00:00Face à Emmanuel Le Chypre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:03Face à la hausse du carburant, des reports de cotisations sociales,
00:07des étalements d'échéances fiscales,
00:10mais aussi des prêts de court terme par la BPI,
00:13voilà ce qu'a annoncé le gouvernement hier pour la pêche, pour l'agriculture,
00:16notamment ou encore le transport, est-ce qu'il faut faire plus Emmanuel Le Chypre ?
00:19C'est difficile de faire moins, en tout cas,
00:22c'est difficile de faire moins puisque ces mesures,
00:25effectivement elles ne profitent pour l'instant qu'à trois secteurs,
00:28la pêche, les routiers, l'agriculture,
00:31et puis surtout, à aucun moment, il n'est question d'allègement de quoi que ce soit.
00:35C'est-à-dire que ce sont des reports, alors effectivement,
00:37report cotisations sociales, report d'échéances fiscales,
00:41bon, les prêts à court terme par BPI, c'est bien sympathique,
00:44mais il faudra aussi les rembourser.
00:47On demande aux banquiers de faire un peu preuve de mensuétude
00:50si jamais il y a quelques PME qui ont des difficultés,
00:53mais on comprend les professionnels de ces secteurs
00:56qui disent qu'ils ne s'y retrouvent pas.
00:58Même chose sur les raffineries, franchement,
01:00quand on regarde un petit peu ce qui serait possible d'augmenter
01:02comme capacité de production,
01:04ne serait-ce que sur le gazole,
01:06c'est quoi ? C'est 0,1% de la consommation annuelle.
01:08Donc c'est vraiment très peu.
01:10Alors après, on comprend la ligne rouge
01:11qui est fixée par le gouvernement.
01:13Les caisses sont vides.
01:14Les caisses sont vides.
01:15Donc, pas de mesure qui baisserait les prix à la pompe
01:19via une baisse des taxes.
01:21Et puis, pas de mesure non plus sur l'encadrement des prix.
01:24Mais aujourd'hui, la pression politique,
01:25Qu'est-ce qu'on pourrait faire du coup ?
01:26Elle est intenable.
01:27Elle est intenable parce que nos voisins l'ont fait
01:30et qu'on se demande ce qu'on peut faire.
01:32Alors, il y a quand même quelques pistes
01:35qui permettraient de soulager la facture carburant
01:38des Français et sans trop creuser les déficits.
01:42Vous n'y tenez plus.
01:43Oui, je voudrais savoir ce que c'est.
01:44Alors, on passe rapidement sur le débat
01:47qu'on a eu hier sur la surtaxation temporaire des profits.
01:51Bon, politiquement, ça peut marcher.
01:52Économiquement, ce n'est pas terrible.
01:54La piste la plus sérieuse, c'est l'allègement,
01:56vous savez, de ce dispositif des certificats
01:59d'économie d'énergie.
02:01Ça rapporte 8 milliards par an à l'État
02:04pour financer la transition énergétique
02:06sur le principe pollueur-payeur.
02:08Donc, c'est les énergéticiens qui payent,
02:10mais qui nous le font payer.
02:11Aujourd'hui, dans un litre de carburant,
02:14il y a 15 centimes à peu près
02:15de certificats d'économie d'énergie.
02:18Et vous savez que l'objectif de cette taxe,
02:20c'est de rapporter sur la durée.
02:22Et donc, une mesure qui serait assez simple,
02:25ce serait de dire, on baisse temporairement
02:28cette contribution.
02:29Mais elle sert à quoi, cette contribution ?
02:31À financer la transition, non ?
02:32Oui, mais ce que je veux dire,
02:33c'est qu'on peut très bien dire,
02:34on la baisse là, maintenant.
02:36On l'augmentera après.
02:37Et puis, en l'ousée, on la remontera plus tard.
02:40Et puis, il y a d'autres mesures,
02:41mais là, ce serait un peu plus compliqué
02:43à mettre en compte, à mettre en place.
02:45C'est effectivement la mesure qu'on avait
02:47déjà évoquée sur la fiscalité élastique
02:49sur les carburants.
02:50En gros, c'est simple.
02:51Les deux taxes, TIPP et TVA,
02:54baissent quand les prix des carburants augmentent.
02:56Et à l'inverse,
02:57quand les prix des carburants baissent,
02:58on les remonte.
02:59Sur la durée, c'est un dispositif
03:01qui aurait coûté moins cher, par exemple,
03:04que ce qui a été fait au moment de la guerre.
03:06Jean-Marc, comme ça, à la fin,
03:08plus personne ne sait combien ça coûte l'essence.
03:10Oui, exactement.
03:10On est arrivé dans une logique
03:11qui est une logique de ce que Jacques Ruyaf
03:13appelait les faux droits.
03:15C'est-à-dire, les prix n'ont plus aucun sens.
03:16Les prix sont manipulés en permanence.
03:18Et on fait en sorte que les gens
03:19ne se rendent pas compte
03:20de la réalité économique qui est derrière.
03:22Quand on est dans une situation difficile,
03:24une entreprise, normalement,
03:25est capable de faire face
03:26au travers des fonds propres
03:27qu'elle a mis de côté.
03:28Les fonds propres, c'est là pour ça,
03:29dans la logique du capitalisme.
