00:00Avec Annalisa Capellini qui me rejoint sur ce plateau, nous recevons Nadia Feta-Alaoui,
00:05ministre de l'économie et des finances du Maroc.
00:08Merci beaucoup d'être sur ce plateau ce matin dans la matinale de l'économie.
00:12Merci pour l'invitation.
00:13Je voulais évidemment, on va parler de l'économie du Maroc,
00:16on va parler des investissements étrangers,
00:19mais évidemment je ne peux pas commencer cette interview sans parler de ce contexte,
00:22de cette situation qui a été déclenchée ce week-end.
00:26J'aimerais savoir quelles sont les conséquences sur l'économie du Maroc,
00:31de ses frappes sur l'Iran, de ses ripostes dans la région.
00:36Est-ce qu'il y a des conséquences sur votre économie, par exemple sur l'énergie,
00:39sur les approvisionnements ? Quelle est la situation pour le Royaume ?
00:42Encore une fois, merci pour l'invitation.
00:44Nous déplorons évidemment cette crise dans le Moyen-Orient.
00:49Le Maroc s'est exprimé pour une solidarité avec les pays frères.
00:54Et puis une pensée pour les populations civiles qui payent toujours le tribut.
00:59Clairement, nous sommes dans les chaînes globales, on va dire, de l'économie.
01:03Nous importons nos hydrocarbures.
01:06Donc nous sommes prêts à d'éventuels impacts sur notre économie.
01:12Nous avons hélas ces dernières années à expérimenter, on va dire,
01:15nos boucliers en faveur des populations les plus vulnérables
01:18et pour protéger l'économie.
01:19Nous avons des réserves de change, un mix énergétique qui est de plus en plus vert.
01:24Et puis une économie qui a prouvé sa résilience.
01:28Donc nous espérons que la crise sera courte, mais en responsabilité,
01:31nous avons le plan d'action qu'il faut.
01:33Oui, c'est vrai que le mix énergétique est très important.
01:36C'est là qu'on va voir son efficacité dans les semaines qui viennent.
01:38Annalisa.
01:39Donc aujourd'hui, vous craignez un impact sur le gaz, sur le pétrole.
01:42Quel pourrait être l'impact très concret si le conflit devait durer
01:45entre 4 ou 5 semaines, comme le dit Donald Trump, par exemple ?
01:48Sur le pétrole, nous l'avons budgété à 65 dollars dans notre loi de finances.
01:54Vous savez qu'il est déjà à 85 dollars.
01:57Le gaz, c'est vraiment une consommation plutôt domestique.
01:59Ça a un impact, mais qui est complètement contenu
02:02et que nous pouvons, on va dire, avec nos finances publiques, confronter.
02:06Mais on espère vraiment qu'on n'aura pas à le faire durablement.
02:09Est-ce que ça a un impact sur, justement, les investissements étrangers ?
02:14Très largement.
02:15On sait qu'il y a beaucoup d'investissements étrangers au Maroc,
02:18de la part des entreprises françaises notamment.
02:20Est-ce que l'attractivité peut être éventuellement touchée à un peu plus long terme ?
02:27Je crois vraiment que non.
02:29Le Maroc a un actif considérable, qui est sa stabilité dans la durée,
02:35sa stabilité politique, sa stabilité économique.
02:37Nous étions dans une phase, on va dire, d'attraction des investisseurs.
02:41Aujourd'hui, je pense que ceux qui sont installés sont convaincus et se projettent.
02:45Et que nos atouts, en dehors de la stabilité,
02:49beaucoup d'énergie verte, de talent, de connectivité au marché mondiaux,
02:55sont vraiment des forces.
02:58Et vraiment, le Maroc est une vraie base d'investissement dans un monde turbulent.
03:03Je pense que l'opportunité est là, même dans un moment douloureux comme celui-ci.
03:08Annalisa.
03:09C'est intéressant parce que vous avez une double stratégie au Maroc.
03:11Donc vous avez d'un côté cette volonté d'attirer les investissements étrangers,
03:15et vous y arrivez, c'est le cas avec Safran, par exemple, pour parler de la France.
03:18Et de l'autre, vous voulez quand même faire émerger vos propres champions.
03:22Comment vous articulez ces deux stratégies qui peuvent paraître opposées ?
03:26Écoutez, c'est la même.
03:27Je pense que notre volonté, c'est de devenir vraiment un pays émergent.
03:32Le souverain a, depuis 25 ans, dessiné une stratégie que nous déployons
03:38pour avoir les métiers mondiaux du Maroc.
03:40Alors, métiers mondiaux, ça veut dire que nous voulons attirer des savoir-faire internationaux,
03:46mais il faut que ça profite à notre économie et à nos populations.
03:50Et je pense que nous avons démontré dans plusieurs secteurs
03:53qu'avec des investisseurs internationaux,
03:56nous avons aussi créé un écosystème local avec des PME.
04:01Et plus que ça, je pense que ça ne s'oppose pas.
