Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 13 heures
Suzanne Lenglen reste l'une des plus grandes joueuses de tennis de tous les temps. Outre ses exploits sur le court, elle a également contribué à l'émancipation des femmes.
Elle a laissé une empreinte indélébile sur son sport en remportant 250 tournois, dont 83 sans perdre un seul jeu, trois médailles olympiques et six titres de Wimbledon. Elle n'a perdu que sept matchs au cours de sa carrière.
Outre ce palmarès exceptionnel, elle a été une icône du féminisme, une écrivaine de talent et l'ambassadrice du maître de la haute couture Jean Patou.

Écrit et réalisé par : Olivia Laurin / Avec la voix de Romane Bohringer / Dessins originaux : Lilian Coquillaud / Durée : 52' / Année : 2024 / Coproduction : Frozen Frogs / Interscoop

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:08Nice, Villa Arien, le 26 décembre 1923.
00:12Ma chère Biquette, j'ai mon auto et je crâne dedans tous les jours.
00:16J'ai été à Cannes pour jouer à l'entraînement.
00:19Pour ma première sortie, ça s'est passé admirablement bien.
00:22Dès que j'aurai une photo, je te l'enverrai.
00:24Pour te montrer comme je fais chic au volo.
00:26Une pure folie.
00:31Bien affectueusement, ta petite Suzanne.
00:48Un jour, ça je n'oublierai jamais, j'allais avoir 12 ans.
00:52Papa en revenant de Compiègne me dit...
00:55C'est un Suzanne, je t'ai acheté une raquette de tennis et des balles.
00:58On va voir ce que tu feras devant le filet.
01:00Et je dois dire qu'il a été sacrément surpris de la façon dont je me débrouillais avec sa raquette
01:04à 3,50 francs et ses balles moches.
01:07Bien Suzanne, bien.
01:09La balle ne doit jamais attendre le joueur, Suzanne.
01:13Et c'est naturellement que mon père est devenu mon entraîneur.
01:17Charles Langlène, en tant qu'amateur de tennis, mais aussi avec un projet très ambitieux pour sa fille, va l
01:26'amener à passer des étapes, à surmonter d'éventuels interdits.
01:31C'est-à-dire de jouer au tennis en tant que jeune apprenti avec des hommes, de s'entraîner dur,
01:38d'être quelque part dans un cocon où rien ne se passe autour de ça et de finalement de la
01:43formater.
01:44Une sorte de violence presque qui s'opère de ce père vis-à-vis de cette fille.
01:50Mais une violence qu'elle accepte volontiers parce qu'elle est passionnée de tennis et que quelque part elle va
01:57acquérir là ce qui est un peu le fond de son art.
02:01Je perfectionne sans cesse mon jeu de jambes et ma précision.
02:04Pour m'encourager, mon père me promettait des primes si je battais mes records.
02:08Il a vite changé de méthode, sinon j'allais le plumer.
02:12Le mur a toujours le dernier mot.
02:15On sait qu'après, beaucoup de championnes ont été dans des relations très exclusives avec un père ayant beaucoup d
02:22'influence sur leur jeu.
02:23Ça a été le cas de Céleste, ça a été le cas de Marie Pierce, ça a été le cas
02:27de Stéphie Graff.
02:28Elle, elle a été au fond la première de cette série-là avec son père Charles, avec lequel elle s
02:33'entraînait comme ça beaucoup,
02:34qui avait été celui, l'instigateur de cette technique des paniers.
02:37On est là, on a son coach en face qui nous balance balle après balle et on doit être rivé
02:42sur le fait d'envoyer la balle exactement sur les cibles prévues,
02:46sans avoir un adversaire direct.
02:48Cette relation de père à fille dans la transmission, l'exigence, c'est quelque chose qui ensuite s'est retrouvé
02:57dans beaucoup de success stories du tennis.
03:00Pour le meilleur et pour le pire, parfois.
03:04L'entraînement sérieux mis au point par mon père ne néglige pas ma vie intellectuelle.
03:09J'aime beaucoup écrire.
03:12Et j'ai une belle bibliothèque.
03:14Euh, attention, la comtesse de Ségur et ses petites filles modèles, très peu pour moi.
03:19Depuis le décès de mon petit frère Philippe, mon père s'occupe beaucoup de moi.
03:24L'hiver, on s'installe à Nice.
03:28Papa a trouvé un appartement avec vue sur les cours du fameux Nice Lounge Tennis Club.
03:34Il a aussi réussi à m'obtenir une dérogation spéciale, car normalement les enfants ne sont pas reçus au club.
03:40Je suis autorisé à jouer les jeudis, les dimanches et les jours de congé.
03:45Désormais ici, c'est le terrain de jeu de Suzanne Lenglen, dans cet espace.
03:49Pour le père, c'est un bon choix que d'être sur place par rapport à ce qu'il veut
03:53qu'elle devienne.
03:54Et il y a une anglophilie chez Charles Lenglen, une sorte de regard qui est porté sur cette discipline très
04:03largement développée outre-manche
04:05et qui commence à se développer sur la Côte d'Azur, parce que sur la Côte d'Azur, il y
04:08a beaucoup d'Anglais.
04:09Et d'ailleurs, le Lounge Tennis, qui est créé au début des années 1890, est un club exclusivement d'Anglais.
04:16On y parle anglais, on y vit à l'anglaise.
04:19Et quelque part, c'est une sorte d'îlot britannique sur la Côte d'Azur.
04:22Les meilleures raquettes mondiales sont toutes là.
04:25Mon père est impressionné par le jeu des dames anglaises.
04:28Des longs drives rapides, placés sur les lignes avec une grande régularité et une belle exécution.
04:33Mais en réalité, il n'a d'yeux que pour le jeu des hommes.
04:37Et il ne cesse de répéter que la femme, avec la méthode masculine, pourrait obtenir les mêmes résultats.
04:43Il décide alors de ne m'entraîner qu'avec des hommes.
04:52Il y en a un que j'ai battu plusieurs fois et qui a fini par déclarer qu'il ne
04:58voulait plus jouer avec moi.
04:59Ça lui gâtait la main de jouer contre une femme.
05:04Ce qui est incroyable chez Suzanne Hengben, c'est ce côté à la fois hyper athlétique, très aérien.
05:11Elle était très en rupture par ce côté ultra offensif.
05:16Et sa coordination et son pied, liés à tout son passé dans la gym, la danse, etc., l'ont rendue
05:25ultra agile au filet.
05:27Elle a un peu révolutionné le jeu féminin parce que dès qu'elle avait une balle courte,
05:32elle venait au filet pour terminer le point le plus rapidement possible.
05:37Et ça, ça n'avait pas été du tout vu avant.
05:40Et elle était très gracieuse aussi dans ce qu'elle faisait.
05:43Quand elle faisait une volée ou quelque chose comme ça, on aurait dit une danseuse.
05:48Au lieu de faire un peu de renvoyette, elle composait son point.
05:52Et c'est son père qui lui disait, il faut toujours que tu essayes de gagner le point assez rapidement.
05:59C'est une des rares qui est montée au filet à cette époque.
06:03Et je pense qu'à notre époque actuelle, il en faudrait un peu plus qu'il monte aussi.
06:10Quand on voit les images de ses entraînements, qu'on voit le soin, la passion qu'elle mettait sur sa
06:14technique de voler,
06:15oui, c'était complètement révolutionnaire.
06:17Avec un style de jeu qui, au fond, rappelle un peu après ce qui s'est passé avec Martina Navratilova
06:23ou Billie Jean King.
