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  • il y a 8 minutes
Transformer l’espace public en y intégrant de nouveaux lieux de rencontre et de loisirs végétalisés : c’est la mission de l’agence d’urbanisme Praxys. Des transformations qui peuvent permettre de redynamiser le commerce et de rendre plus attractives certaines villes. Recréer des réseaux d’eau économes est l’un des défis principaux de ces projets.

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Transcription
00:06On parle d'urbanisme tout de suite, comment intégrer les enjeux de biodiversité au nouveau projet,
00:12comment sauver également les commerces de centre-ville.
00:15Mon invité c'est Thomas Boucher, bonjour.
00:17Bonjour, merci de m'accueillir.
00:18Vous êtes le fondateur de Praxis, agence d'urbanisme, de paysage créée en 2007.
00:25Je veux bien que vous nous présentiez votre agence en quelques mots.
00:29Je suis paysagiste des PLG diplômés de l'école du paysage de Versailles, urbaniste au PQ et architecte.
00:35J'ai monté cette agence en 2007.
00:36On a eu la chance d'être lauréat des albums des jeunes architectes et paysagistes en 2009.
00:42On fait des projets d'urbanisme, des plans d'urbanisme pour des centres-villes, pour des nouveaux quartiers,
00:50pour la transformation de quartiers existants.
00:53On dessine des espaces publics, des places, des parcs, des squares.
00:57Et on dessine aussi des jardins, et beaucoup de jardins historiques en France.
01:02Et à l'étranger, on travaille en Belgique, en Suisse.
01:04On a, quand c'était encore possible, on a travaillé en Russie.
01:08Voilà.
01:08En 20 ans, parce que ça fait presque 20 ans, la question de la biodiversité, l'intégration de la biodiversité,
01:16le fait de remettre de la biodiversité dans les villes, c'était déjà présent, moins présent ?
01:21Comment vous pouvez évaluer, partager avec nos téléspectateurs et téléspectatrices cette évolution ?
01:27Alors, ce que nous, on cherche, c'est vraiment à reconnecter l'homme à la nature.
01:31Donc, il y a un peu deux angles de vue sur cette question-là.
01:34Il y a le fait qu'on a tous besoin de nature au quotidien.
01:36Donc, il y a un très beau livre, on va dire, de Cathy Willis, qui s'appelle Naturel,
01:40qui va classer par les cinq sens, toutes les études scientifiques qui montrent qu'on en a besoin.
01:46Ce qui est même étonnant, c'est qu'on a besoin d'un livre scientifique pour se dire, ah oui,
01:49on en a besoin.
01:50C'est vrai, vous avez raison.
01:52Pour elle, on le ressent, les autres.
01:53Alors qu'en fait, on le ressent.
01:54On a tous un moment, on se dit, il faut qu'on aille à la campagne.
01:57On a tous un moment, on se dit, mais tiens, c'est le printemps quand on est à la campagne.
02:00On a tous le chant des oiseaux, des odeurs, l'odeur de l'herbe coupée, l'odeur de la forêt,
02:06les résineux.
02:06Quand on va dans un institut de massage, de détente, c'est des bruits d'eau, des bruits de feuilles,
02:12des bruits de vent, des bruits d'oiseaux.
02:13Donc voilà.
02:14Donc cette question-là, en fait, on se rend compte que sûrement une des questions de la crise environnementale,
02:20c'est le fait de cette perte de sensibilité aux vivants.
02:22Et qu'un des enjeux de la remettre au quotidien, dans tout notre quotidien urbain, mais même pas que, je
02:32pense, au fond,
02:33c'est de retrouver ce contact-là et donc un bien-être.
02:38Cathy Willis montre que si on est hospitalisé, si on est dans une chambre d'hôpital,
02:43quelqu'un qui est opéré récupère trois fois plus vite s'il voit un arbre de sa chambre.
02:47Ce qui est assez fascinant parce qu'on se dit rien que...
02:50C'est simplement par la vue.
02:51Rien que par la vue.
