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  • il y a 8 minutes
Face au changement climatique, les défis majeurs pour un géant de l’agroalimentaire comme Danone sont d’accompagner les agriculteurs dans la transformation de leur modèle et la gestion responsable des ressources en eau. Nathalie Alquier, directrice du développement durable du groupe, revient sur la manière dont la responsabilité s’est inscrite comme un fondement de l’activité de l’entreprise depuis le départ.

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Transcription
00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:09Et je reçois aujourd'hui Nathalie Alquier, bonjour.
00:11Bonjour.
00:11Bienvenue, ravie de vous accueillir. Vous êtes vice-présidente en charge du développement durable du groupe Danone.
00:16Alors j'ai donné quelques chiffres, peu de chiffres, mais bon quand même.
00:20Fondé en 1919, j'y arrive à Barcelone par Isaac Carasso.
00:25C'est près de 90 000 salariés, un chiffre d'affaires 2025 de 27,3 milliards d'euros et des
00:30produits vendus dans un peu partout sur la planète, plus de 120 pays.
00:33Alors vous avez occupé pas mal de postes de direction dans plusieurs marchés internationaux de Danone avant de prendre en
00:39charge le développement durable.
00:42Peut-être une double question. On va commencer par la temporalité puis après peut-être la géographie.
00:48Dans le temps, comment vous avez vu ces enjeux de développement durable prendre de l'importance au sein de l
00:55'entreprise, au sein du groupe ?
00:56Alors en fait, l'engagement sur le développement durable, il est très très ancien chez nous.
01:02On dit qu'on a un acte fondateur qui est le discours de Marseille de 1972 par notre vénéré créateur
01:10Antoine Riboud qui déclarait que la responsabilité de l'entreprise,
01:15donc en 1972, ne s'arrêtait pas aux portes des usines, mais il était conscient de l'impact sociétal qu
01:21'on a.
01:21Et du coup, notre responsabilité, et cette responsabilité a été, on va dire, un espèce de fondement, on l'a
01:30appelé ça le double projet économique et sociétal du groupe.
01:33Et il a évolué effectivement au cours du temps, mais le fond de la responsabilité demeure et prend une actualité
01:44encore plus grande maintenant dans le contexte.
01:46Ce qui était, à quel point c'était novateur il y a cinq décennies, quoi, de tenir ce type de
01:52discours.
01:52Et alors, en termes de géographie, quand vous, je ne sais plus dans quel pays ou dans quelle région du
01:57monde vous êtes allée,
01:58mais ces enjeux, ils sont perçus différemment en fonction des pays, des continents ?
02:02Oui, alors c'est vrai, donc j'ai eu la chance d'être directrice générale sur des eaux minérales en
02:08France.
02:08J'ai été aussi en Ukraine, c'était avant les événements, et ensuite, ma dernière position, c'était directrice générale
02:16au Maroc.
02:17Donc effectivement, à chaque fois, en fait, des enjeux très différents.
02:21Donc là, la ligne, le fil rouge, en fait, c'est vraiment comment est-ce que, dans le contexte, on
02:26peut agir avec responsabilité.
02:28Donc c'est vrai qu'en France, c'est la gestion responsable du cycle de l'eau.
02:34C'est très important, évidemment, quand on est minéralier.
02:36En Ukraine, on avait des enjeux de santé publique, beaucoup, avec l'accompagnement sur l'amélioration nutritionnelle, c'était très
02:46important.
02:47Au Maroc, honnêtement, c'est certainement ce qui a un peu fondé mon désir de me consacrer vraiment à ça,
02:54c'est d'être face au changement climatique avec les agriculteurs sur place.
02:59On était face à une sécheresse endémique, il ne pleuvait pas, on va dire, printemps après printemps.
03:06Et du coup, nos agriculteurs étaient frappés de plein fouet.
03:10Et voilà, quand on vit ça, on comprend qu'en fait, un des enjeux clés, ça va être l'accompagnement
03:16de la transition agricole
03:17et l'accompagnement des agriculteurs, autant qu'on peut le faire en tant qu'entreprise agroalimentaire.
03:22Est-ce qu'il y a des, peut-être plus aujourd'hui, mais il y a eu des endroits sur
03:27la planète,
03:27où on vous disait, vous êtes bien gentil chez Danone, mais les enjeux environnementaux, ils ne sont pas prioritaires.
03:32Vous venez nous parler d'enjeux qui ne sont pas les nôtres.
03:37Ça peut être une difficulté pour un groupe mondial, ça, de porter cette ambition-là.
03:43En fait, je pense qu'il faut un peu revoir un petit peu ses lunettes.
03:48C'est-à-dire que, par exemple, je suis ça à travers des enquêtes mondiales,
03:56les pays dans lesquels il y a une population qui est la plus concernée par le développement durable,
04:01c'est par exemple l'Amérique latine.
