- il y a 15 heures
Dans un arrondissement de Paris mêlant prolos et bobos, une tour de trente étages abrite mille voisins nés sur les cinq continents. Ici comme ailleurs, il faut faire des compromis et gérer au mieux la vie collective, avec des intérêts divergents et leur lot de tensions.
Guidé par un gardien atypique et grâce à l'excuse d'un documentaire, les portes closes s'ouvrent sur une mosaïque humaine de voisins qui nous racontent comment vont la vie et le monde depuis leur village vertical.
Et si, au fond, cette tour racontait notre société comme un échantillon représentatif de la France d'aujourd'hui, moins polarisée qu'il n'y paraît ?
Écrit et réalisé par : Stéphane Milon / Musique originale : Michel Schick, Michel Toeib / Produit par : Stéphanie Lebrun / Durée : 52' / Année : 2026 / Coproduction : LCP-Assemblée nationale / BABEL DOC
Guidé par un gardien atypique et grâce à l'excuse d'un documentaire, les portes closes s'ouvrent sur une mosaïque humaine de voisins qui nous racontent comment vont la vie et le monde depuis leur village vertical.
Et si, au fond, cette tour racontait notre société comme un échantillon représentatif de la France d'aujourd'hui, moins polarisée qu'il n'y paraît ?
Écrit et réalisé par : Stéphane Milon / Musique originale : Michel Schick, Michel Toeib / Produit par : Stéphanie Lebrun / Durée : 52' / Année : 2026 / Coproduction : LCP-Assemblée nationale / BABEL DOC
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00:02Alors, que je te dise ma chérie, regarde bien d'abord, regarde la vue, c'est chouette, hein ?
00:08T'as le vertige ?
00:09Moi non, je trouve ça trop beau.
00:11Alors, la tour Eiffel, tu vois, elle a une petite patte qui est cachée par cet immeuble-là,
00:16mais de la cuisine et de ma chambre, non.
00:18Ok.
00:21En plus, c'est sympa, t'entends les gens de loin, tu sais ?
00:24Comme à la plage.
00:29Et tu vois, cette copropriété est immense, quand même, hein ?
00:32T'as vu ça ?
00:33Oui.
00:34T'imagines que c'est... Là, on est au 16e et ça va jusqu'au étage numéro 30.
00:38Oui.
00:39Ça te plaît ?
00:40Euh...
00:42Elle a le vertige.
00:44Voilà.
00:45Ok.
00:50Jamais je n'habiterai dans une tour.
00:52C'est ce que beaucoup de personnes pensent, et moi le premier, je le pensais.
00:55En bon provincial, fraîchement monté à Paris.
00:58Moi, mon rêve, c'était l'Haussmannien, les moulures, le parquet qui craque, la cour sombre.
01:04C'était cela, habiter Paris pour de vrai.
01:07Pour moi, une tour, c'était sale, bruyante, taguée, pleine de deals et de pannes d'ascenseur.
01:15Une annonce immobilière d'un 3 pièces au 20e étage ?
01:19J'hésite.
01:203e étage.
01:21Et puis j'entre dans l'ascenseur.
01:2320 secondes plus tard, je suis à 60 mètres du sol.
01:26La vue.
01:27Coup de foudre immédiat.
01:35J'habite cette tour depuis près de 20 ans.
01:42Très vite, j'ai eu envie de la filmer, de partout et sous toutes ses coutures.
01:52Avec ses 30 étages et ses 240 appartements, chacun dupliqué 29 fois, à l'identique.
02:00Même plan, même mur, même fenêtre, et pourtant à l'intérieur des mondes totalement uniques.
02:09Alors en 2008, j'y ai tourné un clip avec le musicien anglais Tim Keegan, en le filmant dans des
02:14appartements similaires au mien.
02:20Tous pareils, tous différents, voilà le point de départ.
02:25Ici, la diversité n'est pas un sujet.
02:27La diversité ethnique et sociale est un fait, une réalité quotidienne.
02:41Ici, pas de fantasme identitaire.
02:43On vit avec, à côté.
02:46Parfois sans se voir, mais on vit ensemble.
02:53Et 18 ans après avoir tourné ces images, je me demande où en est ce joyeux et fragile équilibre.
03:14Madame Zanata, comment allez-vous ?
03:16Ça va bien.
03:16Ça va bien.
03:18Donc, demain, entre 20h et 21h, c'est ça ?
03:20Ah, c'est génial !
03:22Et ils auront le code, c'est juste pour leur ouvrir.
03:24C'est juste pour laisser entrer une fois.
03:26Une fois ? Pas deux, attention !
03:28Ah, ben on est mal, parce qu'en fait, il va falloir qu'on le rouvre deux fois.
03:3611,74, ce sont deux frères.
03:4011,73, on a une colocation.
03:42Au 12,13 aussi, on a une colocation de ce côté-là.
03:46Lui, c'est Australie.
03:48Lui, c'est un avocat russe.
03:52Lui, c'est un Américain.
03:53Et lui, c'est le mec, ça va, tu vas bien, super cool.
03:56Vraiment, vraiment, le gars au top.
03:59Appartement 11,37, un jeune couple, super sympathique.
04:02Ils sont partis au mois d'août et ils sont revenus en novembre.
04:06Ils ont fait un trek en voiture, un van aménagé, jusqu'en Turquie.
04:13Donc, tu vois, tout en haut, côté là-bas, F2, nous avons un abbé.
04:18Tu l'as jamais croisé ?
04:19Non, non, il n'est plus, mais avant, il était avec...
04:21Ce n'est pas une soutane, mais c'est comme les moines, tu vois.
04:24Je ne connais pas trop ce délire-là.
04:28J'ai fait le tour.
04:29C'est déjà pas mal, il y a pas mal de belles histoires à raconter ici.
04:49Je commence par une figure de la tour et du quartier depuis plus de 20 ans.
04:56Madeleine, ancienne journaliste, elle est devenue écrivaine.
05:01On m'aurait dit qu'on peut habiter dans un endroit avec de l'eau,
05:08des gosses qui font du canoë, que c'est si joli, toutes ces couleurs,
05:12des bateaux, une perspective, une perspective.
05:16C'est une contemplation, c'est de la poésie, c'est du fond du cœur.
05:21Je crois que c'est le plus bel endroit de Paris, moi.
05:23Qui domine, on voit tout, les deux millions...
05:27Mais c'est toute sa valeur, c'est toute sa fierté.
05:29Nous dominons deux millions d'habitants, on est mille là-dedans.
05:33Mais regardez le bol qu'on a, quoi.
05:35Vous la trouvez belle, votre tour ?
05:36Oui.
05:39Je suis arrivée à écrire ce livre parce que je cherche des sujets.
05:42Si vous voyez les petites phrases que vous avez envie de dire, n'hésitez pas.
05:45La tour était prise dans la brume.
