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  • il y a 7 semaines
Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 30 avril. Ils sont revenus sur les résultats de la consommation en mars, sur le débat engendré par les superprofits de TotalEnergies et sur les échanges discrets avec le RN, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Life, notre invité c'est Michel-Edouard Leclerc.
00:01Bonjour, président du comité stratégique des centres Edouard Leclerc.
00:05Je ne sais pas pourquoi je vous présente, parce qu'évidemment on ne vous présente plus.
00:08On a ce matin les résultats de la consommation qui viennent de tomber.
00:10On est à plus 0,8 sur mars, sur un trimestre pour le PIB qui est stable.
00:15On a une croissance à tonnes sur l'ensemble du trimestre.
00:17Comment vous regardez ces chiffres ? Est-ce qu'ils sont parlants ?
00:20Est-ce qu'il faut les regarder en se disant que la consommation tient ?
00:24Oui, alors d'abord on est en mars, c'est des chiffres de mars.
00:27On n'est pas au plein de l'attention avec toutes ces informations tétanisantes pour les industriels,
00:34mais aussi pour les consommateurs.
00:36Mars, la consommation tient son rang.
00:39On n'est pas en crise, on n'est pas en faillite.
00:41C'est important de dire, parce que quand on est branché comme moi, chez vous et ailleurs,
00:47dans sa voiture on n'entend que des mauvaises nouvelles.
00:49La consommation tient son rang, elle est retenue, elle pourrait être beaucoup plus forte que ça.
00:53Il y a un taux d'épargne qui reste très élevé, qui ne se dépense pas, qui ne s'investit
00:58pas, 19%.
00:58C'est le taux le plus élevé, comme en Italie, de toute l'Europe.
01:03Et c'est plutôt maintenant, à partir de maintenant, qu'on rentre dans la perplexité.
01:08Parce qu'autant avant, on avait des problèmes d'inégalité de revenus qui jouaient sur la consommation,
01:15avec le développement des marques de distributeurs, avec une surenchère concurrentielle
01:20entre les principales enseignes, Leclerc, Intermarché, Système U, tout ça.
01:24Donc ça tenait bien.
01:26Mais là, c'est vrai que la clé de lecture de ce qui nous arrive,
01:30c'est qu'on est en train de rentrer dans une sorte de crise.
01:33En tout cas, ça va être plus long.
01:34C'est-à-dire qu'on comprenne bien, vous dites qu'on ne pourra plus jouer sur les prix
01:38et se faire concurrence pour essayer d'être au plus bas.
01:42Et le consommateur n'a pas encore vu ce qui pourrait lui arriver.
01:44Alors, je dirais que sur le plan des carburants,
01:47on est en zone d'incertitude totale passée la fin mai.
01:51Tout le monde le dit.
01:52Avec une peur de pénurie, clairement.
01:55Moi, je ne dirais pas ça.
01:57Mais en tout cas, avec des risques de rupture.
01:59Parce qu'en fait, Leclerc, par exemple, on a des contrats.
02:04Et ces contrats obligent.
02:06Donc, par contre, ça ne dit pas à quel prix.
02:08Et si ça monte, comme le dirait le professeur Chalmin, ça monte.
02:12Donc, là, sur cette partie-là, il peut y avoir une ponction sur le budget des ménages
02:18qui va ralentir la consommation.
02:20Je vous rappelle que pour un consommateur, pour un couple qui prend sa voiture,
02:25un consommateur qui prend sa voiture pour aller au travail en province,
02:29le surpris du gasoil aujourd'hui, c'est équivalent à deux semaines d'achat,
02:34de ces achats dans un hypermarché.
02:36Donc, il faut voir que c'est...
02:38Mais ce qui veut dire que là...
02:40150 euros, c'est deux caddies moyens chez Carrefour et Leclerc.
02:42Donc, pour vous, il y aura des arbitrages de consommation entre le carburant et autre chose.
02:46Donc, à partir de... Je comprends, je ne suis pas clair.
02:48À partir de maintenant, à partir du moment où la guerre n'est pas finie,
02:52on rentre dans cette idée que ça va durer.
02:55Et donc, la rationalité va faire qu'on va arbitrer.
02:59Et comme ça va... On ne peut pas se passer de sa voiture.
03:02Il va y avoir une grosse partie de la consommation qui va être freinée.
03:05Et en tout cas, plus que jamais, on va avoir besoin de prix bas, de prix plus bas.
03:09Les enseignes de distribution qui sont les moins chères vont tirer la consommation.
03:13Deuxième sujet, c'est les transporteurs, le coût des produits.
03:17Donc, les métiers de rouleurs vont nous amener des factures plus élevées.
03:22Nous-mêmes, pour approvisionner nos magasins, nous allons avoir des factures plus élevées.
03:26Et ça, c'est incontestable.
03:27Donc, il y aura une tendance inflationniste qui va nous falloir freiner.
03:31Et puis, il y a tous les fournisseurs qui incluent beaucoup d'énergie.
