00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec vous Thibaut Guilvy, directeur général de France Travail.
00:04Bonjour, bienvenue dans la matinale de l'économie.
00:06On va parler de cette étude annuelle sur les intentions d'embauche des entreprises.
00:11Sondage mené fin 2025 de France Travail et du Crédoc.
00:15Et le contexte n'incite pas visiblement à embaucher.
00:18Les intentions des entreprises sont d'embauche de 6,5% par rapport à 2025.
00:22Alors c'est moins que l'année dernière, ce chiffre-là.
00:24Ça c'est intéressant, mais c'est quand même un plus bas depuis 2018.
00:28Oui, c'est un plus bas depuis 2018.
00:31Mais 2018, c'était quand même une année dynamique, si on se rappelle bien, sur le front de l'emploi.
00:36Donc c'est vrai que la dynamique d'emploi s'est un petit peu tassée.
00:40Vous l'avez dit, il y a quand même un contexte qui ne favorise pas non plus la confiance des
00:44chefs d'entreprise pour se projeter.
00:48Mais le marché du travail reste quand même dynamique.
00:51On a quand même 44% des entreprises qui anticipent des difficultés très importantes de recrutement.
00:58Donc ça dépend évidemment des secteurs, ça dépend des territoires et des métiers.
01:01Mais on a encore énormément de besoins et de gisements d'emplois auxquels France Travail doit répondre.
01:06Oui, alors aucun secteur n'est épargné, vous l'avez dit.
01:08A part la santé, on va y revenir.
01:09Mais moins 2,4% dans l'industrie, moins 16% dans la construction, moins 25% dans le numérique.
01:19Ce sont des chiffres assez forts, alors que c'est quand même des secteurs qui à un moment vont devoir
01:22croître eux aussi.
01:24Oui, d'ailleurs c'est notre quotidien avec France Travail.
01:28On est organisé en filière.
01:29Il y a deux jours, j'étais avec le ministre du Travail et le ministre de l'Industrie d'ailleurs
01:33pour lancer notre feuille de route.
01:35On était avec Airbus, donc l'industrie aéronautique recrute énormément dans beaucoup de métiers.
01:41Demain je serai à Toulon où l'industrie de défense aussi recrute beaucoup.
01:47C'est 100 000 emplois aussi dans le nucléaire.
01:49Alors évidemment c'est contrasté, si on parle de l'industrie automobile, c'est un secteur plus difficile, la chimie,
01:54la sidérurgie.
01:55Mais c'est là où il faut qu'on accompagne en fait finalement l'orientation des chercheurs d'emploi sur
02:00finalement les opportunités d'aujourd'hui et de demain.
02:03De quoi souffre aujourd'hui l'industrie par exemple, puisque vous en parlez, d'un problème d'image ?
02:10Parce qu'on le dit très souvent sur cette antenne par exemple, l'industrie ça offre des carrières complètement incroyables.
02:16Il faut sensibiliser plus tôt, elle est où la solution ?
02:19Écoutez je pense que l'industrie elle a quand même souffert pendant longtemps d'un certain nombre de préjugés.
02:24L'usine un petit peu de Zola, c'est un peu ridicule d'ailleurs parce que ça a énormément changé.
02:29Si vous visitez une usine, c'est de la technologie, c'est aussi de plus en plus de féminisation.
02:36C'est en fait des changements tous les jours, c'est de l'intelligence artificielle, c'est énormément de choses.
02:42À Saint-Nazaire, c'était intéressant, j'avais rencontré Anne, 54 ans, elle a fait 30 ans dans le social,
02:50elle ne savait plus trop quoi faire.
02:51Et elle se reconvertit et maintenant elle fabrique des A320.
02:54Et c'est vrai pour Anne qui a 54 ans, c'était vrai aussi pour son fils de 24 ans
02:59qui finalement a rejoint aussi la formation.
03:00Je pense que ce qui est important c'est que chacun comprenne que c'est des métiers qui sont accessibles,
03:05qui proposent des carrières, qui sont plutôt bien payées en plus de ça dans l'industrie.
03:08Et donc il faut tordre le coup aussi aux idées reçues sur les métiers industriels.
03:13Il faut aller voir aussi les jeunes, par exemple ceux qu'on veut embaucher en début de carrière,
03:19de plus en plus tôt dans leur cursus scolaire.
03:22Certains disent carrément qu'il faudrait aller sensibiliser les élèves dès la primaire, le tout début du collège.
03:27Est-ce que vous pensez qu'à un moment on va réussir à faire ça ?