05:49Quelle tour d'ailleurs ?
05:51N'importe quel passant devait être incapable de la voir.
05:55Il me demande de vous montrer que c'est un village ici.
05:59Un village en hauteur.
06:02C'est un immeuble, une tour, un bâtiment, un édifice si vous préférez.
06:09Mais pas un village !
06:12Ineptie, assez argotée, levé le nez.
06:18À partir de maintenant, Justin, nous entrons dans un village.
06:28Dans le village, il y a M. Dejoux, un fidèle des assemblées générales de copropriétaires.
06:34Ancien percepteur, il est du genre à être tatillon sur les comptes du syndic.
06:39La vedette, la star, c'est Mei Lan.
06:42Mei Lan, ça veut dire belle orchidée, en chinois.
06:46C'est un prénom qui n'est pas si extraordinaire que ça.
06:50Elle se cache, la belle orchidée se cache.
06:52Ouais, toujours, toujours, toujours.
06:54Et donc là, c'est la statue que j'ai faite.
06:58C'est un moulage, enfin, un modelage de mon épouse.
07:02Et on voit, là, c'était le jour de notre mariage.
07:04Et là, c'était il y a quelques années.
07:08Après, Mao Tse-tung.
07:10Attendez, c'est pas Mao Tse-tung.
07:12Ce qui est important de voir, c'est ça.
07:17Alors, Mao transformé en tirelire, n'est-ce pas ?
07:20Il y a quand même de quoi apprécier l'humour.
07:24Exact.
07:28Une tour comme ça, c'est deux fois mon village natal, si je puis dire.
07:32Qui fait 500 habitants, donc, voilà, dans l'Ardèche.
07:37Et donc, c'est aussi beaucoup de petites communes.
07:40Et donc, il y a une démocratie, il y a aussi des oppositions,
07:46il y a une majorité, il y a des coups de cœur,
07:49il y a des oppositions plus subtiles.
07:55J'ai des relations pas faciles avec le voisin du dessus.
07:58Pour une raison simple, c'est que c'est un musicien professionnel
08:02qui donne des cours de clarinette.
08:05Et c'est parfois insupportable toute la journée.
08:09Il commence à 9h du matin.
08:12Et voilà.
08:17Le musicien professionnel, c'est Michel.
08:20Et je lui ai demandé de faire la musique de ce film
08:23à partir des sons de la tour.
08:27Ne t'inquiète pas, tu décaches de la ramette.
08:49J'ai l'impression d'être dans un village Playmobil de rêve.
08:53Avec le petit garage à vélo, le petit jardin devant,
08:56l'eau avec le canal.
09:03Il y a des deux pièces où je connais les personnes
09:05qui sont à 7 à 8 dedans.
09:07C'est ça aussi qui va pas.
09:08On paye autant de tièmes, moi je viens.
09:10Mais bon, je ne dépense pas autant d'eau
09:11que les gens qui sont faits aux vies dans l'appartement.
09:16C'est marrant cette tour parce qu'elle oblige
09:18à se poser des questions sur le vivre ensemble.
09:21Moi je crois que le terme de village vertical
09:23est tout à fait adapté.
09:32Est-ce que la tour est un village ?
09:34Ouais, je pense.
09:35Non ?
09:36Tu dis non toi ?
09:37Vas-y, vas-y, développe.
09:38Je ne sais pas s'il y a un maire,
09:40mais en tout cas, il y a quelques figures locales.
09:44On a Harley, bien sûr, qui est notre régisseur à tous.
09:50C'est un peu l'employé communal, le cantonnier,
09:53voilà, si on était à l'échelle d'un village.
09:55Salut, tu viens ?
09:57Ça va, il fait beau aujourd'hui, il fait doux.
09:59Bonjour.
10:00Allez, bonne journée.
10:02Merci.
10:02Il y a un effet communauté un peu dans le hall et dans les ascenseurs
10:06parce qu'il y a toujours le gardien qui est là,
10:08les pompiers qui se relaient.
10:13Ce qui définit un village, c'est la place du village.
10:17Il y a un proverbe, Yoruba, qui dit
10:19« Il faut un village pour élever un enfant ».
10:21Ce que ça dit, c'est que les espaces partagés extérieurs d'un village,
10:26ils sont suffisamment sûrs, connus,
10:29et on y connaît suffisamment les gens et les habitants
10:33pour y laisser évoluer ensemble, les enfants,
10:35pour les laisser s'approprier les lieux.
10:37Et alors, en passant du temps, du coup, dans le jardin avec nos enfants,
10:41on a rencontré d'autres parents avec d'autres enfants.
10:44Et c'est comme ça qu'on a commencé vraiment à faire des relations
10:46à l'intérieur de la tour, évidemment.
10:48Et puis on s'est rapprochés de personnes
10:51qui avaient des enfants du même âge et qui grandissaient ensemble.
10:53Et tout ça, se faisant au fil des années,
10:56nos enfants sont devenus une petite bande,
10:57la petite bande de la tour,
10:59et ils ont gagné en indépendance.
11:01Et donc très tôt, je pense même beaucoup plus tôt
11:03qu'on ne l'aurait fait si on avait été dans un quartier pavillonnaire
11:05ou dans un autre quartier de Paris,
11:07on les a laissés se déplacer tout seuls dans la tour.
11:21Ça peut vous sembler être une vision idyllique,
11:24ce jardin avec son canal,
11:26son petit port de plaisance attenant,
11:28un Paris de carte postale,
11:30ce pont levant et la rotonde au bout du bassin.
11:34Pourtant, c'est bien là, à Stalingrad,
11:36que se trouve l'un des hauts lieux du krach à Paris.
11:38Le quartier est d'ailleurs souvent réduit à ça
11:40et à ces tours impressionnantes
11:42qui peuvent rappeler les grands ensembles de banlieues.
11:48Finalement, les gens n'en parlent pas trop
11:50du krach à Stalingrad à 200 m.
11:53On le ressent en habitant dans la tour ?
11:55Est-ce que c'est une pression ?
11:56C'est pas plus que ça.
11:58Pas plus que ça, justement,
11:59parce que ça reste un quartier
12:00où il y a du mouvement,
12:04les familles, etc.
12:06Donc, je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème,
12:08mais ils sont probablement un peu surestimés.
12:15Ce que je retiens surtout de ce quartier,
12:17et de ma tour en particulier,
12:19c'est la chance de côtoyer
12:20une incroyable diversité de gens
12:22au parcours aussi multiple qu'il y a d'appartements.
12:27Banane, banane.
12:29Reste assise, s'il te plaît, Numa.
12:30Je te prépare la banane et le pain.
12:32Tu veux le pain aussi ?
12:33Voici Fabien et Eva.
12:35Eva, qui, comme moi,
12:36n'aurait jamais imaginé vivre dans une tour.
