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  • il y a 6 minutes
Ce lundi 2 mars, l’application de la loi Rixain, qui impose un seuil de 30 % de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises de grande taille, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Le Chypre aujourd'hui, il y a Jean-Marc Daniel et ce sera le cas toute la semaine.
00:03Bonjour Messieurs, on va revenir sur l'entrée en vigueur de la loi Rixin,
00:0730% de femmes dans les instances dirigeantes à partir d'aujourd'hui, c'est obligatoire,
00:12ce sera 40%. D'ici 2029, on en pense quoi Emmanuel Le Chypre ?
00:15Que du mal. On en pense que du mal d'abord parce que c'est une loi qui arrive quand
00:19même extrêmement tard.
00:20Si vous regardez les chiffres qui ont été publiés la semaine dernière,
00:23les 30%, vous les avez déjà dans la plupart des grandes entreprises.
00:26Alors vous allez me dire, oui, mais ce n'est pas le cas dans les entreprises de taille plus petite.
00:30Oui, et c'est ça le problème.
00:32Or, cette loi, elle ne traite absolument pas finalement les racines du mal.
00:37En gros, on traite le symptôme, ok, il n'y a pas assez de femmes,
00:39on en met plus dans les conseils d'administration, etc.
00:41Mais la réalité, c'est que les vrais sujets ne sont pas traités.
00:45On n'a pas tout ce qui concerne finalement la culture d'entreprise, les promotions, etc.
00:52Donc ça, ça ne change pas grand-chose.
00:54Après, c'est quand même un effet, c'est très cosmétique parce qu'en fait...
01:01Non, les quotas, ce n'est pas cosmétique, l'année de Chypre.
01:03Si, c'est cosmétique parce que vous pouvez très bien décider que vous mettez 30 ou 40% de femmes.
01:08Mais pour autant, est-ce que ça change radicalement leur capacité à influencer le pouvoir de décision ?
01:15Vous voyez très bien qu'en fonction des postes que vous distribuez, vous pouvez très bien avoir des femmes qui
01:20sont sur des fonctions...
01:22Vous pouvez mettre toutes les femmes sur les fonctions support, RH, RSE, communication, etc.
01:27Vous aurez votre quota et vous n'aurez pas pour autant des femmes qui sont vraiment aussi...
01:32Ça dépend combien elles sont dans les instances dirigeantes.
01:34Si elles sont plusieurs, ça va commencer à peser.
01:36Oui, ça va commencer à peser.
01:37Mais enfin, encore une fois, vous pouvez contourner ça.
01:40Après, les quotas, on connaît tous les limites des quotas.
01:42C'est-à-dire que vous créez un sentiment d'illégitimité, fondamentalement, qui est quand même un véritable poison dans
01:48les boîtes.
01:51L'illégitimité, comment ça ?
01:52C'est-à-dire qu'en gros, dès l'instant où vous générez le soupçon que quelqu'un a été
01:57promu,
01:58non pas parce qu'il est compétent, mais parce que vous êtes obligé de respecter un quota, c'est un
02:03poison.
02:04C'est un poison, ça nuit fondamentalement à la crédibilité de cette personne et même à celle de toutes les
02:09autres.
02:09Et ce n'est pas vrai seulement que pour les femmes.
02:11C'est vrai pour toutes les politiques de quota.
02:13Bon, bref, la liste est encore longue.
02:14Je vais laisser parler, Jean-Marc.
02:15Mais grosso modo, franchement, c'est une loi qui ne sert à rien.
02:18Et c'est une loi qui, moi, pour moi, a même plutôt des effets néfastes que des effets positifs.
02:23Jean-Marc, corrigez-moi, Emmanuel Lechypre.
02:25Enfin, vous êtes pour.
02:26Oui, oui, je suis à fond pour cette loi parce que je pense qu'effectivement, elle va dans le bon
02:31sens.
02:32D'abord, elle prolonge une loi qui a existé déjà, la loi Coppé-Zimmermann.
02:36Ensuite, elle répond à un rapport.
