.
25:52Parce qu'en effet, on ne commence jamais à 13 heures les audiences d'accord d'assises.
25:55Mais là, pour l'ouverture du procès,
25:57on s'est plié à cette volonté de pouvoir en direct présenter l'ouverture du procès
26:04puisque c'est le seul moment où l'on allait voir Klaus Barbier.
26:10La cour !
26:18Il y a une grande tension.
26:19Vous savez, à l'ouverture du procès, il y a une très très grande tension.
26:22Pour faire ça, je vais vous dire, j'avais la boule au ventre quand même.
26:26Mesdames, Messieurs, veuillez vous asseoir.
26:32L'audience est ouverte.
26:35Je demande au service d'ordre d'introduire l'accusé, s'il vous plaît.
26:43Et puis, faites entrer l'accusé.
26:47Là, vous avez un silence dans la salle.
27:02Moi, je ne l'avais jamais vu.
27:04Je suis face à lui, vraiment.
27:06Je le vois rentrer.
27:08Et je sens le poids de l'histoire à ce moment-là, vraiment.
27:13Veuillez vous asseoir, Monsieur l'accusé.
27:15Asseyez-vous.
27:22La première ligne de mon article pour Libération le lendemain,
27:26c'est « Il entre, vieillard fantomatique, en costume noir. »
27:33Il ne baisse pas les yeux.
27:35Il n'est pas gêné.
27:36Il sait pertinemment qu'il est filmé dans le monde entier.
27:39Il est d'un calme absolu.
27:41Et ça, c'est très très désarçonnant.
27:43C'est très désarçonnant.
27:49C'est pas un monstre qui est entré dans le box.
27:51C'est un homme.
27:52Et c'est plus terrifiant encore de penser justement
27:54que celui qui vient de rentrer, c'est un homme.
28:08Et je suis happé par ce visage et par ses yeux.
28:13Vraiment, cet homme avait un regard.
28:16Et il me vient évidemment immédiatement en mémoire,
28:19parce que, évidemment, je connais mon dossier,
28:21les témoignages des gens à qui on dit
28:23« Mais comment on reconnaît un homme 40 ans après ? »
28:27Et tous, dit le regard.
28:30Je me souviens d'avoir vu cet homme avec ce regard tranchant.
28:35C'est un regard qui pénètre, qui traverse les murs.
28:39Et ça, c'est un des premiers dessins que j'ai fait.
28:42Ce Barbie avec ce regard totalement terrifiant,
28:45c'est quelque chose que je n'avais jamais vu avant.
28:52Il avait des yeux qui couraient très vite.
28:56Et puis, à un moment, il a regardé les avocats en face
28:59et il les a regardés les uns après les autres.
29:01Et j'ai ressenti quelque chose que je n'ai jamais ressenti
29:04ni avant ni après.
29:06Une douche glacée.
29:07Mais une vraie douche glacée.
29:10J'avais l'impression qu'on m'avait déversée de l'eau glacée.
29:13« Alors, accusé, veuillez vous lever maintenant.
29:20Quels sont vos noms et prénoms ? »
29:24« Altman Klaus. »
29:30Dès le départ, le procès est biaisé par un homme
29:33qui dit que celui qui est dans le box, ce n'est pas lui.
29:36« Il y a une lâcheté effroyable chez Barbie.
29:39À faire croire que peut-être Klaus Altman, Barbie,
29:43je ne sais pas si c'est moi. »
29:44« Monsieur le Président, les partis civils
29:46que nous représentons, Clarsfeld, Zalmati et moi,
29:49souhaitent faire un point de précision
29:52en ce qui concerne l'identité
29:55qu'a énoncée tout à l'heure Klaus Barbie.
29:59Peut-il répéter sous quelle identité
30:02il se présente aujourd'hui ? »
30:05« Monsieur le Président,
30:11si je dois être interrompu
30:13à longueur d'audience
30:15par l'avocat de Klaus Barbie,
30:18je pourrais parfaitement
30:19ne poser aucune question.
30:20Il s'agit de l'identité sous laquelle
30:22se présente Klaus Barbie
30:23qui est une fausse identité.