12:39Tu continues ?
12:44À l'époque où j'ai rencontré Fabien,
12:47je vivais depuis pratiquement 3 ans
12:49sur une petite île,
12:50à Wadis-e-Futona, dans le Pacifique.
12:52Et je suis venue ici en vacances
12:53et je m'étais promis de jamais revenir vivre à Paris.
12:56Je suis tombée amoureuse d'un Parisien
12:58et donc me revoilà revenue à Paris
13:00dans cette tour.
13:04Depuis ma petite île,
13:05où j'étais bien installée.
13:07Je n'étais jamais montée si haut
13:09dans une tour d'habitation.
13:11Je trouvais ça sympa,
13:13son invitation à venir regarder le soleil
13:16depuis le 26e étage.
13:18J'avais pris une feuille de papier
13:19et j'ai dessiné les nuages
13:20sur la fenêtre.
13:22Voilà.
13:25Et puis,
13:26et puis,
13:26et puis,
13:27et puis,
13:27voilà,
13:28on s'est rouillé de mon spell, quoi.
13:31Voilà, ici.
13:33Ah, Mathias !
13:34Oh là là,
13:35il va jouer, Mathias.
13:37Il va tester sa nouvelle voiture, là.
13:40T'as toujours des nouvelles voitures,
13:41des nouvelles chaussures,
13:42des nouvelles...
13:53Je me surprends des fois
13:54d'être dans l'ascenseur
13:55et d'entendre de l'Espagnol,
13:57de l'Italien,
13:58du Chinois,
13:59des Brésiliens,
14:00des Portugais,
14:01des Chiliens,
14:02des Indiens,
14:03ou je ne sais pas s'ils sont Indiens
14:04ou Sri Lanka ou Pakistanais,
14:06mais...
14:07On a l'impression de voyager
14:08en montant dans l'ascenseur.
14:10Babel,
14:10la tour de Babel.
14:12Après, aussi,
14:14de Sud-Amérique,
14:15voilà,
14:15ça,
14:15Brésil,
14:16Colombie,
14:18de Hongrie.
14:19Nous,
14:19en Yougoslavie,
14:20on a fait études.
14:22Alors,
14:22je suis juriste.
14:23Et ma femme,
14:23elle était cinquième année
14:25de médecine
14:26et à cause de la guerre,
14:27on a tout laissé,
14:29voilà.
14:30C'est entre frères,
14:32entre voisins,
14:33entre nous.
14:35Je dis,
14:35c'est pas raisonnable,
14:36et voilà.
14:42C'est la deuxième naissance
14:43ici pour moi
14:44et pour nous.
14:45Changement complètement
14:46de vie.
14:54J'étais conducteur
14:55d'engins
14:56de travaux publics.
14:57Je conduis machine,
14:58je construis
15:00tous les réseaux
15:01de gaz,
15:02électricité,
15:03l'eau,
15:04PTT,
15:05télécommunications,
15:05en France,
15:06Île-de-France.
15:08Voilà,
15:09c'est un métier
15:09pas pour tout le monde.
15:11Plutôt,
15:12c'est pour eux.
15:13Je vois dans mon entourage,
15:15c'est l'émigration
15:16qui fait ça
15:17et c'est vraiment
15:18le travail
15:19pour émigrer.
15:32Bonjour,
15:32ça va ?
15:33On vient pour l'entraînement ?
15:33On vient pour l'entraînement.
15:34Super,
15:35bon courage.
15:36Entraînez-vous bien.
15:36C'est gentil.
15:37Allez,
15:37bon courage les gars.
15:38Merci.
16:17Tu connais cette personne ?
16:19Je fais comment
16:20pour mettre la lettre
16:21en mode normal ?
16:22Et j'ai fait traduire ça
16:23par des chinois,
16:24on a fait parler
16:25que l'iPhone
16:26et c'est un nom
16:26qu'on ne connaît pas.
16:28Ah,
16:28on me l'a dit déjà.
16:29Mais ça veut dire
16:29quelque chose de bien.
16:30j'espère.
16:31sinon ça veut dire
16:32trou de balle
16:32ou un truc comme ça.
16:34Après,
16:34bon,
16:35j'assume.
16:36Entre les chinois,
16:37les cambodgiens,
16:38les laotiens,
16:39les vietnamiens,
16:40la population asiatique
16:42représente près de 30%
16:43de la tour
16:44et pourtant,
16:45en 20 ans,
16:46j'ai rarement eu l'occasion
16:47d'échanger avec eux.
16:48Je profite de ce film
16:50pour aller à leur rencontre,
16:51mais ce n'est pas facile.
17:00et pour l'instant,
17:01j'obtiens des sourires
17:02et des oui
17:03qui veulent dire non.
17:09Je me tourne donc
17:10vers la deuxième génération
17:12et rencontre Laurent et Christian,
17:14deux enfants de la tour.
17:15Tu peux me raconter
17:16le parcours de tes parents,
17:17comment ils sont arrivés là,
17:18enfin,
17:20à quelle année et tout ça ?
17:21Alors,
17:21c'est une histoire,
17:22je pense,
17:22qui est partagée
17:23un peu commune
17:24avec la majorité
17:25des ethnies asiatiques
17:26qui sont maintenant
17:27au sein du 13e arrondissement
17:29ou dans les quartiers
17:29de Belleville.
17:30Mes parents ont fui
17:31le conflit à l'époque
17:32qui était Indochine,
17:35Vietnam,
17:36enfin,
17:36Sud,
17:37Vietcong.
17:37Il y avait des régimes
17:39totalitaires
17:39avec beaucoup de génocides,
17:42si je peux dire les termes.
17:43Et mes parents,
17:44du coup,
17:45ont été recueillis
17:47par la Croix-Rouge française
17:48puisqu'ils viennent du Cambodge,
17:50donc une colonie
17:51ex-française.
17:53Et par ce biais-là,
17:54ils ont réussi à traverser
17:56jusqu'en France
17:56en traversant tout l'Europe
17:57et être accueillis
17:58en tant que réfugiés.
18:00Et du coup,
18:00ils sont arrivés,
18:01je crois,
18:01en France
18:02dans les années 80.
18:03Et moi,
18:04je suis né
18:04en fin 98,
18:06l'année de la Coupe du Monde,
18:07en France.
18:07avec la communauté
18:09un peu discrète,
18:10etc.
18:10Comment tu expliques ?
18:13Je dirais que c'est de la culture.
18:15Alors après,
18:17vivons heureux,
18:17vivons cachés.
18:18C'est peut-être aussi un peu
18:20la philosophie
18:21d'une certaine population asiatique.
18:25Après,
18:26nous,
18:26on est quand même
18:26de la deuxième génération,
18:29donc on est un peu différent
18:30par rapport à nos parents.
18:31Le fait d'avoir fui,
18:34fui la dictature,
18:35fui la pauvreté
18:36ou le fait de se reconstruire.