02:38D'ailleurs, elle a été faite avant ce rapport, mais elle a été confortée par un rapport qui a été
02:42demandé au Centre d'Analyse économique
02:44sur l'égalité homme-femme, la parité homme-femme.
02:47Et donc, ce rapport qui a été remis en novembre 2024 dans ses recommandations, était explicite.
02:52Une des recommandations, c'était « Rendons plus contraignantes les politiques de quota au poste exécutif et d'encadrement ».
02:58Alors, ce qui est intéressant dans ce rapport, c'est qu'ils disent bien qu'il ne s'agit pas
03:01d'aller vers,
03:04de ne pas se laisser soumettre à cette critique assez naturelle que vient de mettre en avant Emmanuel.
03:08C'est-à-dire qu'il y a un problème d'illégitimité qui a été souligné d'ailleurs par la
03:12Cour suprême des États-Unis
03:13au moment où elle est examinée les problèmes d'affirmative action.
03:16C'est-à-dire qu'on va dire aux gens, vous êtes là, non pas parce que vous êtes compétents,
03:20mais vous êtes là parce que vous répondez au quota.
03:22Voilà. La deuxième critique d'ailleurs qui est faite aussi, c'est de dire qu'à partir du moment où
03:27on essaie de corriger ça,
03:29où on met une sorte de groupe de compétences, on dit on va prendre les gens, les femmes,
03:33mais dans un certain niveau de compétences, à partir de ce moment-là, il y a des femmes qui vont
03:39être exclues,
03:40on va dire, vous n'avez plus à vous plaindre, vous auriez pu y être, si vous n'êtes pas
03:43là, c'est parce que vous n'êtes pas compétents.
03:44Jean-Marc, vous étiez censé défendre la loi.
03:46Oui, alors pourquoi je défends la loi ? Parce qu'effectivement, je pense que…
03:49Les critiques sont très pertinentes.
03:50Laissez-le parier.
03:51Je pense qu'effectivement, le véritable enjeu, c'est d'appliquer ces quotas sur la base de la compétence.
03:57C'est-à-dire que, ce qui dit bien d'ailleurs la loi, la loi Rixin, si on la lit,
04:00elle dit bien qu'il faut qu'il y ait 30, puis ensuite 40% d'hommes ou de femmes.
04:05C'est-à-dire que les hommes sont aussi concernés.
04:06C'est-à-dire que ce que met à avoir la loi, c'est l'idée que la déformation des
04:11instances dirigeantes
04:12sur la base du genre est contraire aux intérêts de l'entreprise.
04:16Et c'est ce que souligne aussi le Centre d'analyse économique.
04:19C'est-à-dire qu'en se privant effectivement sur des bases qui sont plutôt la connivence, la complaisance,
04:24on génère effectivement une sous-productivité au sein de l'entreprise.
04:28Et donc, je pense que ça va dans le bon sens parce que ça permet de diversifier les recrutements
04:34à condition qu'on l'applique sur la base de compétences.
04:38Là aussi, c'est ce que disaient autrefois les anciens.
04:40Il faut faire la différence entre l'oligarchie et l'aristocratie.
04:43L'oligarchie, c'est un gouvernement d'un petit nombre.
04:45L'aristocratie, c'est un gouvernement d'un petit nombre, choisi parmi les meilleurs.
04:50Et donc, on doit passer dans les entreprises d'une logique d'oligarchie à une logique d'aristocratie.
04:55Je pense qu'au travers de ce type de loi, on a comme résultat de passer vers plus de concurrence
05:01en réalité et plus de compétences et on abandonne la connivence et la complaisance.
05:07Sur la concurrence, c'est toujours ça la concurrence, exactement.
05:09Je voulais juste revenir sur le rapport du centre d'analyse économique.
05:14Il dit, malgré une majorité de filles parmi les bacheliers et les diplômés du supérieur,
05:18les choix d'orientation restent fortement genrés.
05:21Les filles sont sous-représentées dans les filières scientifiques et technologiques en France.
05:24Et ce sont ces filières qui fournissent à travers des écoles d'ingénieurs,
05:27l'école technique, l'école centrale, les cadres dirigeants.