03:31Et donc, si une entreprise,
03:32dès qu'il y a un problème,
03:33est obligée de se tourner vers l'État,
03:35et si la réponse, c'est...
03:36Parce qu'il y a quand même une réponse,
03:37même si on peut faire plus,
03:39mais on peut aussi faire moins,
03:40contrairement à ce que dit Emmanuel.
03:41Essayez de ruiner une nouvelle fois
03:43la sécurité sociale en disant
03:44« On va faire en sorte que vous n'ayez pas
03:46à payer tout de suite vos cotisations sociales ».
03:48La sécurité sociale,
03:49elle aura moins de cotisations,
03:50même si, par la suite,
03:51on reviendra en arrière,
03:52mais elle continuera à dépenser,
03:54parce que ces dépenses,
03:55elles ne sont pas liées
03:56à l'évolution du prix du pétrole.
03:57Et donc, avoir comme seule solution
04:00de mentir aux gens
04:01et de ruiner la sécurité sociale,
04:02ça me paraît absurde.
04:03Ça me paraît d'autant plus absurde
04:05que, encore une fois,
04:06sur le prix du pétrole,
04:08il y a un effort de pédagogie à faire,
04:09qui est un effort de pédagogie
04:10autour des enjeux
04:11qui sont des enjeux de moyen terme,
04:13qui sont effectivement le fait
04:14qu'il va falloir réduire
04:16la consommation de pétrole,
04:17non seulement parce qu'effectivement,
04:19il peut y avoir des ruptures
04:20d'approvisionnement,
04:21mais surtout parce que c'est nocif
04:22pour la vie quotidienne.
04:24Quand vous regardez le débat
04:25qui a lieu aux États-Unis,
04:26les gens qui, effectivement,
04:27s'adressent à Donald Trump
04:28en disant qu'il faut faire quelque chose,
04:30se heurte à un certain nombre.
04:31Il y a toute une équipe de gens
04:32qui disent
04:33« Est-ce que vous savez
04:34quelle est la température
04:35qu'il y a eu hier à Kansas City ? »
04:38Alors, bon,
04:38il a fait 40 degrés Celsius
04:40à Kansas City.
04:41Il y a encore trois semaines,
04:43il y avait de la neige,
04:44mais là, on est arrivé
04:44dans une vague de chaleur
04:45que les États-Unis
04:46n'ont pas connue
04:48depuis l'existence
04:49du service météorologique
04:50aux États-Unis.
04:51Et donc, on voit maintenant
04:53physiquement le fait
04:54que l'utilisation systématique
04:55du pétrole
04:56est quelque chose
04:57qui doit être interprété
04:58et lu non pas seulement
04:59dans la conjoncture immédiate
05:01de l'évolution des prix
05:02liés à la guerre
05:03en Moyenne et au Proche-Orient,
05:05mais véritablement
05:05une vraie réflexion
05:06sur la transition énergétique,
05:08la transition écologique,
05:10l'utilisation du pétrole
05:11et la réalisation
05:12d'une politique
05:13qui repose non pas
05:14sur le mensonge,
05:15mais sur la réalité
05:16des coûts et des prix.
05:17Qu'est-ce que vous allez
05:17à vous dire à ça ?
05:17Sauf que ça, Jean-Marc,
05:18un, ça ne peut se faire
05:20que dans les périodes
05:21plutôt calmes,
05:23entre guillemets,
05:23c'est-à-dire qu'on peut garder
05:24ce cap,
05:25mais éviter les écueils
05:27qui justement
05:28pourraient menacer
05:29même d'atteindre
05:30finalement l'objectif.
05:32Encore une fois,
05:32en cas de grave risque
05:33comme ça,
05:34le moment,
05:34ce n'est pas de se dire
05:35est-ce que...
05:36Mais quand ça va bien,
05:37on ne fait rien.
05:38C'est ce que disait Kennedy,
05:40c'est quand il fait beau
05:41qu'on répare sa toiture.
05:42Là, il ne fait pas beau,
05:42donc ce n'est pas le moment
05:43de réparer la toiture,
05:44donc il faut garder ses objectifs.
05:45Et puis, Jean-Marc dit
05:46l'État ne doit pas intervenir.
05:48Mais pardon,
05:49je veux bien entendre
05:49que l'État n'est pas la solution,
05:51sauf quand l'État
05:52est le problème.
05:52Et là, l'État
05:53est quand même le problème
05:54sur les prix des carburants
05:55puisqu'on a quand même
05:56plus de taxes
05:57sur les carburants
05:57que partout ailleurs.
05:59Donc, il y a peut-être aussi
06:00une question à se poser
06:01quand c'est l'État le problème.
06:02C'est peut-être aussi
06:03à lui de trouver la solution.
06:05Non, je dis
06:06explorons les pistes
06:07qu'on a citées tout à l'heure
06:09pour alléger temporairement
06:10la facture
06:11sans dégrader durablement
06:12les finances publiques.
06:13Justement,
06:13le prix du pétrole en 2008
06:15en euros
06:15était à 110 euros.
06:17Oui, on a déjà vécu
06:17ce genre de crise.
06:19Mais ça dépend
06:20combien de temps
06:20ça dure.
06:21C'est toujours le problème.
06:22C'était un pic.
06:23Guerre courte ou guerre longue ?
06:24C'est toujours le sujet.
06:24C'était un pic, pas un plateau.
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