18:40Oui,
18:40on essaye d'éviter
18:41de poser problème à autrui.
18:43Donc,
18:43c'est peut-être ce côté-là
18:44qui fait qu'on est un peu discret.
18:54En rencontrant mes voisins
18:56dans toute leur diversité,
18:57je me demande pourquoi
18:58lorsque la diversité
18:59n'est pas un fantasme,
19:00mais une réalité quotidienne,
19:02pourquoi ici,
19:03dans le 19e arrondissement de Paris,
19:05quartier populaire
19:06et réputé
19:07pour ses lieux de deal ?
19:08Pourquoi,
19:09aux dernières législatives,
19:11le vote RN
19:12était quatre fois plus bas
19:13qu'au niveau national
19:13et à l'EFI
19:14passait au premier tour
19:15avec 64% des voix ?
19:18Qu'en sera-t-il
19:19aux prochaines élections municipales ?
19:26Ici,
19:27dans le 19e,
19:27on peut quand même dire
19:28qu'il y a pas mal de gens
19:31privilégiés,
19:31souvent assez engagés
19:32pour l'écologie,
19:34le féminisme,
19:35etc.
19:35On est quand même,
19:36on a en tout cas
19:37cette image-là.
19:37Donc,
19:38je ne suis pas surprise
19:39de voir que
19:40cet arrondissement
19:41est plutôt
19:43très à gauche
19:44versus
19:46à droite.
19:59Tu parles
20:01sur tout ça.
20:02Et puis,
20:02en fait,
20:03quand tu es dans
20:03ce genre de quartier
20:04où tu vois
20:05tous les jours
20:05la diversité
20:06que les craqués,
20:08ce n'est pas forcément
20:09des Africains
20:10et que ceux qui sont
20:14importunants,
20:14ce n'est pas forcément
20:15non plus des étrangers,
20:16ça peut être du blanc,
20:17tout ce qui est plus blanc
20:18que blanc.
20:20Du coup,
20:20pour moi,
20:21c'est lié.
20:23Plus tu as de diversité,
20:24moins tu as de racisme
20:25inhérent.
20:26Ici,
20:26je ne me suis pas
20:27senti comme un étranger,
20:28voilà,
20:29c'est ça.
20:29Surtout dans Tours aussi,
20:31parce que je vis
20:32différents mondes.
20:33Et pour moi,
20:34c'est une nécessité
20:36pour vivre ensemble
20:37parce que
20:38contact,
20:39tout ça,
20:39on a besoin
20:40d'un de l'autre
20:41pour régler
20:42notre quotidien,
20:45voilà,
20:45c'est ça.
20:46Et à la campagne,
20:48peut-être,
20:48ils sont plus isolés,
20:49ils sont avec les télés
20:51un peu,
20:51avec les médias
20:54qui te servent
20:55à dire plein de choses
20:56et ils ne peuvent pas
20:57comparer après
20:58avec les autres
20:59et tout ça.
21:00Ils sont après
21:00peut-être plus fermés,
21:02voilà,
21:02c'est ça.
21:10Aujourd'hui,
21:10dans cette tour,
21:11cohabitent sous le même toit
21:12mille voisins
21:13venus du monde entier.
21:16Était-ce l'intention
21:17de l'architecte
21:17d'en faire
21:18un village vertical ?
21:20Y avait-il aussi
21:21un projet politique
21:22à l'instar
21:22de l'utopie sociale
21:23de Le Corbusier,
21:24avec sa cité radieuse ?
21:28T'as une idée
21:29de l'architecte,
21:31de l'histoire
21:31de la tour ?
21:32Non,
21:32pas du tout,
21:33pas du tout,
21:33du tout,
21:34du tout.
21:34Pas du tout,
21:35pas du tout.
21:36Je sais qu'elle a été
21:36construite en 1972,
21:39par là.
21:40Nous sommes arrivés
21:41en 1974.
21:42C'était une tour
21:42de fonctionnaires.
21:44Donc,
21:45sa destination,
21:46c'était les fonctionnaires,
21:47issus du ministère
21:48de l'agriculture,
21:50du travail,
21:50du travail,
21:51de l'intérieur,
21:53de l'armée.
21:54Ah oui,
21:54une tour de fonctionnaires.
21:56Alors,
21:56projet politique peut-être,
21:58mais on est loin
21:58d'une cité radieuse.
22:01Pour en savoir plus,
22:02je sais où aller sonner.
22:07Curieusement,
22:08il y a beaucoup
22:09d'architectes
22:09qui habitent dans la tour.
22:11Au moins une vingtaine.
22:12Parmi eux,
22:13il y a Gaspard
22:14qui a ses bureaux ici.
22:15Et il doit certainement
22:16connaître l'histoire
22:17de la tour.
22:20La tour,
22:21elle a été conçue
22:22et réalisée
22:23par l'architecte
22:23Pierre-Yves Cochin
22:24dans les années 70.
22:27C'est la première tour
22:28d'un projet
22:29d'un nouveau front de scène
22:30qui était voulu
22:31par le président Pompidou
22:32et le président suivant,
22:34Giscard,
22:35il a stoppé ce projet.
22:37Au même moment,
22:38Pierre-Yves Cochin
22:38y réalisait
22:40le nouveau tel
22:41de la porte de Bagnolet,
22:42une autre tour.
22:44Et pour moi,
22:45ce n'est pas tout à fait
22:45anodin
22:46que ce soit
22:47un architecte d'hôtel
22:50qui l'ait réalisé.
22:51Cette tour,
22:51je l'aperçois
22:52un petit peu
22:52comme un espèce
22:53de nouveau Sheraton
22:54dans un paysage urbain.
22:59On voit ces lignes
23:00effilées,
23:01verticales.
23:02Il y a des balcons
23:03qui sont très intrigants
23:04parce qu'ils sont
23:05vraiment anecdotiques
23:07au plus haut degré.
23:09Coucou.
23:10Oui, oui,
23:10j'essaie.
23:11Absolument,
23:11on termine.
23:13Cette tour
23:14en termes architecturaux,
23:18elle me donne l'impression
23:19d'avoir été dessinée
23:21en une heure.
23:22Alors moi,
23:22il y a un truc
23:23qui me questionne
23:24dans cette tour,
23:25c'est pourquoi
23:25le dixième étage
23:26a un balcon
23:27et pas les autres ?
23:28Pourquoi l'architecte
23:30a eu cette idée loufoque ?
23:32C'est vrai
23:33que tout le monde
23:33se pose la question
23:34de ces balcons
23:35seulement au dixième étage.
23:37Non,
23:37neuvième étage.
23:39Moi,
23:39le truc
23:40qui m'a surpris,
23:41c'est que
23:41les ascenseurs
23:43pairs
23:43te ramènent
23:44sur les étages
23:45impairs.
