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Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce lundi 30 mars. Il parle de la guerre au Moyen-Orient et des difficultés pour l'industrie sur des matières premières entrantes, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Notre invité ce matin, c'est Sébastien Martin. Bonjour, vous êtes ministre délégué chargé de l'industrie.
00:05Vous allez carrément habiter là pendant 4 jours. Vous êtes là quasiment pendant l'ensemble du salon à Villepinte.
00:10Évidemment, il y a les sujets d'intelligence artificielle, la décarbonation, les investissements.
00:15Mais ici, on va parler du Moyen-Orient, on va parler de la guerre, évidemment.
00:18Je le disais, il y a le cours du Brent. Ça, c'est pas nouveau, ça aussi déjà depuis un
00:21mois.
00:22Mais désormais, on a des difficultés pour l'industrie sur des matières premières entrantes.
00:27On parlait des engrais, évidemment. Mais maintenant, désormais, il y a le polypropylène, sur lequel il y a des tensions
00:32sur les prix.
00:33Il y a le nafta, il y a l'hélium, il y a le soufre. Je ne vais pas vous
00:36faire toute la liste.
00:37Mais en gros, l'ensemble des secteurs industriels vont être touchés.
00:40Est-ce qu'il faut encaisser le choc ? Ou est-ce que vous vous préparez à des aides potentielles
00:46pour l'ensemble des secteurs industriels ?
00:48Non, vous l'avez dit, vous avez dit, vont être impactés.
00:51En fait, ça dépendra beaucoup de combien de temps va encore durer ce conflit.
00:55Ce dont, aujourd'hui, je vous avoue, je pense même que le président Trump ne sait pas trop où il
01:01va dans cette affaire.
01:03Donc, on suit ça au quotidien avec les différentes filières depuis Bercy.
01:07Moi, j'ai réuni l'ensemble des filières récemment, mon cabinet.
01:12Les équipes se voient absolument tous les jours.
01:14Les approvisionnements avaient été faits.
01:16Mais par contre, il est certain que pour les commandes futures, si tout ça doit durer, par exemple, jusqu'à
01:22l'été, même si certains secteurs commencent à avoir quelques difficultés,
01:25eh bien, ça devrait poser de graves problèmes si les choses durent encore des mois.
01:29Mais on sait désormais que ça dure ou que ça ne dure pas.
01:33Sur l'aluminium, il y a eu des attaques iraniennes ce week-end sur des sites majeurs.
01:37Le Moyen-Orient a fourni 9% de l'aluminium mondial.
01:40Décide qu'il faudra un an, peut-être, pour remettre à flot.
01:45Ce que vous dites là, c'est qu'il faut continuer à essayer de sortir un peu d'un certain
01:49nombre de dépendances.
01:50On le voit bien, crise après crise, même si les choses s'améliorent, même si les sources d'approvisionnement se
01:56diversifient,
01:56parce que vous avez parlé de 9%.
01:58Je me souviens, au moment de la crise énergétique en 2022,
02:03on avait des niveaux de dépendance, notamment vis-à-vis de la Russie, dont on est sortis aujourd'hui.
02:07Ça veut bien dire...
02:08On sait le faire, on peut le faire.
02:10On doit continuer à le faire.
02:11Moi, j'insiste là-dessus, parce que, parfois, on se dit,
02:15allez, il y a une crise, et puis après, business as usual, on peut reprendre les choses comme si de
02:19rien n'était.
02:19Et puis, pas de chance, 2 ans après, 3 ans après, on l'a vu sur les semi-conducteurs.
02:23Sur les semi-conducteurs, on a eu une crise énorme au lendemain du Covid vis-à-vis de la Chine.
02:27Et moi, je venais d'arriver au ministère, en octobre dernier,
02:30qu'on avait à nouveau une crise sur les semi-conducteurs,
02:32avec un fournisseur qui était un fournisseur, certes installé aux Pays-Bas,
02:36mais en fait, les usines étaient en Asie.
02:38Et à ce moment-là, j'ai eu toute la filière automobile qui est revenue me voir en disant,
02:42qu'est-ce qu'on fait ?
02:42Qu'est-ce qu'on fait ?