06:26Je commence les compétitions.
06:28Il faut voir la tête des joueuses quand elles découvrent que je suis leur adversaire.
06:32C'est que j'en inspire de la crainte dans mon petit vêtement de marin.
06:35Eh bien, je prends d'autant plus de plaisir à les battre.
06:39Mes victoires s'enchaînent.
06:41Je suis prise de plus en plus au sérieux.
06:46Le champion du monde, Anthony Wilding, me demande même d'être sa partenaire de double au tournoi du Carlton Club.
06:52Je viens d'avoir 14 ans.
06:56Ces gammes, elle les fait dans ces tournois locaux, qui sont des tournois internationaux,
07:01parce que ce frotte-là des sportmen et des sportwomen, qui se retrouvent, qui se côtoient, d'ailleurs pas simplement
07:06dans les clubs de tennis.
07:07Il y a une sorte comme ça, entre le mois d'octobre et le mois de mai, une sorte de
07:11succession de tournois,
07:13tantôt à Monaco, tantôt à Antibes, tantôt à Cannes.
07:16Les lieux qui vont faire Suzanne Langlène la fabriquer, la façonner telle qu'elle est devenue par la suite.
07:24Et puis, il y a eu cet après-midi de février 1912.
07:27Nous assistions en famille au casino de Nice à un numéro de Medium.
07:34Il faisait des expériences de transmission de pensée et dévoilait l'avenir.
07:42Mon père lui demanda si j'allais être un jour championne de France.
07:46Eh bien, après quelques instants, le médium lui répondit...
07:51Mieux que cela, mieux que cela.
07:56Alors, heureuse Mademoiselle Langlène ?
07:58Oh oui, c'est la première fois qu'une gosse de mon âge gagne une telle victoire.
08:02Toutes les joueuses de tennis sont des jeunes filles ou des femmes.
08:05C'est pas commode de leur être supérieures.
08:07Elles ont la taille, la force, et ça fait beaucoup.
08:11Bravo, baby !
08:13Oh là là, c'est le beau Tony qui vient me féliciter.
08:16J'ai 15 ans, et me voilà championne du monde.
08:22Mon ascension s'arrête nette.
08:24La guerre est déclarée.
08:25Une guerre qui dure.
08:27Une guerre totale.
08:29On a beaucoup de chance, mon père n'est pas mobilisé.
08:33Il est déjà trop vieux.
08:35Nous quittons rapidement Compiègne, après l'invasion des Allemands, pour rejoindre Nice.
08:40Ici, mes entraînements reprennent.
08:41J'alterne mes séances sur les terrains, avec des cours de danse.
08:46Mademoiselle, prête, grand plié.
08:49C'est bien, Suzanne.
08:51Beaucoup de joueurs sont enrôlés.
08:53J'ai écrit tout ça exprès pour Mademoiselle Suzanne Langlène.
08:57Bonne forme militaire, mais oh là là pour le tennis.
09:01André Gobert.
09:03Les joueuses aussi participent à l'effort de guerre.
09:05Les nouvelles ne sont pas bonnes.
09:08Jeanne Mathais, l'une de mes redoutables adversaires, devenue infirmière, est gravement blessée au bras.
09:14Elle ne retournera plus sur les cours.
09:16Et mon cher ami, mon héros, Tony Wilding, est tué sur le front.
09:23J'ai 15 ans, maudite sur la guerre.
09:27Lorsque la guerre est déclarée, elle a 14-15 ans, elle a déjà un palmarès remarquable.
09:33Et quelque part, cette dimension-là est très importante, ce qui va la préparer à devenir la championne qu'on
09:38va connaître internationalement.
09:40Elle a été coucounée, on pourrait dire, elle a grandi à Nice.
09:44Nice, cette ville cosmopolite qui a tant d'importance à l'échelle du monde.
09:48Et quelque part, ce tremplin niçois, ce tremplin azuréen, va lui donner la possibilité d'être omniprésente et très connue
09:55dans le lieu où elle va exceller, c'est Londres, c'est Wimbledon.
10:01Wimbledon 1919. C'est la finale aujourd'hui. La première depuis la fin de la guerre.
10:08Mon père est debout dans la tribune. Il m'encourage du geste.
10:12Dix années d'efforts vont-elles sombrer dans cette balle ?
10:15Allez, encore une petite lampée. C'est grâce à lui que je tiens aujourd'hui mon cognac.
10:25Je donne à la France son premier trophée de Wimbledon.
10:30Bientôt, ce sera mon jardin.
11:00En verre.
11:02Août 1920.
11:03Le drapeau olympique flotte dans le ciel.
11:06Pour la première fois, on découvre ses anneaux entrelacés.
11:1014 degrés. C'est la température de l'eau du bassin installé dans les douves de la ville.
11:15The Duke, Duke Kaanamoku, le père du surf venu d'Hawaï, entre en scène.
11:21Il conserve son titre de 1912 et établit un nouveau record du monde.
11:26Son crawl devient légendaire.
11:28Je suis engagé dans le simple dame, le double dame et le double mixte.
11:32Ma tactique ? Gagner aussi vite que possible.
11:36Ça anémie le moral de mes futurs adversaires.
11:38Je fonce et me voilà championne olympique.
11:42Je succède à la grande Marguerite Brogdis.
11:45Dans la foulée, je décroche aussi la médaille de bronze avec Elisabeth Hayen
11:49et encore de l'or avec mon camarade Max Descugis.
11:53Une belle récolte pour mes premiers Jeux.
11:55Les prochains seront à Paris.
11:58Son moment de gloire, il arrive avec les Jeux Olympiques d'Anvers en 1920.
12:03Premier Jeux Olympiques d'après-guerre.
12:04En Belgique, non loin de ses origines, le fait d'obtenir la médaille d'or à cette occasion,
12:09va la placer dans le panthéon des sportifs et des sportives.
12:12À un moment où le sport féminin connaît un certain succès,
12:16c'est l'époque dans laquelle Alice Mia, sportwoman qui fait de l'aviron du football
12:22et puis d'autres disciplines, défend l'idée que le sport et tous les sports
12:26puissent être pratiqués par les femmes.
12:28On peut considérer qu'il y a une correspondance, il y a un lien qui s'opère
12:31entre la figure sportive féminine de Suzanne Lenglen,
12:34remportant des victoires pour la France
12:35et cet essor du sport féminin qui va amener à ce qu'Alice Mia le défende bec et ongle
12:41contre ceux qui voient dans certaines disciplines les femmes de manière un peu, je dirais, négative.
12:46Suzanne Lenglen, Alice Mia.
12:50Deux grandes figures du sport féminin, pas pour les mêmes raisons,
12:53mais qui ont quand même porté haut la flamme du sport féminin,
12:59chacune à leur fraction.
13:00On a une Alice Mia qui est incontestablement féministe
13:05et qui a donc permis officiellement aux femmes à partir de 1928
13:10de pouvoir participer aux Jeux Olympiques.
13:13Il y avait cependant avant 1928 quelques femmes qui avaient le droit de participer aux Jeux Olympiques,
13:19je dis bien quelques femmes issues soit de la noblesse ou de la bourgeoisie,
13:21donc de classes très aisées,
13:23et qui pouvaient participer dans des épreuves comme le tennis
13:27où il n'y avait pas de contact corporel,
13:30où la grâce et la douceur de la femme étaient tout à fait respectées.