23:46C'est la première fois
23:48quand je suis entrée,
23:50moi,
23:50je devais prendre
23:51l'ascenseur 2
23:51pour aller au 3.
23:54Mais pourquoi ?
23:55Moi,
23:55je suis informaticienne.
23:56Non,
23:57non,
23:57non,
23:57non.
23:58Si c'est pair,
23:59c'est pair,
23:59c'est impair,
24:00c'est impair.
24:02En effet,
24:02j'avais jamais remarqué
24:04l'ascenseur impair,
24:05l'ascenseur 1
24:06t'emmènent aux étages pairs
24:08et l'ascenseur pair
24:09dessert les étages impairs.
24:12Une, c'est...
24:13Oui, manque un.
24:15On saute ?
24:16Mathieu a emménagé
24:17récemment en famille
24:18et il découvre depuis
24:19les particularités
24:20de la tour.
24:21Ce qui est marrant,
24:22c'est que
24:23je ne connais pas
24:24les gens des étages impairs,
24:26voire je ne connais pas
24:27les gens
24:28de l'autre côté
24:29de l'ascenseur.
24:30Donc ça,
24:31c'est assez marrant.
24:32Il y a limite
24:33un village
24:34avec quatre quartiers.
24:39Finalement,
24:40c'est peut-être nous,
24:40les habitants,
24:41qui avons fait
24:42de cette architecture
24:42d'hôtel
24:43un village vertical
24:44en créant
24:45au fil des années
24:46un lien communautaire.
24:51Quand tu es arrivée,
24:52c'était...
24:53Mon premier sentiment,
24:54c'était de me dire
24:55qu'il y avait...
24:56C'était trop de voisins
24:58d'un coup,
24:58c'était une communauté
24:59un peu trop présente
25:03et je n'avais pas
25:03envie de rentrer dedans.
25:05Et puis,
25:06finalement,
25:06tu as des enfants,
25:07tu te traînes dans le jardin.
25:09Bon an, mal an,
25:09tu arrêtes quand même
25:11à côtoyer des gens
25:12et puis finalement,
25:13tu découvres que
25:13ça, c'est chouette.
25:14Et moi,
25:14j'ai créé des liens
25:15avec des gens
25:16que je ne pensais pas trop.
25:20Nous, on est arrivés
25:21il y a 15 ans
25:22dans un 3 pièces.
25:24On a déménagé
25:25du 27e au 26e étage
25:27et finalement,
25:28on voit à des gens
25:28qui habitent
25:29dans la tour aussi
25:30et qui en déménagent
25:31pour prendre plus grand
25:31à un autre étage.
25:32Quand on aime ici,
25:34on se sent bien.
25:37Moi aussi,
25:38j'ai déménagé en ascenseur
25:39à l'arrivée
25:39de mon 2e enfant.
25:41Du 20e étage,
25:42vue nord,
25:43j'adorais cette vue.
25:44Je l'ai tellement filmée.
25:48Au 12e étage,
25:50vue sud,
25:51pas mal non plus.
25:55Nous,
25:56on a habité
25:56au 2e étage
25:57pendant 5 ans.
25:58On a déménagé
25:59en ascenseur
26:00en 45 minutes.
26:01C'est au 26e,
26:02donc la vue
26:03est bien meilleure.
26:05C'est la même tour,
26:06la même vie,
26:07mais avec les nuages,
26:09les oiseaux,
26:10la tour Eiffel,
26:11c'est incroyable comme vue.
26:12Moi, j'aime bien
26:13c'est voir le début.
26:14Même quand la maman
26:15et le papa
26:15qui viennent me voir
26:16me disent
26:16« On a un truc à t'annoncer,
26:17on va voir un bébé. »
26:19Ça fait plaisir.
26:20Ça fait plaisir.
26:20Et c'est parce que tu sais
26:21que tu vas commencer
26:21à voir le vent.
26:22Là, d'ailleurs,
26:23on a deux bébés
26:23qui vont naître
26:24cette année.
26:24Encore.
26:25T'as vu ?
26:25C'est vraiment
26:26la tour des enfants.
26:27La tour est vieille
26:28mais pas son âme.
26:31Au fil des naissances,
26:32on s'agrandit
26:33dans cette tour.
26:34On passe d'un T2
26:35à un T4.
26:35On déménage
26:36tout en voulant
26:37rester dans le même village.
26:39Quand vous êtes arrivé ?
26:40Il était aménagé comment ?
26:41C'était génial.
26:42C'était un vieux monsieur
26:44qui venait de décéder.
26:46C'était un indivision
26:47et c'était les fils
26:48qui étaient diplômés
26:49en architecture
26:50qui avaient fait les travaux.
26:51C'est-à-dire qu'il y avait
26:52deux carrelages au plafond
26:53au style boucherie,
26:55blanc, rien.
26:56Il y avait du faux parquet
26:57en carrelage au sol,
26:58blanc aussi.
26:59Les chambres,
27:00c'était un peu
27:00une ambiance David Lynch.
27:02Il y avait du papier pan
27:03blanc et rouge strié
27:04et des carreaux noirs
27:06et rouges au sol.
27:07Oui,
27:07assez moisi.
27:09Et la cuisine,
27:10elle était déjà là
27:11mais elle était fermée.
27:13Donc vous avez fait quoi ?
27:14Donc on a ouvert,
27:15on a cassé les 20 cloisons,
27:16on a cassé,
27:17on a refait la cuisine
27:18au même endroit
27:19mais ouverte
27:19et tourné vers la rue.
27:21Donc pendant qu'on lave
27:23les casserole,
27:23on voit la tour Eiffel.
27:32J'ai cassé les murs
27:34et j'ai ouvert
27:35parce que là,
27:36on a un poster de la tour Eiffel
27:38dans la fenêtre
27:38de l'ex-fenêtre de cuisine
27:41et là,
27:41on a un poster de Montmartre
27:43dans la fenêtre du séjour.
27:46Alors l'avantage,
27:47un avantage que l'on peut avoir,
27:49c'est que c'est une tour de contrôle
27:51notre appartement
27:52et qu'on a une vue périphérique
27:54sur quasiment le sud de Paris,
27:56la porte d'Orléans et...
27:59Thomas, comme beaucoup de voisins,
28:00a sa paire de jumelles
28:01à portée de main.
28:02Il est ancien chef d'escale
28:04d'une compagnie aérienne.
28:06Bah tiens, là j'ai
28:07le centre Georges Pompidou,
28:09notre raffinerie,
28:10notre raffinerie de Paris.
28:19Il y a un voisin
28:20qui ne quitte jamais ses jumelles,
28:22c'est le peintre japonais
28:23Masao Aijima.
28:26Il peint tous les jours sa vue
28:27depuis plus de dix ans.
28:33Pour trouver ici,
28:36j'ai visité
28:37plus de 70 appartements.