03:30Je ne sais pas s'il faut aller jusqu'aux primaires.
03:33Ce qui est certain c'est qu'on a un vrai sujet pour améliorer en fait les vocations.
03:38Un jeune aujourd'hui, il a moins de 10 métiers en tête.
03:41Il a éventuellement le métier de papa ou de maman, s'ils ont la chance d'en avoir un, éventuellement
03:47du tonton.
03:48Ce n'est pas suffisant quand on sait qu'il y a des milliers de métiers.
03:50Et donc le boulot qu'on fait justement, France Travail.
03:52Mais là c'est du main dans la main aussi, on ne peut pas le faire tout seul.
03:55Avec l'éducation nationale, j'étais avec le ministre de l'éducation nationale pas plus tard qu'hier,
03:59justement pour parler de ces sujets d'orientation.
04:02Il faut faire découvrir les métiers.
04:03Les faire découvrir ce n'est pas des fiches, mais c'est de l'immersion dans les entreprises.
04:07C'est rencontrer des ambassadeurs du métier.
04:10Qui mieux que celui qui exerce le métier pour pouvoir partager sa passion et sa réalité avec les autres ?
04:16Pour découvrir le métier de journaliste, je pense que vous êtes mieux placé que moi
04:19pour pouvoir créer les vocations au collège, au lycée.
04:23Mais j'ai envie de dire tout au long de la vie, parce que les reconversions sont aussi possibles.
04:26Il y a aussi une question de timing.
04:29Ces talents-là, on en a besoin aujourd'hui, pas dans 20 ans.
04:32Est-ce qu'il faut favoriser des études longues encore aujourd'hui ?
04:36Ça avait une très bonne image jusqu'à il y a peu de temps dans notre pays.
04:38Ou est-ce qu'il faut favoriser les formations courtes, voire pas de formation du tout,
04:43ou des reconversions, quitte à ce qu'elles soient à la charge de l'entreprise,
04:46pour avoir des talents dans l'année finalement ?
04:50D'abord, il n'y a pas de réponse toute faite et chacun va trouver sa voie.
04:54C'est vrai que, par contre, l'obsession du Bac plus 5, c'est parfois un petit peu absurde.
05:00On cherche par exemple énormément de techniciens, par exemple dans l'industrie,
05:04où vous pouvez commencer une carrière à Bac plus 2 et ensuite pouvoir progresser,
05:08là où de temps en temps, on va aller s'enfermer dans des voies sans issue universitaires.
05:13Donc je pense que c'est très important que nous, on donne aussi les bonnes informations
05:17pour savoir si tu pars dans telle voie, c'est quoi les taux d'insertion professionnelle aujourd'hui,
05:22mais aussi quelle est la projection demain ?
05:25C'est pour ça que c'est important avec l'étude des besoins de main-d'oeuvre
05:27de travailler sur la prospective et c'est ce qu'on essaye de faire avec France Travail et nos partenaires.
05:30On constate aussi que les entreprises créent de plus en plus, les grands groupes en tout cas,
05:34leurs propres académies.
05:36Est-ce que ça fait partie de la solution justement pour réduire ce délai,
05:40mettre le plus possible en relation les candidats et les boîtes ?
05:43Oui, alors ça fait partie de la solution, mais vous savez, ce qui est important,
05:46c'est quand même d'avoir en tête, et l'étude le montre,
05:48deux emplois sur trois, c'est quand même dans des entreprises de moins de 50 salariés.
05:51Donc ce n'est pas eux qui vont fabriquer des académies.
05:54En revanche, ce en quoi on croit, c'est le former pour recruter.
05:57Arrêter de former dans des métiers si ce n'est pas connecté à un besoin de l'entreprise.
06:01Et donc c'est là où en fait c'est du gagnant-gagnant entre le candidat et l'entreprise
06:05pour finalement se former en situation de travail,
06:08apprendre vraiment les gestes techniques de façon très concrète.
06:11Et là, on est à huit, neuf transformations sur dix en emplois.
06:16Ça s'appelle les préparations opérationnelles à l'embauche,
06:18et c'est ce qu'on propose à toutes les entreprises de France.
06:19Pour en finir sur l'étude, ça a été fait, ces chiffres-là, avant le conflit en Iran.
06:25Quelle est votre idée sur ce qui va se passer sur ces chiffres dans les mois qui viennent ?
06:30Est-ce que ça va encore plomber un peu l'état d'esprit des patrons quant à leurs intentions d
06:36'embauche ?