13:37On pourrait considérer que Suzanne Lenglen est ce qu'on appelle en sociologie une féministe en action.
13:41C'est-à-dire qu'elle ne se revendique pas féministe,
13:43mais de par son comportement,
13:45que ce soit langagier, que ce soit son attitude,
13:48ce qu'elle fait, ses choix,
13:50que ce soit à propos de son vêtement
13:51et de ce qu'elle a envie de faire, d'arrêter, voilà.
13:54C'est une femme qui est en avance sur son temps,
13:56c'est une femme qui a voulu rester toujours libre d'elle-même,
13:58et donc on voit bien qu'elle est malgré tout féministe,
14:01mais qu'elle ne se revendique pas comme telle.
14:06Mon petit coco,
14:08tu es un chou de m'avoir écrit un mot si gentil.
14:11Si tu savais comme je vous regrette tous,
14:14votre bande est si agréable,
14:16nos promenades à travers Paris,
14:18nos thés aux petits ritz.
14:20Raconte-moi tout ce qui se passe.
14:22Dis-moi tous les potins,
14:24bien affectueusement,
14:25Suzanne.
14:27Je fais la navette entre Paris et Nice,
14:30en passant par Deauville.
14:31Je ne veux rien manquer,
14:32ni les tournois,
14:33ni les soirées.
14:36On danse,
14:37on chante,
14:38on rit,
14:39tout ce qui me plaît,
14:40la vie à toute allure.
14:48Côté cœur,
14:49c'est plus compliqué.
14:51Mais béguin ne dure pas.
14:53Après tout,
14:54c'est peut-être pas plus mal.
14:56Et on peut dire que je me débrouille plutôt bien sans homme,
14:58pour le moment,
14:59non ?
15:00Pour la rotonde,
15:01la Closerie des Lilas
15:02ou chez Maxime's,
15:04j'ai mes robes de soirée.
15:05Le grand couturier Jean Patou
15:07a même fait de moi son égérie.
15:10Désormais,
15:11sur les terrains comme à la ville,
15:12je porte ces plus belles toilettes
15:14confectionnées spécialement pour moi.
15:18Je lui ai demandé
15:19de raccourcir ma jupe pour jouer.
15:21J'ai besoin d'être plus à l'aise
15:22dans mes mouvements.
15:23J'ai besoin d'amplitude.
15:25Fini les manches longues.
15:27Je pense que Suzanne Langlène,
15:28c'est l'archétype parfait de la femme Patou.
15:33Elle porte une robe de soie de Jean Patou.
15:37C'est une robe blanche,
15:38plissée.
15:39Donc, c'est une robe très simple,
15:40mais avec des détails
15:42qui sont vraiment pensés
15:44pour une aisance corporelle,
15:47pour pouvoir se mâcher,
15:49pour pouvoir se déplacer sur le terrain.
15:51Donc, on a une encolure très simple,
15:54ronde,
15:54qui dégage le cou.
15:55Et on a aussi
15:56des échancrures de manches
15:58qui sont aussi faites
16:00pour avoir cette aisance de mouvement
16:02et que l'on sait être celle
16:04de Suzanne Langlène.
16:05Cette robe de Patou,
16:08elle est courte.
16:10Donc, elle est courte pour l'époque.
16:11C'est-à-dire qu'elle est quand même
16:12sous le genou à ce moment-là.
16:14Et elle va faire scandale
16:15parce qu'en se soulevant
16:17avec les grands sauts de cabri
16:20que pouvait faire Suzanne Langlène,
16:21eh bien, on voit tout d'un coup
16:22ces jartières blanches
16:24qui apparaissent.
16:25Et donc, elle fait un peu scandale
16:26à ce moment-là.
16:28La touche de couleur
16:28sera apportée, évidemment,
16:31par un fameux turban.
16:33Donc, un turban assez...
16:34qui doit avoir plusieurs tours, quand même.
16:36Elle a des grandes boucles noires,
16:38Suzanne Langlène.
16:39Donc, ce turban est en soi,
16:41en crêpe georgette.
16:42C'est pas parce que c'est une sportive
16:44qu'elle n'est pas féminine.
16:45On la voit,
16:46elle est maquillée
16:46avant de rentrer
16:47sur les terrains de tennis.
16:48Elle a un bracelet.
16:49C'est étonnant.
16:50Elle a un bracelet
16:51autour, sur le bras,
16:53comme si elle était
16:54une statuaire grecque.
16:56Donc, ça, c'est vraiment
16:56extrêmement moderne
16:57comme geste.
16:59Ça va être la première fois
17:00que des tenues de sport
17:03vont entrer
17:04dans des collections
17:05de haute couture.
17:06Vous êtes chic,
17:07vous êtes décontracté.
17:08Et là, vous êtes vraiment
17:09en plein dans ces années 20,
17:12dans cette idée de sportswear
17:14qui est d'une élégance absolue.
17:17Donc, le sportswear,
17:18c'est le chic absolu.
17:19Il disait Jean Patou.
17:25Aout 1921.
17:27Je suis invitée aux Etats-Unis
17:28pour une tournée de match
17:29exhibition au profit
17:31des régions dévastées
17:31par la guerre.
17:34La France m'a choisie
17:36pour la représenter.
17:39Quel voyage !
17:41Je veux y aller.
17:46Mon père, lui,
17:47n'est pas aussi enthousiaste.
17:49C'est que je me remets
17:50tout juste dans un sale truc.
17:52Je tousse encore.
17:54Là-bas, on m'attend.
17:56Ou plutôt,
17:58Miss Mallory,
17:58la star du tennis américain,
18:00m'attend.
18:01Un match est organisé
18:02à Forest Hill
18:03devant 6000 spectateurs.
18:05À mon entrée sur le cours,
18:07quelle ovation !
18:10Mais très vite,
18:11cela vire au cauchemar.
18:13Ma tour ne me laisse
18:14aucun répit.
18:15Je suffoque.
18:17Le public se demande
18:18où est la championne du monde
18:19qu'on leur a promis.
18:20Dans le deuxième set,
18:22je suis contrainte d'abandonner.
18:24Dans un coin,
18:25Miss Mallory jubile.
18:27Ce sera là
18:28la dernière défaite
18:29de toute ma carrière.
18:33Attention,
18:34ne respirez plus.
18:35De retour en France,
18:37la sentence tombe.
18:39Insuffisance du cœur
18:39par fatigue ancienne de l'organe,
18:41et tout caractéristique
18:43de la coqueluche.
18:44Conclusion,
18:45deux à trois mois de repos
18:46avec une reprise
18:47de l'entraînement
18:48sous surveillance médicale
18:49du cœur.
18:53Mars 1922.
18:55Mon cher ami,
18:56je vais toujours
18:57de mieux en mieux
18:58et cela me fait très plaisir.
19:00D'autres doivent trouver
19:01ça moins drôle.
19:03Ceux qui espéraient
19:04que j'aurais une maladie
19:04de cœur à vie.
19:05vous aurez ma bobine
19:07pour votre article
19:08dans Très Sport.
19:10Dernière nouvelle,
19:11nous ferons un double
19:12à beaux sites.
19:13Le roi de Suède,
19:14Mister Balfour,
19:15Miss Bimich et moi.
19:17Ce sera du beau sport.
19:18Bien sincèrement à vous,
19:20Suzanne.
19:22Suzanne Lenglen,
19:23tout en se formant au tennis,
19:24s'est formé à,
19:25je dirais,
19:26un comportement mondain
19:27qui lui était
19:28tout à fait favorable.