05:30Et donc, je pense qu'effectivement, ce genre de loi est très utile
05:33pourvu qu'elle s'accompagne d'une politique générale de recherche des compétences,
05:38y compris des compétences féminines.
05:39Emmanuel ?
05:40Donc, on est assez d'accord sur beaucoup de points.
05:42Ce que vous soulignez, Jean-Marc, votre dernier point, c'était mon premier point.
05:46C'est-à-dire qu'on traite le symptôme, mais on ne traite absolument pas la cause de ce déséquilibre.
05:50Et la cause de ce déséquilibre, effectivement, vous l'avez dit,
05:53c'est les choix d'orientation dès le départ, c'est la culture d'entreprise,
06:00c'est les contraintes familiales, etc.
06:02Et là-dessus, finalement, cette loi, elle ne change pas grand-chose.
06:04Et puis alors, cette vision restrictive, moi, c'est ça surtout qui me heurte
06:08et presque qui me révolte.
06:09C'est cette vision, si vous voulez, de la diversité qui est extrêmement restrictive.
06:14C'est-à-dire qu'au nom de quoi, la diversité, c'est uniquement plus de femmes
06:18ou plus d'hommes ou un rapport équilibré entre hommes et femmes.
06:20Quand il y a 90% d'hommes, il faut rétablir cesse.
06:23Il faut aller bien au-delà de ça.
06:24D'abord, cette diversité-là.
06:25Pas du tout.
06:26Le vrai sujet aujourd'hui, et ce que vous montrent tous les travaux académiques,
06:30c'est que ce qui compte, c'est la diversité au sens large.
06:33C'est-à-dire diversité entre les genres, effectivement.
06:36Diversité entre les origines ethnographiques.
06:40Diversité entre les religions.
06:42Diversité entre validés, handicaps, etc.
06:43Toutes les boîtes qui, aujourd'hui, ont une politique de diversité
06:47et qui recrutent pour aller chercher des gens qui ont des talents différents,
06:51des façons de penser différentes, sont aujourd'hui les boîtes les plus performantes.
06:54Et donc, si c'est pour remplacer un vieux mâle blanc catholique de plus de 50 ans
06:59par une vieille femelle blanche catholique de plus de 50 ans,
07:02je pense qu'on n'a résolu qu'une toute petite partie du problème.
07:05Le vrai sujet, c'est la diversité globale.
07:07C'est pour ça que cette loi, je la trouve terriblement asbine, en fait.
07:09Non, mais il faut bien voir, quand même, qu'au nom de la diversité,
07:12effectivement, il faut élargir les publics.
07:14Ce qui est d'aberrant, c'est que la moitié de la population sont des femmes
07:18et qu'il y a une aussi faible représentation des femmes dans les cadres des genres.
07:22Sur le constat, Jean-Marc, on est totalement d'accord.
07:24Et donc, tous les outils qui seront mobilisés pour arriver à une amélioration de cette situation,
07:28donc tout le monde a intérêt qu'elle s'applique, cette loi.
07:31C'est-à-dire que tous les outils vont davantage à la fois de justice et de productivité.
07:35Et en quoi cette loi résout le problème majeur, qui est quand même celui,
07:40pas vraiment des grandes entreprises du CAC 40,
07:43où quand même, globalement, quand vous regardez, on a fait énormément de progrès,
07:46mais qu'est-ce que ça change dans les entreprises plus petites ?
07:50Franchement, strictement rien.
07:51Il y aura plus de concurrence et plus de concurrence.
07:52Et voilà, exactement, la concurrence, et il faut plus de femmes.
07:54Je suis désolée, je suis d'accord avec Jean-Marc Daniel.
07:56Il faut plus de femmes, je suis d'accord, mais on ne discutait pas.
07:58Non, non, attendez, vous avez une vision très perverse.
08:00Parce que là, comme si le sujet, c'était est-ce qu'il faut plus de femmes ou pas,
08:03bien sûr que oui, le sujet, c'était la pertinence de cette loi,
08:06et cette loi ne sert à rien.
08:07Merci beaucoup, messieurs, vous n'êtes toujours pas d'accord.
08:10Merci d'être venus dans ce débat.
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