04:04Voilà, ce n'est pas l'Europe de l'Ouest.
04:06Pourquoi ? Parce que ce sont ceux qui expérimentent les effets du changement climatique.
04:10Et en fait, les gens sont très préoccupés de l'avenir de l'environnement, de la planète, dans ce type
04:16de contexte.
04:17Enfin, donc, en fait, chaque pays, bon, bien sûr, je ne parle pas des pays en conflit, armés, etc., évidemment.
04:26Mais dans les pays où on agit, en fait, chacun a des enjeux.
04:31Et finalement, les consommateurs et les pouvoirs publics sont aussi face à ces enjeux.
04:36Et recherchent, au fond, de plus en plus des solutions.
04:40Donc certes, si les pays sont suffisamment riches,
04:43il va y avoir peut-être des effets de subvention, etc., de la part des pouvoirs publics.
04:48Mais très souvent, on se tourne aussi vers les entreprises privées,
04:52voire les NGO, etc., pour apporter de l'aide.
04:56Donc je pense sincèrement que chacun, à son endroit, dans son contexte, vit ça.
05:03Et a besoin de trouver des solutions et de l'espoir.
05:06– On reparlera peut-être du backlash et des États-Unis dans un instant.
05:12Mais je voudrais quand même qu'on consacre beaucoup de temps
05:14au fait que Danone est une entreprise à mission.
05:17Et d'ailleurs, a été la première entreprise cotée à devenir société à mission.
05:21C'était il y a cinq ans.
05:23Alors, ça donne un peu de recul.
05:25Vous nous dites, ok, il y avait le discours fondateur des années 70,
05:31Antoine Riboud, mais qu'est-ce que ça change de devenir société à mission,
05:36concrètement, dans les enjeux stratégiques,
05:38dans les décisions stratégiques d'un groupe comme Danone ?
05:40– Alors, c'est vrai que c'est une grande fierté d'être entreprise à mission,
05:43mais c'est aussi, j'avoue, une grande responsabilité et une grande pression.
05:46Parce qu'il s'agit en fait d'un statut qui est voté par l'Assemblée Générale,
05:51des actionnaires, et qui ensuite nous engage légalement.
05:54Donc, on a un comité indépendant, le comité de mission,
05:57qu'on a la chance d'être, qu'il est présidé par Pascal Lamy.
06:02Donc, quelqu'un de très distingué et reconnu pour son éthique personnelle,
06:06entouré d'un certain nombre d'administrateurs indépendants.
06:09Et en fait, ils vont juger si la feuille de route et les objectifs qu'on s'est déclarés,
06:13enfin, qu'on a déclarés et établis avec eux,
06:15vont réellement, année après année, et surtout au bout des cinq ans, être atteints.
06:19Et si jamais il n'est pas atteint, on perd le statut.
06:22Donc, je peux vous dire que c'est du sérieux.
06:26Donc, on a un comité de mission qui se réunit plusieurs fois par an,
06:29et notre top, top management est engagé.
06:32C'est ça aussi qui rend ce statut si particulier,
06:35c'est que, comme on doit rendre compte devant l'Assemblée Générale des actionnaires,
06:39qu'on a cet élément externe,
06:43et bien en fait, le top management est engagé directement.
06:46Oui, donc ça veut dire que ce travail du comité de mission,
06:50il influence vraiment, réellement, les décisions opérationnelles de Danone ?
06:56Oui, dans la mesure où on s'est fixé des objectifs,
06:58donc ça peut être des objectifs sur la décarbonation,
07:00ça peut être des objectifs sur la santé, sur la gestion de l'eau, etc.
07:04Et ces objectifs-là, il faut les atteindre coûte que coûte.
07:08Et on les prend pour cinq ans, et en cinq ans, il peut se passer beaucoup de choses,
07:11et pourtant, il va falloir rester ferme et poursuivre les progrès.
07:15Donc oui, pour ces objectifs-là, et ce sont des objectifs majeurs,
07:20des objectifs qui englobent, on va dire, beaucoup d'activités,
07:24évidemment, oui, absolument, ça influe,
07:26et tout le management est engagé à ce que ces résultats arrivent.
07:30Vous en êtes où, là ? C'est bientôt le renouvellement ?
07:33Alors justement, en fait, on a franchi un cap très important,
07:36puisque, comme vous le disiez, c'était 2020,
07:38donc à fin 2025, on a fini le premier quinquennat, on va dire, d'action,
07:44et bon, bonne nouvelle, on a tout atteint, voilà,
07:48et du coup, il a fallu refaire une nouvelle feuille de route,
07:50et on est réengagé pour cinq ans, avec le même comité de mission,
07:54et on a de nouveaux objectifs.
