Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 heures
Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mercredi 22 avril. Ils ont abordé l'intention d'embauche des entreprises qui est en baisse en 2026, le défi de l'attractivité des métiers industriels, et l'impact réel de l'arrivée de l'IA sur l'emploi, dans le sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec vous Thibaut Guilvy, directeur général de France Travail.
00:04Bonjour, bienvenue dans la matinale de l'économie.
00:06On va parler de cette étude annuelle sur les intentions d'embauche des entreprises.
00:11Sondage mené fin 2025 de France Travail et du Crédoc.
00:15Et le contexte n'incite pas visiblement à embaucher.
00:18Les intentions des entreprises sont d'embauche de 6,5% par rapport à 2025.
00:22Alors c'est moins que l'année dernière, ce chiffre-là.
00:24Ça c'est intéressant, mais c'est quand même un plus bas depuis 2018.
00:28Oui, c'est un plus bas depuis 2018.
00:31Mais 2018, c'était quand même une année dynamique, si on se rappelle bien, sur le front de l'emploi.
00:36Donc c'est vrai que la dynamique d'emploi s'est un petit peu tassée.
00:40Vous l'avez dit, il y a quand même un contexte qui ne favorise pas non plus la confiance des
00:44chefs d'entreprise pour se projeter.
00:48Mais le marché du travail reste quand même dynamique.
00:51On a quand même 44% des entreprises qui anticipent des difficultés très importantes de recrutement.
00:58Donc ça dépend évidemment des secteurs, ça dépend des territoires et des métiers.
01:01Mais on a encore énormément de besoins et de gisements d'emplois auxquels France Travail doit répondre.
01:06Oui, alors aucun secteur n'est épargné, vous l'avez dit.
01:08A part la santé, on va y revenir.
01:09Mais moins 2,4% dans l'industrie, moins 16% dans la construction, moins 25% dans le numérique.
01:19Ce sont des chiffres assez forts, alors que c'est quand même des secteurs qui à un moment vont devoir
01:22croître eux aussi.
01:24Oui, d'ailleurs c'est notre quotidien avec France Travail.
01:28On est organisé en filière.
01:29Il y a deux jours, j'étais avec le ministre du Travail et le ministre de l'Industrie d'ailleurs
01:33pour lancer notre feuille de route.
01:35On était avec Airbus, donc l'industrie aéronautique recrute énormément dans beaucoup de métiers.
01:41Demain je serai à Toulon où l'industrie de défense aussi recrute beaucoup.
01:47C'est 100 000 emplois aussi dans le nucléaire.
01:49Alors évidemment c'est contrasté, si on parle de l'industrie automobile, c'est un secteur plus difficile, la chimie,
01:54la sidérurgie.
01:55Mais c'est là où il faut qu'on accompagne en fait finalement l'orientation des chercheurs d'emploi sur
02:00finalement les opportunités d'aujourd'hui et de demain.
02:03De quoi souffre aujourd'hui l'industrie par exemple, puisque vous en parlez, d'un problème d'image ?
02:10Parce qu'on le dit très souvent sur cette antenne par exemple, l'industrie ça offre des carrières complètement incroyables.
02:16Il faut sensibiliser plus tôt, elle est où la solution ?
02:19Écoutez je pense que l'industrie elle a quand même souffert pendant longtemps d'un certain nombre de préjugés.
02:24L'usine un petit peu de Zola, c'est un peu ridicule d'ailleurs parce que ça a énormément changé.
02:29Si vous visitez une usine, c'est de la technologie, c'est aussi de plus en plus de féminisation.
02:36C'est en fait des changements tous les jours, c'est de l'intelligence artificielle, c'est énormément de choses.
02:42À Saint-Nazaire, c'était intéressant, j'avais rencontré Anne, 54 ans, elle a fait 30 ans dans le social,
02:50elle ne savait plus trop quoi faire.
02:51Et elle se reconvertit et maintenant elle fabrique des A320.
02:54Et c'est vrai pour Anne qui a 54 ans, c'était vrai aussi pour son fils de 24 ans
02:59qui finalement a rejoint aussi la formation.
03:00Je pense que ce qui est important c'est que chacun comprenne que c'est des métiers qui sont accessibles,
03:05qui proposent des carrières, qui sont plutôt bien payées en plus de ça dans l'industrie.
03:08Et donc il faut tordre le coup aussi aux idées reçues sur les métiers industriels.
03:13Il faut aller voir aussi les jeunes, par exemple ceux qu'on veut embaucher en début de carrière,
03:19de plus en plus tôt dans leur cursus scolaire.