02:43On y travaille, d'ailleurs, puisqu'on a mis en place un groupe de travail, par exemple, avec les Pays
02:47-Bas, justement,
02:48pour essayer d'avoir des sources un peu plus diversifiées d'approvisionnement,
02:51parce qu'on doit sortir de ces dépendances,
02:53et surtout, faire le choix de l'Europe et de la préférence européenne.
02:56Mais on va reparler de la préférence européenne,
02:58mais en fait, on apprend que pendant les crises,
03:00parce que regardez, quand le baril de Bren était à 50 dollars,
03:03on ne parlait pas de recycler, de plastique recyclé,
03:06et ça allait à tout le monde d'aller chercher du primaire.
03:09Donc là, il y a un problème chez les industriels,
03:11c'est-à-dire qu'il faut qu'ils apprennent à travailler,
03:13ils se plaignent d'être en permacrise,
03:15mais finalement, il y a un problème d'anticipation.
03:17Vous savez aussi, quand on est dans une concurrence internationale,
03:19la question des prix, ça compte.
03:21Donc je ne peux pas en vouloir aux industriels,
03:24à un moment, d'essayer de chercher la meilleure compétitivité
03:27prise sur un certain nombre de choses.
03:29Mais ce que l'on fait, c'est qu'on travaille avec eux,
03:32filière par filière, produit par produit,
03:34justement pour essayer de sortir de ces questions.
03:37On parlait de la question des engrais, par exemple, tout à l'heure,
03:40des engrais décarbonés.
03:41Avec France 2030, on accompagne les projets d'engrais décarbonés.
03:46On accompagne tous les projets de décarbonation.
03:49C'est aussi comme ça qu'on arrivera un peu à sortir de ces dépendances.
03:52Mais on y arrive à mettre en place, par exemple,
03:54vous parliez des engrais, très bon exemple,
03:56il y a des acteurs français qui ont envie de mettre en place des usines.
03:59C'est difficile.
04:00C'est difficile.
04:01Oui, c'est difficile.
04:01Pour des questions d'autorisation aussi,
04:04pour des questions administratives.
04:05Alors, ce ne sont même pas des questions de financement dans certains projets.
04:08C'est juste mettre en place une usine d'engrais.
04:10C'est très compliqué.
04:11Mettre en place une usine d'engrais, ça peut être compliqué.
04:14Mais vous savez, surtout, ce que j'ai vu ces derniers temps,
04:18c'est que vous avez la bonne volonté de mettre en place des engrais décarbonés.
04:23Et puis, quand dans le même temps,
04:24vous avez des engrais importés qui coûtent deux fois moins cher,
04:28eh bien, malheureusement, l'industriel qui engage son projet,
04:30il a beaucoup de mal à se battre contre cette concurrence.
04:33Et on l'a vu dans la crise agricole,
04:37les marges sont parfois tellement ténues ou tellement tendues
04:40que oui, on va chercher au meilleur prix
04:41et que le rôle du gouvernement, c'est d'essayer de continuer à encourager ces filières.
04:45Donc, on a l'Europe qui prend quand même conscience du sujet de souveraineté,
04:49de l'importance de simplifier, de faire baisser les coûts,
04:52de mettre en place du contenu local.
04:53On l'a vu, par exemple, dans les véhicules électriques.
04:5670 %, est-ce que c'est trop faible ?
04:58On a entendu beaucoup de critiques en disant
05:00qu'on fait un demi-pas vers les questions de souveraineté,
05:03on ne va pas assez loin.
05:04C'est quoi le coup d'après ?
05:04Nous, on a toujours défendu, oui, 75 %.
05:07Bon, on ne va pas, ici, sur ce plateau, débattre sur la question des chiffres.
05:11Mais en tout cas, ce qu'on veut, c'est avoir un texte.
05:14Et d'ailleurs, Stéphane Séjourné sera là ce matin.
05:16Je sais qu'il s'est beaucoup battu au niveau de la Commission européenne
05:18et pour que le principe de la préférence européenne
05:21soit enfin inscrit dans les textes
05:23et qu'on parle aussi du fameux contenu local.
05:26Le contenu local, c'est se dire que
05:28pour pouvoir bénéficier d'un soutien,
05:30il faut qu'il y ait un minimum de production
05:32qui soit faite en Europe.