07:56Ça suppose aussi, effectivement, le fait de devenir entreprise à mission,
07:59c'est inscrit dans les statuts, c'est attaquable aussi,
08:02par des tiers, des associations, etc., des ONG dont vous parliez tout à l'heure.
08:07Donc, il y a cette exigence qui est de plus en plus importante de transparence.
08:12Jusqu'où elle doit aller, cette transparence,
08:15sans fragiliser la compétitivité d'un groupe comme Danone,
08:19qui est évidemment dans un secteur ultra-concurrentiel,
08:21avec d'autres géants mondiaux ?
08:24Oui, alors, la transparence, dans tous les cas, pour les sociétés cotées,
08:27et particulièrement celles qui sont en France,
08:30elle est très, très élevée, puisque non seulement,
08:33bon, bien sûr, on est audité, par exemple, sur la partie société à mission,
08:36mais par ailleurs, comme tout le monde, on a la chance
08:39d'avoir un grand élément de reporting obligatoire, maintenant,
08:45qui est la CSRD, et qui est un exercice où, pour notre part,
08:50on a plus de 100 pages de reporting uniquement sur les aspects de RSE,
08:55et qui sont auditées par des auditeurs indépendants,
08:57comme on auditerait des comptes financiers.
08:59Donc là, ça va loin, et la transparence, elle est énorme.
09:03Voilà, donc, pour gérer la compétitivité,
09:06je pense que c'est vraiment l'aspect stratégique,
09:08c'est-à-dire, qu'est-ce qui, dans nos engagements,
09:13permet la compétitivité à moyen terme, la résilience,
09:17et finalement, la performance et la durabilité de l'entreprise,
09:20c'est ça, en fait, qu'on doit gérer.
09:22Évidemment, il faut faire attention de ne pas...
09:26Enfin, faire attention aux investissements qu'on va mettre derrière ces objectifs-là,
09:30pour que ces objectifs...
09:31Enfin, que ces investissements ne soient pas mal adressés,
09:34et puissent, voilà, nous mettre en porte-à-faux
09:36par rapport à l'environnement concurrentiel.
09:38Donc, bien sûr, c'est un jeu d'équilibriste
09:41qui est géré au plus haut niveau de l'entreprise,
09:43au niveau du comité exécutif, directement,
09:46parce que, bien sûr,
09:47on est en permanence en train de trouver cette voie d'équilibre
09:52entre performance et responsabilité,
09:54et ça va aussi avec tout un tas de décisions,
09:58parfois macro, parfois micro,
09:59et il faut, effectivement, à chaque fois,
10:02bien peser et trouver le bon équilibre.
10:05Voilà.
10:05Si on regarde la raison d'être du groupe Danone,
10:07apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre,
10:11ça peut sembler...
10:13Est-ce que c'est parfois difficile de se dire
10:16qu'on crée des produits qui sont accessibles
10:19et on cherche à améliorer la qualité nutritionnelle ?
10:22Parce que pour qu'ils soient accessibles,
10:23il faut qu'ils ne soient pas chers,
10:23donc on va tirer les coups vers le bas
10:25et donc peut-être perdre en qualité nutritionnelle.
10:29J'imagine que cet équilibre-là,
10:30il doit être assez compliqué à trouver.
10:33Alors, évidemment, nous,
10:34nous ne prétendons pas avoir les produits
10:36les moins chers de tous sur le marché, évidemment.
10:39Nous sommes quand même des marques plutôt premium,
10:41mais qui restent accessibles.
10:43Il s'agit de l'alimentation quotidienne.
10:45Donc, en fait, deux points.
10:47C'est premièrement, la qualité nutritionnelle
10:49n'est pas toujours avec un coût bas,
10:53un coût élevé, je veux dire.
10:55Donc, par exemple, quand il s'agit de réduire le sucre,
10:58et dans notre cas, c'est un engagement très fort,
11:00on est passé en dessous de la barre des 10 grammes
11:03pour les produits enfants partout dans le monde,
11:06partout dans le monde.
11:08Ça suppose d'éduquer, d'ailleurs, entre guillemets,
11:11les consommateurs.
11:11C'est-à-dire qu'on le fait par palier, c'est ça ?
11:13Alors, parfois, il faut vraiment le faire par palier.
11:15Par exemple, au Mexique, je pense que vous savez
11:17qu'au Mexique, voilà, ils ont une grosse consommation
11:21de soft drink, ils adorent le sucre, etc.
11:23Donc là, on a fait, effectivement, par palier,
11:25mais on a pu réduire sur plusieurs années,
11:28je ne veux pas me tromper, mais en tout cas,
11:29beaucoup d'années, on a réduit de 40% à peu près
11:32le sucre dans les produits enfants au Mexique.