03:22Certains disent carrément qu'il faudrait aller sensibiliser les élèves dès la primaire, le tout début du collège.
03:27Est-ce que vous pensez qu'à un moment on va réussir à faire ça ?
03:30Je ne sais pas s'il faut aller jusqu'aux primaires.
03:33Ce qui est certain c'est qu'on a un vrai sujet pour améliorer en fait les vocations.
03:38Un jeune aujourd'hui, il a moins de 10 métiers en tête.
03:41Il a éventuellement le métier de papa ou de maman, s'ils ont la chance d'en avoir un, éventuellement
03:47du tonton.
03:48Ce n'est pas suffisant quand on sait qu'il y a des milliers de métiers.
03:50Et donc le boulot qu'on fait justement, France Travail.
03:52Mais là c'est du main dans la main aussi, on ne peut pas le faire tout seul.
03:55Avec l'éducation nationale, j'étais avec le ministre de l'éducation nationale pas plus tard qu'hier,
03:59justement pour parler de ces sujets d'orientation.
04:02Il faut faire découvrir les métiers.
04:03Les faire découvrir ce n'est pas des fiches, mais c'est de l'immersion dans les entreprises.
04:07C'est rencontrer des ambassadeurs du métier.
04:10Qui mieux que celui qui exerce le métier pour pouvoir partager sa passion et sa réalité avec les autres ?
04:16Pour découvrir le métier de journaliste, je pense que vous êtes mieux placé que moi
04:19pour pouvoir créer les vocations au collège, au lycée.
04:23Mais j'ai envie de dire tout au long de la vie, parce que les reconversions sont aussi possibles.
04:26Il y a aussi une question de timing.
04:29Ces talents-là, on en a besoin aujourd'hui, pas dans 20 ans.
04:32Est-ce qu'il faut favoriser des études longues encore aujourd'hui ?
04:36Ça avait une très bonne image jusqu'à il y a peu de temps dans notre pays.
04:38Ou est-ce qu'il faut favoriser les formations courtes, voire pas de formation du tout,
04:43ou des reconversions, quitte à ce qu'elles soient à la charge de l'entreprise,
04:46pour avoir des talents dans l'année finalement ?
04:50D'abord, il n'y a pas de réponse toute faite et chacun va trouver sa voie.
04:54C'est vrai que, par contre, l'obsession du Bac plus 5, c'est parfois un petit peu absurde.
05:00On cherche par exemple énormément de techniciens, par exemple dans l'industrie,
05:04où vous pouvez commencer une carrière à Bac plus 2 et ensuite pouvoir progresser,
05:08là où de temps en temps, on va aller s'enfermer dans des voies sans issue universitaires.
05:13Donc je pense que c'est très important que nous, on donne aussi les bonnes informations
05:17pour savoir si tu pars dans telle voie, c'est quoi les taux d'insertion professionnelle aujourd'hui,
05:22mais aussi quelle est la projection demain ?
05:25C'est pour ça que c'est important avec l'étude des besoins de main-d'oeuvre
05:27de travailler sur la prospective et c'est ce qu'on essaye de faire avec France Travail et nos partenaires.
05:30On constate aussi que les entreprises créent de plus en plus, les grands groupes en tout cas,
05:34leurs propres académies.
05:36Est-ce que ça fait partie de la solution justement pour réduire ce délai,
05:40mettre le plus possible en relation les candidats et les boîtes ?
05:43Oui, alors ça fait partie de la solution, mais vous savez, ce qui est important,
05:46c'est quand même d'avoir en tête, et l'étude le montre,
05:48deux emplois sur trois, c'est quand même dans des entreprises de moins de 50 salariés.
05:51Donc ce n'est pas eux qui vont fabriquer des académies.
05:54En revanche, ce en quoi on croit, c'est le former pour recruter.
05:57Arrêter de former dans des métiers si ce n'est pas connecté à un besoin de l'entreprise.
06:01Et donc c'est là où en fait c'est du gagnant-gagnant entre le candidat et l'entreprise
06:05pour finalement se former en situation de travail,
06:08apprendre vraiment les gestes techniques de façon très concrète.
06:11Et là, on est à huit, neuf transformations sur dix en emplois.
06:16Ça s'appelle les préparations opérationnelles à l'embauche,
06:18et c'est ce qu'on propose à toutes les entreprises de France.
06:19Pour en finir sur l'étude, ça a été fait, ces chiffres-là, avant le conflit en Iran.
06:25Quelle est votre idée sur ce qui va se passer sur ces chiffres dans les mois qui viennent ?
