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  • il y a 6 minutes
Ce mardi 7 avril, Maneli Mirkhan, spécialiste des relations internationales et de l'Iran, cofondatrice de Dorna, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Elle s'est intéressée à la guerre en Iran, aux menaces de Donald Trump sur les infrastructures de Téhéran et à l'avenir politique du pays. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Donald Trump considère que les Iraniens le soutiennent dans son opération.
00:05Est-ce que c'est exact ? C'est la question que nous allons poser à notre invité.
00:08Maneli Mirkan, bonjour. Vous êtes spécialiste des relations internationales et de l'Iran.
00:12Vous avez cofondé il y a quelques mois DORNA.
00:14C'est une organisation qui oeuvre à la structuration d'une transition démocratique en Iran.
00:19On va reparler de votre organisation.
00:20Mais quand Donald Trump dit « les Iraniens me soutiennent », est-ce que vous pensez que c'est exact
00:25?
00:25Les Iraniens ont massivement demandé, au début de cette guerre, une intervention pour les aider.
00:32Pourquoi ? Face à un régime qui a démontré qu'il était armé jusqu'aux dents et qu'il n
00:35'hésiterait pas à tuer, à massacrer.
00:38Évidemment, la population avait besoin d'aide et ils l'ont demandé massivement,
00:42y compris les figures de l'opposition qui sont à l'intérieur de l'Iran.
00:45En revanche, on arrive à un stade de la guerre où les menaces touchent profondément la structure économique
00:54et du pays qui va, in fine, avoir des impacts sur la population.
00:59Et là, on sent qu'il y a, c'est une erreur d'ailleurs, je pense, stratégique de la part
01:04de cette coalition,
01:06qui est de dire qu'en affaiblissant les infrastructures, en frappant les infrastructures,
01:11on arrivera à garder le même soutien de la population.
01:17Si vous avez un affaiblissement économique, vous retournez l'opinion publique, en fait.
01:21– Disons que les Iraniens, d'une part, sont très nationalistes,
01:26tiennent à leur pays, ils veulent sauver le pays de l'Amane Mollah,
01:29ils ne veulent pas détruire le pays, donc il y a cet aspect-là.
01:31Et puis de l'autre côté, si on affaiblit les Iraniens dans leur vie au quotidien,
01:36qu'est-ce qu'on peut attendre d'eux pour qu'ils puissent renverser le régime ?
01:39Jusqu'ici, cette coalition, la coalition israélien-américaine,
01:43a toujours pris le soin de paralyser le système, paralyser les gardiens de la révolution,
01:48même quand ils ont frappé les infrastructures gazières,
01:51c'était la partie qui les paralysait pendant un certain temps,
01:55mais qui pouvait être réparée, qui pouvait être remise en état très rapidement.
01:59Là, on passe dans une autre phase,
02:02où on est en train de menacer, de frapper les ponts,
02:06de frapper les centrales électriques.
02:09Là, pour le coup, déjà la remise en état, ça va prendre des années,
02:13il le dit d'ailleurs Trump, et puis c'est tout de suite toucher la population
02:18dans sa consommation, dans son quotidien.
02:20Annalisa ?
02:21Justement, vous parliez des manifestations qui ont lieu en début d'année,
02:24elles se sont arrêtées, elles n'ont pas repris depuis le début de la guerre.
02:28Pourquoi ? C'est que la répression a été trop forte, trop cinglante ?
02:31Alors, je pense que tout le monde est d'accord aujourd'hui pour dire
02:35que la population ne peut pas sortir sous les bombardements.
02:38Et d'ailleurs, ça a été à maintes reprises dit et redit par la coalition internationale
02:43pour dire, on vous dira quand ce sera le bon moment.
02:45Donc, on ne peut pas le reprocher aujourd'hui de ne pas sortir dans les rues.
02:49Alors, évidemment, il y a aussi ce facteur que plus ils sont menacés,
02:54plus le noyau dur de ce régime,
02:56ceux qui sont vraiment très durs envers la population, réprimandes, etc.,
03:03s'endurcissent.
03:03En revanche, on voit aussi l'effet qu'ils ont été frappés en leur cœur,
03:09qu'il y a eu beaucoup de mouvements de défection aussi au sein des...
03:13j'allais dire en bas du pyramide, en fait, des soldats, etc.
03:21On ne voit pas encore le bascule.
03:23C'est-à-dire que les gens, quand ils regardent dehors,
03:24ils voient encore qu'il y a des forces de répression parquées aux quatre coins de la rue.
03:28Et puis, ils ont fait venir des forces.
03:30Il y a eu des forces afghanes, les chiites afghanes,
03:33qu'on appelle les fatimunes, qui sont venues à Téhéran.