11:34Effectivement, par palier.
11:35D'autres fois, il s'agit aussi de trouver
11:38les leviers du goût qui ne sont pas que la masse de sucre.
11:42Donc, par exemple, ça peut être des saveurs
11:44plus intéressantes, des textures intéressantes.
11:47Voilà, donc tout va compter aussi dans l'appréciation
11:49du consommateur et même du jeune consommateur.
11:52Donc, encore une fois, enlever du sucre
11:54ne va pas forcément coûter plus cher,
11:56mais en revanche, ça va demander de la R&D.
11:58Ça va demander de la recherche et du développement,
12:00de la compréhension fine des bons leviers
12:02de la préférence consommateur.
12:04Et ça, effectivement, c'est l'investissement
12:06qu'on fait derrière, on va dire, cet aspect-là.
12:10Et j'ajoute peut-être une petite anecdote.
12:12Pour le sucre, moi, ce que je trouve
12:14très intéressant dans les yaourts,
12:15c'est l'utilisation de la fermentation,
12:17puisque le yaourt, c'est du lait fermenté.
12:19Et en fait, je ne sais pas si vous savez,
12:21mais on a la bibliothèque de ferments
12:23la plus grande du monde,
12:24qui est sous forme d'une espèce
12:27de méga-freezer, en fait,
12:29dans lequel on a des souches de ferments.
12:31Et il faut savoir, en fait,
12:32que chaque ferment,
12:33et il y en a des centaines,
12:35et pour ne pas dire des milliers,
12:36chaque ferment va pouvoir apporter
12:39des goûts plus ou moins sucrés,
12:41naturellement, sans adjonction de sucre.
12:43Donc, la maîtrise de la fermentation,
12:44par exemple, ça, c'est un levier
12:46de qualité nutritionnelle
12:48pour pouvoir, par exemple,
12:49baisser le sucre
12:50sans nuire au goût final.
12:53Danone, qui soutient,
12:54vous nous avez parlé de votre expérience
12:55au Maroc,
12:57qui soutient l'agriculture régénératrice,
12:59qui cherche à protéger ce cycle de l'eau,
13:02avec quels résultats ?
13:03Alors, c'est compliqué,
13:04parce que Danone,
13:04c'est une marque mondiale,
13:05enfin, c'est un groupe mondial,
13:07mais peut-être des exemples
13:08d'actions qui ont été menées,
13:11justement,
13:13et de résultats
13:14en matière d'agriculture régénératrice
13:17ou de cycle de l'eau,
13:18je ne sais pas,
13:19des boucles qui ont été mises en place
13:20quelque part,
13:21le fait de comment vous réduisez
13:23votre consommation d'eau
13:24et vous protégez cette ressource.
13:25Alors, on a des...
13:27Ça fait très très longtemps
13:28qu'on soutient
13:30l'agriculture régénératrice,
13:31on a été un des co-créateurs
13:34de OP2B,
13:35qui est une organisation
13:38pour justement promouvoir
13:40l'agriculture régénératrice
13:41et la biodiversité,
13:42et ça, ça fait déjà pas mal d'années.
13:44Donc, on a eu le temps
13:45d'avoir des pilotes
13:46et de commencer à être à échelle.
13:47Donc, en France, par exemple,
13:48on a une expérience
13:49les deux pieds sur terre,
13:51où effectivement,
13:52on a pu mettre en place
13:54toute la panoplie,
13:55c'est-à-dire on importe du conseil,
13:57on commence à créer
13:59les bonnes pratiques
14:00pour avoir un meilleur sol.
14:02Ça, c'est très important.
14:03Donc, pas de...
14:05Comment dirais-je ?
14:06Pas de bêchage en profondeur,
14:09laisser des espèces vertes
14:13produire de la biodiversité
14:15dans le sol,
14:16faire des assolements adaptés,
14:19bien sûr,
14:19avec des ingénieurs agronomes,
14:20etc.
14:22Voilà, utiliser
14:23beaucoup moins d'intrants chimiques,
14:25et on voit,
14:27au bout de quelques années,
14:28qu'en fait,
14:29tous les paramètres s'améliorent.
14:32Donc, la qualité des sols,
14:34la biodiversité,
14:35la rétention de l'eau
14:36dans les sols,
14:37et bien entendu,
14:38ce qui est très, très important,
14:40c'est bien sûr
14:40comment les agriculteurs
14:42peuvent en vivre
14:42et en vivre bien.
14:44Donc, ça, ça suppose
14:44un accompagnement,
14:45pardon de vous interrompre,
14:46mais un accompagnement
14:47de longue durée
14:47de ces agriculteurs.
14:48Ça veut dire que vous vous engagez
14:50sur quoi ?
