00:00Notre invité ce matin, c'est Sébastien Martin. Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes ministre délégué chargé de
00:05l'Industrie.
00:06On a bien compris le message de Sébastien Lecornu hier. Le Premier ministre a martelé que la crise allait durer,
00:11qu'il n'y avait pas d'argent magique.
00:12Il a aussi expliqué que l'économie française, finalement, elle résiste assez bien. Il s'est insurgé contre les prophètes
00:19de malheur sur les pas de plateau.
00:21Mais quand on regarde certains indicateurs économiques, c'est le cas du PMI Flash qui a été publié hier,
00:26où on voit que l'activité enregistre son plus fort recul depuis 5 ans et demi, ça, ça fait quand
00:31même un peu peur.
00:32Que voulez-vous que je vous dise ? Vous l'avez dit, vous avez tous les jours sur certains plateaux
00:36certains qui vous prédisent le pire.
00:38Bon, au bout d'un moment, comme chaque année ils vous prédisent le pire, peut-être qu'un jour ça
00:42finira par arriver.
00:43C'est un peu les cavaliers de l'apocalypse. Donc ça pèse sur le moral des chefs d'entreprise, forcément.
00:48Quand vous avez le climat que vous connaissez en ce moment, est-ce que vous avez envie d'investir ?
00:53Sans doute un peu moins. Est-ce que vous avez envie de vous projeter ? Sans doute un peu moins.
00:58Est-ce que vous vous dites que demain ça ira mieux ? Sans doute également un peu moins.
01:03Mais moi ce qui m'intéresse, c'est le réel.
01:05Ça se traduit dans la demande pour les entreprises.
01:07Dans le réel, aujourd'hui, on a quand même des secteurs économiques qui tiennent.
01:11Moi, je vais tous les jours sur le terrain.
01:14J'étais dans l'un en début de semaine chez Renault Trucks,
01:17qui continuait à investir sur l'électrification de ses camions.
01:20Le Premier ministre a beaucoup parlé de l'électrification.
01:23On était avec Safran, qui a posé la première pierre de son usine.
01:27Il y a bien évidemment un moment qui est compliqué, qui est difficile,
01:30qui pèse sur le moral.
01:32Et le rôle du gouvernement, c'est, comme l'a fait le Premier ministre,
01:35de dire les choses telles qu'elles sont
01:37et d'essayer d'y apporter des réponses les plus précises possibles
01:39pour peut-être rassurer, mais en tout cas donner ce qu'est la réalité de la situation
01:45et voir comment on y réagit.
01:46Un sujet majeur, notamment pour l'industrie, qui est votre sujet à vous,
01:51ce sont un certain nombre de hausses de prix de matières premières,
01:55notamment dans la chimie, là où on voit des dérivés pétroliers
01:58qui ont énormément augmenté.
02:00C'est quoi le niveau d'aide ?
02:01Qu'est-ce que vous allez proposer exactement ?
02:03Je vais réunir la filière de la chimie la semaine prochaine,
02:06parce qu'on a un sujet depuis maintenant un certain nombre de mois
02:10qui s'appelle la compensation carbone,
02:12c'est-à-dire la possibilité d'accompagner sur l'énergie un certain nombre de secteurs,
02:16dont la chimie.
02:19Donc on va travailler sur ce sujet-là,
02:22parce que vous l'avez dit, en réalité aujourd'hui c'est une hausse des prix,
02:26c'est une hausse des coûts des intrants.
02:28La question est de voir si elle se répercute à l'aval ou pas, parfois oui.
02:32Donc si elle se répercute à l'aval, parfois oui,
02:34ça veut dire qu'il n'y a pas forcément besoin d'un soutien particulier.
02:37Mais il y a des fois, c'est absolument pas possible.
02:38Donc c'est là-dessus qu'on va travailler.
02:40C'est un besoin, parce qu'en plus ce sont des mesures qui existent dans d'autres pays,
02:43qui ne sont pas propres à cette crise,
02:45et qui jouent sur la compétitivité de notre industrie chimique.
