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  • il y a 1 jour
Entrepreneuriat et responsabilité peuvent se conjuguer pour redéfinir le rôle de l’entreprise dans la société. Fondateur de Norsys, Sylvain Breuzard a construit un parcours engagé. Avec le concept de « permaentreprise », il propose un modèle inspiré de la permaculture pour concilier performance durable et respect des équilibres sociaux et environnementaux.

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00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:09J'ai le plaisir d'accueillir Sylvain Breusard. Bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Vous êtes le patron, le PDG de Norcisse. Je veux bien que vous nous présentiez Norcisse en quelques mots pour
00:17commencer.
00:18Alors Norcisse, c'est une entreprise qui a 30 ans, que j'ai créée donc en un peu plus de
00:2230 ans, en 1994.
00:24On s'est spécialisé dans la conception et le développement de logiciels numériques.
00:30Autour des nouvelles technologies. Alors il y a 30 ans, c'était de connecter une machine à un système d
00:33'information.
00:34Voyons, on en est aujourd'hui.
00:35Et donc, on a développé ensuite des activités de maîtrise d'ouvrage pour accompagner nos clients
00:40et une activité d'agence du numérique pour accompagner les projets marketing liés au développement que l'on fait.
00:45Avec une dimension qui est devenue centrale dans l'entreprise d'un numérique éthique.
00:53On peut simplifier un peu cet engagement, mais à partir de quand et pourquoi ?
00:58Alors, à partir de quand ? C'est vraiment début des années 2000.
01:02D'accord, oui.
01:04La petite anecdote, c'est qu'il y avait eu cette loi des 35 heures et tout le monde se
01:08sentait un peu coincé par cela.
01:09Et moi, je me suis dit, comment faire une opportunité ?
01:11Et mon orientation, c'était dire, tiens, dans les années qui viennent, la vie va être de plus en plus
01:15compliquée dans les métropoles, les crèches, etc.
01:18Peut-être qu'on peut finalement donner davantage d'équilibre à la vie professionnelle avec un accord de 35 heures
01:25de 20 jours en complément de 27 jours.
01:27Et vous voyez, j'étais là sur la combinaison économique-sociale.
01:30Et donc, j'ai rajouté l'environnement.
01:31Et ça fait 25 ans qu'on développe l'entreprise autour de ces trois axes-là.
01:36Donc, vous avez fait d'une contrainte une opportunité de transformation.
01:40Et c'est maintenant une maxime de dire finalement, voilà, quand quelque chose peut interpeller, déstabiliser l'entreprise,
01:47plutôt que de la vivre de manière passive une contrainte, travaillons pour en faire une opportunité.
01:53Et je vous donne une autre anecdote, c'est qu'en 2015, justement, pour accentuer ces dispositifs d'équilibre,
02:00vie pro, vie perso, réduire notre bilan carbone, on est passé en télétravail.
02:05Contrainte, opportunité.
02:06Je ne savais pas qu'en 2020, le monde allait s'arrêter et tout le monde allait le faire.
02:10Mais on avait cinq ans, pas d'avance, mais en tout cas, on a pu conduire le changement tranquillement, expérimenter
02:15tout cela.
02:16On était sereins en 2020.
02:17Et ça a marché, on a fait de la croissance.
02:18Oui, avec, il y a plein de thématiques, thématiques sociales, thématiques environnementales.
02:24Je veux bien qu'on se concentre un peu sur cette thématique environnementale,
02:27avec cette fausse idée d'un numérique sans impact.
02:30Est-ce que c'était le cas en 1994 ?
02:35Peut-être pas chez vous, mais dans la société, que comme c'était un peu immatériel,
02:40c'était un secteur économique qui n'avait pas d'impact environnemental.
02:44Et à partir de quand ça a changé, d'après vous ?
02:46Alors, oui, mon petit chemin professionnel m'a amené, début des années 2000,
02:53à animer sur le plan national le centre des jeunes dirigeants.
02:56Et c'est là où j'ai poussé cette notion de performance globale intégrant l'environnement.
03:00Et donc, je dis ça pour vous dire que derrière ma réponse,
03:03oui, il y a des milliers et des milliers d'entreprises qui ne voulaient pas en entendre parler.
03:07Nous, on est dans le tertiaire, on a dit le matériel, ça ne nous concerne pas.
03:10Et c'était très difficile de faire évoluer les mentalités en disant, si, mais regardez, et ça pourrait s'accentuer.
03:17Et ça s'est vérifié, puisque finalement, maintenant, avec l'IA, ça devient terrible.