04:03Ces investisseurs dont vous parlez, internationaux, recherchent ça
04:06et savent qu'ils peuvent compter sur les Marocains,
04:09les ingénieurs femmes et hommes au Maroc, sur notre écosystème,
04:13comme un élément de leur flexibilité, leur agilité, leur compétitivité.
04:17Annalisa parlait de Safran tout à l'heure.
04:19Il y a eu deux annonces en l'espace de six mois, effectivement.
04:21L'ouverture d'une chaîne d'assemblage de moteurs LIP pour Airbus
04:26et puis une nouvelle usine de fabrication de trains d'atterrissage.
04:30Vous avez des atouts dans l'automobile, dans l'aéronautique, on l'a vu.
04:34Sur quel autre secteur vous misez pour les années qui viennent ?
04:39Peut-être s'arrêter sur Safran qui est vraiment...
04:41Ce sont deux belles annonces.
04:43On parle de 500 millions d'euros d'investissement, quasiment 800 emplois.
04:46Mais plus que ça, c'est vraiment confirmer une confiance
04:49dans la trajectoire industrielle du Maroc.
04:52Donc dans l'automobile également, vous l'avez rappelé.
04:55Donc ce que nous voulons, c'est dupliquer cette réussite d'écosystèmes
04:59dans l'aéronautique et l'automobile vers d'autres industries.
05:04La mobilité est un beau sujet autour de la batterie électrique.
05:10Toutes les énergies renouvelables, le textile
05:12et beaucoup d'autres industries à haute valeur ajoutée
05:15parce que ce qui compte, c'est les taux d'intégration
05:18que nous avons réussis dans l'automobile.
05:19On est à plus de 60%.
05:20Dans l'aéronautique, à 42%.
05:23Et nous voulons, on va dire, dupliquer ces stratégies.
05:26Nous ne sommes pas que dans l'industrie.
05:27Nous avons d'autres secteurs d'activité forts
05:30que sont l'agriculture, le tourisme.
05:34Donc vraiment, massifier, monter en gamme dans les industries
05:39et diversifier l'économie, c'est la clé de l'émergence et de la résilience.
05:43Si on dézoome un peu, on voit que vous êtes un partenaire stratégique pour l'Europe.
05:47C'est normal, il y a des questions géographiques, historiques, de proximité.
05:50Mais on voit aussi que vous arrivez à parler avec les États du Golfe.
05:53Vous le mentionnez tout à l'heure.
05:55Vous parlez avec les États-Unis, avec la Chine.
05:57Vous arrivez à faire du commerce avec beaucoup d'États, finalement.
06:01Avec beaucoup de pôles différents.
06:02Aujourd'hui, ce n'est pas si simple.
06:05Aujourd'hui, ce n'est peut-être pas si simple.
06:07Mais ce qui est important, c'est que notre souverain a fait ses choix depuis toujours.
06:12Nous sommes un pays ouvert qui dialogue avec l'ensemble.
06:15Nous sommes crédibles et fiables.
06:16Donc, ce n'est pas du tout des stratégies opportunistes pour s'adapter.
06:20Nous avons les partenaires de toujours.
06:22Mais le monde s'est globalisé.
06:24Aujourd'hui, il est fragmenté, mais il est global quand même.
06:27Et donc, nous avons des atouts à faire valoir.
06:30Et cette fiabilité, cette stabilité rassure.
06:32Parce que nous sommes dans le temps long.
06:35Et nous avons des preuves aujourd'hui dans l'ensemble de notre économie,
06:39de nos relations, on va dire, géopolitiques,
06:42qui démontrent que nous ne devions pas, que nous sommes restés fidèles à nos partenaires d'hier
06:47et nos partenaires d'aujourd'hui et de demain.
06:49Toute dernière question, parce que le temps file à une vitesse folle.
06:52La Coupe du Monde de foot 2030, organisée conjointement par le Maroc, le Portugal et l'Espagne.
06:58Qu'est-ce que ça va apporter au pays ?
07:00C'est une célébration, on est très très fiers.
07:04C'est, en fait, dans la trajectoire de développement,
07:08c'est une date qui permet de, on va dire, de mieux cadencer nos investissements.
07:14Ce qu'on veut, ce n'est pas un grand événement en 2030.
07:18C'est vraiment des investissements pour les Marocains,
07:21pas par les Marocains, pour un meilleur futur.
07:24Donc nous sommes sous les feux du projecteur.
07:26Les bénéfices arrivent dès aujourd'hui.
07:28J'en veux pour preuve le secteur du tourisme.
07:29On est déjà à 20 millions de touristes.
07:31Mais ce qui compte, c'est cet héritage qui doit appartenir à l'ensemble des populations
07:36et à tous les territoires.
07:37Ils sont nombreux et multiples.
07:39Merci beaucoup Nadia Fettal,
07:41ministre de l'Économie et des Finances du Maroc,
07:43d'avoir été ce matin dans la matinale de l'économie.
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