03:34Alors, bien sûr, l'industrie lourde, l'industrie qui utilise de la pétrochimie,
03:38les emballages, par exemple.
03:39Mais tout le secteur, maintenant même, de l'agroalimentaire, avec les engrais,
03:43avec le coût du transport, va réclamer des hausses de prix.
03:46Donc, à la fin, est-ce qu'on rouvre les négociations commerciales ou pas ?
03:48Donc, je ne suis pas pour rouvrir les négociations commerciales,
03:51ou en tout cas, ne pas le dire maintenant.
03:53Parce que ce serait donner une perspective aux spéculateurs.
03:57Il n'y a pas que les spéculateurs.
03:59Non, mais quand je dis spéculateurs, c'est...
04:01Vous avez les industries du lait ou de la charcuterie, je ne sais pas si c'est des spéculateurs.
04:04Enfin, leurs emballages qu'ils ont aujourd'hui, ils les ont déjà achetés.
04:07Donc, si vous dites qu'ils vont pouvoir répercuter, comme ça,
04:11tous les industriels, le prix de leurs intrants,
04:14à ce moment-là, ils ne vont pas négocier.
04:16Vous voyez ?
04:16Donc, il faut amener de l'aval vers l'amont, une pression, un flux,
04:21pour que les industriels aussi négocient durement les augmentations qu'on va leur proposer.
04:25Donc, trop tôt pour revoir ou rouvrir les négociations commerciales ?
04:28Moi, je suis contre la date unique en France, cette espèce de grand messe
04:32où il faut rendre les copies, comme si on était des élèves serviles,
04:36juste pendant le salon de l'agriculture.
04:38Je suis contre ça.
04:38Vous voyez bien que, d'ailleurs, c'est assez curieux,
04:41les lobbies agroalimentaires demandent aujourd'hui de revoir les négociations,
04:45alors que c'est eux qui sont, aujourd'hui, les attaquants contre la distribution,
04:49qui leur disent, négocions tout le temps et pas une fois, quoi.
04:52Donc, non, non, je ne suis pas pour revoir les négociations.
04:54Non, dans les négociations actuelles, il y a des clauses qui nous permettent de réajuster nos prix.
04:59Avec les transporteurs, on les reçoit déjà, et sur facture, on voit bien la différence.
05:03La matière première agricole, elle n'est pas négociable,
05:06donc elle est protégée par la loi EGalim.
05:08Le reste, tout est négociable.
05:09Et on attend.
05:10Et on attend.
05:11C'est ça, le message.
05:12On a eu hier les résultats de Total Energy,
05:14avec la publication d'un bénéfice record.
05:17Comment vous regardez ça ?
05:18Aujourd'hui, le débat, c'est à nouveau, est-ce qu'il faut taxer les super profits de Total ?
05:22Est-ce que vous êtes plutôt content que le débat s'arc-boute sur le sujet de Total Energy ?
05:27Comment vous regardez le dossier ?
05:28D'abord, vous voyez bien que ça clôture les petites polémiques et les villes polémiques.
05:32Sur vos marges ?
05:33Sur les marges des pompistes, des distributeurs, de garagistes et autres.
05:38On ne joue pas dans la même cour.
05:40Ce n'est pas là que ça se passe, en fait.
05:40Donc, quand bien même un pompiste de petit supermarché en entrée de vallée de sport d'hiver
05:46aurait fait le bénéfice sur sa cuve,
05:49vous voyez, on n'est pas dans cette dimension-là.
05:53On est dans la dimension de méga profit, de super profit.
05:56Il y aura les résultats de BP.
05:58Alors, il ne faut pas oublier que BP a fait les mauvais scores l'année dernière.
06:01Mais vous allez voir, vous allez publier aussi les résultats des banques.
06:04Vous allez voir beaucoup de...
06:06C'est ce qu'on a vu déjà ce matin dans les résultats.
06:08Et donc, il y a du profit qui s'est fait pendant le temps de cette guerre.
06:13Alors, il y a la guerre qui profite et il y a des entreprises qui profitent de cette guerre.
06:20Donc, est-ce qu'il faut taxer les entreprises françaises qui ont fait des profits ?
06:26La question, c'est par exemple Total, pour vous, c'est une entreprise française ?
06:30Non, mais vous êtes sur BFM Business.
06:31On sait tous qu'elle travaille à l'étranger, que ses bénéfices en France sont assez faibles.
06:3565% de capitaux étrangers, d'accord ?
06:38Donc, quelle est la marge de manœuvre que nous avons ?
06:40Je trouve que...
06:40Ce n'est même pas les capitaux, c'est les bénéfices.
06:42Où sont faits les bénéfices ?
06:43Non, mais même, pour savoir qu'est-ce qu'on peut demander, dans quel rapport de force.
06:47Pour le coup, le Premier ministre a plutôt été soft de la manière de procéder.
06:53Il n'a pas été hurlé...
06:55Il laisse la porte ouverte.
06:56...avec les loups.
06:56Il laisse la porte ouverte.
