00:00Ce matin, on vient sur ce projet de loi d'urgence agricole qui arrive dans l'hémicycle.
00:04Quatre jours d'examen, les débats risquent d'être tendus.
00:07Emmanuel Lechypre, est-ce que c'est la bonne réponse à la crise agricole ?
00:10C'est un très gros projet de loi, plus de 20 articles.
00:17Simplification des normes, meilleure rémunération des agriculteurs,
00:21protection de notre souveraineté alimentaire et du Made in France,
00:24meilleur accès à l'eau en passant par plus de sévérité concernant ce qui concerne les vols, etc.
00:31et les recours abusifs.
00:33Moi, je vais être très clair, cette loi, c'est comme le cochon.
00:37Tout est bon dedans.
00:38Voilà, il n'y a rien à jeter dans cette loi.
00:41Tout va dans le bon sens.
00:43Est-ce qu'il y a trop de normes aujourd'hui pour nos agriculteurs ?
00:45Oui, bien sûr, on impose à l'agriculture française les normes les plus strictes du monde.
00:51Et puis, on importe des produits qui, eux, ne les respectent pas.
00:56Je ne parle pas des pesticides, je ne parle pas des normes, du bien-être animal.
01:03Tout ça est plus exigeant en France qu'ailleurs.
01:05Les contraintes sur l'eau, les limitations de recours aux engrais.
01:09Vous êtes quand même dans un pays qui interdit des engrais qui sont autorisés chez nos voisins européens.
01:14Du coup, on ne peut plus avoir de production française sur tout un tas de produits.
01:18Oui, est-ce qu'il y a trop de contraintes administratives pour nos agriculteurs ?
01:22Oui, la PAC, les déclarations environnementales, les contrôles, les normes phytosanitaires, etc.
01:27Est-ce qu'il y a une écologie trop dogmatique en France ?
01:30Oui, bien évidemment, et plus qu'ailleurs, puisqu'on a une écologie qui ailleurs est parfois sérieuse.
01:38Une écologie qui nous dit mais comment produire autrement ?
01:40En France, pour les écologistes, produire, c'est déjà un problème en soi.
01:45Donc oui, cette loi, elle va vraiment, vraiment dans le bon sens.
01:49Jean-Marc Daniel n'est pas du tout d'accord avec vous.
01:51J'espère bien.
01:52Qu'est-ce que vous lui reprochez, Jean-Marc ?
01:53C'est un recul calamiteux par rapport aux objectifs de la politique agricole commune,
01:57par rapport aux objectifs de l'évolution de l'agriculture,
01:59par rapport à tout ce qui a été mis en chantier depuis une trentaine d'années.
02:02C'est-à-dire que les agriculteurs n'arrêtent pas de pester contre les réformes de 1992,
02:07les réformes Macchary, dont l'objectif était de constater deux choses.
02:11Il y avait une surproduction sur un certain nombre de produits,
02:14et cette surproduction était liée, deuxième élément,
02:17au fait que l'agriculture ne répond pas et répond de moins en moins aux attentes des consommateurs.
02:22La crise agricole du moment, c'est quoi ?
02:24C'est la crise viticole.
02:27On arrache des vignes parce que les gens consomment de moins en moins de vin.
02:30La crise, c'est la crise de production du lait.
02:33Les agriculteurs ont effectivement protesté en disant qu'il fallait
02:36que l'Europe intervienne pour acheter du lait.
02:38Pourquoi ? Parce que les gens consomment de moins en moins de lait.
02:40Et donc les gens ont une consommation.
02:42Le personnage qui définit normalement la situation économique d'un secteur,
02:46c'est le consommateur.
02:47Or là, on est dans une orientation qui ne s'intéresse qu'aux producteurs,
02:51avec une perte d'évaluation de ce qu'est le producteur en matière agricole,
02:56qui est la logique du jardin.
02:59C'est-à-dire que la réforme Macchary avait comme objectif
03:02de faire en sorte que le rôle des agriculteurs ne soit pas uniquement
03:04de produire des choses qu'on n'arrive pas à vendre,
03:07mais soit également de prendre en compte les enjeux autour de la nature,
03:10de l'écologie.
03:11Et pas forcément effectivement de l'écologie punitive,
03:13mais de l'écologie objective.
03:15Alors je vais juste prendre les cinq objets de la loi.
03:18Très très rapidement, c'est bâtir des projets de territoire
03:20pour reconquérir notre souveraineté.
03:22Donc déjà le mot souveraineté, c'est devenu en français moderne
03:25l'équivalent de protectionnisme.