30:25J'entends l'établir dès le début des débats.
30:28Il existe des papiers au nom de Klaus Altman.
30:30Ce sont les seuls papiers.
30:31Alors nous, monsieur le Président,
30:35pour le moment, je posais des questions.
30:37Si je suis interrompu
30:39avant que j'ai fini de poser mes questions,
30:41les débats ne pourront pas avoir lieu sereinement.
30:42Tout le monde, je pense,
30:43aurait rêvé d'un Barbie
30:45qui dise « oui, je suis Klaus Barbie. »
30:46Et alors ?
30:48Ok, maintenant, on juge,
30:49on discute, on parle.
30:50Mais non, il y a quelqu'un
30:51qui dit « excusez-moi, je ne suis pas le bon. »
30:53Donc tout ce qui va se dérouler
30:55pendant tout le procès
30:56va être ramené à « je ne suis pas le bon. »
30:58C'est comme si on ne parlait pas de lui.
31:00C'est-à-dire qu'on parlait d'un autre,
31:02mais pas de lui.
31:03Alors est-ce qu'il était dans le déni ?
31:04Est-ce qu'il considérait
31:05qu'il avait fait ce qu'on lui demandait de faire
31:07et que ce n'était pas de sa responsabilité ?
31:09Inculpé de crimes contre l'humanité
31:13sous les qualifications d'arrestations illégales,
31:16détention, séquestration de personnes
31:18avec torture corporelle,
31:20assassinat et complicité d'arrestations illégales,
31:23de détention,
31:24de séquestration de personnes
31:26avec torture corporelle et d'assassinat,
31:29enlèvement, détournement
31:30et déplacement de mineurs,
31:32de crimes contre l'humanité
31:33par complicité d'assassinat
31:35et par enlèvement de mineurs
31:36et suivi de morts pour certains.
31:40Il tournait la tête vers les deux greffiers
31:43qui lisaient l'acte d'accusation.
31:45On sait très bien qu'il comprend très bien le français
31:48et il écoutait avec attention,
31:50mais il avait ce sourire et cet indifférent
31:53comme si ça ne pouvait pas l'atteindre.
31:55Je crois qu'il ne pensait jamais à ses victimes.
31:59Comme la plupart des criminels
32:01qui ont agi au nom de l'État,
32:05c'est très facile de se débarrasser de ces crimes.
32:09Les experts psychiatres
32:11qui ont éclaminé Klaus Barbie
32:13pendant une année
32:14n'ont pas décelé de maladie mentale
32:15mais un mode particulier
32:17de fonctionnement psychique.
32:19Il n'est pas en état de démence
32:21au sens de l'article 64 du Code pénal.
32:24Sa structure psychique
32:26a un rôle défensif
32:27et le maintient dans une représentation
32:30identique de lui-même
32:31exclusive de toute culpabilité.
32:34Sa structure mentale
32:36d'une logique sans faille
32:38et sans contradiction
32:38ne laisse apparaître aucun conflit interne.
32:43Il n'exprime aucune remise en question.
32:48Chaque fois que quelque chose
32:49pourrait révéler une faille,
32:51un manque ou un conflit en lui,
32:53il se réfère à une instance imaginaire
32:56en dehors de lui.
32:58C'est ainsi que l'idéologie nazie
33:00a fonctionné, pour lui,
33:02comme un appui extérieur
33:04nécessaire à ses défenses internes.
33:07Fermé à toute altérité,
33:09il ne peut rien tolérer d'autre
33:10que ce qu'il connaît déjà
33:12ou s'inscrit dans la logique
33:14de ce qu'il pense.
33:15Barbie,
33:18nazi il était, nazi il était toujours.
33:22La doctrine nationale socialiste,
33:25c'était sa doctrine.
33:27Pour lui,
33:28c'était la meilleure du monde.
33:29Je suis sûre que jusqu'à son dernier souffle,
33:31ça a été la meilleure du monde.
33:33Barbie n'est pas sorti de ce système,
33:35qu'il est resté à vie,
33:37un nazi,
33:38un authentique nazi,
33:40quasiment un état chimiquement pur
33:41de ce que pouvait être un nazi.
33:43Il ne comprenait pas
33:44pourquoi on venait lui reprocher quelque chose.
33:48Je donne mon anwalt 100% droit.
33:53Quand j'ai aujourd'hui
33:54tous ces décisions
33:55que j'ai entendu
34:01après tout ce que j'ai entendu hier et aujourd'hui,
34:03j'ai vraiment cru
34:04qu'à Lyon,
34:05je m'étais conduit comme un fou,
34:07que j'avais poursuivi les Juifs,
34:08que je les avais arrêtés,
34:10que je les avais enfermés,
34:10envoyés à Drancy.
34:25Tous les criminels nazis
34:30ont invoqué la légalité.
34:33Et c'est pour cela
34:34que s'est imposée
34:36la notion de crime contre l'immunité.
34:38Tu aurais dû voir plus loin,
34:39voir plus haut.
34:40Il y a quelque chose aussi
34:41qui peut transcender les ordres.
34:44Tu faisais ton devoir,
34:45non,
34:45ton devoir était de désobéir.
34:47C'est ça
34:47que nous répète
34:48la notion de crime contre l'immunité.
34:50C'est le service public criminel
34:52dont chacun a sa tâche.
34:54C'était une tâche,
34:56donc c'est une perversion
34:57de la notion même de devoir.
35:01Les premiers jours du procès
35:02donnent lieu à une médiatisation
35:04hors du commun.
35:05Plus de 800 journalistes français
35:07et internationaux sont présents,
35:08racontant au monde entier
35:10la dramaturgie quotidienne du procès.
35:12Le homme qu'ils s'appellent
35:13le butcher de Lyon,
35:14Klaus Barbie,
35:15a été en train aujourd'hui
35:16dans la ville française
35:17où il était.
35:17Il s'appelle Klaus Altmann,
35:19l'alias qu'il s'est utilisé
35:20dans l'Amérique du Sud.
35:21Bonsoir,
35:22la première audience du procès
35:23de Klaus Barbie
35:24vient de s'achever
35:25il y a quelques minutes.
35:26On a essayé de faire de la pédagogie.
35:28Il y avait une possibilité pour nous
35:29de raconter l'histoire,
35:31de l'expliquer.
35:32Comme c'était une première,
35:34il y a eu une forme d'emballement aussi.
35:37On s'est demandé
35:39est-ce qu'on ne risque pas
35:40de transformer ce moment
35:43qui devrait être un moment judiciaire
35:45d'apprentissage
35:46de ce qu'on ne nous avait pas raconté
35:48en une sorte de happening.
35:52Mais le véritable coup de théâtre
35:54qui va électriser les médias
35:55et changer le cours du procès
35:57va intervenir à l'issue
35:58de la troisième journée d'audience.
36:01Alors qu'il est interrogé
36:02sur son passé bolivien,
36:04Klaus Barbie
36:05et son avocat Jacques Vergès
36:06décident d'abattre
36:07une carte totalement inattendue.
36:22Moi, j'ai l'impression
36:23de revoir cette image
36:26de Vergès qui se lève,
36:27qui se tourne,
36:28il est en face de moi
36:29et qui tend un papier
36:32à Barbie et Barbie
36:33qui demande la parole.
36:35Monsieur le Président,
36:37l'accusé demande
36:39s'il peut faire
36:40une déclaration
36:42à vous-même,
36:43au procureur,
36:45ainsi qu'à mesdames et messieurs
36:47les jurés.
36:48Bien, alors allez-y,
36:49soyez bref.
36:50Je voudrais dire
36:53à messieurs les juges
36:56du tribunal de Lyon
36:59que je suis détenu ici
37:03de façon illégale.
37:06Je n'ai donc plus l'intention
37:08de paraître devant ce tribunal.
37:13Je vous demanderai
37:15de bien vouloir
37:18me faire reconduire
37:19à la prison Saint-Joseph.
37:22Bien, non, je vous en prie.
37:24Je vous en prie.
37:26Ça jette un froid.