02:48Mais ça veut dire quoi, vous allez jouer sur la compensation carbone ? Expliquez-nous.
02:50La compensation carbone, c'est un mécanisme qui est ouvert par l'Union Européenne,
02:54parce que vous le savez, nous avons fait en Europe le choix de décarboner au maximum nos industries,
03:00de décarboner au maximum nos économies.
03:03Et il y a certaines industries, la chimie en fait partie,
03:06utilisent toujours du carbone,
03:07parce que de toute façon, quand vous faites de la chimie, vous avez besoin de gaz,
03:10vous avez besoin d'utiliser du CO2.
03:12Et donc on peut peut-être aider ces secteurs-là,
03:15notamment en agissant avec eux sur leur consommation énergétique et le prix de leur énergie.
03:19Et c'est ce sur quoi on va travailler.
03:20Le Roland Lescure l'a indiqué hier,
03:22il m'a donné mandat pour le faire,
03:24et donc nous allons le faire.
03:25Donc pour l'instant on réfléchit ?
03:26C'est pas qu'on réfléchit, non.
03:27C'est un peu plus que réfléchir,
03:29mais le sujet doit être évoqué avec les filières la semaine prochaine.
03:33On va avancer,
03:34et j'espère pouvoir obtenir un arbitrage favorable dans les tout prochains jours.
03:38Sur la question des engrais,
03:39là on est assez dépendant de l'extérieur,
03:42c'était le cas de la Russie,
03:43et puis des pays du Golfe.
03:45On a besoin de structurer quasiment une filière en France.
03:48Parfois il y a des acteurs qui veulent se développer,
03:50ils ont des difficultés sur le plan réglementaire,
03:52et on n'arrive pas à faire des choses.
03:54Et puis il y a la méthanisation aussi,
03:55sur laquelle on peut accélérer.
03:57Là, est-ce qu'il y a une volonté de faire quelque chose ?
03:59D'abord, un, vous l'avez vu,
04:00Annie Gennevar s'est battue au niveau européen,
04:02donc il y a un plan européen sur les engrais,
04:04avec des soutiens financiers qui arrivent sur les engrais.
04:06Moi, mon sujet de ministre de l'Industrie,
04:07c'est celui de continuer à produire des engrais
04:09sur le territoire national.
04:11Il y a plusieurs projets qui existent au niveau national,
04:15qui consistent à pouvoir produire des engrais,
04:17et le faire aussi de manière décarbonée,
04:19là encore, pour moins dépendre des importations
04:21qui arrivent de pays extérieurs.
04:25Le seul problème, c'est qu'effectivement,
04:27produire des engrais décarbonés,
04:29ça coûte un peu plus cher
04:30que de produire des engrais décarbonés
04:32qu'on fait venir de l'autre bout du monde.
04:35Donc on va travailler pour voir,
04:36notamment avec France 2030,
04:38comment on peut soutenir ces projets
04:39de décarbonation de nos engrais,
04:41qui là encore nous inscriront
04:42dans une filière beaucoup plus pérenne.
04:44Sur les questions de développement industriel,
04:45il y a deux sujets dont je voudrais qu'on parle.
04:47C'est l'IA d'un côté,
04:48avec les annonces d'Emmanuel Macron,
04:49mais je voudrais d'abord qu'on parle de carbone.
04:51Ce dossier qu'on suit nous sur BFM Business,
04:53avec des espoirs de créer une filière
04:55dans le photovoltaïque,
04:56dans le sud de la France,
04:57à fausse-sur-mer,
04:58l'entreprise s'est terminée,
05:00liquidation,
05:01ils mettent en avant le fait
05:02de n'avoir eu aucun soutien
05:03sur le plan européen.
05:06Ils parlent de l'Europe.
05:07Non, je ne vous parle pas de soutien financier,
05:08ils ont été largement financés d'ailleurs.
