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  • il y a 27 minutes
Ce mardi 28 avril, Joseph Maïla, professeur de géopolitique et de relations internationales à l'ESSEC Business School, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est penché sur la guerre en Iran, notamment les négociations de paix entre Téhéran et les États-Unis pour pouvoir rouvrir le détroit d'Ormuz. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Soixantième jour de guerre, on entendait le chancelier allemand Friedrich Merz dans le journal dire que pour lui Washington a
00:05été humilié par Téhéran.
00:07Les dernières propositions de paix ont été rejetées par Donald Trump.
00:10Les Iraniens, eux, considèrent désormais qu'Hormuz et leurs propriétés se sont rapprochées, c'est ce que nous racontait Annalisa
00:15Kappény tout à l'heure, largement de la Russie avec cette visite d'hier.
00:19Notre invité ce matin c'est Joseph Maïla, bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Vous êtes professeur de géopolitique et relations internationales chez SEC Business School.
00:25Vous êtes ancien directeur du centre d'analyse, de prévision et de stratégie du Quai d'Orsay.
00:30Quand vous entendez ce matin Friedrich Merz dire Washington et l'ensemble de la population américaine est humiliée par la
00:36guerre en Iran, qu'est-ce que ça vous inspire ?
00:38Alors je ne dirais pas que l'ensemble de la population américaine est humiliée, mais effectivement les Iraniens, et c
00:44'est un peu habituel dans les négociations, ont joué un tour tactique, on dirait comme ça, aux Américains.
00:50Ils sont partis pour rien en quelque sorte, qui ont attendu que les Iraniens se rendent à Islamabad, ils sont
00:57venus juste après, mais les Iraniens étaient déjà partis.
01:00Et donc oui, ça fait effectivement, mais ça fait partie des négociations. Je n'en ferai pas tout un plat,
01:05si vous me permettez l'expression.
01:07C'est-à-dire que tout ça est un jeu. Là on est dans un jeu où les Iraniens montrent
01:09un peu leur force en disant Hormuz, c'est chez nous, on en fait ce qu'on veut.
01:12Ils proposent d'un autre côté, dans leur proposition de paix, de négocier sur ce plan, ça fait partie vraiment
01:18du jeu ?
01:18Alors ça fait partie d'un jeu de négociations, ce n'est pas un jeu pour le jeu, c'est
01:22simplement des approches tactiques.
01:24Et les deux tiennent de mauvaises cartes. Quand l'Iran dit Hormuz m'appartient, l'Iran se met en faux
01:32par rapport aux droits internationaux.
01:33Et même pas par rapport aux droits internationaux contemporains, qui est celui de Montégobé, la Convention sur la mer de
01:401982,
01:42mais par rapport aux droits coutumiers. L'accès à la haute mer est libre.
01:48Vous imaginez un pays enclavé dans un golfe et qui ne peut pas avoir accès à la haute mer.
01:52Donc l'accès à la haute mer est parfaitement permis.
01:56Et donc aucun pays, et quand je dis aucun pays, j'entends y compris la Chine et la Russie,
02:02n'accepteront cet état de fait qui veut qu'au fond l'Iran tienne les clés, les verrous de ce
02:09golfe.
02:09De la même manière, si on veut se projeter autrement sur le plan des États-Unis, dans la proposition américaine,
02:16il y a une autre carte tactique et qui consiste à dire vous n'allez plus enrichir l'uranium.
02:23C'est interdit. Le traité de non-prolifération de 68, de juillet 68, permet l'enrichissement pour des fins civiles.
02:32Donc voilà deux cartes que le protagoniste doit être obligé à un moment donné d'abandonner.
02:39Mais il le joue, comme vous dites, par jeu, mais c'est un jeu parfaitement tactique et qui, à mon
02:44avis, ne mènera pas bien loin.
02:45Annalisa ?
02:46Il y a une troisième partie à ce conflit, c'est Israël.
02:49Israël qui a été obligé d'accepter le cessez-le-feu au Liban alors que ça ne l'arrangeait pas
02:52vraiment.
02:53Et donc qui viole ce cessez-le-feu. Est-ce que la position de Benjamin Netanyahou est tenable ?
02:58Elle est tenable tant que les États-Unis ne protestent pas outre mesure.
03:03Parce qu'ils protestent. Il y a des rappels à l'ordre.
03:05C'est le second en dix jours de M. Trump qui dit qu'il ne faut plus bombarder le Liban
03:10Sud.
03:10Mais les Israéliens estiment que les deux dossiers sont découplés.
03:15Ce qui se passe au Liban Sud, au fond, c'est la construction d'une zone de sécurité et au
03:21-delà.
03:22Parce que ce qui se fait est à la limite de l'inadmissible.
03:25On est en train de raser des villages entiers.