05:34Et ces deux questions-là sont dans le texte.
05:36Maintenant, il faut qu'on se batte au niveau d'un certain nombre de détails
05:39parce que, par exemple, sur le « made in Europe »,
05:43aujourd'hui, il y a une conception un peu large du « made in Europe » dans le texte.
05:46Avec l'Australie, par exemple.
05:47Avec l'Australie ou la Corée du Sud.
05:50Bon, je sais que ces gens sont des partenaires commerciaux importants.
05:54Mais moi, je voudrais aussi qu'on arrive à construire quelque chose
05:57qui soit compréhensible par nos concitoyens
05:59et qu'en fait, quand il y a de l'argent européen,
06:01qu'il aille en priorité à l'industrie européenne
06:04et pas forcément à des partenaires commerciaux à l'autre bout du monde.
06:07Mais c'est qui notre meilleur allié européen aujourd'hui ?
06:09Quand vous parlez à votre homologue allemand,
06:11vous parlez la même langue.
06:12Ils n'ont absolument pas les mêmes sujets industriels,
06:16la même formation.
06:17En tout cas, l'Allemagne a les mêmes préoccupations industrielles.
06:22Mais elle est plus dépendante au gaz,
06:24elle a moins de nucléaires,
06:25on n'est même pas sur le même sujet.
06:26Mais par contre, en ce moment,
06:26son industrie est en train de souffrir d'une manière considérable.
06:29Moi, j'entends aujourd'hui celles et ceux qui m'expliquent
06:32que la réindustrialisation s'est terminée en France
06:35parce que l'an dernier, nous avons perdu 15 000 emplois industriels.
06:39En Allemagne, ils ont perdu 250 000 emplois industriels
06:42ces dernières années.
06:43Nous avons recréé des usines,
06:44nous avons recréé l'emploi industriel en France,
06:46plus 180 000 emplois.
06:47Mais leurs rapports avec les Chinois ne sont pas les mêmes,
06:49même si aujourd'hui, ils sont particulièrement en situation de compétition.
06:52Ils sont beaucoup plus tournés que nous, on va dire,
06:54vers l'export et particulièrement vers la Chine.
06:56Ils ont aussi des chaînes de valeur
06:57qui sont beaucoup plus internationalisées que vous.
07:00Je ne sais pas si vous savez que, par exemple,
07:02seulement 30 % des BMW sont faites en Allemagne.
07:0570 % sont faites aux États-Unis, en Asie ou ailleurs.
07:09C'est complètement différent de notre système.
07:11Mais je crois qu'ils voient bien aussi,
07:14particulièrement dans ce qu'on appelle le middle stand,
07:15c'est-à-dire toutes ces grosses ETI familiales.
07:18Qui nous faisaient tant envie.
07:20Mais aujourd'hui, il y a en Allemagne un vrai débat, d'ailleurs,
07:24entre certains très grands groupes très internationalisés
07:26et toutes ces grandes entreprises familiales allemandes
07:29qui sont très attachées à leur territoire,
07:31qui disent qu'il faut, un peu comme le disent les Français,
07:34un peu plus de protection.
07:35Ça ne veut pas dire fermer le marché,
07:36mais ça veut dire que quand on a de la concurrence déloyale,
07:39il faut savoir se protéger.
07:40Il n'est pas normal aujourd'hui qu'au sein de la Commission européenne,
07:43nous ayons le même nombre d'effectifs qu'en Grande-Bretagne
07:47pour s'occuper de la protection commerciale.
07:50Au sein de la Commission européenne,
07:51vous avez le même nombre de fonctionnaires
07:52qu'au sein de la Grande-Bretagne
07:54pour s'occuper de droits de douane
07:55ou de clauses de sauvegarde.
07:57En tout cas, ce qui protège de la concurrence déloyale.
08:00Donc d'ailleurs, moi j'ai écrit à la Commission européenne
08:02en disant maintenant, il faut qu'il y ait plus d'effectifs
08:03sur ces sujets-là.