37:29Ça jette un froid.
37:30On s'attendait à tous
37:31au fait ça.
37:32Ça m'inspire de la colère,
37:35intérieurement,
37:35de la colère.
37:36Surtout pour les victimes.
37:38Ils ne seront pas confrontés.
37:39Il ne va pas entendre
37:40ce qu'il aura fait.
37:42Tous ces gens
37:42qui sont dans la salle
37:43qui ne rêvent que
37:44d'en découdre avec lui,
37:46qui veulent absolument
37:48être confrontés à lui.
37:49Et lui,
37:50il prend la poudre
37:52d'escampette.
37:54Quelqu'un avait demandé
37:55la parole ?
37:56Oui, M. le Président Alain Lévy.
37:57Je m'étonne que
37:59dans le cadre
38:00de cet interrogatoire
38:01d'identité,
38:03la Cour puisse laisser lire
38:05un texte
38:06à Klaus Barbie
38:07dont il n'est manifestable
38:08pas d'ailleurs l'auteur
38:09puisque c'est son conseil
38:10qui lui a remis.
38:11Klaus Barbie
38:13se moque
38:14de la justice
38:15aujourd'hui
38:17en se défilant
38:18comme il l'a fait
38:20pendant des années
38:22et en s'étonnant
38:23que son jugement
38:25n'intervienne
38:26que 45 ans après.
38:29M. Vergès,
38:30je crois que vous avez
38:30demandé la parole.
38:31c'est l'indignation
38:33des gens
38:34qui sont dans
38:34leur bon droit
38:35et que tout le monde
38:37approuve.
38:38Indignation
38:39d'autant plus facile
38:40à s'exprimer
38:41qu'elle s'exprime
38:42contre un homme seul.
38:44Eh bien,
38:45moi,
38:46je m'honore
38:47de défendre
38:48cet homme seul.
38:51C'est la vraie place
38:52de la défense
38:53ici.
38:53Et je dirais
38:54à un confrère
38:55qui innore
38:57en se faisant
38:58délateur
38:59c'est nouveau.
39:00Ce procès
39:01innove
39:02dans tous les domaines.
39:03Il vous a dit
39:03que j'avais transmis
39:04un mot à mon client.
39:06Il vous l'a dit.
39:08Vous pouvez en prendre acte.
39:10Je prends
39:10cette responsabilité.
39:12Je ne suis pas
39:13de ceux
39:13qui hurlent
39:14avec les loups.
39:15Je suis aussi
39:16de ceux
39:16qui pensent
39:17que leur robe
39:17est là
39:18pour protéger
39:19un homme seul,
39:20un ennemi vaincu
39:21du lynchage.
39:24M. Jacquot.
39:25M. Vergès,
39:27vous vous vantez
39:28d'assurer seul
39:29la défense
39:30d'un homme seul.
39:31J'ai la faiblesse
39:32de m'honorer,
39:34de représenter
39:35à cette barre
39:356 millions
39:36de fantômes
39:38qui n'ont pas
39:39la chance
39:39d'avoir la possibilité
39:41d'être présents
39:42à cette barre.
39:44M. le procureur général,
39:46peut-être
39:46vous voulez
39:46vous intervenir ?
39:50Il y a plusieurs
39:51façons d'interroger.
39:53Il y en a une
39:53qui avait cours
39:54dans cette ville
39:55il y a plus de 40 ans
39:57et celui
39:58qui était soumis
39:59à l'interrogatoire
40:00n'avait aucune possibilité
40:01de s'y soustraire.
40:03Il ne pouvait pas
40:04dire tranquillement
40:06à partir de maintenant
40:07je rentre
40:08dans ma cellule
40:09et puis j'y resterai
40:11tranquillement
40:12faites tout ce que vous voulez
40:13ça ne m'intéresse pas.
40:14L'intervention
40:15du procureur général
40:16Truch
40:16à ce moment-là
40:18a donné
40:19la dimension
40:20du procès.
40:21A scellé
40:22la volonté
40:24de notre institution
40:25judiciaire
40:26d'appliquer
40:27une justice
40:29qui soit
40:30exemplaire
40:31au niveau
40:32de ce qu'elle doit être.