19:29Il y a une forme
19:30de tremplin social
19:31pour Suzanne Lenglen,
19:33au-delà de son propre
19:34milieu social
19:34qui est déjà suffisamment haut.
19:36Mais là,
19:36c'est vraiment d'aller,
19:37grâce au tennis,
19:38côtoyer, fréquenter,
19:39affronter
19:40des personnalités
19:41de ce gota européen.
19:43Il y a un très bon exemple
19:43à donner,
19:44c'est l'exemple
19:44du roi de Suède,
19:45Gustav V.
19:46Gustav V,
19:47on a surnommé
19:48le roi tennisman
19:50qui, jusqu'à la fin de sa vie,
19:51en 1950,
19:52a écumé les cours de tennis
19:54de la Côte d'Azur
19:54pendant l'hiver.
19:55Il venait jouer,
19:56il venait assister
19:57à des rencontres,
19:58il était passionné de tennis.
20:00Je pense que Gustav V a beaucoup joué
20:01dans cette éducation mondaine.
20:08Wimbledon, 1922.
20:09J'ai été présenté
20:11au roi et à la reine.
20:12Mary me tend la main
20:14et fait la conversation.
20:16Je fais ma plus jolie révérence
20:17de cours possible
20:18« Your Majesty ».
20:20Et tous les gens
20:21se pâment d'admiration.
20:24Le stade s'est agrandi.
20:26Il était devenu trop petit
20:28pour accueillir mon public.
20:29Désormais,
20:3114 000 personnes
20:32vont pouvoir m'encourager
20:33sur le nouveau Center Court.
20:35Les premiers spectateurs
20:36sont là depuis 4 heures.
20:38Aujourd'hui,
20:39c'est ma revanche.
20:41Je retrouve Miss Mallory
20:42en finale.
20:43Je vais enfin pouvoir jouer
20:45mon vrai tennis
20:46dans mon jardin.
20:48et cela ne risque pas
20:49de laisser beaucoup d'ouverture
20:51à mon adversaire.
20:54C'est le déluge.
20:55Nous jouons entre deux averses
20:57du jamais vu.
20:58Les cours se sont transformés
20:59en bourbiers.
21:00Je m'impose en 26 minutes
21:02à un record de vitesse.
21:05Cuite, Mallory.
21:06La divine a repris ses droits.
21:08Je suis en train
21:09d'écrire mon histoire,
21:10celle du tennis
21:11et peut-être même
21:12celle du sport.
21:28Mon cher Coco,
21:30le tennis m'amuse énormément
21:31et je ne fais que cela.
21:33Et danser.
21:36vie très intellectuelle
21:37comme tu vois.
21:39L'autre soir,
21:40j'ai croisé
21:40Joséphine Baker
21:41au bœuf sur le toit.
21:42Elle est fantastique.
21:45Et j'ai même entendu
21:46qu'Ernest Hemingway
21:47parlait de moi
21:48dans son dernier roman.
21:49C'est que je commence
21:50à avoir ma petite côte.
21:51Je t'embrasse,
21:53Suzanne.
21:54Les années 20,
21:56c'est un monde
21:57pour hommes et femmes
21:58qui sont pressés,
21:59qui sont prêts
22:00à tout consumer,
22:01la vie vraiment
22:03de manière rapide.
22:04Joséphine Baker,
22:05c'est une autre
22:06des grandes clientes
22:07aussi de chez Patou
22:08que Patou va habiller
22:09et Joséphine Baker,
22:10elle passe son brevet de pilote.
22:12Donc, Suzanne Langland,
22:13elle conduit sa voiture,
22:16c'est des voitures sportives.
22:17Patou aussi,
22:18il aime la vitesse.
22:19Donc, il y a cette idée
22:20que le vêtement
22:22ne doit pas être
22:23une entrave.
22:24Il doit pouvoir vous accompagner,
22:25vous devez pouvoir
22:26tout faire avec ce vêtement.
22:28Je change de costume,
22:29je renouvelle mes chorégraphies
22:30à chaque partie,
22:31danser la vie,
22:32c'est ça que j'aime
22:33et qui plaît à mon public,
22:35du spectacle.
22:36On me compare parfois
22:38à la flamboyante
22:39Isadora Duncan,
22:40rien que ça.
22:42J'impose mon style
22:43et il inspire.
22:46Moi, ce qui me frappe
22:47dans cette époque,
22:48c'est que pour la première fois,
22:50un sport, le tennis,
22:51apparaît sur la scène,
22:53dans les œuvres d'art
22:54et chez les musiciens,
22:55chez les compositeurs.
22:56Debussy a été impressionné
22:58par le jeu
22:59de Suzanne Langland.
23:00En 1913,
23:02il écrit « Jeux »,
23:02sa dernière grande
23:03composition symphonique.
23:05Et c'est l'histoire
23:06d'un joueur de tennis
23:07qui badine
23:08avec deux joueuses,
23:09avec d'ailleurs
23:10presque la balle
23:11qui est au centre,
23:12je dirais,
23:13de cette musique
23:13tout à fait extraordinaire,
23:14une des partitions
23:15les plus modernes
23:16de Debussy.
23:17Et puis,
23:18peu de temps après,
23:19Éric Satie
23:19qui, dans « Sport et divertissement »,
23:21écrit comme dernière pièce
23:22une page pour piano
23:23un peu énigmatique
23:24qui s'appelle « Le tennis »,
23:26où il se moque
23:27en quelque sorte
23:27de ce côté trop élégant,
23:29un peu pour la frime
23:30finalement du tennis.
23:32Mais enfin,
23:32quand même,
23:33s'il s'en moque,
23:34c'est donc au centre
23:35de l'actualité.
23:36Et puis,
23:37encore une dizaine
23:38d'années va passer
23:39et en 1924,
23:41Darius Millot
23:42va faire la musique
23:43du train bleu.
23:44Et ça,
23:45c'est un ballet
23:45qui, encore une fois,
23:46met au centre
23:47les joueurs
23:48et les joueuses
23:48de tennis.
23:49Le livret de Cocteau,
23:51les décors
23:52sont d'après Picasso,
23:54Coco Chanel
23:54a fait les costumes
23:55et ce qui est amusant,
23:57c'est que là,
23:57nous sommes vraiment
23:58sur la scène
23:59du Théâtre des Champs-Elysées,
24:00magnifique endroit
24:01où a été donné
24:03pour la première fois
24:04ce fameux ballet
24:05de Darius Millot.
24:07Alors moi,
24:07comme musicien,
24:08ce qui me frappe,
24:09c'est que quand je regarde
24:11les images d'archives
24:12de Suzanne Lenglen,
24:14j'ai l'impression
24:14de voir
24:15une sorte de danseuse.
24:16Je suis fasciné
24:17par le mouvement,
24:18par sa musicalité,
24:19par son énergie,
24:20par quelque chose
24:21de parfaitement artistique.
24:23Ça m'inspire
24:24des tas d'idées
24:24au piano,
24:25des glissando
24:27ou des petits mouvements
24:29répétitifs
24:31ou alors des petites saccades
24:34ou des bombes.
24:37m'inspire
24:49faire plus ans,
24:55qui le fait de la rue,
25:57Des chics types. Ils sont prometteurs.
26:00Jacques Brugnon dit « Toto, c'est mon père qui l'a débauché pour que je m'entraîne avec lui.
26:05»
26:05Rapidement, il est devenu l'un de mes partenaires privilégiés de double.
