00:00C'est Life, notre invité c'est Michel-Edouard Leclerc.
00:01Bonjour, président du comité stratégique des centres Edouard Leclerc.
00:05Je ne sais pas pourquoi je vous présente, parce qu'évidemment on ne vous présente plus.
00:08On a ce matin les résultats de la consommation qui viennent de tomber.
00:10On est à plus 0,8 sur mars, sur un trimestre pour le PIB qui est stable.
00:15On a une croissance à tonnes sur l'ensemble du trimestre.
00:17Comment vous regardez ces chiffres ? Est-ce qu'ils sont parlants ?
00:20Est-ce qu'il faut les regarder en se disant que la consommation tient ?
00:24Oui, alors d'abord on est en mars, c'est des chiffres de mars.
00:27On n'est pas au plein de l'attention avec toutes ces informations tétanisantes pour les industriels,
00:34mais aussi pour les consommateurs.
00:36Mars, la consommation tient son rang.
00:39On n'est pas en crise, on n'est pas en faillite.
00:41C'est important de dire, parce que quand on est branché comme moi, chez vous et ailleurs,
00:47dans sa voiture on n'entend que des mauvaises nouvelles.
00:49La consommation tient son rang, elle est retenue, elle pourrait être beaucoup plus forte que ça.
00:53Il y a un taux d'épargne qui reste très élevé, qui ne se dépense pas, qui ne s'investit
00:58pas, 19%.
00:58C'est le taux le plus élevé, comme en Italie, de toute l'Europe.
01:03Et c'est plutôt maintenant, à partir de maintenant, qu'on rentre dans la perplexité.
01:08Parce qu'autant avant, on avait des problèmes d'inégalité de revenus qui jouaient sur la consommation,
01:15avec le développement des marques de distributeurs, avec une surenchère concurrentielle
01:20entre les principales enseignes, Leclerc, Intermarché, Système U, tout ça.
01:24Donc ça tenait bien.
01:26Mais là, c'est vrai que la clé de lecture de ce qui nous arrive,
01:30c'est qu'on est en train de rentrer dans une sorte de crise.
01:33En tout cas, ça va être plus long.
01:34C'est-à-dire qu'on comprenne bien, vous dites qu'on ne pourra plus jouer sur les prix
01:38et se faire concurrence pour essayer d'être au plus bas.
01:42Et le consommateur n'a pas encore vu ce qui pourrait lui arriver.
01:44Alors, je dirais que sur le plan des carburants,
01:47on est en zone d'incertitude totale passée la fin mai.
01:51Tout le monde le dit.
01:52Avec une peur de pénurie, clairement.
01:55Moi, je ne dirais pas ça.
01:57Mais en tout cas, avec des risques de rupture.
01:59Parce qu'en fait, Leclerc, par exemple, on a des contrats.
02:04Et ces contrats obligent.
02:06Donc, par contre, ça ne dit pas à quel prix.
02:08Et si ça monte, comme le dirait le professeur Chalmin, ça monte.
02:12Donc, là, sur cette partie-là, il peut y avoir une ponction sur le budget des ménages
02:18qui va ralentir la consommation.
02:20Je vous rappelle que pour un consommateur, pour un couple qui prend sa voiture,
02:25un consommateur qui prend sa voiture pour aller au travail en province,
02:29le surpris du gasoil aujourd'hui, c'est équivalent à deux semaines d'achat,
02:34de ces achats dans un hypermarché.
02:36Donc, il faut voir que c'est...
02:38Mais ce qui veut dire que là...
02:40150 euros, c'est deux caddies moyens chez Carrefour et Leclerc.
02:42Donc, pour vous, il y aura des arbitrages de consommation entre le carburant et autre chose.
02:46Donc, à partir de... Je comprends, je ne suis pas clair.
02:48À partir de maintenant, à partir du moment où la guerre n'est pas finie,
02:52on rentre dans cette idée que ça va durer.
02:55Et donc, la rationalité va faire qu'on va arbitrer.
02:59Et comme ça va... On ne peut pas se passer de sa voiture.
03:02Il va y avoir une grosse partie de la consommation qui va être freinée.
03:05Et en tout cas, plus que jamais, on va avoir besoin de prix bas, de prix plus bas.
03:09Les enseignes de distribution qui sont les moins chères vont tirer la consommation.
03:13Deuxième sujet, c'est les transporteurs, le coût des produits.
03:17Donc, les métiers de rouleurs vont nous amener des factures plus élevées.
03:22Nous-mêmes, pour approvisionner nos magasins, nous allons avoir des factures plus élevées.
03:26Et ça, c'est incontestable.
03:27Donc, il y aura une tendance inflationniste qui va nous falloir freiner.
03:31Et puis, il y a tous les fournisseurs qui incluent beaucoup d'énergie.
03:34Alors, bien sûr, l'industrie lourde, l'industrie qui utilise de la pétrochimie,
03:38les emballages, par exemple.