14:51Sur plusieurs années
14:52de collaboration,
14:53c'est ça ?
14:54Oui, il faut absolument
14:54s'engager sur plusieurs années
14:56parce que c'est comme
14:58un grand voyage,
14:59en fait.
15:00C'est une transformation
15:00des pratiques
15:01qui n'arrive pas
15:03en une seule année.
15:05Il faut le voir
15:05sur plusieurs temps agricoles,
15:07et le temps agricole,
15:08c'est souvent une année,
15:10et il faut plusieurs rotations
15:12pour pouvoir voir
15:13tous les bénéfices,
15:15etc.
15:15Donc, oui, du coup,
15:17il faut s'engager
15:17sur plusieurs années
15:18et c'est ce qu'on fait
15:19à travers différents programmes.
15:20Donc, là, j'en ai cité un.
15:22En fait, on en a plusieurs
15:23dans pas mal de pays.
15:25On a un outil extraordinaire
15:28qui s'appelle
15:28Danone Écosystème
15:29qui est un fonds d'investissement
15:30où on donne, en fait,
15:32donc c'est de l'argent
15:33que Danone a mis dedans.
15:35Je vais vous citer,
15:36je vais vous laisser continuer
15:36de raconter.
15:37Danone Écosystème,
15:38organisation à but non lucratif
15:39qui pilote des initiatives
15:41dépassant la chaîne
15:41de valeur de Danone
15:42afin de contribuer
15:43à la construction
15:43de systèmes alimentaires
15:44inclusifs, circulaires,
15:45sains et durables.
15:46Donc, je vous laisse continuer.
15:47C'est des projets
15:48qui ne sont pas rentables
15:49tout de suite
15:49ou dont l'objectif
15:50n'est pas forcément
15:51la rentabilité.
15:52Voilà.
15:52Donc, du coup,
15:52le groupe a abondé,
15:54en fait, ce fonds
15:55et ensuite,
15:55il est géré
15:56comme une association
15:58à but non lucratif
15:59et on va trouver
16:00des endroits
16:01où on peut avoir
16:03un impact
16:04avec un bon impact positif
16:06du point de vue
16:07de l'intérêt général
16:09et comme on sait
16:10que ça n'est pas rentable
16:10immédiatement,
16:11le fonds va permettre
16:14d'apporter
16:14quelques centaines
16:15de milliers d'euros,
16:16parfois même encore plus
16:18sur un territoire.
16:20Donc, ça peut se passer
16:21en France,
16:21ça peut se passer
16:22dans pas mal
16:22d'autres pays
16:23pour justement
16:24permettre la transformation.
16:26Alors, on parlait
16:26d'eau et du cycle
16:27de l'eau,
16:28c'est vrai qu'il y a eu
16:28ce scandale des eaux
16:29en bouteille
16:29qui a touché
16:30vos deux principaux concurrents
16:32Nestlé Waters
16:33et Alma.
16:34Est-ce que,
16:35par effet de ricoucher,
16:35vous a profité
16:37en termes de business
16:38tout simplement,
16:39de vente ?
16:40Alors, j'avoue
16:42que là,
16:42vous me prenez
16:42un peu de cours.
16:45Je pense que,
16:47en fait,
16:48il y a deux aspects,
16:48c'est-à-dire qu'en termes
16:50de part de marché,
16:51ça peut être bénéfique,
16:52pas très,
16:53enfin,
16:54pas de façon massive
16:55non plus.
16:56En revanche,
16:57c'est vrai que ça abîme
16:58un peu l'image générale
16:59du secteur,
17:00ce qui est quand même
17:01très dommage
17:02parce que tout le monde
17:03n'a pas la même manière
17:04de gérer.
17:04et c'est vrai
17:05qu'il faut énormément
17:07avoir une vue
17:08de très longue durée,
17:10enfin,
17:11avoir en tête
17:11vraiment des cycles
17:12très très longs
17:13quand on veut protéger
17:14une ressource en eau.
17:15Il faut savoir,
17:15par exemple,
17:16sur l'eau des viands
17:17que l'eau des viands
17:19qu'on met en bouteille
17:20aujourd'hui,
17:21en fait,
17:21elle a passé 15 ans
17:22dans les différentes couches
17:23de filtration
17:24à travers les Alpes.
17:25Mais alors,
17:25comment vous la protégez ?
17:27C'est ça le défi
17:28des minéraliers.
17:29Oui,
17:29donc en fait,
17:30il faut comprendre
17:31d'abord le cycle de l'eau
17:32et l'aspect hydro-géologique.
17:34On a d'ailleurs
17:34des hydro-géologues
17:35en tant qu'experts
17:37à l'intérieur même
17:38de la société.