03:28Donc on va faire du protectionnisme.
03:29D'ailleurs, ça se précise dans le point de mobiliser l'État
03:32pour protéger ses agriculteurs.
03:34C'est-à-dire qu'il y a un possessif,
03:35c'est-à-dire que l'État considère maintenant
03:37que les agriculteurs sont sa propriété,
03:40c'est-à-dire que c'est des fonctionnaires.
03:41C'est-à-dire que l'idée de s'adapter à la réalité économique
03:43est totalement absente du projet.
03:45L'État, c'est col-cause, c'est sauf-cause.
03:49Les agriculteurs sont des employés de l'État.
03:51Pour les protéger, des concurrences déloyales.
03:54Quand on vous parle de concurrence déloyale,
03:56vous avez tout de suite derrière des gens qui sont protectionnistes.
03:59Les concurrences sont par nature déloyales.
04:01Votre concurrent, il veut prendre votre part de marché.
04:04Simplifier les normes agricoles,
04:06c'est-à-dire arrêter effectivement de protéger la nature,
04:08arrêter de défendre l'avenir de la planète.
04:11Renforcer le point des agriculteurs pour renforcer leurs revenus.
04:14Mais on renforcera leurs revenus de deux façons.
04:17On renforcera leurs revenus effectivement
04:18en faisant en sorte qu'ils produisent ce qu'attend la...
04:21population et en augmentant les gains de productivité.
04:24Or, un des enjeux en la matière,
04:25c'est que va devenir le monde agricole ?
04:28Vu le nombre de gens qui vont partir à la retraite,
04:30la véritable urgence,
04:31ce n'est pas d'essayer de refaire des sauf-causes,
04:33c'est de faire en sorte que l'on prépare l'agriculture de demain
04:36avec une population agricole qui va diminuer.
04:38Les distributeurs d'ailleurs sont bon debout
04:40contre ce qui va se passer là,
04:41cette loi d'urgence agricole.
04:43Emmanuel Lechypre ?
04:44Il reste une minute.
04:44D'abord, la concurrence, oui,
04:47mais la concurrence déloyale, non.
04:49Et il y a bien une concurrence.
04:49Ça n'existe pas la concurrence déloyale.
04:50Mais bien sûr que si, il y a une concurrence.
04:52C'est une invention, c'est une invention des protectionnistes.
04:54Non, ça n'est pas une invention.
04:55C'est-à-dire que la concurrence loyale,
04:56c'est la concurrence avec laquelle
04:58tout le monde joue avec les mêmes règles du jeu.
05:00Quand vous ne jouez pas avec les mêmes règles du jeu,
05:03je suis désolé, Jean-Marc,
05:04dans un combat de boxe,
05:05si un Walter de 50 kg
05:07a le droit de lutter contre un poids lourd de 100 kg.
05:11Non, ça n'est pas de la concurrence loyale.
05:13Or, c'est ce qui arrive à nos agriculteurs.
05:15On ne peut pas traiter l'agriculture et l'alimentation
05:17comme des marchés normaux.
05:18La souveraineté alimentaire, c'est un enjeu.
05:20Je rappelle aussi que notre agriculture
05:23est quand même la première à défendre l'environnement en France.
05:26Nous avons l'agriculture la plus verte du monde
05:28selon tous les classements.
05:30Donc, le premier défenseur de l'environnement
05:33aujourd'hui, c'est l'agriculteur.
05:34Il faut arrêter de voir l'agriculteur
05:36comme un ennemi de l'environnement.
05:38Donc, ce qui est ringard,
05:39c'est ce qu'on a fait dans les 30 dernières années
05:42et croire aussi qu'on va pouvoir nourrir les Français
05:45avec le petit producteur près de chez soi,
05:48bien sympathique,
05:49qui ne produit pas meilleur
05:51et pas moins cher, d'ailleurs, la plupart du temps,
05:53que le vrai défi qui est de produire
05:56beaucoup plus et beaucoup plus vert.
05:58Donc, une industrialisation
05:59et une scientifisation de l'agriculture.
06:02Voilà, c'est ça dont on a besoin
06:03et on ne peut pas le faire avec les contraintes
06:05auxquelles sont soumises aujourd'hui nos agriculteurs.
06:08Merci beaucoup, messieurs Emmanuel Lechypre,
06:10Jean-Marc Daniel.
06:11Évidemment, ce débat a été retrouvé
06:12sur notre appli et notre site
06:15en replay sur bfmbusiness.com.
06:18Merci.
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