03:39Mais tout le secteur, maintenant même, de l'agroalimentaire, avec les engrais,
03:43avec le coût du transport, va réclamer des hausses de prix.
03:46Donc, à la fin, est-ce qu'on rouvre les négociations commerciales ou pas ?
03:48Donc, je ne suis pas pour rouvrir les négociations commerciales,
03:51ou en tout cas, ne pas le dire maintenant.
03:53Parce que ce serait donner une perspective aux spéculateurs.
03:57Il n'y a pas que les spéculateurs.
03:59Non, mais quand je dis spéculateurs, c'est...
04:01Vous avez les industries du lait ou de la charcuterie, je ne sais pas si c'est des spéculateurs.
04:04Enfin, leurs emballages qu'ils ont aujourd'hui, ils les ont déjà achetés.
04:07Donc, si vous dites qu'ils vont pouvoir répercuter, comme ça,
04:11tous les industriels, le prix de leurs intrants,
04:14à ce moment-là, ils ne vont pas négocier.
04:16Vous voyez ?
04:16Donc, il faut amener de l'aval vers l'amont, une pression, un flux,
04:21pour que les industriels aussi négocient durement les augmentations qu'on va leur proposer.
04:25Donc, trop tôt pour revoir ou rouvrir les négociations commerciales ?
04:28Moi, je suis contre la date unique en France, cette espèce de grand messe
04:32où il faut rendre les copies, comme si on était des élèves serviles,
04:36juste pendant le salon de l'agriculture.
04:38Je suis contre ça.
04:38Vous voyez bien que, d'ailleurs, c'est assez curieux,
04:41les lobbies agroalimentaires demandent aujourd'hui de revoir les négociations,
04:45alors que c'est eux qui sont, aujourd'hui, les attaquants contre la distribution,
04:49qui leur disent, négocions tout le temps et pas une fois, quoi.
04:52Donc, non, non, je ne suis pas pour revoir les négociations.
04:54Non, dans les négociations actuelles, il y a des clauses qui nous permettent de réajuster nos prix.
04:59Avec les transporteurs, on les reçoit déjà, et sur facture, on voit bien la différence.
05:03La matière première agricole, elle n'est pas négociable,
05:06donc elle est protégée par la loi EGalim.
05:08Le reste, tout est négociable.
05:09Et on attend.
05:10Et on attend.
05:11C'est ça, le message.
05:12On a eu hier les résultats de Total Energy,
05:14avec la publication d'un bénéfice record.
05:17Comment vous regardez ça ?
05:18Aujourd'hui, le débat, c'est à nouveau, est-ce qu'il faut taxer les super profits de Total ?
05:22Est-ce que vous êtes plutôt content que le débat s'arc-boute sur le sujet de Total Energy ?
05:27Comment vous regardez le dossier ?
05:28D'abord, vous voyez bien que ça clôture les petites polémiques et les villes polémiques.
05:32Sur vos marges ?
05:33Sur les marges des pompistes, des distributeurs, de garagistes et autres.
05:38On ne joue pas dans la même cour.
05:40Ce n'est pas là que ça se passe, en fait.
05:40Donc, quand bien même un pompiste de petit supermarché en entrée de vallée de sport d'hiver
05:46aurait fait le bénéfice sur sa cuve,
05:49vous voyez, on n'est pas dans cette dimension-là.
05:53On est dans la dimension de méga profit, de super profit.
05:56Il y aura les résultats de BP.
05:58Alors, il ne faut pas oublier que BP a fait les mauvais scores l'année dernière.
06:01Mais vous allez voir, vous allez publier aussi les résultats des banques.
06:04Vous allez voir beaucoup de...
06:06C'est ce qu'on a vu déjà ce matin dans les résultats.
06:08Et donc, il y a du profit qui s'est fait pendant le temps de cette guerre.
06:13Alors, il y a la guerre qui profite et il y a des entreprises qui profitent de cette guerre.
06:20Donc, est-ce qu'il faut taxer les entreprises françaises qui ont fait des profits ?
06:26La question, c'est par exemple Total, pour vous, c'est une entreprise française ?
06:30Non, mais vous êtes sur BFM Business.
06:31On sait tous qu'elle travaille à l'étranger, que ses bénéfices en France sont assez faibles.
06:3565% de capitaux étrangers, d'accord ?
06:38Donc, quelle est la marge de manœuvre que nous avons ?
06:40Je trouve que...
06:40Ce n'est même pas les capitaux, c'est les bénéfices.
06:42Où sont faits les bénéfices ?
06:43Non, mais même, pour savoir qu'est-ce qu'on peut demander, dans quel rapport de force.
06:47Pour le coup, le Premier ministre a plutôt été soft de la manière de procéder.
06:53Il n'a pas été hurlé...
06:55Il laisse la porte ouverte.
06:56...avec les loups.
06:56Il laisse la porte ouverte.
06:57Enfin, il va organiser la pression, ça j'imagine.