02:53Oui, puisque c'est des chambres...
02:54Mais alors, qu'est-ce que ça change dans les projets qu'on vous confie ?
02:57C'est-à-dire, là, par exemple, moi, je viens...
03:00Pardon, je suis un dinosaure en voiture ici et je traverse une partie de Paris.
03:05Et il y a ces nouvelles forêts urbaines, là, par exemple.
03:08Alors, on peut ergoter ou sourire de la dénomination parce que c'est des places.
03:15Donc, on est loin d'une forêt.
03:16Mais quand même, et c'est relativement nouveau.
03:18Donc, est-ce que vous, vous avez vu des demandes comme ça de revégétalisation de centre-ville apparaître ?
03:25Alors, nous, en tout cas, c'est ce qu'on propose.
03:28C'est-à-dire que la ville a été stérilisée.
03:30Et la voiture a participé à stériliser la ville.
03:33À la fois la question des sols, à la fois la question de la gestion de l'eau.
03:37Toutes les dynamiques, en fait, une stérilisation des dynamiques naturelles.
03:41Et donc, c'est ça qu'on essaye de remettre en place.
03:43C'est-à-dire que si on remet en place une forêt urbaine,
03:46il faut remettre en place aussi le cycle de l'eau qui va avec.
03:50Et la forêt urbaine, on se rend compte, par exemple,
03:52un chêne centenaire relargue dans l'atmosphère 1000 litres d'eau par jour.
03:56Donc, l'effet rafraîchissant.
03:57Donc, il y a un effet qui est extrêmement vertueux.
03:59Mais on l'avait oublié, ça.
04:00Et ça, on l'avait oublié.
04:01Mais même moi, quand j'ai commencé à travailler, il y a quelques années,
04:06on pouvait mettre l'eau dans les tuyaux.
04:08Et à côté, on mettait de l'arrosage automatique.
04:10Donc, il y avait un espèce de paradoxe.
04:12C'est-à-dire qu'on a fabriqué une sécheresse structurelle.
04:18Et en même temps, en amont et en aval, on inonde.
04:23Donc, maintenant, il faut arriver à réinfiltrer l'eau de pluie,
04:27recharger les nappes phréatiques, alimenter les végétaux.
04:31Et donc, ce qui va créer toute une forme de nature.
04:34Alors, il faut qu'on s'y habitue aussi.
04:36Mais il y a d'autres époques dans l'histoire de la ville, au XIXe siècle.
04:40La transformation des grandes métropoles occidentales,
04:43la création des parcs publics, comme le parc des Buttes-Chaumont,
04:46pas très loin d'ici.
04:48Voilà, Hyde Park, Central Park, le Tiergarten,
04:52à partir de boisements existants, voilà.
04:55A transformé radicalement l'espace public urbain.
04:58Et je pense qu'on est dans le même sceau de se dire,
05:01aujourd'hui, la nature, il faut qu'on l'ait au quotidien.
05:04Il faut que l'eau s'infiltre entre les pavés.
05:07Avec donc cet impératif-là.
05:09Et puis toujours, la question du commerce,
05:15du dynamisme des centres-villes.
05:17Est-ce que ces deux impératifs sont liés ?
05:21Et à quel point ils sont liés ?
05:22Eh bien, moi, je pense qu'ils se conjuguent.
05:24Alors, je ne suis pas un grand spécialiste du commerce,
05:26mais je vois, comme tout le monde, les évolutions du commerce
05:28et nos propres pratiques qu'on a chacun avec la question du commerce.
05:31C'est-à-dire qu'il y a eu le e-commerce.
05:33On voit la question, il y a toute une réflexion sur la question des entrées de villes.
05:37On se rend compte que les entrées de villes sont en train de devenir obsolètes.
05:40Il y a la question de ces grands bâtiments,
05:42de la question thermique de ces grands bâtiments,
05:44comment ça va fonctionner.
05:45Et on se rend compte aussi, c'est que plus on va avoir des espaces publics de centre-ville,
05:50avec une vraie aménité, avec une vraie possibilité de se promener.