03:22Donc, je crois qu'il a fallu 20 ans pour qu'on arrive à démystifier ce fait qu'il y
03:29a l'industrie, ça les concerne,
03:30il y a le tertiaire, ça ne les concerne pas.
03:31Alors, aujourd'hui, il y a encore un manque de lucidité, à mon sens, mais néanmoins, il y a quand
03:36même une prise de conscience.
03:36Il y a une prise de conscience de l'impact qui est réelle, partout ?
03:39Partout, franchement, oui.
03:40Quand vous dites manque de lucidité, ça prend quelle forme ?
03:43Le manque de lucidité, c'est de dire, ok, oui, nous aussi, on émet du CO2, nous aussi, on consomme
03:50de l'eau.
03:52Mais il n'y a pas cette lucidité, c'est-à-dire qu'il faut qu'on s'active rapidement
03:58par rapport à ces problèmes-là,
03:59parce que ça va engendrer de plus en plus de catastrophes, ça va engendrer de l'injustice sociale,
04:04et ça va déstabiliser nos entreprises, en fait.
04:07Et une entreprise, pour qu'elle fonctionne bien, il faut qu'elle soit dans un environnement sain.
04:11Et ça, c'est là où je trouve qu'il y a un manque de lucidité.
04:13On va s'intéresser à la gouvernance, aux choix que vous avez faits dans l'entreprise,
04:20qui est devenue une société à mission, avec une raison d'être qu'on va citer tout de suite,
04:25concevoir avec une préoccupation humaine et éthique des usages du numérique efficace,
04:29afin de contribuer à l'évolution positive du monde.
04:33À quel point cette démarche, raison d'être, entreprise à mission, ça a transformé le fonctionnement de Norcisse ?
04:40En fait, ce qui l'a transformé, et on va y venir, c'est la création du modèle perma-entreprise.
04:48Derrière ce modèle, dans lequel on rentrera tout à l'heure,
04:53il y a en premier lieu le fait de défier une raison d'être.
04:56Donc nous, notre raison d'être, elle date de 2017, bien avant la loi PAC, l'entreprise à mission.
05:02Et comme un certain nombre de choses que l'on fait,
05:05on essaie de mener des démarches auxquelles on croit, évidemment,
05:08mais de montrer en quoi ça permet à l'entreprise de mieux fonctionner, d'être plus performante.
05:13Et en l'occurrence, là, on a pu indirectement, dans les débats des commissions parlementaires sur la loi PAC,
05:19dire voilà pourquoi c'est important qu'il y ait une raison d'être dans des statuts d'entreprise
05:22et qu'il y ait des engagements derrière.
05:24Donc nous, on a fait le chemin un petit peu de manière inverse.
05:26Vous aviez été entendu par des parlementaires au moment où la loi PAC était en discussion ?
05:32Entendu par des personnes en contact avec les parlements sur ce sujet-là, on n'était pas en direct.
05:35Mais oui, oui, tout à fait entendu, parce qu'en fait, d'avoir une histoire concrète à raconter,
05:40ça crédibilise un projet de loi.
05:42On le voit là avec la nature actionnaire, où on est même cité dans le projet de loi.
05:47On va y revenir là-dessus, parce qu'il y a effectivement ces grands principes de la perma-entreprise.
05:52C'est une idée, un concept que vous avez imaginé et promu depuis,
05:58prendre soin des humains, préserver la planète, se fixer des limites et partager les richesses.
06:04Comment l'idée de perma-entreprise vous est venue ?
06:09En regardant l'agriculture, la permaculture, c'est quoi le point de départ ?
06:14Le point de départ, déjà, c'est que j'approche de mes 60 ans.
06:18On parle de la crise des 40 ans, moi j'ai fait la crise des 60 ans.
06:21J'avais un fils qui s'interrogeait sur le fait d'avoir des enfants, c'était très interpellant.
06:24Et mon recul a été de dire, la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises,
06:30si elle avait été suffisante, satisfaisante, le monde ne serait pas dégradé comme c'est dégradé en 20 ans.
06:34Donc il faut revoir les choses autrement.
06:36Et la première idée, ça a été de dire, arrêtons de parler de RSE.
06:40Il y a des tas d'entreprises qui ne veulent pas longtemps parler.
06:43Mais essayons de parler de développement d'entreprise.
06:45Moi, quand je vois un dirigeant, je dis, je ne viens pas parler de RSE, je viens parler de développement.
06:49Comment mieux développer ta boîte ? Comment la faire grandir ?