07:00Et donc, oui, il faudrait que Total puisse...
07:03S'il veut se faire aimer des Français, si cette marque veut rester en France,
07:06il faut qu'il donne des signes de redistribution.
07:10La réponse, c'est qu'eux, ils le font dans leur station-service, où les prix sont capés.
07:15Oui, les prix sont capés depuis deux mois.
07:19Mais depuis trois ans, Leclerc, Systému, on avait 12 centimes d'écart
07:24avec les stations ordinaires du réseau Total.
07:27Donc là, pour le moment, ils sont capés, ça ne leur coûte pas grand-chose.
07:30La question, c'est quel engagement ils vont prendre jusqu'à la fin de l'année.
07:35Alors moi, c'est difficile pour moi de venir vous le dire.
07:38Total, c'est un fournisseur et c'est mon concurrent.
07:40Ce n'est quand même pas à moi de résoudre ce problème.
07:43D'accord ?
07:43Mais il y a l'idée quand même.
07:44Donc vous êtes plutôt pour une taxe sur les super-profit ?
07:47Non, non, non, je suis pour qu'il fasse des efforts total.
07:51Mais donc auprès de vous, en fait, qu'il vous fasse une réponse, à vous, quand il vous...
07:54Il faudrait qu'il puisse proposer aux distributeurs français de pouvoir vendre des produits Total,
07:59au même prix d'ailleurs que son réseau.
08:01Parce que son réseau, s'il n'y a que lui, s'il n'y a que le réseau Total...
08:04Il y a, c'est ce qu'on a vu.
08:05On aura des...
08:06Ils auront des ruptures, ils ont eu plein de pénuries, parce que ce n'est pas possible de le faire
08:11avec un aussi petit réseau.
08:13Il nous reste quelques secondes juste pour parler d'un mot de la politique française.
08:16On a vu ces discussions de la part du patronat avec le Rassemblement National,
08:20on a vu des déjeuners auprès du MEDEF.
08:24Vous, vous êtes un électron livre, vous n'avez jamais été dans ces discussions, dans ces déjeuners.
08:30C'est quoi votre point de vue ? Vous discutez avec les politiques ?
08:32Moi, je suis libre, indépendant, je revendique.
08:37Ce n'est pas simplement parce que je suis breton, mais c'est la philosophie des centres Leclerc.
08:41Et donc, ce sera intéressant de discuter avec les candidats à la présidence de la République,
08:46ce sera intéressant de discuter avec les partis politiques,
08:48le jour où ils auront un projet collectif pour le pays.
08:51Parce que pour le moment, on n'a pas tiré la conclusion de ce qu'on vient de dire,
08:56qui est complexe, qui est de savoir qu'est-ce qu'on fait.
08:58Or, aujourd'hui, le Premier ministre a dit qu'on accélère les alternatives,
09:02moi, Leclerc, on amène le groupe sur les alternatives.
09:06On lance maintenant la bagarre de la tarification de l'électrification.
09:11D'ailleurs, Leclerc et Lidl se retrouvent leaders des prix les moins chers
09:16pour les temps de charge sur des bornes normales.
09:18On doit être à 0,28 ou 0,29 euros le kilowattheure.
09:22C'est un vrai sujet. On rentre là-dedans, on s'équipe en solaire, on s'équipe en borne.
09:27On lance ChargeElec, qui est une appli pour que les gens puissent charger le moins cher possible
09:35et bénéficier de petit peu Leclerc.
09:37Oui, mais enfin, vous voyez bien, ils n'en parlent pas.
09:43Maintenant, il faut aussi que nous devenions non seulement autonomes,
09:46mais nous avons besoin d'avoir une assurance pour savoir si on va pouvoir revendre le carburant,
09:54l'électricité qu'on aura produit avec nos panneaux solaires ou avec notre géothermie.
09:59Est-ce qu'on va nous imposer un opérateur ? Est-ce qu'on va nous mettre des taxes ?
10:03Donc vous discuterez avec les politiques de tous bords quand ils auront un projet clair ?
10:07Oui.
10:08Ça veut dire quoi ? Septembre, quoi, en gros.
10:10C'est pareil.
10:10Ils ont la main ? Ils ont la main ?
10:12Non, non, mais c'est important.
10:13Le débat parisien sur « avez-vous rencontré ? » machin,
10:17j'ai rencontré tout le monde dans les salles d'attente de BFM, donc ça s'est fait.
10:21Non, mais maintenant, il faut...
10:22Vraiment, ce qui manque, pour les Français, c'est un projet collectif.
10:25Pas un projet de gauche ou un projet de droite.
10:27Ils mangent un projet collectif.
10:28Et après, on discute à gauche, à droite, de savoir comment on le fait,
10:32les modalités qu'ils payent.
10:34Mais là, c'est incroyable.
10:36Vu de l'extérieur, la France n'a pas de projet, quoi.
10:39Merci beaucoup, Michel-Edouard Leclerc.
10:40Je suis venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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