26:09René Lacoste s'apprêtait à laisser tomber sa carrière sportive pour une carrière très sérieuse de politique nicien.
26:14Eh bien, croyez-moi que je l'ai fait vite changer d'avis.
26:17Et la suite m'a donné raison.
26:19Quelle carrière !
26:20Bientôt, on l'appellera l'Alligator.
26:24Le magicien, c'est Henri Cochet.
26:27Il a grandi sur les cours du tennis club de Lyon que son père dirigeait.
26:33Naturellement, il est vite devenu un craque.
26:37Et enfin, Jean Borotra, le basque bondissant.
26:41Son truc, la vitesse.
26:47Ses prouesses au filet et ses acrobaties font un malheur sur le terrain.
26:55Tous les quatre, ils formeront les mousquetaires.
27:00Je suis un peu leur grande sœur.
27:02Ils viennent me voir, me demandent des conseils.
27:04J'ai l'expérience et la technique.
27:07On joue ensemble lors des compétitions de double.
27:09Et on gagne.
27:10On gagne tout.
27:12C'est l'âge d'or du tennis français.
27:13Il n'y a pas de distance au niveau du tennis entre hommes et femmes.
27:16On la voit très souvent avec notamment René Lacoste,
27:20avec lequel elle a ce lien autour de la mode.
27:22Mais aussi, on les voit sur le terrain en train de jouer en double mixte ensemble.
27:26On les voit très souvent sur des photos.
27:28Il s'apprécie.
27:30Lacoste l'admire.
27:31Il n'y a pas tellement de distance entre hommes et femmes dans ces milieux mondains qu'elle fréquente
27:34et dans lequel elle se meut comme un poisson dans l'eau, on pourrait dire.
27:37Elle s'est crédibilisée pour justement avoir ce positionnement
27:42et cette forme d'autorité morale vis-à-vis du tennis masculin.
27:46On l'observe d'ailleurs avec ce qui s'est passé ensuite.
27:49On a rarement vu des hommes se moquer du tennis de Martina Navratilova.
27:54Mais avec elle, c'était pareil.
27:55Il y avait un respect qui enfin pouvait s'instaurer
27:57parce que son jeu était reposé sur des fondements
28:01tellement justes, tellement athlétiques
28:03et tellement offensifs
28:05que ça inspirait le respect, en fait.
28:07Un siècle avant, Suzanne Lenglen
28:09se soit déjà entraînée avec des hommes, contre des hommes
28:11et qu'elle ait pu influencer,
28:13voire donner des conseils aux mousquetaires
28:15qui ont remporté la Coupe d'Hélice,
28:17franchement, chapeau bas, chapeau bas.
28:22Elle était une exception, une précurseuse.
28:25Elle le serait encore aujourd'hui, un siècle après.
28:27C'est incroyable de se dire ça, mais c'est la réalité.
28:32Mars 1924.
28:34Mon cher Coco,
28:35c'est une horreur d'être autant paresseuse que moi.
28:38Mais j'ai une petite excuse.
28:40J'ai été un peu malade
28:41et je suis restée au lit une semaine.
28:44Satanée santé,
28:45qui ne me laisse pas tranquille.
28:47Je sens à nouveau que quelque chose cloche.
28:52Les Jeux de Paris arrivent.
28:54J'espère vite retrouver la forme.
28:56Une fête inouïe se prépare.
28:5844 nations de tous les continents y participent.
29:021000 journalistes couvrent l'événement.
29:04Pour la première fois,
29:05les épreuves sont commentées en direct à la radio.
29:08Tous les regards sont tournés vers le flambant neuf stade nautique des Tourelles.
29:13The Duke tente de conserver son titre face au tout jeune Johnny Westmuller.
29:187000 spectateurs pour la grande finale du 100 mètres.
29:21On a même dû refuser du monde.
29:22Et c'est finalement celui qu'on appellera Tarzan
29:24qui détrônera le père du surf en moins de 59 secondes.
29:28Un record.
29:31Fini les Jeux pour moi.
29:33J'ai une jaunisse.
29:38Du côté de la terre battue du stade de Colombes,
29:41ce sont les raquettes américaines qui dominent.
29:43La jeune prodige Hélène Wills,
29:46favorite depuis mon forfait,
29:48décroche l'or sans grande surprise.
29:51Quant aux garçons,
29:52Henri remporte la médaille d'argent en 5,
29:55et en double avec Toto.
29:58Ça aurait été pour elle un formidable
30:01deuxième titre après Anvers.
30:03Mais elle n'a pas
30:06la possibilité d'épingler
30:08une seconde médaille d'or à son palmarès.
30:09Et puis finalement le tennis disparaît des Jeux Olympiques.
30:12C'est peut-être une souffrance,
30:13ou en tout cas une déception pour Suzanne Lenglen.
30:15Et il est vrai que cette question de l'amateurisme
30:17vis-à-vis du professionnalisme
30:19va plomber véritablement,
30:21va altérer le tennis jusqu'à ce qu'il ne revienne
30:22au temps où finalement on acceptera
30:24à nouveau les professionnels,
30:26mais bien longtemps après,
30:27dans les années 1980-90.
30:29Je n'ai jamais joué les Jeux Olympiques,
30:31et ça a toujours été un de mes grands regrets
30:33de ne pas le faire.
30:34Mais bon, j'ai eu la chance de le faire,
30:36de voir un peu ce que c'était.
30:38J'ai été capitaine pour les Jeux Olympiques
30:40et à Atlanta et à Sydney,
30:42avec toute l'équipe de France féminine.
30:44D'où j'ai eu un petit sentiment pour voir ce que c'était
30:51que les Jeux Olympiques,
30:52parce que ça vaut vraiment quelque chose.
30:57Wimbledon 1925.
30:59Mon cher docteur et ami,
31:01j'ai, grâce à votre traitement épatant,
31:04supporté jusqu'ici dix jours de matchs fatigants.
31:07Enfin, le moral est parfait,
31:10et je me sens en bonne forme pour continuer à gagner.
31:13Un sixième triplé pour moi.
31:15Les garçons aussi ont tout gagné,
31:17en simple et en double.
31:19Wimbledon était full French cette année.
31:22Toute ma grande et très sincère affection,
31:25Suzanne.
31:35Février 1926.
31:37Le circuit de la Côte d'Azur commence.
31:41181 victoires consécutives.
31:44Je suis un vin cible.
31:48Cette année,
31:49la jeune américaine Ellen Wills sera là.
31:52Les commentateurs, les spécialistes, les amateurs,
31:54tous voient en elle la seule joueuse capable de me battre.
31:57Elle a tout juste 20 ans.
31:59Son jeu est puissant et rapide.
32:02Les organisateurs du tournoi du Grand Hôtel Carlton de Cannes
32:05ont pris le soin de nous mettre toutes les deux à l'opposé du tableau.
32:08Ils espèrent une grande finale.
32:14Nous y voilà.
32:15Notre match fait la une des journaux.
32:17Ellen et moi avons passé tous les tours du Carlton sans difficulté.
32:20Ils l'appellent déjà le match du siècle.
32:23Les billets ont été vendus à prix d'or en quelques heures.
32:26Dans les tribunes du cours central,
32:283000 spectateurs.
32:29Et bien d'autres encore,
32:31sur des gradins de fortune,
32:32aux fenêtres des maisons alentours,
32:34sur les toits et même dans les arbres.
32:36Mon père, lui, est trop faible.
32:39Il n'a pas pu venir.
32:41Quand soudain, c'est la confusion.