06:51Et donc, à partir de là, je me suis dit, mais de quoi je pourrais m'inspirer ?
06:56Or, dans la production agricole, il y a un développement de production agricole
07:00qui est le plus vertueux, qui s'appelle la permaculture.
07:03Et donc, c'était intuitif, parce que je ne pratiquais pas la permaculture,
07:06mais on a pendant quelques mois décortiqué tout le concept de permaculture,
07:10qui est d'une richesse incroyable, on pourra y revenir.
07:13Et je me suis dit, oui, ça tient la route, il faut que je transpose ça dans le monde de
07:16l'entreprise
07:17et que je l'enrichisse pour en faire un modèle de développement.
07:19Alors, justement, on va rentrer dans le détail.
07:21Qu'est-ce que vous avez trouvé dans la permaculture qui est transposable, efficace pour les entreprises ?
07:26Alors, la première chose qu'on a trouvée, j'avais un groupe avec des gens de Norcisse et d'autres
07:31personnes,
07:31dont un jeune philosophe, et trois principes éthiques.
07:35La permaculture dit, voilà, il faut que notre production soit alignée sur le fait de prendre soin des...
07:42Il disait des hommes à l'époque, ça a 50 ans.
07:45Prendre soin du sol, parce que c'est nécessaire pour produire...
07:48Et puis, fixer des limites à la consommation et redistribuer le surplus.
07:53Et là, la transposition s'est faite immédiatement, disons, prendre soin des femmes et des hommes,
07:58plutôt que le sol préserver la planète.
07:59Et le fixer des limites, on note consommation.
08:02Se fixer des limites, quels que soient les sujets de l'entreprise,
08:05donc créer de la richesse en se fixant des limites et en la redistribuant équitablement.
08:09Et partager les richesses.
08:09Ça s'est fait vraiment naturellement.
08:11Et ça, ça a été pour moi, vraiment un étonnement,
08:14parce que je me suis dit, même Norcisse, on ne développe pas notre entreprise
08:17avec ces trois principes éthiques qui me semblent universels.
08:20Vous ne le faisiez pas à l'époque, vous le faites depuis.
08:23Oui, c'est ça.
08:24Est-ce que la transformation, pardon vous, est-ce que la transformation, elle est si simple à faire ?
08:28Alors, c'est ce que j'allais dire.
08:30Notre chemin faisait qu'on avait déjà bien avancé sur le plan humain, sur le plan environnemental,
08:35mais ça nous a amenés plus loin, ça c'est sûr.
08:37Et pour des entreprises qui n'ont pas encore véritablement avancé,
08:40là, ça leur donne un modèle avec une méthodologie pour y aller,
08:43mais dans l'esprit de développer son entreprise.
08:46Alors, si je prends par exemple le partage de la richesse, ça signifie quoi chez Norcisse ?
08:49Alors, chez Norcisse, le partage de la richesse, c'est de dire, voilà,
08:53c'est un objectif d'impact important.
08:56Je crois que le premier problème du monde, c'est le partage de la richesse.
09:00Quand il y a les COP par rapport au problème de la planète, ça ne parle que de ça.
09:03Et on ne se met toujours pas d'accord sur la répartition de la richesse
09:06dans les pays censés riches chez les autres.
09:09Donc, chez Norcisse, ça veut dire quoi ?
09:11Ça veut dire que, un, bien sûr, il y a une richesse qui va aux salariés,
09:15ça s'appelle la participation par exemple,
09:17mais on a une fondation d'entreprise
09:19où on verse à peu près 5-6% de nos résultats à cette fondation.
09:24On a une fondation actionnaire, c'est encore autre chose,
09:27j'ai donné 10% des actions de l'entreprise pour créer cette fondation,
09:30donc là, c'est 10% des résultats qui vont également à la société civile
09:34puisqu'elle a un intérêt général.
09:36Et puis, l'ensemble de tout ça doit tendre vers 50% des résultats distribués.
09:43Voilà, ça c'est ce qu'on fait à Norcisse.
09:4550% des résultats distribués.
09:47Est-ce que ça veut dire, par exemple, que vous regardez de près les écarts de salaire dans l'entreprise
09:53?
09:53Dans le modèle permentreprise, il y a, dans les ingrédients,
09:58si on parle d'ingrédients pour bâtir un projet,
10:01il y a ce qu'on a appelé des objectifs d'impact.
10:02L'écart des salaires est un des objectifs d'impact
10:05qui touche le principe éthique, prendre soin des femmes et des hommes.