40:33Il s'est adressé
40:34directement à Barbie
40:34qu'il a pensé
40:36qu'il fallait avoir
40:38aussi
40:38l'adhésion
40:40des victimes
40:40et que les victimes
40:41le comprennent
40:42comprennent cette logique
40:43de cette décision.
40:44Pour l'honneur
40:44de la justice française
40:47on a donné à Barbie
40:49la possibilité
40:49de s'expliquer
40:51on lui a donné
40:52la possibilité
40:53de contester
40:53tout ce qui serait dit
40:55on lui a donné
40:56la possibilité
40:57d'interroger
40:57des témoins
40:58on lui donne
40:59la possibilité
41:00de s'exprimer
41:00longuement
41:01complètement
41:02comme toujours
41:03c'est Herr Nein
41:05monsieur non
41:06non à tout
41:07il n'accepte pas
41:09de voir en face
41:09ce qu'il a fait
41:10mais il en a
41:12il en a le droit
41:13il a aussi
41:14le droit
41:14de se défiler
41:16il a aussi
41:16le droit
41:17de n'être pas là
41:18la procédure
41:19est prévue
41:20tout lui sera notifié
41:21il s'interdit
41:22par là même
41:23de poser des questions
41:24à ceux qui viendront
41:26déposer
41:27calmement
41:28humblement
41:28sur ce qui fut
41:29leur martyr
41:31finalement
41:31c'est lui
41:32qui une fois de plus
41:33se dérobe
41:34c'est lui
41:35qui est un
41:36nazi
41:37triomphant
41:38quand il a quelqu'un
41:39à sa disposition
41:40en face de lui
41:41quelqu'un
41:41qui ne peut pas
41:42se défendre
41:43aujourd'hui
41:44il est un barbie
41:45et un nazi
41:46honteux
41:46qui n'ose même pas
41:48actuellement
41:49se pencher
41:51sur son passé
41:51et dire
41:52ce qui s'est passé
41:53non je vous en prie
41:55je vous en prie
41:56si vous intervenez
41:58si vous intervenez
42:00je vous fais expulser
42:01de la salle
42:04monsieur barbie
42:04vous comptez revenir
42:07nix
42:08ça va ?
42:0972 heures à peine
42:10après y être entré
42:11klaus barbie
42:12klaus barbie
42:12quitte donc
42:13le tribunal
42:14l'effet recherché
42:16est considérable
42:17les victimes
42:18sont dépités
42:19les avocats
42:20sont en colère
42:21et la presse
42:22s'interroge
42:25beaucoup
42:25pensaient
42:26que le procès
42:27allait être terminé
42:29certains journalistes
42:30d'amérique du sud
42:31notamment
42:31ont dit
42:31mais le procès
42:32barbie
42:32c'est fini
42:33j'entends des journalistes
42:34notamment des journalistes
42:36étrangers
42:36dire
42:37barbie s'en va
42:38ce procès
42:38n'a plus aucun intérêt
42:39on va plus entendre
42:40klaus barbie
42:41la bête a quitté
42:42la reine
42:42et il y a même
42:43des journalistes
42:44qui ont repris l'avion
42:44et moi je savais
42:45que parce qu'il partait
42:46ce procès
42:47aurait de l'intérêt
42:50cette stratégie
42:51de la chaise vide
42:52porte la marque
42:53d'un homme
42:53habitué à générer
42:54les effets de souffle
42:55et de souffre
42:57son avocat
42:58maître
42:58Jacques Verges
42:59ce profet
43:00n'a jamais eu de sens
43:01dès le départ
43:01il était scandaleux
43:02dérisoire
43:03éminent
43:05barbie
43:05n'a pas été
43:07expulsé vers la France
43:09il a été
43:10acheté
43:10et que du coup
43:12la prétendue expulsion
43:13n'est pas une expulsion
43:14mais un rap
43:18klaus barbie
43:19c'est le mal absolu
43:20c'est le diable
43:22et Jacques Verges
43:23apparaît à l'époque
43:24comme le point extrême
43:27de ce métier
43:28d'avocat
43:29maître