28:41Moi, je peins
28:43le paysage intime,
28:45le paysage que je vois
28:47tous les jours.
28:48Le paysage appartient à moi.
28:56Je suis né à Tokyo
28:59dans les années 50.
29:02À l'âge de cinq ans,
29:04j'étais encore
29:05pour l'école maternelle.
29:07Et il y avait
29:08un concours de peinture.
29:10Je me suis installé
29:12devant chez moi
29:13et puis,
29:14j'ai fait le paysage,
29:16ce que je voyais,
29:18devant ma maison.
29:21Le jour de l'exposition,
29:24je suis arrivé devant ma peinture.
29:27Et alors,
29:28c'était bizarre,
29:29c'est que ma peinture
29:31était exposée à l'envers.
29:35Pourtant,
29:35pour moi,
29:36c'est une peinture figurative,
29:38ce n'est pas du tout abstrait.
29:40Je voulais faire
29:41un paysage
29:42plus réaliste possible.
29:46Comment ça se fait
29:46que les gens
29:47qui mettent à l'envers,
29:49c'est bizarre ?
29:50Aujourd'hui,
29:51plus personne n'exposerait
29:52les peintures
29:52de Massao à l'envers.
29:54De la tour
29:55et sa hauteur,
29:56Massao a développé
29:57un sens du détail
29:58très particulier.
29:59Comme les voisins d'ailleurs,
30:01rien n'échappe
30:02au regard des vigiles.
30:18Vous ne connaissez même pas
30:19le principe
30:19d'un groupe WhatsApp
30:20de voisins.
30:26Tous les jours,
30:26il y a des messages,
30:27il y a des partages d'objets,
30:28nous partage d'infos
30:30aussi d'événements.
30:33Moi, je propose toujours
30:34la place de parking
30:34parce que moi,
30:35je ne parle pas de voiture,
30:36je suis content
30:36de servir à quelqu'un.
30:43Ce qui m'amuse,
30:44c'est que ça a un côté
30:45un peu gazette
30:46où parfois,
30:47tu as des échanges
30:48un peu houleux.
30:51Je lis,
30:52je regarde,
30:52je rigole.
30:55Dès qu'on a un problème,
30:58j'ai une innovation,
31:00est-ce que vous pouvez
31:00venir m'aider ?
31:09Bonjour les voisins
31:09et bon retour à Paris
31:10pour ceux qui reviennent
31:11de vacances.
31:12Pour moi,
31:12cette nuit est assez soldée
31:13par éponger les dégâts
31:15d'une inondation
31:15qui avait été causée
31:16quelques étages au-dessus.
31:17Il existe sur Internet
31:18ce genre de gadget,
31:19ça coûte environ 10 euros.
31:21Vous le posez à plat
31:22sur le sol,
31:23près des endroits
31:24qui pourraient avoir
31:25des inondations,
31:25genre les dessous
31:26de baignoire,
31:27les dessous d'évier.
31:28Là, j'ai imité
31:30l'humidité qui arrive.
31:33On a des petits gadgets
31:34qui coûtent quelques euros
31:35sur Internet
31:35et quand on met ça
31:37en place, voilà.
31:39Thierry,
31:40c'est un conseiller syndical
31:41très actif sur le WhatsApp.
31:42Normalement,
31:43ça fait bip, bip,
31:43dès qu'il y a
31:45une suspicion d'humidité
31:46qui arrive.
31:47Un voisin
31:48qui vous veut du bien,
31:48toujours prêt à donner
31:49des coups de main,
31:50des conseils
31:51ou prêter des outils.
31:54Le frigo peint comme...
31:55Ah ouais.
31:57T'as dû voir
31:57des tas d'appartements
31:58superbes,
31:59des décorations originales
32:02et tout.
32:02C'est le seul
32:03que je connaisse
32:04qui a conservé
32:05le plan d'origine
32:05de son 5 pièces.
32:07Et tu veux
32:08le faire un coup d'oeil
32:08pour voir toi ?
32:08Ouais, je veux bien.
32:09Si j'ai rien changé.
32:10Ouais, mais en même temps,
32:10c'est vrai.
32:10Ils m'ont changé,
32:11donc ce clou-là.
32:12J'ai vu plus d'appartements
32:13qui ont changé.
32:14Ah ouais, il y avait...
32:15Bah tu vois, par exemple,
32:16cette porte-là à droite,
32:18je crois que c'est
32:18la première fois que je la vois.
32:20Eh bien, elle est d'origine.
32:22Et puis, là,
32:22je suis en train
32:23de préparer la chambre
32:24pour mes visiteurs.
32:25Tiens, ça, c'est un meuble
32:26original.
32:26C'est le seul meuble
32:27un peu original
32:27de la maison.
32:29C'est une face avant
32:30de lit breton.
32:31Tu sais, les bretons
32:32avaient des armoires
32:33et dans lesquelles
32:34ils avaient une porte
32:35comme ça
32:35pour que les enfants
32:36dorment avec des couchettes.
32:37Il y avait trois enfants
32:38en général
32:38qui dormaient là-dedans.
32:40Et là, il y a...
32:41Et ça, tu vois,
32:41c'est ça que fait Mireille.
32:42Elle fait ce qu'elle appelle
32:43des crêpes,
32:44c'est-à-dire des sculptures
32:45en papier mâché sculpté.
32:49Je présente
32:50mon arrière-grand-père.
32:50Il était à l'époque
32:51le médecin-chef
32:52de l'hôpital
32:54du bagne de Nouméa.
32:56Aujourd'hui,
32:57je pense que le WhatsApp
32:58est probablement
32:58le premier forum
32:59de rencontres
33:01et d'échanges.
33:02Les occasions
33:03de se voir,
33:05ne serait-ce que
33:06pour se donner
33:06un coup de main
33:06en termes de bricolage
33:07ou de près
33:08de place de parking,
33:09etc.,
33:10en découlent directement.
33:11Et ça, ça contribuait
33:12pas mal à rapprocher
33:13les gens, sûrement.
33:15Porte, 23 heures.
33:18La porte est ouverte.
33:20Bruit du vent
33:20depuis l'intérieur
33:22du hall d'entrée
33:23de la tour.
33:26Bonsoir.
33:27Bonsoir.
33:30Qu'est-ce qu'on se passe ?
33:32Bonjour.
33:34Bonjour.
33:34Bonjour.
33:35Bonjour.
33:36Bonjour.
33:36Bonjour.
33:47Bonjour.
33:49Oh, bonsoir.
33:55Oh, bonsoir.
33:57Oh, bonsoir.
34:00Bonsoir.
34:03Oh, bonsoir.
34:18Sous-titrage Société Radio-Canada
34:37Cave, première.
34:53Déjà, j'avais signé un 11 septembre.
34:55Bon, il ne faut pas être superstitieux.