05:11Qu'est-ce que vous dites de ce dossier-là ?
05:13D'abord, il y a un autre projet
05:14qui lui continue,
05:15dans le Grand Est,
05:16qui est le projet Holosolis,
05:17qui continue.
05:19Sur les panneaux photovoltaïques,
05:21on voit bien qu'effectivement,
05:22il y a un sujet,
05:22c'est que finalement,
05:24on repart un peu de zéro
05:25dans notre pays
05:26sur la production de panneaux photovoltaïques.
05:27Et en face de nous,
05:28il y a un leader mondial
05:29qui s'appelle la Chine
05:31et qui avait pris une avance considérable.
05:33Et face à ça,
05:34on pense que quand il y a des projets
05:35comme ça en croissance,
05:36il faut essayer un peu les protéger.
05:38Et donc,
05:39ce qu'a voulu dire l'entreprise,
05:40c'est sans doute qu'au niveau européen,
05:42on n'a pas suffisamment mis en place
05:44de mesures de protection
05:45pour que des projets comme ceux-là
05:47puissent prendre leur envol.
05:48Après,
05:49on fera l'analyse globale
05:51des raisons qui ont amené à l'échec
05:52de ce dossier,
05:53mais ça peut en être une.
05:55C'est sans doute un échec,
05:58il faut le reconnaître,
05:59puisque le projet ne va pas au bout.
06:03Mais il y a d'autres projets
06:04qui, eux, se poursuivent,
06:05notamment l'utilisation de l'hydrogène
06:06pour l'industrie,
06:07qui vont permettre
06:08de décarboner notre industrie.
06:09Emmanuel Macron va annoncer
06:10cet après-midi
06:111,5 milliard d'euros
06:13de financement
06:14pour les semi-conducteurs
06:15et pour l'intelligence artificielle.
06:18On a, de l'autre côté,
06:19SpaceX,
06:20Anthropik,
06:21OpenAI,
06:22qui vont faire des levées
06:23de fonds en bourse
06:24qui sont spectaculaires.
06:26Il se passe des choses en Europe,
06:27mais on voit bien
06:27les écarts d'échelle.
06:29Est-ce qu'on va réussir
06:30vraiment à rester dans la course ?
06:31Vous l'avez dit,
06:32il se passe des choses en Europe,
06:33d'abord parce qu'on a des gens
06:34de qualité qui sont capables
06:35de développer ça.
06:36On est plutôt,
06:37d'ailleurs,
06:37rien qu'à l'échelle française,
06:39on est plutôt en avance
06:40sur les questions
06:40d'ordinateurs quantiques,
06:42qui sera un sujet aussi
06:43de cette rencontre
06:44et des annonces
06:45du président de la République.
06:46On a des champions
06:47comme Mistralahi
06:48sur l'intelligence artificielle.
06:50Donc,
06:51nous ne sommes pas,
06:53comment dirais-je,
06:54absents de tous ces sujets-là.
06:56Moi,
06:56j'entends trop souvent
06:57tous ceux qui vous disent
06:58mais finalement,
06:59la France n'est pas dans la course.
07:01La France est présente
07:02sur ces sujets-là.
07:03Maintenant,
07:03il faut passer à l'échelle européenne
07:05parce qu'en face de nous,
07:06ce sont des continents.
07:07Les États-Unis,
07:08la Chine,
07:08ce sont des continents.
07:09L'Europe,
07:09c'est un continent
07:10qui est capable de financer
07:11de manière beaucoup plus massive
07:13ces projets-là
07:14et il faut qu'elle le fasse.
07:16Il va y avoir des annonces
07:17qui vont être faites
07:18par la Commission européenne
07:19sur le fonds de modernisation,
07:21par exemple.
07:22Je pense que c'est un des sujets.
07:24Merci beaucoup,
07:24Sébastien Martin,
07:25d'être venu ce matin
07:25dans la médecine de l'économie.
Commentaires