10:09Et donc, effectivement, l'objectif d'impact vers lequel on pousse,
10:15c'est de dire entre le salaire médian,
10:18celui qui est au milieu de la population des salariés,
10:21et le plus haut salaire, il faut que ça aille de 1 à 5,
10:24voire de 1 à 10 pour les grands groupes.
10:26Donc là, c'est sûr que je ne me fais pas que des amis,
10:29mais en tout cas, nous, il est de 1 à 3,8.
10:32Ah oui, effectivement, vous êtes en dessous de cette objectif.
10:35Et je ne pense pas être malheureux.
10:38Ça se voit en vous regardant.
10:39Mais qu'est-ce que vous répondez à l'argument de dire
10:42« Ah mais oui, mais si on ne paye pas très très bien les patrons,
10:44ils iront voir ailleurs ».
10:45Alors, la compétence, ça se paye, ça c'est clair.
10:52Maintenant, je pense que rien n'a démontré
10:56que c'est parce qu'on paye très très cher un patron
10:59qu'il est très efficace.
11:01D'ailleurs, il me semble que, c'est ma même moment,
11:04un monsieur Gandois, qui était un patron de grandes entreprises,
11:08a dit « Moi, je suis payé 2 à 300 000 euros,
11:11c'est très très bien ».
11:13Et il a fait très bien son métier.
11:14Donc, je pense qu'il faut prendre du recul sur cela.
11:19Et dans les plus petites entreprises,
11:21c'est tout aussi important.
11:23Parce que la richesse qui est créée,
11:26ok, le dirigeant, c'est peut-être lui qui a eu l'idée d'origine,
11:31qui prend des risques.
11:33Le dirigeant actionnaire, il prend des risques.
11:35Donc, il faut qu'il soit rémunéré là-dessus.
11:37Mais c'est quand même le collectif des salariés
11:39qui produit et qui participe largement à la création de richesses.
11:44Vous faites de la politique.
11:48Alors, de la politique telle que je voudrais qu'elle soit diffusée partout.
11:54C'est-à-dire, oui, préoccupation de la cité, du monde,
11:57mais pas de la politique politicienne.
11:59Ça, non, pas du tout.
12:01Non, je ne suis pas fait pour ça.
12:02On vous a sollicité ?
12:04Parce que la démarche qui est la vôtre, elle est politique intrinsèquement.
12:07Elle est politique parce que le modèle permet entreprise.
12:11Je vous ai parlé, c'est pour développer l'entreprise.
12:13Mais sa finalité, qui est affichée,
12:15c'est d'améliorer les conditions d'existence des êtres humains.
12:18Voilà. Donc ça, c'est politique.
12:20Mais encore une fois, moi, je pense ne savoir faire,
12:24et encore restons modestes,
12:25que de l'influence par des pratiques.
12:28Et c'est souvent le plus efficace.
12:30Alors, il y a une question.
12:31Il y a un principe dans l'émission.
12:32L'invité de la semaine précédente pose la question à son successeur.
12:36C'était Thierry Moza, le président d'Otégo.
12:39Ça rejoint les thématiques dont on parle.
12:40On l'écoute.
12:41Bonjour Sylvain.
12:42Bonjour.
12:43Vous défendez une économie à impact.
12:47De quelle manière vous mesurez cette création de valeur à impact
12:54au niveau sociétal et au niveau économique ?
12:57Merci.
12:59Alors, on parle de mesure d'impact, en fait,
13:02ce qui est très important.
13:03Et j'imagine aussi pour convaincre d'autres chefs d'entreprise
13:06de prendre ce chemin-là.
13:07C'est ça.
13:08Et donc, le modèle perma-entreprise a 5 ans.
13:10Et il y a 5 ans, on ne parlait pas d'impact comme aujourd'hui.
13:13Oui, c'est pour montrer que ça avance.
13:15Dans le modèle perma-entreprise,
13:16il y a 24 objectifs d'impact incontournables.
13:19Et après, on peut en rajouter en fonction de son contexte d'entreprise.
13:22Je vous en avais cité un tout à l'heure sur les cas des salaires.
13:25Je vous en ai cité un autre sur la redistribution des richesses.
13:27Si on revient sur les problèmes de la planète,
13:30il y a un objectif d'impact qui touche la réduction des émissions
13:33et un objectif d'impact qui touche la compensation des émissions
13:37qu'on n'arrive pas à réduire.
13:38Un objectif d'impact qui touche la participation à renouveler la biodiversité
13:43ou à éviter qu'elle disparaisse.