08:04Il faut qu'il y en ait certes pour bâtir des accords de libre-échange,
08:07mais il faut qu'il y en ait aussi pour s'assurer
08:09que les outils de protection commerciale
08:11qui ne sont pas des outils qu'on vient d'inventer,
08:14les mesures anti-dumping, les mesures anti-subvention,
08:17les clauses de sauvegarde,
08:19ce sont des mesures qui sont dans les traités européens
08:20et dont il faut qu'on se serve plus efficacement, rapidement.
08:23Et comment on discute avec nos amis américains
08:27qui nous font pression pour signer les accords commerciaux ?
08:30Sinon, sur le GNL, ils pourraient nous en donner moins,
08:32ça tombe bien, il y a des tensions mondiales.
08:35Aujourd'hui, vous considérez que ce sont des amis,
08:38des gens avec lesquels on peut discuter de manière ferme ?
08:41Les Américains seront toujours, je pense, nos amis.
08:45Après, je pense qu'ils sont un peu perturbés aussi en ce moment.
08:48Je ne sais plus trop quelle est la ligne.
08:51Ils nous font pression sur le gaz quand même, sur le GNL.
08:53Oui, ils font pression sur le gaz,
08:55mais j'ai l'impression aussi qu'ils nous appellent au secours
08:58pour sécuriser le détroit d'Hormuz.
08:59Donc, on n'est pas complètement nus face aux Américains.
09:02Je crois, au contraire, que la question parfois d'un rapport
09:05et d'une discussion d'égal à égal avec les Etats-Unis
09:08est bien plus utile qu'un sentiment,
09:11comme on a pu le voir avec la présidente de la Commission européenne,
09:14assez léger, comment dirais-je, dans la discussion.
09:18La France industrielle, c'est possible.
09:20Quand on voit les chiffres de désindustrialisation
09:22sur l'ensemble des 50 dernières années,
09:25on n'est pas très optimiste.
09:26Alors, vous allez me dire, oui, on a ouvert plus d'usines l'année dernière.
09:29Bon, on peut discuter du chiffre pendant trois heures,
09:32mais vous y croyez-vous vraiment
09:34qu'on peut être une puissance industrielle
09:36comme on l'a été auparavant,
09:38au vu de nos difficultés de compétitivité ?
09:40Quand vous êtes ici, vous ne prenez pas un bon shoot de réindustrialisation ?
09:44Moi, je suis là aussi, ici,
09:46pour dire à tous ces industriels qui croient en la France
09:48et qui investissent en France,
09:49que ce pays a un avenir, un devenir industriel.
09:53Vous avez parlé des décennies derrière nous.
09:55Vous avez raison, la France s'est désindustrialisée
09:58comme beaucoup d'autres pays, d'ailleurs.
10:00La seule différence, effectivement,
10:02c'est qu'après la crise de 2008
10:03et au début des années 2000, mi-des années 2000,
10:06beaucoup d'autres pays ont arrêté ce mouvement de désindustrialisation
10:09quand la France a continué.
10:10Mais ils vont vous parler de taxes dans les allées.
10:12Ils vont vous parler d'impôts sur les sociétés, de surtaxes,
10:14et ils vont vous dire qu'on fait en sorte
10:16d'être moins compétitifs volontairement.
10:18À part la surtaxe IS qui ne concerne quand même pas
10:21toutes les industries françaises.
10:22Ceux qui la payent, ça leur fait mal.
10:23Bien sûr, je le sais.
10:25Mais à part cela, la fiscalité de cette année
10:27est exactement la même que la fiscalité de l'an dernier
10:30pour nos entreprises.
10:32Je rappelle que le taux d'IS,
10:33à part la surtaxe pour 300 grands groupes,
10:36l'IS a été ramenée à 25 %,
10:39c'est-à-dire dans une moyenne européenne tout à fait normale.
10:43Donc oui, bien sûr, on pourrait faire mieux,
10:44on pourrait faire plus.
10:46Mais il fallait un budget, ce budget a été adopté.
10:48Et puis maintenant, il y aura un grand débat.
10:49Ça sera celui de l'élection présidentielle de 2027.
10:52Et je crois qu'à ce moment-là,
10:54effectivement, il faudra prendre les bonnes mesures.
10:56Merci beaucoup, Sebastien Martin,
10:57d'être venu ce matin sur le plateau de la matinale
10:59de l'économie depuis Villepin,
11:01depuis Global Industrie.
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