03:36Il y a eu des forces chiites, irakies,
03:38qui ont fait venir les mêmes qu'ils ont fait venir
03:40pour le massacre de 8 et 9 janvier.
03:44C'est-à-dire qu'ils ont du renfort aussi
03:47pour faire peur à la population.
03:49Ce qui est clair, c'est que pour le régime,
03:51le front intérieur, donc, par rapport à sa population,
03:55est limite plus dangereux que le front extérieur
03:59vis-à-vis de la coalition.
04:00Ça, ils savent faire, leur capacité de nuisance est assez élevée.
04:05Ils se sont préparés pendant des décennies à ça.
04:07En revanche, le front intérieur,
04:09qui les a surpris à chaque fois pendant le mouvement Femmes, Vie, Liberté,
04:13le 8 et le 9 janvier,
04:15ça, c'est le front qui les inquiète beaucoup
04:17parce que c'est leur vie qui est en jeu là.
04:20Donc, ils vont mettre le paquet, effectivement, double.
04:22Vous travaillez, vous, pour une transition,
04:24pour chercher des alternatives possibles.
04:26Beaucoup d'experts qui viennent sur le plateau
04:28racontent à quel point c'est compliqué qu'un régime tombe
04:31quand il y a autant d'hommes,
04:33quand c'est un système qui a été construit
04:35pendant autant d'années.
04:36Aujourd'hui, quelles sont les voies qui s'élèvent ?
04:39Qu'est-ce que vous voyez émerger ?
04:41Alors, il y a beaucoup de voies contre le régime,
04:46y compris à l'intérieur du système.
04:47Alors, moi, je sépare ce système étatique de l'Iran
04:51par rapport au régime qui s'assoit sur le système
04:54et qui l'utilise.
04:55Dans le système étatique,
04:57il y a énormément de résistances et de voies qui s'élèvent.
05:00Le problème, c'est que ces voies ne peuvent pas être visibles
05:03tant que les conditions ne sont pas réunies,
05:05tant que le régime n'est pas sur le point de tomber.
05:08Pourquoi ?
05:08Parce que la répression est telle
05:10qu'un groupe qui se détache ou une voie
05:12qui vient en tant que sauveur ou en tant qu'alternative
05:15est tout de suite réprimé.
05:16Donc, pour l'instant, le côté visible de l'opposition
05:20est seulement à l'extérieur de l'Iran.
05:22Mais il y a bien une opposition aussi à l'intérieur.
05:24Pour une partie, d'ailleurs, dans les prisons,
05:26dans la prison d'Evine, la fameuse.
05:28Donc, ces oppositions existent.
05:31Le problème, c'est qu'on ne peut pas attribuer
05:34à une force d'opposition
05:37la légitimité de l'ensemble du pays,
05:40la représentativité de l'ensemble.
05:41Donc, tout ce que nous, on a œuvré ici,
05:45c'est de créer une coalition assez large
05:47qui inclut aussi bien les ethnies
05:49que l'opposition à l'extérieur
05:51et surtout, surtout l'opposition à l'intérieur du pays.
05:54Pourquoi ?
05:55Parce que l'enjeu d'un changement de régime,
05:58même si un changement par nature est instable,
06:01l'enjeu d'un changement, c'est quand même
06:03de garder une stabilité relative.
06:04Surtout dans un pays à 90 millions d'habitants,
06:06qui est le cœur du Moyen-Orient,
06:08dont l'instabilité va avoir des répercussions,
06:11y compris pour nous ici en Europe.
06:13Donc, il faut assurer cette stabilité relative
06:16et ça, ça ne peut venir que du système
06:18à l'intérieur du pays.
06:19Vous pensez que c'est possible ?
06:21Alors, c'est évidemment possible.
06:23Je ne pense pas qu'on puisse tenir
06:25un pays à 90 millions d'habitants
06:27quand on sait que 85 à 90 % de la population
06:31est contre le régime.
06:33Ça tient aujourd'hui par la force,
06:35ça tient par la répression.
06:36Ils sont, on le sait, très fragilisés.
06:40Ils défient effectivement l'Occident,
06:42mais ils ne peuvent pas, à vie éternelle,
06:45défier un pays où la moyenne d'âge
06:47est de 35 ans et qui aspire à...
06:51La moyenne d'âge en Iran est de 35 ans ?
06:53Oui, c'est une population très, très jeune
06:56et qui a des aspirations de démocratie,
07:00de laïcité et de liberté, comme ici.
07:03On l'a vu à maintes reprises.
07:04C'est pour ça, en fait, que j'ai beaucoup d'espoir.
07:06Parce que cette population n'a pas attendu la guerre
07:08pour demander à être libérée,
07:10pour transformer un peu le Moyen-Orient.
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