13:45Voilà.
13:46Donc, le modèle perma intègre de lui-même ses objectifs d'impact.
13:49Ce qui fait qu'à la fin, quand on dit voilà mon projet,
13:53on a un référentiel, mais qui n'est pas RSE,
13:55qui est un référentiel de développement
13:57avec des indicateurs de business, des indicateurs sociaux, etc.
14:00Ce sont souvent des coûts.
14:03Est-ce que c'est aussi de la performance ?
14:04Oui.
14:05Moi, je me mets à la place.
14:07Je ne suis pas chef d'entreprise, mais ok.
14:10Il est super convaincant, Sylvain Brezard, je vais y aller.
14:13Mais est-ce que je vais être plus performant ou pas ?
14:15Alors, oui, mais c'est essentiel.
14:19Parce que, encore une fois, je m'adresse aux dirigeants d'entreprise
14:22et si je leur dis que c'est un coût,
14:24mais ça n'améliore pas vos résultats, ça ne marchera pas.
14:26En fait, l'impact qui s'est vérifié, anorciste,
14:29puisque bien sûr, on expérimente ça depuis longtemps,
14:32et ensuite ailleurs, c'est que ça a notamment des impacts
14:35sur ce qu'on appelle les coûts cachés.
14:37Je vous donne des exemples dans mon monde du numérique
14:39où, pendant 13-14 ans, pénurie, pénurie, pénurie de compétences.
14:43Donc, un des impacts de performance, c'était quel est votre turnover ?
14:47Quand vous avez des turnovers de 25% des salariés,
14:5025% qui partent chaque année, c'était le turnover moyen de notre secteur
14:54il y a encore 3 ans.
14:55Et que vous, vous êtes à 8%,
14:57et bien, en fait, un calcul, vous alignez,
14:59nous, on est 700 salariés, vous alignez
15:01les centaines de cas de euros de bénéfices en plus.
15:04Un autre impact, c'est les arrêts maladie.
15:09Pour moi, les arrêts maladie, bien évidemment,
15:13on a tous, à un moment donné, des problèmes de santé,
15:15mais c'est révélateur aussi de la gouvernance
15:18et du management de l'entreprise.
15:20Vous regardez, il y a ce réflexe de dire,
15:24voilà, quand un manager est un peu violent avec quelqu'un,
15:26vous allez voir, comme par hasard, il va être en arrêt maladie.
15:29Donc, c'est un bon indicateur.
15:30Nous, en arrêt maladie, on est à 3 jours en moyenne, par salarié.
15:35Quand vous avez une entreprise, vous êtes à 12 jours, à 15 jours.
15:38Je crois que dans le privé, c'est autour de 15 jours.
15:40Vous voyez, 3 à 15 jours, ça fait 12 jours de production,
15:43pour nous, sur 700 personnes,
15:45et bien, ça fait des bénéfices en plus, il me semble.
15:47Oui, effectivement, c'est mécanique, en quelque sorte.
15:50Voilà.
15:51Je voudrais qu'on a parlé d'environnement.
15:53Alors, au-delà de notre site, du secteur,
15:55on a commencé par ça, sur la prise de conscience
15:57de l'impact environnemental du secteur du numérique.
16:00Il y a la question de la durée de vie des équipements numériques.
16:04À quel point cet enjeu est central, et comment il évolue ?
16:08Alors, dans le numérique,
16:12aujourd'hui, ce qui est le plus central,
16:15c'est, effectivement, l'usage de matériel,
16:18et puis, c'est le stockage de données,
16:20c'est-à-dire les clouds et compagnies.
16:23Après, le reste, c'est important,
16:25mais c'est moins lourd, en impact.
16:28Alors, si on en vient au matériel,
16:30effectivement, nous, notre première action,
16:34finalement, ça a été d'allonger la durée de vie.
16:37Le matériel, comptablement, il doit être amorti sur 3 ans.
16:40Si on faisait évoluer la loi,
16:41en disant, voilà, il ne peut s'amortir que sur 6 ans,
16:44que sur 8 ans,
16:45vous verriez tout le monde utiliser davantage le matériel.
16:49Vous voyez, il y a des choses comme ça qui pourraient être faites.
16:51Je ne parle pas de politique.
16:54Mais voilà une bonne idée à mettre dans les programmes.
16:57Voilà, donc, c'est ce qu'on a fait, nous.
16:59C'est-à-dire que, et nos ingénieurs, eux,
17:01veulent toujours les plus belles machines.
17:03Oui, alors, c'est ce que j'allais vous dire,
17:04mais est-ce qu'ils sont moins efficaces
17:06parce qu'ils n'ont pas les dernières machines ?
17:07Voilà, alors, on leur demande juste le droit d'expérimenter.
17:12Donnez-nous le droit d'expérimenter.
17:14Après, ça ne vous satisfait pas, on sait l'entendre.
17:16Si ça vous satisfait, on avance tous.
17:18Donc, on a aujourd'hui des produits autour de 8 ans de nos machines.
17:22Et quand pour nos ingénieurs,
17:27elles ne sont plus suffisantes en termes de puissance de traitement,
17:29par exemple, évidemment, on fait en sorte qu'elles soient réutilisées.
17:32Et là, à nouveau, on rejoint le monde associatif
17:35qui est tout à fait intéressé par cela.
17:36Après, on a expérimenté du matériel d'occasion, évidemment,
17:41pour, par exemple, des fonctions de ressources humaines, financières et autres
17:46qui n'ont pas besoin de grosses machines.
17:48Il faut avouer, pour être honnête,
17:50que ce n'est pas encore très stabilisé, ces machines.
17:52C'est-à-dire que ça tombe un peu trop en panne à notre goût.
17:55Mais on a essayé cela.
17:59Sur les mobiles, puisqu'on travaille beaucoup sur les mobiles aussi,
18:02les applications mobiles,
18:03vous savez qu'il y a des mobiles qui sont, comment dirais-je,
18:06peut-être plus respectueux de la planète que d'autres.
18:09On les a expérimentés.
18:10En fait, on expérimente tout
18:11et puis on retient les bonnes idées
18:13quand elles s'avèrent acceptées par les salariés.
18:17Vous avez donné un siège à la nature
18:21à votre conseil d'administration.
18:23Pourquoi cette démarche ?
18:24Pourquoi il fallait aller jusque-là ?
18:26Oui.
18:27En fait,
18:31qui est souverain dans une entreprise ?
18:33C'est l'actionnaire.
18:34Donc, dans notre modèle perma-entreprise,
18:36on s'est dit,
18:37si on va aller jusqu'au bout par rapport à nos principes éthiques
18:39et notamment préserver la planète,
18:41il faudrait que la nature soit souveraine à Norcisse.
18:44Pour être souveraine, il faut qu'elle soit actionnaire.
18:48Donc, on a trouvé un dispositif.
18:50Je parlais tout à l'heure de la fondation actionnaire
18:52qu'on avait créée,
18:53dont je suis le président,
18:54ce qui fait que je représente cette fondation
18:56dans le conseil d'administration de Norcisse.
18:58Eh bien, j'ai délégué,
18:59pour tout ce qui touche la nature,
19:01ces responsabilités-là,
19:02avec le droit de vote et le droit de veto,
19:04à quelqu'un d'extérieur
19:05qui a fait son chemin professionnel
19:08autour de ces problématiques
19:10de respect de la planète,
19:12de gouvernance,
19:13d'évolution de gouvernance, etc.
19:15Il s'appelle France Go.
19:16Et donc, voilà,
19:17on est allé au bout de cette démarche
19:19dire qui est souverain.
19:21Alors, depuis quand ?
19:22Et avec quel effet ?
19:23Alors, depuis quand ?
19:25Ça fait 18 mois,
19:26le temps passe vite, c'est fou.
19:29Avec quel effet ?
19:31En fait, je dois rajouter
19:33que pour qu'ils se sentent forts,
19:37et quand vous êtes dans un conseil d'administration,
19:40ça parle évidemment résultats, business,
19:43tout un tas de choses.
19:45Moi, là, sur ce sujet-là,
19:47je voudrais qu'on revienne en arrière,
19:48ou ça ne me convient pas,
19:49il faut quand même être fort.
19:49Donc, on a créé un en-conseil de la nature
19:51qui, finalement,
19:53est composé d'autres experts
19:54qui sont dans notre commission éthique,
19:56dans notre conseil de mission, etc.
19:58Et qui vont l'aider
20:00à prendre des positions.
20:01C'est-à-dire que, comme ça,
20:02il est en conseil d'administration
20:03au nom d'un collectif et pas seul.
20:05Et ça, c'est extrêmement important.
20:07Et là aussi, on est allé jusqu'au bout
20:08puisque notre conseil social-économique,
20:10le représentant des salariés,
20:11on l'a fait évoluer
20:12en conseil social-économique et nature
20:14avec des prématiques de nature
20:15pour qu'il fasse partie de cela.