05:53On a travaillé par exemple à Saint-Julien-Genevoix,
05:55où le maire nous disait qu'il n'y avait pas de grande place, en fait.
06:00Donc les gens ne se rencontraient pas.
06:02Et donc le fait de mettre des espaces publics végétalisés extrêmement confortables,
06:08voilà, je pense que ça fait des lieux de rencontre.
06:10Et donc le commerce va profiter, en fait, du fait qu'on redevient
06:14plus que des automobilistes qui passent, mais des badauds, des promeneurs,
06:18et qu'on va reprofiter de ces espaces publics de centre-ville.
06:21Oui, avec une critique exprimée à tort ou à raison, d'ailleurs,
06:24par souvent des collectifs de commerçants qui disent
06:26« Oui, mais quand vous nous retirez les voitures du centre-ville, on perd des clients. »
06:30Alors ça, c'est sûr que je pense que ça fait partie des évolutions.
06:34Ça va prendre un certain temps que la place de la voiture,
06:39la voiture ait une autre place, pardon, dans les centres-villes
06:43et qu'on ait un autre usage de la voiture.
06:46On se rend compte qu'à Paris, on utilise la voiture pour faire 3 kilomètres.
06:49Je pense que ça va faire partie des évolutions qui vont être nécessaires.
06:56Et ça, ce qui fait que l'espace public, aujourd'hui,
06:58enfin, nous, on a retravaillé le centre-ville de Grandville, là,
07:01où on est entièrement végétalisé.
07:04On est passé d'une voirie qui fait plus de 8 mètres à une voirie qui fait 4 mètres.
07:08Et donc tout le reste est redonné aux plantations, aux badauds,
07:11aux enfants, aux bancs, aux jeux de boule, voilà, au marché, au carnaval une fois par an.
07:19Quand vous arrivez comme ça sur un nouveau projet,
07:23il y a toujours une participation des habitants,
07:28une itération, une navette comme ça d'idées entre vous et eux.
07:32C'est quoi ? C'est un triangle entre la mairie, votre agence, la population ?
07:35Comment ça se passe ?
07:37On essaye, en fait, souvent de faire des visites en marchand,
07:40c'est-à-dire de discuter avec les gens, tous sur le même plan,
07:43on va dire, pas avec différents plans,
07:47et de comprendre, en fait, ce qu'ils veulent.
07:50Et ensuite, on a pas mal d'outils pédagogiques,
07:52par exemple, comme des systèmes de maquettes ou des choses comme ça,
07:54pour partager ensemble les ambitions du projet.
07:57Parce que la question de la ville va être la question de l'équilibre que vous évoquiez,
08:01c'est-à-dire qu'en même temps, on veut plus de piétons,
08:05on veut plus de vélos, on veut plus de plantations,
08:07mais on ne veut pas enlever la voiture.
08:08Et donc, il va falloir qu'on discute ensemble,
08:11pour la question des centres-villes, par exemple,
08:13de cette question du centre-ville,
08:15et de montrer des exemples, en fait, où ça fonctionne très bien
08:19en réduisant la place de la voiture.
08:21En fait, au fond, le commerce fonctionne mieux.
08:23Alors, on va prendre un exemple,
08:25c'est l'une de vos réalisations à Cachan,
08:28la place Jardin et la Prairie,
08:29vont avoir quelques images s'afficher.
08:32Quel était le cahier des charges, là ?
08:33Et qu'est-ce que vous avez fait ?
08:34Alors là, c'était un endroit, on est arrivé,
08:36c'était une ancienne station-service,
08:38on est en entrée de ville de Cachan,
08:39qui était devenue un deal de drogue dure.
08:43Donc, concertation,
08:44première réunion où je rencontre les élus et les habitants.
08:47Ils me disent, surtout, on ne veut pas d'usage.
08:50Traumatisés par le fonctionnement du site,
08:51ils disent, on ne veut pas d'usage.