06:57Enfin, il va organiser la pression, ça j'imagine.
07:00Et donc, oui, il faudrait que Total puisse...
07:03S'il veut se faire aimer des Français, si cette marque veut rester en France,
07:06il faut qu'il donne des signes de redistribution.
07:10La réponse, c'est qu'eux, ils le font dans leur station-service, où les prix sont capés.
07:15Oui, les prix sont capés depuis deux mois.
07:19Mais depuis trois ans, Leclerc, Systému, on avait 12 centimes d'écart
07:24avec les stations ordinaires du réseau Total.
07:27Donc là, pour le moment, ils sont capés, ça ne leur coûte pas grand-chose.
07:30La question, c'est quel engagement ils vont prendre jusqu'à la fin de l'année.
07:35Alors moi, c'est difficile pour moi de venir vous le dire.
07:38Total, c'est un fournisseur et c'est mon concurrent.
07:40Ce n'est quand même pas à moi de résoudre ce problème.
07:43D'accord ?
07:43Mais il y a l'idée quand même.
07:44Donc vous êtes plutôt pour une taxe sur les super-profit ?
07:47Non, non, non, je suis pour qu'il fasse des efforts total.
07:51Mais donc auprès de vous, en fait, qu'il vous fasse une réponse, à vous, quand il vous...
07:54Il faudrait qu'il puisse proposer aux distributeurs français de pouvoir vendre des produits Total,
07:59au même prix d'ailleurs que son réseau.
08:01Parce que son réseau, s'il n'y a que lui, s'il n'y a que le réseau Total...
08:04Il y a, c'est ce qu'on a vu.
08:05On aura des...
08:06Ils auront des ruptures, ils ont eu plein de pénuries, parce que ce n'est pas possible de le faire
08:11avec un aussi petit réseau.
08:13Il nous reste quelques secondes juste pour parler d'un mot de la politique française.
08:16On a vu ces discussions de la part du patronat avec le Rassemblement National,
08:20on a vu des déjeuners auprès du MEDEF.
08:24Vous, vous êtes un électron livre, vous n'avez jamais été dans ces discussions, dans ces déjeuners.
08:30C'est quoi votre point de vue ? Vous discutez avec les politiques ?
08:32Moi, je suis libre, indépendant, je revendique.
08:37Ce n'est pas simplement parce que je suis breton, mais c'est la philosophie des centres Leclerc.
08:41Et donc, ce sera intéressant de discuter avec les candidats à la présidence de la République,
08:46ce sera intéressant de discuter avec les partis politiques,
08:48le jour où ils auront un projet collectif pour le pays.
08:51Parce que pour le moment, on n'a pas tiré la conclusion de ce qu'on vient de dire,
08:56qui est complexe, qui est de savoir qu'est-ce qu'on fait.
08:58Or, aujourd'hui, le Premier ministre a dit qu'on accélère les alternatives,
09:02moi, Leclerc, on amène le groupe sur les alternatives.
09:06On lance maintenant la bagarre de la tarification de l'électrification.
09:11D'ailleurs, Leclerc et Lidl se retrouvent leaders des prix les moins chers
09:16pour les temps de charge sur des bornes normales.
09:18On doit être à 0,28 ou 0,29 euros le kilowattheure.
09:22C'est un vrai sujet. On rentre là-dedans, on s'équipe en solaire, on s'équipe en borne.
09:27On lance ChargeElec, qui est une appli pour que les gens puissent charger le moins cher possible
09:35et bénéficier de petit peu Leclerc.
09:37Oui, mais enfin, vous voyez bien, ils n'en parlent pas.
09:43Maintenant, il faut aussi que nous devenions non seulement autonomes,
09:46mais nous avons besoin d'avoir une assurance pour savoir si on va pouvoir revendre le carburant,
09:54l'électricité qu'on aura produit avec nos panneaux solaires ou avec notre géothermie.
09:59Est-ce qu'on va nous imposer un opérateur ? Est-ce qu'on va nous mettre des taxes ?
10:03Donc vous discuterez avec les politiques de tous bords quand ils auront un projet clair ?
10:07Oui.
10:08Ça veut dire quoi ? Septembre, quoi, en gros.
10:10C'est pareil.
10:10Ils ont la main ? Ils ont la main ?
10:12Non, non, mais c'est important.
10:13Le débat parisien sur « avez-vous rencontré ? » machin,
10:17j'ai rencontré tout le monde dans les salles d'attente de BFM, donc ça s'est fait.
10:21Non, mais maintenant, il faut...
10:22Vraiment, ce qui manque, pour les Français, c'est un projet collectif.
10:25Pas un projet de gauche ou un projet de droite.
10:27Ils mangent un projet collectif.
10:28Et après, on discute à gauche, à droite, de savoir comment on le fait,
10:32les modalités qu'ils payent.
10:34Mais là, c'est incroyable.
10:36Vu de l'extérieur, la France n'a pas de projet, quoi.
10:39Merci beaucoup, Michel-Edouard Leclerc.
10:40Je suis venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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