20:16Donc, notre nature actionnaire
20:19vient au nom d'un collectif
20:21avec un certain nombre de recommandations
20:23ou, par rapport à des actions
20:25qu'on mène, de positions à prendre.
20:28Donc, qu'est-ce que ça a fait évoluer ?
20:29La première chose que ça a fait évoluer,
20:31c'est qu'ils nous ont fait sortir
20:34du pur émission de CO2.
20:38Tout était orchestré par cela
20:39autour des bilans carbone.
20:41Et en disant, non,
20:42il y a ce principe
20:44des neuf limites planétaires,
20:46ils nous ont mis en contact
20:48avec un centre à Stockholm
20:49de recherche sur comment mesurer
20:51l'impact de ces neuf limites planétaires.
20:54Dedans, il y a l'eau,
20:55il y a les océans,
20:55il y a tout, voilà.
20:56Et donc, ils ont fait évoluer
20:58Norcise dans ce sens-là.
20:59Et aujourd'hui,
21:00on a autant de préoccupations
21:03vis-à-vis des problématiques d'eau
21:04que de CO2.
21:06Voilà.
21:06Donc, c'est une avancée.
21:07Alors, vous allez me dire
21:08qu'est-ce que vous faites
21:08par rapport à l'eau
21:09puisque la construction des machines
21:11consomme énormément d'eau.
21:13Je crois que,
21:14j'avais fait le calcul,
21:15700 ordinateurs,
21:17c'est 15 000 tonnes d'eau.
21:21Moi-même.
21:22Et on n'est pas la plus grosse
21:23entreprise de France.
21:24Donc, voilà.
21:25Donc, ce que l'on fait,
21:27c'est comme pour la BFCC,
21:28on mène des actions
21:29avec nos fondations.
21:30Voilà.
21:31C'est un peu des actions
21:32dites de compensation.
21:34Mais, dans la mesure,
21:35on n'est pas en prise directe
21:36avec l'eau,
21:36on n'est pas en prise directe
21:37avec biodiversité.
21:38C'est le bon moyen,
21:40finalement,
21:40d'agir quand même
21:41au bénéfice de la planète.
21:42Est-ce que les labels
21:44servent à quelque chose ?
21:45J'ai vu que vous étiez
21:45Bicorp depuis un certain
21:47nombre d'années.
21:49Pourquoi vous avez...
21:49Parce que votre démarche,
21:51est-ce qu'il y a besoin
21:52de rajouter un label
21:53qui a plein de qualités,
21:55Bicorp ?
21:55On le cite souvent
21:56dans cette émission.
21:57En fait,
21:59on s'est dit,
22:01puisque ce modèle
22:02perm'entreprise,
22:04on voulait tenter
22:06de l'essaimer,
22:07d'avoir un rôle d'influence
22:08sur le monde
22:09de l'entreprise,
22:10on s'est dit,
22:10il faut rentrer
22:11dans d'autres dispositifs.
22:12Il n'y a pas d'autres dispositifs
22:14qui parlent de modèles
22:15de développement,
22:15mais il y a des dispositifs
22:17purement RSE
22:18comme Bicorp.
22:19Et donc,
22:19on s'est dit,
22:20il faut qu'on rentre dedans
22:21pour les connaître
22:23très très bien
22:23et pouvoir justement
22:24voir en quoi
22:25il y a de la complémentarité,
22:26en quoi l'un peut tirer
22:27l'autre,
22:28etc.
22:28Donc,
22:29nous,
22:29qu'on soit
22:30entre première mission
22:30ou qu'on soit Bicorp,
22:31c'est simplement
22:32pour cela,
22:33pour être dans les dispositifs
22:34et pouvoir être,
22:36entre guillemets,
22:36un peu plus intelligent
22:37quand on parle
22:38de tous ces sujets-là.
22:38Est-ce que vous arrivez
22:40à convaincre
22:41toujours autant
22:42ou est-ce que c'est
22:42un peu plus difficile
22:43depuis quelques mois ?
22:45Alors,
22:46ça,
22:46c'est le monde
22:47de l'entreprise,
22:47c'est que quand le business
22:49est plus difficile,
22:49on a tendance
22:50à se refermer.
22:52Je l'ai vécu
22:53à chaque étape,
22:54je me souviens de 2003
22:55où dans l'informatique,
22:56il y avait eu vraiment
22:57beaucoup de soucis,
22:58tout le monde se renferme
22:59et ne pense plus qu'à ça
23:02en cours après le business.