08:52Et on leur a dit,
08:54OK, on a pris ça comme une donnée d'entrée,
08:55donc on a dessiné un bosquet.
08:57Et au centre de ce bosquet, il y a deux prairies.
08:59Et on leur a dit, quand vous serez prêt,
09:00quand vous serez mûr,
09:01quand vous serez de nouveau capables
09:03de vous projeter dans cet espace public,
09:05vous le transformerez en jardin partagé,
09:07en jeu pour enfants,
09:08en terrain de boule,
09:09en ce que vous voudrez.
09:10Mais nous, mon rôle,
09:12c'est de fabriquer un espace
09:14qui soit ouvert, évolutif, programmable.
09:18On peut imaginer qu'en fait,
09:20il y aura un terrain de boule,
09:22puis après, on fera un jardin potager.
09:23Voilà, donc,
09:25où il y a un vrai usage concret des habitants
09:28et on leur a fabriqué un très beau cadre naturel
09:30qui fait que je pense que ça change tout.
09:33Allez, une minute trente, un autre exemple.
09:34On est à Lannis-sur-Marne,
09:36c'est le parc Saint-Pais.
09:37On va revoir là aussi quelques images.
09:39C'était quoi ce projet ?
09:40C'est quoi ce projet ?
09:41Alors là,
09:42on avait été appelés à la fois
09:43pour renaturer les berges de la Marne
09:46où il n'y avait que des pérets,
09:47donc des systèmes en béton
09:48qui tenaient les berges.
09:50Et donc, les systèmes rigides
09:52ont l'inconvénient de casser.
09:54Alors que dès qu'on est dans un système
09:55de renaturation,
09:56en fait, ça s'adapte
09:56et c'est beaucoup plus souple.
09:58Et donc, il y avait aussi,
09:59on a remis en scène, en fait,
10:01le lit majeur de la Marne.
10:04On a regardé des endroits
10:06où il y avait un ancien bras mort,
10:07le rue de Bicheret,
10:08qu'on ne touchait pas.
10:09Et on a renaturé,
10:10on n'a rien sorti.
10:11C'est-à-dire que tout ce qu'on coupait,
10:13on le réutilisait sur place.
10:14Et on a mis, au fond,
10:15en centre-ville de la Nice-sur-Marne,
10:17un parc extrêmement naturel
10:19avec des endroits qu'on tonde,
10:20d'autres endroits qu'on fauche
10:21et d'autres endroits
10:23où on laisse la végétation spontanée
10:25se développer.
10:26Ça aussi, c'est une nouveauté,
10:28je ne sais pas,
10:29depuis quelques années,
10:29j'ai l'impression qu'on laisse
10:30beaucoup plus pousser
10:32la végétation
10:33dans les jardins publics,
10:35dans les parcs de nos villes.
10:37On est moins dans des tontes rases, là.
10:39Oui, oui, oui.
10:40Je pense qu'on se rend compte
10:41qu'il y a toute une biodiversité,
10:4478% de la biodiversité,
10:46c'est les insectes.
10:47Enfin, ce n'est pas les mammifères.
10:49Les mammifères, c'est très, très peu nombreux.
10:50Et donc, on se rend compte
10:51que dans toute cette végétation spontanée,
10:55il y a énormément aussi d'animaux.
10:57Et la question de la végétation spontanée,
10:58c'est que c'est une végétation,
10:59comme elle pousse toute seule,
11:01en fait, elle est extrêmement adaptée
11:02et donc, elle se développe très bien
11:05avec les questions, vous savez,
11:06qu'on se pose de réchauffement climatique.
11:08Qu'est-ce qu'il faut planter ?
11:09Comment il faut le planter ?
11:09La végétation spontanée a cette qualité-là.
11:12Et c'est aussi cette question du vivant,
11:15d'autres textures de nature.
11:17Merci beaucoup, Thomas Boucher.
11:18A bientôt sur Bismarck for Change.
11:20On passe à notre débat.
11:21On va parler des réseaux de chaleur dans nos villes.
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