32:43Les propriétaires d'une maison voisine ont fait sauter leurs toits.
32:46Les tuiles s'entassent
32:47et deux nouveaux spectateurs pointent leur nez.
32:50Une pure folie.
32:53Il est 11h.
32:55Nous entrons sur le terrain.
33:00Ellen Wills,
33:01coiffée de sa fameuse visière,
33:03paraît sereine.
33:04Je dois dire que de mon côté,
33:06je suis très nerveuse.
33:07Les photographes nous mitraillent
33:08avant le début de la partie.
33:1111h20.
33:11Je suis au service.
33:15Je remporte le premier jeu en 5 minutes.
33:17Je me sens bien.
33:20Immédiatement,
33:21Ellen Wills réplique
33:22et remporte deux jeux d'affilée.
33:25Ses coups me surprennent.
33:27Elle a beaucoup d'aisance.
33:28Elle court partout.
33:29Je me reprends.
33:31Je raccourcis mes coups.
33:32Ça semble fonctionner.
33:34Ellen devient moins précise.
33:36Ça y est,
33:36le premier s'était gagné.
33:376-3.
33:39Ellen ne laisse rien paraître.
33:41Elle est imperturbable
33:42et son visage est toujours aussi rose
33:44qu'au début de la partie.
33:45C'est très serré.
33:465-5 maintenant.
33:48Je monte au filet.
33:49Je mène désormais 6-5.
33:51Balle de match.
33:53C'est gagné.
33:54Quelle folie.
33:56Je suis vidée,
33:58anéantie,
33:59mais heureuse,
34:00tellement heureuse.
34:02Ellen Wills me sourit.
34:03Elle aussi est contente de son match.
34:05C'est une grande championne
34:06dont on va entendre parler.
34:09Mais que les spécialistes
34:11ne se me prennent pas,
34:12je reste la reine.
34:15Suzanne Lenglen
34:16était reconnue
34:18comme une star,
34:19une star déclinante,
34:20mais qui a su,
34:21lors de ce match,
34:22tenir à distance
34:23en la battant.
34:24Such a challenge.
34:25Je suis épuisée.
34:27Physiquement
34:28et nerveusement.
34:30Mon entourage s'inquiète.
34:32Certains me disent terminée,
34:34d'autres très souffrante.
34:36Repos.
34:38Fini les ragots de la Riviera.
34:41Direction l'Italie.
34:43Incognito.
34:45Je rejoins là-bas
34:47mon dernier coup de cœur,
34:48le charmant Placido Gasline.
34:51Sur les hauteurs du lac majeur,
34:53dans la villa de Placido,
34:55je souffle.
34:56Quel calme.
34:57Quelle beauté.
34:59Quel bonheur.
35:00Je me sens bien.
35:02L'envie de jouer revient
35:03petit à petit.
35:05Et c'est reparti.
35:06On me propose une série
35:07de tournois d'exhibitions.
35:08Milan, Venise, Turin, Rome.
35:11Je reçois tous les honneurs.
35:13Le prince de Piémont
35:15et le roi d'Italie
35:15viennent me voir.
35:17J'enchaîne les balles,
35:18les réceptions.
35:19Ma vie à 100 à l'heure
35:20reprend de plus belle.
35:22Enfin, le clou du séjour.
35:24Une audience particulière
35:25avec le pape.
35:27Pour voir le Saint-Père,
35:28on m'a forcé à mettre
35:30la robe de ma grand-mère,
35:31un voile sur ma tête
35:32et j'ai dû troquer mes bas de soie
35:34contre des bas de coton.
35:36Quelle rigolade.
35:38De retour de ce superbe voyage,
35:40je dois dire que je suis
35:41de plus en plus sensible
35:42aux sirènes du professionnalisme.
35:44Je suis approchée
35:45par un manager américain
35:46qui me promet beaucoup.
35:48Mais pour le moment,
35:49je garde le cap de l'amateurisme.
35:53J'aborde Wimbledon dans de bonnes conditions.
35:55C'est le jubilé cette année.
35:58Les billets sont en vente
36:00à 5 400 francs.
36:03Quelle folie.
36:04Je suis très attendue,
36:06comme toujours.
36:07Et plus encore cette fois-ci.
36:10Le 7 juillet,
36:11je suis invitée à Buckingham Palace.
36:14Je suis excité
36:15et fière aussi.
36:17Pour l'occasion,
36:19Patou m'a confectionné
36:20une robe blanche
36:21avec une longue traîne.
36:23Et dans les cheveux,
36:24je porterai des plumes d'autruche.
36:27Patou, il va faire
36:27de Suzanne Langlène
36:28quelqu'un,
36:29mais elle n'aurait pas gagné,
36:31il n'aurait pas gardé.
36:32C'est aussi parce que la presse en parle,
36:33parce qu'elle remporte
36:35victoire sur victoire.
36:36Et donc,
36:36il mise,
36:37comme il mise au casino,
36:38un peu sur Suzanne Langlène.
36:40Il se trouve que sans doute
36:41une amitié s'est développée
36:42entre les deux,
36:43puisque la collaboration
36:45continue et ne s'arrête
36:47qu'avec la mort de Patou
36:48en 1936.
36:49Mais la collaboration
36:50Langlène-Patou,
36:51elle est sur un intérêt réciproque.
36:53L'un fait la promotion
36:54de l'autre.
36:55L'un est un outil publicitaire
36:56de l'autre.
36:58Mon premier tour en simple
36:59face à l'américaine
37:00Mary Brown
37:01me coûte déjà
37:02cinq jeux.
37:03Demain après-midi,
37:05avec Didi,
37:05on rencontre
37:06nos deux grandes adversaires
37:07américaines,
37:08Miss Brown
37:09et Miss Ryan.
37:11Il faut que je sois en forme.
37:13Mais mes douleurs reprennent.
37:16J'irai consulter
37:17dans la matinée.
37:20Au réveil,
37:21quelle surprise !
37:23Je découvre dans le journal
37:24que je suis également
37:25programmée en simple
37:26avant mon match
37:27avec Didi.
37:29Les mufles,
37:30sans m'en avertir,
37:31ils ont modifié
37:32la programmation.
37:34Ah, ça ne va pas
37:34se passer comme ça.
37:36Elle avait raison,
37:37on ne change pas l'horaire
37:38au dernier moment comme ça.
37:40surtout sans prévenir
37:40la principale concernée.
37:42Ça ne se fait pas.
37:43Mais elle a tout à fait raison.
37:44Et elle a eu tout à fait raison
37:45à l'époque de faire un scandale.
37:47Elle dit,
37:47écoutez,
37:47moi,
37:47je ne changerai pas.
37:49Miss Lenglen,
37:49vous faites attendre la reine.
37:50Vous devez jouer
37:51ou vous serez disqualifié.
37:54salauds,
37:54comment osez-vous ?
37:56C'est moi qui remplis votre stade.
38:04Je déclare forfait
38:05quelques jours plus tard
38:06et je rentre en France
38:07avec ma robe de soirée
38:08et mes raquettes sous le bras.
38:22Au début du 20e siècle,
38:24quand il y avait
38:25de grandes compétitions internationales
38:27auxquelles participaient
38:28certaines femmes,
38:29je pense à un match
38:31de foot féminin
38:32du début du 20e siècle,
38:34je pense effectivement
38:35au match de Suzanne Lenglen.
38:37C'était blabé.
38:39Les gens ne savent pas.
38:41Le sport féminin intéresse
38:43quand on en fait suffisamment
38:46de la communication.