17:38Donc on définit
17:39où est-ce que
17:40l'eau qui va nous intéresser
17:43on va dire
17:43tombe et doit être filtrée.
17:45Et à l'intérieur
17:46de tout ce qu'on appelle
17:46l'impluvium,
17:47il faut mettre en place
17:48des pratiques responsables.
17:50C'est-à-dire
17:51pas de chimie,
17:52c'est-à-dire
17:53travailler sur,
17:54par exemple,
17:55s'il y a de l'élevage,
17:56comment on gère,
17:57le fumier,
17:58etc.,
17:59qui pacifient les sols
18:00et les contaminés.
18:01Donc voilà,
18:02et c'est toujours
18:03des actions
18:04très très collectives.
18:05Donc on peut être
18:05nous catalyseurs
18:06ou inspirateurs,
18:07mais...
18:07Oui, parce que vous n'êtes pas
18:08propriétaire de tous les terrains
18:09qui...
18:10Non, non, pas du tout.
18:11Par lesquels ou sous lesquels
18:12l'eau déviant transite.
18:14Non, voilà, c'est ça.
18:15Tout à fait.
18:15Donc en fait,
18:15il s'agit de catalyser
18:18en fait une action collective,
18:20très souvent avec les pouvoirs publics,
18:21bien sûr,
18:21mais aussi beaucoup
18:22avec les agriculteurs
18:23et avec les propriétaires
18:24de tous les terrains
18:25pour se dire,
18:26OK, en fait,
18:26c'est notre bien commun.
18:28Vous savez que la terre...
18:29Voilà,
18:30cet élément de bien commun,
18:32il est très très important
18:33et de se rassembler tous autour
18:35et de se dire,
18:35OK,
18:35si on veut avoir
18:36de l'eau saine,
18:38y compris dans 15 ans,
18:39y compris dans 20 ans,
18:40il faut en fait,
18:41voilà,
18:41travailler bien aujourd'hui.
18:43Et je me suis toujours posé,
18:43alors c'est vraiment
18:44une question de consommateur,
18:45comment...
18:46Parce qu'il y a cette appellation
18:47d'eau minérale naturelle
18:48et puis il y a le succès
18:49de l'eau déviant.
18:50Et jusqu'où ce succès peut aller ?
18:52C'est-à-dire,
18:52vous voyez ce que je veux dire ?
18:54On peut...
18:55La source,
18:56elle peut fournir...
18:57Elle peut fournir
18:57ou est-ce que vous gérez
18:59la ressource, quoi ?
19:00Oui, en fait,
19:01contrairement à ce que
19:02vous pourriez penser,
19:03le succès ne grandit pas.
19:05Ça fait très longtemps
19:05qu'Evian est plafonné
19:07dans sa quantité d'eau.
19:08C'est ça la solution.
19:09En fait, c'est...
19:09Oui, oui, voilà.
19:11Donc on sait que
19:11ce cycle de l'eau-là,
19:13ce bassin-là,
19:14il peut donner
19:17une certaine quantité d'eau.
19:18Elle s'est définie
19:18avec les pouvoirs publics d'ailleurs.
19:20Vous savez que, bien sûr,
19:21on verse une rétribution
19:23importante à la collectivité
19:24pour ça.
19:25Et donc on a une espèce
19:26de couloir,
19:27ni trop peu,
19:27ni trop fort.
19:29Et en fait,
19:30à nous de gérer
19:30à l'intérieur de ce couloir.
19:31Et quand il n'y en a plus,
19:32il n'y en a plus.
19:33Voilà, c'est tout.
19:34Et en même temps,
19:35je trouve que c'est
19:36assez formidable
19:37de se dire que,
19:38voilà,
19:39dans 15 ans,
19:39dans 20 ans,
19:40il y aura toujours
19:40cette eau d'Evian.
19:41Elle sera toujours
19:42de bonne qualité.
19:44Et que...
19:45Et du coup,
19:46on va pouvoir au moins
19:47préserver certains endroits
19:48où l'eau restera
19:50bonne et saine
19:51et sans contaminants.
19:53Et je pense que ça,
19:54c'est notre rôle
19:54de minéralier
19:55à notre échelle.
19:56Qui vous devez convaincre ?
19:58Vous dites...
19:58Oui, c'est pas vos terrains.
20:00Donc vous êtes prescripteur
20:02ou accélérateur, etc.
20:03Mais c'est qui ?
20:04Les collectivités,
20:06les agriculteurs,
20:06évidemment,
20:07éventuellement,
20:09des industries,
20:10s'il y en a,
20:10alors peut-être qu'il n'y en a pas.
20:11Alors là,
20:12en l'occurrence,
20:13à ma connaissance,
20:13il n'y a pas d'industrie majeure
20:14dans le bassin d'Evian.