06:30Est-ce que ça va encore plomber un peu l'état d'esprit des patrons quant à leurs intentions d
06:36'embauche ?
06:37Écoutez, nous en tout cas, l'état d'esprit, c'est qu'il y a des difficultés de recrutement
06:40et qu'il y a plein d'emplois non pourvus, donc il y a plein d'opportunités.
06:45Et donc on a beaucoup de boulot à faire pour pouvoir répondre aux enjeux de l'agriculture,
06:49de l'industrie, du secteur de la santé, du soin, de l'hôtellerie, de la restauration, de la construction.
06:54Et donc ça, c'est une première chose, c'est de se concentrer sur tout ce qu'on peut faire.
06:58Et puis ensuite, vous savez, ce que je vois moi aussi depuis des années,
07:02c'est que les chefs d'entreprise, ils ont appris quand même aussi à être assez résilients,
07:05parce que finalement, on est en crise un petit peu permanente.
07:07Et donc, ça trace quand même son chemin.
07:10Et en tout cas, nous, France Travail, on est là pour les accompagner dans leur recrutement.
07:12Les chefs d'entreprise, les services RH ont, depuis plusieurs années,
07:17pris l'habitude de recruter aussi un peu par leurs moyens,
07:20c'est-à-dire beaucoup par les réseaux sociaux.
07:22Voilà, chacun y va de sa méthode, mais évidemment, les réseaux sociaux, ça marche très très bien.
07:27Comment vous faites, vous ?
07:29Comment vous vous placez à France Travail pour aussi récupérer ces offres d'emploi,
07:32faire que les entreprises fassent aussi appel à vous pour optimiser, finalement, leur recherche de candidats ?
07:38En fait, vous savez, les entreprises qui utilisent les services de France Travail Pro,
07:43on est passé à plus de 90% de satisfaction des entreprises.
07:46On a, franchement, des outils qui sont canons pour pouvoir répondre,
07:50à la fois pour attirer, faire connaître les métiers et les opportunités dans les entreprises,
07:55mais aussi parfois les former, et aussi fidéliser, ce qui est aussi très important.
07:59Donc, on met à disposition les outils, et puis je voudrais dire quand même que c'est déjà financé,
08:04c'est-à-dire que les entreprises financent déjà le service de France Travail, donc autant en profiter.
08:08Maintenant, il y a déjà un quart des entreprises, surtout d'ailleurs celles qui ont plus de 50 salariés,
08:12ont toutes compris que France Travail, c'était la bonne solution,
08:15mais maintenant, c'est de dire aux artisans, aux commerçants, aux petites entreprises,
08:19que nous sommes leur partenaire RH, c'est gratuit et c'est efficace.
08:23– Pour terminer, on parle énormément, presque tous les jours, de l'IA,
08:28de l'arrivée de l'IA dans le monde du travail.
08:31Pour le moment, effectivement, on a des chiffres, ça ne se voit pas trop,
08:34mais est-ce que vous, depuis votre poste, vous commencez à voir quand même,
08:37dans l'état d'esprit des patrons, des signaux faibles ?
08:41Nous, on voit certains secteurs où vraiment, il y a des métiers entiers qui vont disparaître.
08:47Est-ce que c'est une peur infondée, ou est-ce que vous prenez ça quand même très au sérieux,
08:51cette vague liée à l'IA ?
08:52– Alors, on prend évidemment l'intelligence artificielle très au sérieux,
08:56d'ailleurs, on investit énormément dedans, mais les effets,
09:01forcément, il y a des métiers qui vont bouger de façon importante,
09:05mais il y a aussi des métiers qui naissent.
09:07Donc, nous, notre job, c'est de veiller à ce que chacun puisse saisir cette opportunité-là.
09:13Donc, on propose d'ailleurs des formations de base à l'IA
09:17pour toutes les personnes qui sont inscrites à France Travail,
09:19ça s'appelle le calendrier de l'IA, pour, en 30 micro-learnings,
09:23maîtriser l'usage, tant dans la vie perso que dans la vie professionnelle.
09:27Et puis ensuite, on va upskiller, comme disent les Américains,
09:30avec des petits modules d'intelligence artificielle,
09:32mais là, adaptés à tel ou tel métier,
09:34parce que tous les métiers vont être impactés,
09:36mais de manière à augmenter, finalement, la productivité,
09:39la capacité des personnes.
09:40Ce qui compte, c'est que France Travail se mette au diapason
09:43et propose les bonnes formations pour tous les Français qui en ont besoin.
09:46Merci beaucoup, Thibaut Guilhu, d'être venu nous voir,
09:49directeur général de France Travail, dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations