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  • il y a 13 heures
Ce lundi 20 avril, Isabelle Méjean, économiste et professeure à Sciences Po, et directrice du programme "Trade and Regional Economics" du CEPR, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Elles ont notamment évoqué les répercussions de la situation dans le détroit d'Ormuz sur le commerce mondial. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Nous recevons avec Annalisa Capellini, Isabelle Méjean, économiste, professeure à Sciences Po,
00:05directrice du programme Trade and Regional Economics du Centre for Economic and Policy Research, le CEPR.
00:11Bonjour, merci d'être avec nous sur ce plateau.
00:14On va concrètement voir comment cette situation dans le Détroit a désorganisé le commerce mondial.
00:21Mais ce qui frappe avant tout, c'est ces changements permanents,
00:24toutes les demi-journées, des blocages, des navires qui passent, d'autres navires qui ne passent pas,
00:30des violences sur le Détroit d'Hormuz.
00:32Bref, tout cela immobilise concrètement depuis 50 jours le commerce mondial, Isabelle Méjean.
00:38Oui, effectivement, il y a vraiment une grande incertitude sur les évolutions à venir
00:42et donc ça commence à devenir assez inquiétant pour un grand nombre de filières.
00:48Concrètement, on a quel délai devant nous ?
00:51Je veux dire, si aujourd'hui, le Détroit était durablement rouvert,
00:56ça remettrait combien de temps à revenir à la normale du point de vue de l'économie et du commerce
01:00international ?
01:01Alors, le FMI a fait des prévisions récemment.
01:04Ils estiment que pour les pays producteurs de pétrole, ça mettra deux ans à se remettre
01:10parce que là, la production est à l'arrêt dans certains pays et sites pétroliers.
01:15Donc, ça peut avoir des conséquences un peu longues.
01:18Et après, il y a aussi pas mal d'incertitudes sur tout ce qui concerne les dérivés du pétrole
01:24ou les produits chimiques qui, aujourd'hui, sont en tension,
01:28mais qui sont des produits pour lesquels il y a plus de stocks.
01:31Donc, c'est un peu plus facile de faire face à un mois, deux mois, trois mois de pénurie,
01:35avec évidemment les conséquences si on arrive au bout des stocks
01:38et puis les difficultés à reconstituer tous ces stocks.
01:43Annalisa ?
01:43Justement, quels sont les produits qui sont le plus impactés par la fermeture du détroit d'Hormuz,
01:47à part, évidemment, le pétrole ?
01:50Aujourd'hui, on parle beaucoup des produits chimiques
01:53qui sont souvent produits directement en lien avec le pétrole.
01:58Donc, par exemple, le soufre, l'hélium,
02:00qui sont des produits qui interviennent beaucoup dans la production chimique
02:04et donc, ensuite, qui peuvent avoir des conséquences sur les industries en aval de ces industries.
02:12Donc, tout ce qui concerne les engrais, les dérivés pétrochimiques.
02:16Ce que vous disiez tout à l'heure, c'est très intéressant de parler des stocks.
02:19Maud Bréjvon disait qu'on pouvait taper, évidemment, dans les stocks stratégiques,
02:22par exemple, de kérosène, que pour le moment, on n'était pas en pénurie
02:26ou que ça n'allait pas trop déstabiliser le secteur de l'aérien.
02:29Mais c'est là-dessus, finalement, que dépend la résilience des économies européennes,
02:36américaines, asiatiques.
02:37C'est la constitution des stocks ?
02:39Oui, c'est toujours un peu cette espèce d'équilibre qu'on a dans les chaînes de valeur mondiales
02:45parce que c'est des modes de production qui sont généralement assez fragiles,
02:49qui peuvent être assez peu résilients à des chocs un peu localisés.
02:53Et donc, dans ce cas-là, il y a un peu deux situations.
02:55Il y a des chaînes de valeur dans lesquelles on produit beaucoup à flux tendu
03:01parce que soit les stocks sont très coûteux, c'est des produits qui sont volumineux
03:06ou bien qui sont assez sensibles, assez fragiles.
03:09Donc, par exemple, sur les semi-conducteurs, on savait qu'à l'époque du Covid,
03:13il y avait moins de stocks.
03:15Et puis après, il y a d'autres secteurs ou types de produits
03:18pour lesquels il va y avoir plus facilement du stockage,
03:20simplement soit parce qu'il y a la constitution de stocks stratégiques
03:25dans un certain nombre de points des chaînes de valeur,
03:27soit simplement parce que sur certains éléments,
03:30c'est beaucoup moins coûteux de garder en stock
03:33une partie importante de la consommation annuelle.
03:37Annalisa ?
03:37Nous, on parle beaucoup du détroit d'Hormuz,
03:39mais on voit qu'il y a des tensions sur d'autres détroits.
03:42Je pense à Malacca, par exemple.
03:43C'est par là que passe 40 % du commerce mondial.
03:45Je pense à Bab el-Bandeb avec les outils ces derniers mois.
03:48Est-ce qu'on peut dire que ça se grippe plus globalement ?
03:56Globalement, le trafic maritime, c'est une logistique
04:00qui est assez concentrée dans l'espace
04:01parce qu'il y a des routes de commerce
04:04qui passent par des détroits un peu stratégiques.
04:07Et donc, chacun de ces points de passage importants
04:11sont des points de vulnérabilité potentiels.
04:15Après, peut-être ce qui est un peu nouveau dans la période récente,
04:17c'est vraiment que la montée des tensions géopolitiques
04:21rend ces points de concentration de l'activité économique
04:27des points possibles stratégiques et de coercition.
04:31Et donc, notamment en Asie du Sud,
04:35il y a beaucoup d'incertitudes géopolitiques.
04:38Et donc, ça rend ces points de concentration du commerce mondial
04:43des points qui peuvent potentiellement devenir
04:45des grosses sources d'incertitudes stratégiques et géopolitiques.
04:49Mais les crises, quoi qu'il arrive,
04:50les crises géopolitiques, les crises internationales,
04:53les crises internationales se multiplient.
04:54Je veux dire, il y en a très régulièrement.
04:56Quel bloc, quelle partie du monde a le plus les capacités,
05:01aujourd'hui, de finalement être moins dépendante de ces crises,
05:05de se repenser, de pouvoir peut-être avancer,
05:08innover pour trouver d'autres solutions, être plus résiliente ?
05:13L'organisation globale du commerce,
05:18elle reste, excusez-moi, la structure du commerce mondial,
05:23ça reste des blocs très régionaux.
05:26En gros, le bloc nord-américain,
05:29le bloc asiatique autour de la Chine
05:32et le bloc européen, il y a évidemment des liens
05:35entre ces blocs, on ne les voit pas bien,
05:38c'est ce dont on discute aujourd'hui,
05:39mais c'est important de garder en tête
05:41que la plupart des échanges se font en intra-bloc.
05:44Pour l'Europe, par exemple, c'est 60% de nos échanges
05:46qui se font uniquement à l'intérieur de l'Union européenne.
05:50Donc, ça veut dire que ces points de vulnérabilité
05:54dont on parle beaucoup restent quand même assez marginaux.
05:58Après, il y a l'Europe,
06:00comme les autres parties du monde,
06:02souffrent de dépendances très importantes
06:04sur certains points très spécifiques
06:06et c'est vraiment sur ces points qu'il faut travailler
06:09pour garder la résilience du système dans son ensemble.
06:14Annalisa ?
06:14Ce qu'on remarque surtout avec Hormuz,
06:16c'est que quand un pays décide de bloquer un détroit,
06:19il n'y a aucune force qui peut vraiment l'empêcher,
06:22surtout dans le cas de l'Iran, par exemple,
06:23avec des moyens relativement limités.
06:25Est-ce que vous pensez que ça peut se reproduire ailleurs ?
06:29Je pense qu'aujourd'hui, il y a un risque important autour de Taïwan.
06:33Évidemment, c'est un peu les inquiétudes des politistes.
06:37Évidemment, ce n'est pas trop mon métier,
06:39donc je ne peux pas trop me prononcer.
06:40Mais effectivement, ce qu'on voit aujourd'hui,
06:42c'est qu'il y a des risques très importants
06:44autour de la Chine et de Taïwan.
06:46Si la Chine, par exemple, bloquait Taïwan,
06:49c'est un cinquième du trafic mondial qui serait concerné.
06:53C'est 60% de la production mondiale de semi-conducteurs.
06:56Donc évidemment, c'est des risques qui sont très importants.
06:59Et je pense que juste pour continuer sur ce que vous disiez tout à l'heure,
07:02ce qui est peut-être un peu nouveau,
07:04c'est qu'on a pris l'habitude d'un monde
07:06où il y avait un bloc hégémonique,
07:08une puissance hégémonique principale,
07:10qui étaient les États-Unis,
07:11qui ont fait tenir le système international
07:13depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
07:15Et la montée de la Chine
07:17et la remise en cause de l'hégémonie américaine
07:20rendent cette situation très instable.
07:23Et donc la question aujourd'hui, pour l'Europe,
07:25c'est vraiment de réussir à imposer une voie intermédiaire
07:32entre ces deux puissances
07:34qui se disputent un peu l'hégémonie mondiale.
07:37L'Europe pourrait être la solution.
07:38Merci beaucoup, Isabelle Méjean.
07:40Économiste, professeure à Sciences Po,
07:42directrice du programme Trade and Regional Economics
07:46du CEPR.
07:46Merci d'avoir été dans la matinale de l'économie.
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