06:37Écoutez, nous en tout cas, l'état d'esprit, c'est qu'il y a des difficultés de recrutement
06:40et qu'il y a plein d'emplois non pourvus, donc il y a plein d'opportunités.
06:45Et donc on a beaucoup de boulot à faire pour pouvoir répondre aux enjeux de l'agriculture,
06:49de l'industrie, du secteur de la santé, du soin, de l'hôtellerie, de la restauration, de la construction.
06:54Et donc ça, c'est une première chose, c'est de se concentrer sur tout ce qu'on peut faire.
06:58Et puis ensuite, vous savez, ce que je vois moi aussi depuis des années,
07:02c'est que les chefs d'entreprise, ils ont appris quand même aussi à être assez résilients,
07:05parce que finalement, on est en crise un petit peu permanente.
07:07Et donc, ça trace quand même son chemin.
07:10Et en tout cas, nous, France Travail, on est là pour les accompagner dans leur recrutement.
07:12Les chefs d'entreprise, les services RH ont, depuis plusieurs années,
07:17pris l'habitude de recruter aussi un peu par leurs moyens,
07:20c'est-à-dire beaucoup par les réseaux sociaux.
07:22Voilà, chacun y va de sa méthode, mais évidemment, les réseaux sociaux, ça marche très très bien.
07:27Comment vous faites, vous ?
07:29Comment vous vous placez à France Travail pour aussi récupérer ces offres d'emploi,
07:32faire que les entreprises fassent aussi appel à vous pour optimiser, finalement, leur recherche de candidats ?
07:38En fait, vous savez, les entreprises qui utilisent les services de France Travail Pro,
07:43on est passé à plus de 90% de satisfaction des entreprises.
07:46On a, franchement, des outils qui sont canons pour pouvoir répondre,
07:50à la fois pour attirer, faire connaître les métiers et les opportunités dans les entreprises,
07:55mais aussi parfois les former, et aussi fidéliser, ce qui est aussi très important.
07:59Donc, on met à disposition les outils, et puis je voudrais dire quand même que c'est déjà financé,
08:04c'est-à-dire que les entreprises financent déjà le service de France Travail, donc autant en profiter.
08:08Maintenant, il y a déjà un quart des entreprises, surtout d'ailleurs celles qui ont plus de 50 salariés,
08:12ont toutes compris que France Travail, c'était la bonne solution,
08:15mais maintenant, c'est de dire aux artisans, aux commerçants, aux petites entreprises,
08:19que nous sommes leur partenaire RH, c'est gratuit et c'est efficace.
08:23– Pour terminer, on parle énormément, presque tous les jours, de l'IA,
08:28de l'arrivée de l'IA dans le monde du travail.
08:31Pour le moment, effectivement, on a des chiffres, ça ne se voit pas trop,
08:34mais est-ce que vous, depuis votre poste, vous commencez à voir quand même,
08:37dans l'état d'esprit des patrons, des signaux faibles ?
08:41Nous, on voit certains secteurs où vraiment, il y a des métiers entiers qui vont disparaître.
08:47Est-ce que c'est une peur infondée, ou est-ce que vous prenez ça quand même très au sérieux,
08:51cette vague liée à l'IA ?
08:52– Alors, on prend évidemment l'intelligence artificielle très au sérieux,
08:56d'ailleurs, on investit énormément dedans, mais les effets,
09:01forcément, il y a des métiers qui vont bouger de façon importante,
09:05mais il y a aussi des métiers qui naissent.
09:07Donc, nous, notre job, c'est de veiller à ce que chacun puisse saisir cette opportunité-là.
09:13Donc, on propose d'ailleurs des formations de base à l'IA
09:17pour toutes les personnes qui sont inscrites à France Travail,
09:19ça s'appelle le calendrier de l'IA, pour, en 30 micro-learnings,
09:23maîtriser l'usage, tant dans la vie perso que dans la vie professionnelle.
09:27Et puis ensuite, on va upskiller, comme disent les Américains,
09:30avec des petits modules d'intelligence artificielle,
09:32mais là, adaptés à tel ou tel métier,
09:34parce que tous les métiers vont être impactés,
09:36mais de manière à augmenter, finalement, la productivité,
09:39la capacité des personnes.
09:40Ce qui compte, c'est que France Travail se mette au diapason
09:43et propose les bonnes formations pour tous les Français qui en ont besoin.
09:46Merci beaucoup, Thibaut Guilhu, d'être venu nous voir,
09:49directeur général de France Travail, dans la matinale de l'économie.
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