34:58Et je ne sais pas, peut-être dans les trois premiers mois où j'habite là,
35:02je vais à la cave, donc déjà, tu vois, aller à la cave, il faut se repérer.
35:05J'étais un peu perdue, parce qu'au moins deux, j'ai ma cave et mon parking.
35:08Et c'est deux chemins complètement différents.
35:15Et en fait, je passe et je vois un type accroché à la serrure de sa cave
35:20et retenu par son porte-clés en chaîne, tu vois, et il était mort.
35:26Il était mort, enfin, en tout cas, moi, j'ai tout...
35:28Oui, non, en fait, je ne peux pas mentir.
35:30J'espérais qu'il ne soit pas mort, mais j'ai tout de suite vu qu'il était mort, en
35:32fait.
35:33Ben, maintenant, à chaque fois que je vais chercher ma voiture et tout ça,
35:36j'ai toujours un petit regard pour cet angle où il y a le fantôme de ce monsieur
35:40qui est... Je me dis, ben, on peut mourir dans sa cave, comme ça, d'une crise cardiaque
35:43en allant chercher je ne sais quel livre ou je ne sais quel souvenir.
35:51Il y a d'autres choses qui se passent au sous-sol, des choses terrifiantes.
35:59Oui, ce sont les assemblées générales de copropriétaires.
36:06Cette année, des sujets importants doivent être votés.
36:09Qui est contre ?
36:11C'est nous.
36:13Certains voisins me poussent à me présenter au conseil syndical.
36:17D'autres personnes qui souhaiteraient se présenter au conseil syndical ?
36:21D'autres personnes qui souhaiteraient se présenter ?
36:23Moi, je veux bien.
36:24Monsieur Mignon ?
36:25Oui.
36:25Donc, on procèdera, on va voter pour les...
36:28Oui.
36:29Alors, candidature pour monsieur Mignon, ici présent.
36:33Qui est contre ?
36:36Qui s'abstient de l'abstention ?
36:41Le gros sujet cette année, c'est la question de la rénovation énergétique.
36:46En pleine canicule, votre mur, il monte à 60 degrés.
36:49L'acier qui est dans le béton se dilate, évidemment, plus fort que le béton lui-même.
36:55Et c'est ça qui crée les fissures.
36:56Après, si elles ne sont pas traitées, il y a le gel qui peut...
36:59La pluie, le gel, ça va encore éclater en hiver un peu plus.
37:01Et puis en été, il y aura des chocs thermiques et ça ne va pas éclater.
37:05Là, s'il vous plaît, parce qu'on parle d'argent.
37:09Alors, voilà ce que ça donnerait en mensualité pendant 20 ans pour chacun.
37:14Donc, ça va de 88 euros à 371 euros par mois pendant 20 ans.
37:21J'étais un petit peu sceptique au début et maintenant, finalement, je suis carrément sceptique et anti-plan DTG.
37:29Si on se met dans ces projets, mais pharaoniques, un peu en limite de submersion financière, c'est pour moi
37:39une folie.
37:39Le problème, c'est que depuis 70 ans, on est élevé dans une culture de l'éternel présent et on
37:49a oublié qu'il faut entretenir les bâtiments comme il faut entretenir n'importe quel objet.
37:56La différence, c'est que si je n'entretiens pas mes chaussettes, je vais les jeter, j'en prends des
38:03autres.
38:04On ne peut pas faire la même chose sur un immeuble.
38:10Comme sur tous les sujets, deux visions politiques s'opposent.
38:13On retrouve dans les assemblées générales les mêmes questions que dans le débat public.
38:18Faut-il plus de sécurité en rajoutant des caméras de surveillance ?
38:21Faut-il payer, en plus, un vigile toute la nuit ?
38:26Comme dans n'importe quelle commune, la question des impôts est un sujet sensible.
38:30Ici, dans cet immeuble de grande auteur, les impôts, enfin les charges en l'occurrence, sont déjà très élevés,
38:35avec la présence obligatoire d'un pompier, 24h sur 24, le salaire d'Harley et de M. Fissourou qui commence,
38:43lui, à 5h30 du matin.
38:46Je commence tôt le matin, comme ça, je nettoie l'ascenseur et on rentre avant que les gens de son
38:54lit.
38:54Je travaille ici, tranquille, il n'y a pas de problème.
39:00Tranquille, tranquille, M. Fissourou doit quand même gérer les incivilités et les mauvaises surprises.
39:05T'as jamais rien trouvé de bizarre dans les escaliers ?
39:08T'as jamais trouvé des trucs bizarres dans les vies d'ordures ?
39:11Voilà, donc tu fais un travail de malade, dis pas que tout va bien et tout ?
39:15Un travail de fou, oublie pas.
39:18A tous ces salaires, il faut rajouter l'eau et le chauffage collectif.
39:22Les charges vont de 350 euros pour un 2 pièces à 750 euros pour un 5 pièces.
39:30Tout choix est politique, et chaque sujet peut diviser les propriétaires.
39:35En ce moment, c'est l'utilisation du jardin.
39:38Avec cette rengaine, il faut interdire l'accès à la pelouse.
39:45On voit des conflits autour du jardin, l'envie de gens de mettre des interdictions pour les enfants, pour les
39:52animaux, pour les vélos.
39:54Il y a toujours cette question de vouloir interdire, de vouloir cadrer,
39:56alors que finalement, moi je trouve que les gens de la tour s'autorégulent très bien.
40:01Mais la première fois où ces deux camps se sont écharpés,
40:04le premier vrai conflit, ça a été le sujet vélo.
40:07Comme dans tout Paris d'ailleurs.
40:09Hop !
40:12C'est la petite mission du matin, mais je trouve que...
40:17Il est bien.
40:18Comme descendant sous ça.
40:24Le vélo, c'est un gros sujet.
40:26Ça a été un gros sujet des combats pendant des années à l'intérieur de la copropriété.
40:32Parce qu'on est en manque d'espace de stationnement vélo.
40:38Il y avait des vélos qui étaient garés dans les jardins.
40:41Ça a soulevé des batailles entre les parties de la copropriété.
40:49Alors, j'ai l'habitude d'être engagé un peu dans tout ce que je fais,
40:51puisque je suis chef d'entreprise, j'étais officier à l'armée, à la BSPP, etc.
40:55Mais en particulier, le sujet qui m'avait mobilisé,
40:59c'était celui qui concernait les racks à vélo
41:02qui étaient nécessaires vu la montée de l'utilisation des bicyclettes à Paris.
41:08Et pour laquelle je m'opposais à une idée saugrenue
41:11qui consistait à remplacer nos jardins par de vastes hangars métalliques
41:14pour garer les vélos.
41:15Et du coup, ça a donné une politique assez répressive
41:18de la part du conseil syndical
41:21qui a voulu absolument démonter tous les vélos qui étaient présents en bas.