20:16Mais oui,
20:17c'est ce que vous avez cité,
20:18c'est-à-dire
20:19toutes les parties prenantes.
20:20Donc ça peut être aussi
20:21des riverains.
20:23Ça peut...
20:23Bien sûr,
20:23il faut absolument
20:24les pouvoirs publics là.
20:26Mais beaucoup
20:27l'agriculture, en fait.
20:28Les pratiques agricoles
20:29sont déterminantes.
20:31On voit d'ailleurs
20:31que dans certains cas,
20:32on sait qu'il y a
20:33des contaminations
20:33qui sont issues
20:34de pratiques agricoles.
20:36Mais au fond,
20:36les agriculteurs,
20:37ils sont capables
20:39d'embrasser ça.
20:40Et si on garantit
20:42qu'ils vont avoir
20:43un revenu décent
20:44et que...
20:45Voilà.
20:46Pourquoi pas ?
20:47Et ils peuvent être embarqués.
20:49Dans Evian,
20:50comme j'ai dit,
20:51c'est une association.
20:52Donc on a fondé
20:53une association
20:53dans laquelle viennent
20:54toutes les parties prenantes,
20:57l'APM,
20:57qui fonctionne depuis,
20:59je crois,
20:59plus de 20 ans.
21:01Et là,
21:02on voit les résultats
21:03de ça maintenant,
21:04des années et des années après.
21:06Mais des agriculteurs
21:08qui, pour certains,
21:09ont fait le choix du bio.
21:10Et puis,
21:10on sait ce qui s'est passé
21:11sur le marché du bio
21:12dans la crise inflationniste
21:14post-invasion de l'Ukraine
21:15par la Russie.
21:16Il y a eu
21:17de la déconversion,
21:19malheureusement.
21:20Donc c'est aussi...
21:21C'est pour ça
21:21que ça rejoint
21:22l'argument
21:23de la temporalité,
21:26de la durée
21:26d'engagement
21:27de Danone
21:28auprès de ces agriculteurs.
21:30C'est compliqué
21:31pour les agriculteurs
21:31qui n'ont aucune envie
21:32d'utiliser
21:33beaucoup de pesticides,
21:34parfois d'y résister.
21:35Vous voyez ce que je veux dire ?
21:36Oui, oui, oui.
21:37Je pense sincèrement
21:39que le métier
21:39d'agriculteur
21:40est un métier
21:41compliqué
21:42et qui est pourtant
21:43au cœur
21:43de notre futur.
21:44Enfin, je veux dire,
21:45on a besoin
21:46d'une bonne alimentation
21:48et d'agriculteurs
21:50qui continuent
21:51de vrai.
21:53Donc, bien sûr,
21:54l'histoire du bio,
21:55certains en sont déconvertis,
21:56mais il faut savoir
21:57qu'il y a quand même
21:58deux choses différentes.
21:59C'est le bio,
22:00qui a un cahier
22:00des charges européen
22:01extrêmement particulier,
22:03très très important.
22:05Et puis,
22:05il y a l'agriculture
22:06régénératrice
22:07ou l'agriculture durable.
22:09Enfin, certains
22:09donnent différents noms.
22:11Donc là,
22:11il n'y a pas un cahier
22:12des charges similaire
22:13à celui du bio,
22:14mais c'est plutôt
22:15une espèce de voyage,
22:17on va dire,
22:17avec de moins en moins
22:18d'intrants,
22:19de plus en plus
22:20de pratiques vertueuses,
22:20etc.
22:21Et ça,
22:22je pense que c'est...
22:22Et moins de déconversion
22:23quand on nous interrompt,
22:25mais quand l'agriculteur
22:26choisit ce modèle ?
22:26Oui,
22:27à ma connaissance,
22:28oui,
22:28parce qu'on est plus
22:29dans quelque chose
22:29de progressif
22:30et qui va être moins,
22:33on va dire,
22:34moins contraignant,
22:34qui va être moins un carcan
22:35et qui va certainement
22:37être plus souple
22:37et s'adapter davantage
22:39à des situations variées.
22:41Donc,
22:42voilà.
22:42Donc,
22:42je pense que l'agriculture
22:43régénérative,
22:44ça,
22:44c'est un peu
22:44le bon équilibre.
22:46Alors,
22:46Nathalie,
22:47parce qu'il y a une tradition
22:47dans ce grand entretien,
22:49l'invité pose une question
22:51à celui ou celle
22:52qui va lui succéder
22:53la semaine suivante.
22:54À votre place,
22:54il y avait Isabelle Giordano,
22:55la semaine dernière,
22:56déléguée générale
22:57de la fondation
22:58BNP Paribas.
22:59Voici sa question.
23:00Bonjour Nathalie.