23:03Donc,
23:03c'est vrai que ça prend
23:04beaucoup d'énergie
23:05et que ce n'est pas
23:06au bénéfice de la RSE
23:08et de ses engagements
23:09dont on parle.
23:10Néanmoins,
23:12ce que j'essaie
23:13de faire un or 6
23:14et de démontrer,
23:15c'est que
23:16c'est quand c'est difficile
23:18qu'on fait plus la différence
23:19par rapport à nos concurrents.
23:21Quand c'est facile,
23:22quand il y a de la croissance.
23:23Nos marchés,
23:24jusqu'à 2023,
23:25étaient en croissance.
23:26Tout le monde
23:27pouvait prétendre
23:28et se glorifier.
23:29On fait de la croissance,
23:30on fait de la croissance.
23:32Quand c'est l'inverse,
23:33notre marché
23:33est en décroissance maintenant,
23:34c'est là
23:35où on va voir finement
23:36si vous êtes meilleur
23:37que d'autres.
23:38Or,
23:38une entreprise,
23:39pour réussir,
23:40elle doit être meilleure
23:41que d'autres.
23:41Donc moi,
23:42je trouve que
23:43ça peut être stressant
23:44tous ces contextes-là,
23:45mais je trouve
23:46que c'est des périodes
23:46intéressantes
23:47et justement,
23:48quand on fait
23:48de contraintes
23:49des opportunités,
23:50quand on anticipe
23:51des choses,
23:51ça peut être efficace.
23:53Je vais vous citer
23:54en montagne,
23:55arrivé au sommet,
23:56on relit sa trace.
23:58Moi,
23:58à la fin de ma vie,
23:59je suis très heureux
23:59d'avoir pu transmettre
24:00autre chose
24:00que de l'argent,
24:02là,
24:02et ma richesse.
24:03Alors,
24:03c'est trop tôt
24:03pour vous retourner
24:05relire la trace,
24:05là,
24:06mais...
24:06Merci.
24:07Non,
24:07mais vraiment.
24:08Mais quand même,
24:10si vous faites un peu
24:11le bilan,
24:11le chemin parcouru.
24:12Oui,
24:13c'est parce que
24:13j'ai fait beaucoup
24:14de randonnées
24:14en podfog,
24:15vous savez,
24:15vous vous montez
24:16sur les sommets
24:16et vous voyez
24:18quand ça s'est serré,
24:20vous voyez que là,
24:20vous avez souffert
24:21de mes gisphéraux.
24:24Donc,
24:24oui,
24:26mais c'est...
24:27Moi,
24:28voilà,
24:29j'ai...
24:31Mon projet
24:32de chef d'entreprise
24:33est un projet
24:35qui veut
24:36se préoccuper
24:37des problématiques
24:38du monde,
24:39donc notamment
24:40social,
24:40au départ.
24:41Alors,
24:41on me dit souvent
24:42pourquoi,
24:43comment c'est né cela ?
24:44Peut-être que mes parents
24:45instituteurs m'ont transmis
24:46certaines valeurs.
24:47Peut-être qu'aujourd'hui,
24:47ils sont s'occupants des jeunes
24:48avec une association
24:49que j'ai créée,
24:50le Réseau Étincelle,
24:51c'est pour cela.
24:51Mais,
24:53voilà,
24:53l'idée,
24:54c'est de dire finalement
24:55quelle est la plus grande richesse ?
24:56Moi,
24:57je crois que la plus grande richesse,
24:58c'est les aventures humaines
24:59que l'on peut vivre.
25:01Voilà.
25:02Eh bien,
25:02voilà,
25:02c'est une très belle conclusion.
25:04il y a moult façons
25:05de les vivre.
25:06On peut le vivre par le sport.
25:11des gens qui pensent différemment,
25:13qui agissent différemment,
25:14qui,
25:14voilà,
25:14et ça,
25:15c'est de la richesse.
25:16Et,
25:19le côté matériel,
25:21finalement,
25:22qu'est-ce que c'est
25:23dans tout cela ?
25:23Quand on pense à nos aïeux,
25:25on ne pense pas
25:25au côté matériel.
25:26On pense à,
25:27mon grand-père,
25:28ben voilà,
25:29pendant la résistance,
25:30il a aidé des résistants.
25:31Merci beaucoup,
25:33Sylvain Brozard
25:33et à bientôt
25:34sur BeSmart4Chain.
25:35C'est moi qui vous remercie.
25:36À notre rubrique Startup.
25:38Merci.
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