41:28Donc moi, par exemple, mon cadenas avait été coupé à l'époque.
41:30Donc voilà, j'ai pas envoyé la facture au conseil syndical,
41:33mais voilà.
41:34Et puis tout ça avait été fait avec des arguments assez fallacieux
41:36sur le fait qu'il y avait un danger potentiel
41:39avec le fait que certains vélos pouvaient être de la matière inflammable.
41:43Tout le monde mettait les vélos de façon un peu hasardieuse.
41:48Et ils mettaient les vélos n'importe où.
41:51Sous la clôture.
41:53Pour toi, le vélo, c'est une question politique ou une vision générationnelle ?
41:57Je pense que c'est les deux.
41:58Je pense que c'est politique et générationnel.
42:00Déjà, c'est impraticable, de plus en plus impraticable, la voiture dans Paris.
42:04Il y en a qui en sont nostalgiques.
42:06Moi, personnellement, je n'en suis pas du tout nostalgique.
42:08Et même, je suis cycliste depuis longtemps.
42:10Donc pour moi, ça a toujours été un fléau.
42:12Même en tant que piéton, ça a toujours été un fléau.
42:14Paris, pour moi, se dégrade en termes notamment de fluidité de déplacement et de circulation.
42:19Pourtant, moi, j'ai juste une mobilette.
42:21Donc a priori, je ne dérange pas grand monde et je ne prends pas beaucoup de place.
42:24Et malgré ça, ça devient l'enfer de circuler à Paris.
42:26Donc je suis ce qui se fait au jour le jour en termes de réglementation dans Paris.
42:30Mais ça ne me plaît pas beaucoup.
42:31Et ça me donne plutôt envie de quitter la ville que d'y rester aujourd'hui.
42:33Moi, personnellement, je suis très mécontent de la maire actuelle, de Mme Hidalgo.
42:38Et elle est déjà au premier mandat.
42:40Et tous les gens que je connais dans mon entourage sont du même avis, à part une ou deux personnes,
42:44une ou deux exceptions.
42:45Je ne dis pas qu'Hidalgo est absolument parfaite, mais elle a fait quand même...
42:48Enfin, je sais quand même que là, ça fait quelques années que la pollution à Paris a drastiquement diminué
42:53parce qu'elle a rajouté plein de pistes cyclables.
42:55Et je trouve que ça se ressemble.
42:57Portes-sorties, parking, deuxième.
43:14Aujourd'hui, ça s'est un peu stabilisé.
43:17Avec des places dans les parkings en sous-sol qui ont été converties en stationnement vélo.
43:22Et avec le local vélo en rez-de-chaussée qui est toujours très rempli,
43:28mais qu'on essaie de garder pour ceux qui utilisent vraiment au quotidien le vélo.
43:56Huit mois se sont écoulés depuis ma première visite chez Massao.
43:59Il espère que ce grand format sera prêt pour son exposition au printemps.
44:06Massao passe parfois des années sur un tableau.
44:10Ses peintures me donnent l'impression d'être des longues poses photographiques qui ne captent pas l'instant.
44:15Les saisons se mélangent.
44:17La ville se vide de ses habitants.
44:20Massao crée des œuvres hors du temps.
44:22...
44:24...
44:26...
44:26...
44:31...
44:51Sous-titrage Société Radio-Canada
45:02Le nouvel an chinois, l'Aïd, et sans oublier le sapin de Noël.
45:12Coucou Nouma, parez-vous au bon moment !
45:15T'as vu, c'est joli !
45:18On va essayer de mettre ça, du coup.
45:22Allez, Paul ! Coucou !
45:26Mais c'est pas de l'heure, t'inquiète pas !
45:28C'est toi qui mets ?
45:29Est-ce que, Paula, tu veux mettre une petite guirlande ?
45:31Bah, je sais pas, c'est un petit chocolat.
45:37Ah, mais c'est une jolie chose !
45:56Les élections municipales approchent.
45:58Bonjour, madame, pour changer Paris en 2020.
46:02Bonjour, monsieur, pour le changement à Paris avec Rachid Alati.
46:05Bonne journée.
46:05Il y a du monde qui tracte aujourd'hui au marché en bas de la tour.
46:08Baisse des loyers par régulation, baisse des loyers.
46:12Une vraie école !
46:14Vous dégagez les macronistes de gauche, de droite, du centre.
46:19Bonjour.
46:20Pierre-Yves Bonazel, je suis candidat pour être au prochain maire de Paris.
46:23Merci beaucoup.
46:24Et tout le monde n'est pas forcément bien accueilli.
46:28C'est pour ça, Clashot ?
46:29On verra, ouais.
46:30La seule qui doit gagner.
46:32Bonjour, monsieur.
46:33On va voir un quartier comme ici, vous êtes osé venir.
46:36Non, mais allez ailleurs, allez faire ça.
46:37Vous êtes vraiment pas au bon endroit.
46:38Ah bah, je vais...
46:47Tiens, je reconnais Angélique, une voisine de la tour.
46:50Alors pour Rachida, c'est par là.
46:51Les bijoux, c'est par là ?
46:53Les bijoux de la princesse ?
46:55Sinon, pour un Paris populaire, c'est ici.
46:57Bonjour.
46:59Ah bah, c'est bien.
47:01Ah bah...
47:02Pour l'encadrement des loyers.
47:04Angélique est docteure en biologie.
47:06Elle travaille d'abord aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Europe.
47:09Puis est revenue récemment en France en tant qu'enseignante chercheuse.
47:13Mais avec ses 1700 euros par mois, difficile de se loger à Paris avec son enfant.
47:19Pour l'encadrement des loyers, pour une gauche populaire.
47:22Elle s'est donc résolue à revenir dans la tour, vivre chez son père.
47:46Ah bah, il y en a qui sont, il y en a pas.
47:53Oui, il y en a pas.
47:54Ouais.
47:56À voter.
48:10Là, je sais que c'est important d'aller voter parce qu'il peut y avoir une menace un peu
48:14extrémiste que j'ai pas envie de voir arriver.
48:18Oui, je vote, je vote vert.
48:21De toute façon, nous sommes un quartier de gauche.
48:24Donc de toute façon, c'est ce qui est aux manettes dans le 19ème.
48:31Je suis désolé qu'une partie importante de la tour vote pour Mélenchon.
48:36On vote Macron, oui.
48:37On vote plutôt Macron.
48:39Et on n'estime pas que ce soit un vote de droite, voyez-vous.
49:03C'est Emmanuel Grégoire.
49:05Victoire à Paris du candidat PS.
49:06La capitale reste à gauche.
49:08Écart large avec Rachida Dati.
49:1051% des votes pour Emmanuel Grégoire contre près de 41% pour sa rivale.
49:15Le nouveau mercadré à l'extrême droite.
49:17Ce soir...
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