38:47Quand les sportifs
38:48sont de très grandes sportives
38:49et qu'il va y avoir
38:51du spectacle sportif,
38:52c'était le cas
38:53pour Suzanne Lenglen.
38:54Les gens venaient voir
38:55d'abord la reine jouer
38:57mais gagner surtout.
39:00Et puis,
39:00sur la question des horaires
39:02et de la médiatisation,
39:04on en est,
39:04j'allais dire,
39:05au même point
39:07qu'il y a un siècle.
39:09Sauf que toutes les sportives
39:11n'ont pas l'aura
39:14ni le statut
39:15de Suzanne Lenglen.
39:20Ma carrière d'amateur
39:22est terminée.
39:23Terminée.
39:24J'ai travaillé aussi dur
39:26que n'importe quel homme
39:27ou femme
39:27et je n'ai même pas gagné
39:295000 dollars
39:30tout au long de ma vie.
39:31Pas un centime
39:32grâce au tennis.
39:33Et que ferez-vous
39:34lors de votre tourne
39:35aux Etats-Unis ?
39:35Des exhibitions
39:37de tennis
39:37et du cinéma.
39:40Et quels seront
39:41vos avantages ?
39:42Je suis tenu
39:43de garder une discrétion
39:45professionnelle.
39:47Merci.
39:48Merci, merci.
39:49On se retrouve
39:49sur le quai
39:50du Transatlantique.
40:19Le contrat a été signé
40:36sur le cinéma.
40:43C'est le grand départ.
40:49comment s'est passé la traversée ?
40:52admirablement bien.
40:53J'ai échappé au mal de mer
40:56en buvant du champagne.
40:579 octobre 1926.
41:019 octobre 1926.
41:14Quelle ambiance.
41:15La tournée démarre ?
41:17La tournée démarre ?
41:18Baltimore, Boston,
41:19Philadelphia, Pittsburgh.
41:20Quel accueil.
41:21Je n'ai jamais connu
41:23rien de pareil
41:23dans ma carrière d'amateur.
41:25À Montréal,
41:26j'ai demandé
41:27qu'une tribune
41:28soit à la disposition
41:28des écoliers de la ville.
41:30Ils me l'ont bien rendu.
41:32Et maintenant,
41:33la côte pacifique.
41:35Les exhibitions
41:36s'enchaînent,
41:37mais les matchs
41:37finissent tous
41:38par se ressembler.
41:39Nous ne sommes
41:40que quatre joueurs
41:41professionnels.
41:41les combinaisons
41:42ne sont pas infinies.
41:45Arrivé à Los Angeles,
41:46direction les studios
41:48de la métro
41:48Goldwyn Mayer.
41:50J'y passe des essais
41:51en compagnie
41:52de la fantastique actrice
41:53Marion Davis.
41:54Quand la queen
41:55of the screen
41:56rencontre
41:57la queen
41:58of the rackets.
42:00Ce grand voyage,
42:01c'est le tennis,
42:03le cinéma,
42:04mais c'est aussi
42:05les amours.
42:07Baldwin.
42:08J'ai vite eu le béguin.
42:10Il est grand,
42:11beau et riche.
42:13Son grand-père
42:14est l'un des plus
42:14grands bâtisseurs
42:15de Californie.
42:18Le seul hic,
42:19il est marié
42:20et sa femme
42:21est très jalouse.
42:22On reste discret,
42:23mais on ne se quitte
42:24plus de la tournée.
42:27Il se présente désormais
42:28comme mon nouvel agent.
42:31Je rapporte 200 disques,
42:337 valises de plus
42:34et un millionnaire.
42:37À bord,
42:38un autre champion olympique
42:40qu'elle a,
42:40elle,
42:40Wafi Bouguera.
42:42Jeune manœuvre
42:42chez Renault,
42:43il travaillait la journée
42:44et s'entraînait le soir.
42:47Il vient de remporter
42:48les médailles d'or
42:48du marathon
42:49aux Jeux Olympiques
42:50d'Amsterdam.
42:51Personne ne l'attendait.
42:53Quel exploit.
42:54Lui aussi a choisi
42:55d'être professionnel aujourd'hui.
42:57Comment faire autrement ?
43:01Sa décision d'arrêter
43:02et de partir aux Etats-Unis
43:04pour devenir professionnel
43:05est une décision
43:06extrêmement courageuse
43:06à l'époque.
43:08Il faut savoir
43:08que dans les années 20,
43:10en particulier
43:11et début des années 30
43:12en France,
43:12il y a un débat
43:13très important
43:14sur est-ce que le sport
43:16doit être professionnel
43:17ou pas.
43:17Et il y a une réponse
43:19unanime du mouvement sportif
43:20qui est non,
43:21le sport doit être
43:22désintéressé,
43:23y compris quand un sportif
43:24le fait.
43:24C'est le fameux
43:25ethos coubertinien,
43:27c'est le fair play,
43:28c'est l'individu
43:29qui doit faire du sport
43:30de manière
43:31totalement désintéressée.
43:32Et donc,
43:33un certain nombre
43:34de sportifs de cette époque-là,
43:35soit ils travaillaient à côté
43:36pour gagner leur vie,
43:38soit ils ont participé
43:39à des meetings
43:39où ils gagnaient
43:41un tout petit peu d'argent
43:41et on va leur retirer
43:43leur médaille.
43:44De passer professionnel,
43:47quelquefois,
43:47ça facilitait les choses,
43:49mais quelquefois,
43:50c'était assez difficile
43:52parce que les gens
43:53nous regardaient
43:53d'un certain oeil
43:55et disaient
43:55« Mais pourquoi
43:56tu voulais passer professionnel ? »
43:57Je sais que comme moi
43:58je suis passée professionnelle aussi,
44:00la fédération m'a mis au ban
44:01pendant deux ans quand même.
44:10Baldwin s'installe au Negresco.
44:13Mon père ne voit pas
44:14d'un très bon oeil
44:14cette relation avec un homme marié,
44:16il ne tient pas
44:16à la voir chez nous.
44:18Baldwin se plaît beaucoup ici.
44:20Le faste de la Riviera
44:21lui convient parfaitement.
44:23il m'organise
44:24quelques exhibitions
44:25en Allemagne
44:25et en Angleterre,
44:26mais sans véritable succès.
44:29L'amateurisme
44:30règne toujours là-bas.
44:32Cela sonne un peu
44:32comme la fin
44:33de ma carrière professionnelle.
44:37À mon retour,
44:39mon père est au plus mal.
44:41Il meurt au mois de mars.
44:42Plus rien ne me retient à Nice.
44:45Je suis lasse.
44:46Je décide
44:47d'arrêter le tennis.
44:49Désormais,
44:50je ne jouerai
44:51ni comme amateur
44:52ni comme professionnel.
44:55La manière
44:56dont elle concevait
44:58la pratique sportive
44:59de haut niveau,
45:00elle la concevait
45:01à la fin
45:01de manière professionnelle.
45:03Là, ça pose
45:04une deuxième question.
45:05Elle,
45:0513 ans d'avance
45:06sur son temps,
45:06elle décide de partir
45:07pour gagner de l'argent.
45:08Mais ça ne résout pas
45:09le problème
45:10qui va y avoir
45:10après,
45:11beaucoup plus tard,
45:12qui est la question
45:12qui ressort
45:13dans les années 70
45:14avec Billie Jean King
45:15qui est...