43:29pour vous qui étiez
43:30dans la résistance
43:31est-ce que ça ne vous
43:31pose pas un problème
43:32moral de défendre
43:33quelqu'un qui a pu
43:33tuer certains de vos amis
43:35du fait même
43:35que j'ai été résistant
43:37je me dis
43:38si je me suis battu
43:39à cette époque
43:40contre l'idéologie
43:41que défendait Barbie
43:42là-dessus
43:43il n'y a pas de doute
43:44j'ai le droit
43:45aujourd'hui d'intervenir
43:47je me battais
43:48c'était la guerre
43:49j'aurais pu le tuer
43:50il aurait pu me tuer
43:52mais je n'ai pas fait
43:53la guerre
43:53pour 40 ans après
43:55assister à un spectacle
43:56aussi répugnant
43:57enfin vous n'allez quand même
43:58pas demander
43:59l'acquittement de Barbie
44:00il n'est pas innocent
44:01il est innocent
44:02de ce qu'on lui reproche
44:03dans ce procès
44:08est-ce que c'est Barbie
44:10qui a choisi Vergès
44:11ou est-ce que c'est Vergès
44:12qui a choisi Barbie
44:12vous pensez bien que
44:15Barbie ne connaissait pas
44:15Vergès
44:18on dit
44:19et je pense que
44:20désormais c'est vrai
44:21qu'en réalité
44:22il y a un intermédiaire
44:24cet intermédiaire
44:25c'est un homme
44:25des milieux
44:26d'extrême droite
44:27néo-nazi
44:28un banquier suisse
44:30qui aurait
44:31recommandé
44:32Jacques Vergès
44:33mais qui va financer
44:34cette défense
44:37parce qu'il faut
44:38quelques moyens
44:39tout cela grenouille
44:40autour de Genoux
44:41qui est François Genoux
44:42qui est un banquier
44:44à Genève
44:45qui a les droits
44:46de Mein Kampf
44:47de Goebbels
44:48un groupe
44:49disons de gens
44:50qui veulent défendre Barbie
44:52et qui choisissent
44:55Vergès
44:56parce qu'il leur paraît
44:59apte
45:00à défendre Barbie
45:03Est-ce que
45:04vous pouvez ou non
45:05nous confirmer
45:06que vous vous intéressez
45:07à la défense
45:08de Klaus Barbie
45:08vision française ?
45:09Absolument rien à dire
45:10à ce sujet
45:11Vous pouvez même pas confirmer
45:12que vous apportez de l'argent
45:13ou non
45:14à cette défense ?
45:16Vous êtes en relation
45:17avec Maître Vergès
45:18l'avocat de Barbie ?
45:19C'est un vieil ami
45:20Voilà c'est tout
45:21Merci
45:22Bien pris
45:26Vous savez j'ai
45:27une opinion particulière
45:29en ce qui concerne
45:30Vergès
45:30je pense qu'il s'est
45:32toujours intéressé
45:33d'abord à sa personne
45:34avant de s'occuper
45:35de ses clients
45:37il n'y a pas plus narcissique
45:39dans ces circonstances là
45:40il était seul
45:41contre les 39 parties civiles
45:43et puis il était très content
45:44d'être David
45:45contre Goliath
45:46il y avait 39 confrères
45:48face à lui
45:49de grandes célébrités parisiennes
45:50il était très content
45:51d'être la seule
45:55Vous voulez frapper
45:56allez-y
45:56les flèches
45:58moi j'ai le cuir dur
45:59j'ai une armure
46:00balancée
46:01laissez mon client tranquille
46:02ça c'est noble
46:03ça c'est limite aussi
46:04parce que
46:05on va voir que
46:06le procès va
46:08rentrer dans un
46:10à un moment
46:12cette tournure
46:13ce tournant
46:14pardon
46:14du procès
46:15il est
46:17à couper le souffle
46:18ce qui va se passer
46:19qui ne se serait pas produit
46:21si Barbie avait été présent
46:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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