23:01Dans 10 ans,
23:02de quoi
23:03et de quelle action
23:04serez-vous la plus fière
23:06par rapport à tout
23:07ce que vous avez pu faire
23:09chez Danone ?
23:10On voit qu'il y a
23:11des journalistes.
23:13C'est une très bonne question
23:14de journaliste.
23:15Je vais lui piquer
23:15pour d'autres interviews.
23:17Ça vous oblige
23:18à vous projeter
23:19à la fois
23:20ce que vous faites déjà
23:21et de ce que vous imaginez,
23:22vous voyez,
23:23de devenir peut-être
23:24ce qui vous rendra
23:25la plus fière.
23:26C'est quoi ?
23:27Pas si facile de répondre.
23:28Oui,
23:28alors,
23:29bon,
23:30en tout cas,
23:31vous avez entendu
23:32là dans mon discours,
23:33pour moi,
23:33je pense que
23:34la transition agricole,
23:35c'est un enjeu fondamental.
23:37C'est un enjeu fondamental
23:38pour nous,
23:39Danone, bien sûr,
23:40mais je pense au-delà.
23:42Et du coup,
23:42pour moi,
23:43ma plus grande fierté
23:44serait d'avoir vraiment
23:45contribué à trouver
23:46les sources de financement
23:48à échelle
23:48de cette transition agricole.
23:50Aujourd'hui,
23:51nous,
23:52on peut apporter
23:53certains fonds,
23:53comme j'ai expliqué,
23:54pour faire des pilotes,
23:55pour amorcer la pompe,
23:56etc.
23:57Mais il faut maintenant
23:59attirer du financement
24:00à très grande échelle
24:01pour pouvoir faire
24:02une conversion
24:03beaucoup plus massive.
24:04Et c'est ça
24:05qui va changer
24:07les niveaux de pollution
24:08qui va changer
24:10les revenus
24:11des agriculteurs
24:11à long terme,
24:12la résilience
24:13de nos sols,
24:14la capacité
24:14à gérer
24:15des cycles de l'eau
24:15de manière plus vertueuse.
24:17Donc ça,
24:18ça demande vraiment
24:18des financements majeurs.
24:21Qui peuvent venir d'où ?
24:22Alors,
24:23moi,
24:23ce que je constate,
24:24c'est que,
24:25bien entendu,
24:25il faut que les subventions
24:27soient bien adressées
24:28et aillent dans le sens aussi
24:30de ce progrès,
24:31de ce futur-là.
24:32Mais on voit aussi
24:33qu'il y a énormément
24:34d'acteurs de bonne volonté
24:35qui peuvent être
24:36des philanthropes,
24:37qui peuvent être
24:38des fonds d'investissement
24:39à impact
24:40ou qui peuvent être
24:41tout simplement
24:41des fonds d'investissement
24:42tout court.
24:43Et en fait,
24:44il faut arriver
24:44à démontrer
24:45que c'est l'intérêt
24:47de tous,
24:47y compris l'intérêt financier,
24:48probablement à moyen terme,
24:50d'y arriver
24:52et de proposer
24:53des exemples,
24:57des solutions
24:58pour pouvoir attirer
25:00ces financements-là,
25:01peut-être créer
25:01des outils,
25:02de l'ingénierie financière.
25:03Donc là,
25:03je suis en train de rêver.
25:04Non, mais c'est bien,
25:05c'est bien,
25:05parce que, effectivement,
25:06je pense que c'est un secteur
25:07qui ne peut pas,
25:08qui a été quand même
25:09dopé aux subventions
25:10depuis des décennies
25:11et ce modèle-là,
25:12il arrive sans doute
25:13à son terme.
25:14Alors, je ne peux pas juger,
25:16je ne vais pas juger
25:16les politiques publiques
25:18en matière agricole
25:19de façon générale,
25:20mais en tout cas,
25:21ce qu'il y a de sûr,
25:22c'est que maintenant,
25:22il s'agit de financer
25:23autre chose
25:24et de financer autrement.
25:25Donc, si on peut,
25:27par notre nom,
25:28par notre position,
25:29un petit peu au centre
25:30de pas mal de discussions
25:32avec les accès conales,
25:34internationales,
25:34etc.,
25:35faciliter l'émergence
25:36en fait de ces solutions
25:37à impact,
25:38oui, voilà,
25:38ça c'est mon rêve personnel.
25:40Merci beaucoup Nathalie Passier,
25:42on espère
25:43qu'il va se réaliser,
25:44ce serait une très bonne nouvelle
25:45pour tout le monde,
25:46pour les consommateurs,
25:47les citoyens
25:47et les agriculteurs eux-mêmes.
25:49Je vous dis à bientôt
25:49sur Bsmart for Change.
25:51On passe tout de suite
25:51à notre rubrique start-up.
25:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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