45:16On en est toujours
45:17à la même chose,
45:17pas pour les hommes
45:18qui gagnent de l'argent,
45:19mais on en est toujours
45:20à la même question
45:21pour les femmes.
45:22Ça a été la première joueuse
45:23à passer professionnelle
45:24et ça a ouvert la voie
45:27un peu à nous autres
45:28plus tard
45:29quand on est
45:30avec Billie Jean King,
45:32on a créé la WTA.
45:34On a voulu
45:35que le tennis féminin
45:38soit un peu
45:39sur le même plan
45:40que le tennis masculin.
45:42On était
45:42beaucoup plus nombreuses
45:44on se rassemblait,
45:45on était une soixantaine,
45:46c'était très bien.
45:47Et quand je pense
45:49à pauvre Suzanne
45:50qui se battait
45:51toute seule
45:51pour faire progresser
45:55le tennis féminin,
45:56c'est vrai.
45:59Nous sortons beaucoup
46:00avec Balouine,
46:01nous dépensons
46:02et je dois dire
46:03que son penchant
46:04pour la boisson
46:05déteint un peu sur moi.
46:07Nos fiançailles
46:08s'éternisent,
46:09cela commence
46:10à me reposer.
46:11Je le presse
46:12de repartir
46:12en Californie
46:13pour régler cette affaire.
46:15Ma vie congée
46:16à le bas de l'air.
46:18Je crois que ma carrière
46:19d'amoureuse illégitime
46:20a assez duré.
46:21Je veux retrouver
46:22ma liberté.
46:24Mais je ne manque
46:25pas de projet.
46:26Je monte ma maison
46:27de couture,
46:27rue de la Chaussée-Dantin,
46:28à Paris.
46:29Mon désir,
46:30marier le sport
46:31à la couture.
46:32Le studio où je dessine,
46:34c'est aussi mon laboratoire.
46:36J'ai fait installer
46:36un petit terrain de tennis
46:37sur lequel les mannequins
46:39échangent des balles.
46:40j'observe
46:41les réactions
46:42de mes prototypes
46:43pendant les déplacements
46:44des joueuses.
46:45Les gestes,
46:46en brisant la ligne
46:47des tenues,
46:48font renaître
46:49dix autres lignes
46:50toujours plus belles
46:51et renouvelées.
46:52C'est ça
46:52qui fait la beauté
46:53du vêtement.
46:54Le mouvement
46:55n'est plus mon ennemi,
46:56mais mon allié.
46:58J'accepte aussi
46:59des petits rôles
47:00au cinéma
47:04et je donne
47:04quelques conférences.
47:08Elle n'a pas 30 ans
47:09lorsque sa carrière
47:10s'arrête.
47:11Elle sait rebondir.
47:12Elle sait justement
47:13profiter de cette notoriété
47:14pour se lancer
47:15dans d'autres projets.
47:16Elle écrit des ouvrages
47:17où elle raconte
47:18des méthodes
47:19d'apprentissage du tennis.
47:20Elle crée une école,
47:21un peu comme l'avait fait
47:22en son temps
47:23celle qu'elle a pu rencontrer
47:24sur la Côte d'Azur,
47:25Isadora Duncan.
47:27Je veux mettre le tennis
47:28à la portée de tous.
47:30Le sport est une nécessité
47:32absolue
47:32pour l'équilibre
47:33et la santé du pays.
47:35J'ai rencontré
47:36Margaret Maurice,
47:37une pionnière
47:38de la danse libre,
47:39comme l'a regrettée
47:40Isadora Duncan.
47:41Elle a développé
47:42une pédagogie
47:43autour du mouvement
47:43et de la danse
47:44que l'on a transposée
47:45au tennis.
47:47Mon cher ami,
47:49rien ne peut plus
47:49me faire plaisir
47:50que de vous voir
47:51à l'inauguration
47:52de mon académie de tennis,
47:53jeudi 20 février
47:54vers 5h.
47:55Tennis Mirabeau,
47:5717 rue de Rémusin
47:58à Paris XVIe.
48:00Suzanne.
48:02Le but de mon école
48:03est de rendre accessible
48:05à tous
48:06l'enseignement du tennis
48:07par la leçon collective.
48:10Les résultats
48:10que j'ai déjà obtenus
48:12par cette méthode
48:12prouvent
48:13qu'elle est non seulement
48:14égale,
48:15mais supérieure
48:16à la leçon particulière.
48:33Le tennis doit à cette époque-là
48:36devenir plus ouvert,
48:38plus ouvert aux classes populaires,
48:40plus ouvert aux enfants
48:41qui ont moins,
48:42je dirais,
48:43la capacité à être
48:45dans des familles aisées,
48:46mondaines,
48:46qui jouent presque naturellement
48:48au tennis.
48:49Et oui,
48:501936,
48:51le Front populaire,
48:52la volonté de développer
48:53un sport pour tous,
48:54eh bien,
48:55Suzanne Lenglaine
48:55prend ce tournant,
48:56prend ce virage
48:57du Front populaire
48:58en faisant en sorte
48:59qu'à travers sa pédagogie,
49:01qui reste adaptée
49:02à une élite,
49:03elle puisse aussi,
49:03cette pédagogie,
49:04se développer
49:05pour les classes
49:06les plus populaires.
49:07Mais quelque part,
49:08on peut penser
49:08que Suzanne Lenglaine
49:09est un peu la fondatrice
49:11d'un tennis
49:12qui s'ouvre.
49:31Ces derniers temps,
49:32une fatigue intense
49:33me surprend à nouveau.
49:37On s'agit
49:38autour de moi.
49:39Les médecins m'imposent
49:41le repos le plus total.
49:45Je subis une transfusion sanguine
49:47pour soigner
49:48mon anémie persistante.
49:54Alors,
49:55qui a gagné hier ?
49:58Alors que la finale
49:59de Wimbledon
50:00se disputait aujourd'hui,
50:01vive émotion
50:02chez les joueurs.
50:05Celle qui fut
50:06la plus grande joueuse
50:07de tennis
50:07est morte hier.
50:10Suzanne Lenglaine
50:11a rendu
50:12son dernier soupir
50:13ce lundi 4 juillet
50:14à 6h30,
50:15emportée par une
50:16eucémie foudroyante.
50:17Elle avait 39 ans.
50:22En apprenant la nouvelle,
50:23Ellen Wills,
50:24qui vient de remporter
50:24le championnat d'Angleterre,
50:26a déclaré
50:26« Miss Lenglaine
50:28fut la plus grande joueuse
50:30de tennis
50:30de tous les temps.
50:31Elle était douée
50:32d'un sens stratégique
50:33merveilleux
50:33et d'une précision
50:35qui n'a jamais été égalée.
50:36Son jeu
50:37était la grâce même,
50:38une inspiration
50:39pour nous tous. »
50:42Le champion britannique
50:43Bunny Austin
50:43lui a également
50:44rendu hommage.
50:46Suzanne Lenglaine
50:47était incontestablement
50:48la plus grande joueuse
50:49et aussi la plus étonnante
50:51personnalité
50:52ayant joué au tennis.
50:53Elle était vraiment
50:54incomparable.
50:57Jean Borotra,
50:58accablé par le chagrin,
50:59se confiait ainsi.
51:01Sa mort fait un vide immense
51:03qui ne sera jamais comblé
51:05car Suzanne
51:06ne peut pas être remplacée.
51:09à la fin,
51:26et la fin,
51:27c'est la fin,
51:28c'est la fin.
51:29C'est la fin.
52:00...
Commentaires

Recommandations