03:27Israël contrôle 55 villes ou villages au Liban Sud.
03:33Dont certains ne sont pas dans la zone de sécurité.
03:35Qu'ils continuent donc à bombarder.
03:37Mais les Israéliens estiment que leur priorité, c'est de sécuriser le nord du pays.
03:43Et pour cela, à mon avis, en entente ou en mauvaise entente,
03:47ils seront toujours amenés, toujours poussés à aller un peu plus loin.
03:51Et ils sont effectivement mécontents du fait que Trump ait décidé de freiner un peu les choses.
03:59Mais le président Trump est lui aussi acculé.
04:02Il ne peut pas continuer à laisser les mains libres à Israël
04:05sans que cela ne se répercute sur la négociation au détroit d'Hormuz.
04:09Donc là, les Iraniens tiennent une carte en disant
04:12« Je négocie sur Hormuz, mais n'oubliez pas mon influence au Liban. »
04:17Et donc, pas de cesser le feu à Hormuz s'il n'y a pas de cesser le feu au
04:20Liban.
04:21Et les Iraniens ont vraiment le pouvoir, si je puis dire, sur le Hezbollah
04:25pour leur dire « Vous négociez ou vous ne négociez pas ? »
04:27C'est un pouvoir total. Le Hezbollah, c'est véritablement le bras-armé.
04:31C'est un proxy total.
04:33Et c'est la dernière carte.
04:35C'est la dernière, je dis, parce que la Syrie échappe à l'Iran,
04:41parce que l'Irak échappe un petit peu à l'Iran.
04:44Les Yéménites, les Houthis, ont décidé de se calmer.
04:47Et donc, la dissuasion effective, la carte dissuasive effective
04:53que les Iraniens tiennent, c'est celle du Liban Sud,
04:56c'est peut-être un front, on dirait, appendiciel, secondaire.
05:01Mais en même temps, si les choses se bloquent dans le détroit d'Hormuz,
05:04à ce moment-là, l'Iran peut réactiver à n'importe quel moment
05:08le front libanais et faire en sorte que les choses explosent,
05:14si j'ose dire, mais dans une espèce d'explosion contenue.
05:19Parce que l'idée, c'est quand même de poursuivre la négociation.
05:22Annalisa ?
05:23Disons que l'espoir des Américains et des Israéliens
05:25était celui d'arriver à arrêter le régime de Mola tout de suite
05:28dès les premiers jours de la guerre.
05:30Ça ne s'est pas passé.
05:31Aujourd'hui, le régime résiste.
05:33Il est en quel état ?
05:34Alors, le régime résiste, effectivement.
05:36Pourquoi il résiste ?
05:37Parce qu'il a changé.
05:39Sans changer.
05:40Et comment cela ?
05:41Le régime tenait avec un arbitre,
05:43qui était l'ayatollah,
05:46c'était Khamenei qui a succédé à Khomeini.
05:48Mais ce n'était pas un pouvoir religieux à l'État pur.
05:50C'était un pouvoir d'arbitrage que tenaient les religieux
05:54entre les passe-d'arands et les diplomates
05:57comme l'arachie, la ligne un peu diplomatique.
05:59Avec cette guerre, finalement, on a assisté à une prise,
06:03un coup d'État, un coup d'État déguisé, silencieux,
06:06des passe-d'arands qui se sont emparés du pouvoir.
06:09Exit les Kalibash, les Pézakshian,
06:12le président de la République iranienne.
06:15Le Kalibaf, même, a disparu de la négociation,
06:17pour le moment, le président du Parlement,
06:19qui est l'homme fort politiquement dans ce régime,
06:22au profit des passe-d'arands
06:24qui tiennent une ligne de crête absolument inflexible,
06:28et qui est la ligne de négociation,
06:30qui irrite beaucoup, aujourd'hui, Donald Trump,
06:32parce qu'ils ont réussi une chose
06:34qui n'était pas prévue au départ.
06:35Ils ont réussi à découpler les dossiers.
06:38Il y avait une proposition en 10 points des Iraniens,
06:41suivie d'une proposition en 15 points des Américains.
06:44C'était un package, comme on dit.
06:46Et là, les Iraniens freinent.
06:48Ils jouent le temps.
06:49Ils disent, écoutez, commençons par traiter Hormuz,
06:51et puis on verra le nucléaire.
06:53Or, si les Américains sont allés en Iran,
06:56– Oui, c'est pour le nucléaire.
06:56– C'est pour le nucléaire.
06:57– Donc il y a un changement dans l'ordre des priorités.
06:59– Exactement.
07:00Et puis les Iraniens,
07:01avec la même mise sur le passage par le détroit d'Hormuz,
07:06ont réussi à inverser l'ordre des priorités.
07:09– Sous-titrage Société Radio-Canada
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