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  • il y a 3 mois
Ce mardi 12 mai, Deniz Ünal, économiste au CEPII et spécialiste de la Turquie, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Ils sont revenus sur la situation de la Turquie compte tenu de l’affaiblissement d’un certain hub économique de la région dû aux tensions dans le Golfe. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et ce matin, direction la Turquie, qui tente de tirer son épingle du jeu dans le conflit au Moyen-Orient.
00:05On en parle avec notre invité. Bonjour Denis Zunel.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être sur notre plateau. Vous êtes économiste au CEPI, spécialiste de la Turquie.
00:12Avec moi pour vous interroger, Annalisa Capellini.
00:15On voit que les tensions dans le Golfe ont affaibli un certain hub économique de la région.
00:20C'est le cas de Dubaï, on en a parlé aux Émirats Arabes Unis.
00:23Denis Zunel, est-ce que la Turquie en profite déjà pour attirer des capitaux étrangers,
00:29notamment à Istanbul ?
00:31Elle est laissée, mais visiblement les capitaux qui sont partis de Dubaï
00:36se sont orientés plutôt vers Singapour et vers la Suisse.
00:41Mais la Turquie a des grandes espérances parce qu'il y a un centre financier important à Istanbul
00:48et son idée est de le transformer maintenant comme un centre financier pratiquement mondial.
00:56Mais ce n'est pas dit qu'elle va pouvoir réussir.
00:59Parce qu'il reste un problème majeur, c'est l'inflation qui baisse.
01:02Elle est à 32% sur un an, mais elle n'est pas totalement maîtrisée.
01:06Est-ce que la Turquie y arrive petit à petit ?
01:09Les derniers chiffres de l'inflation en Turquie ont été une surprise
01:14parce qu'indépendamment de la guerre, elles étaient élevées.
01:18On s'attendait à moindre, donc on était autour de 32%.
01:23Et on ne voit pas l'issue pour le moment à ce conflit.
01:26Et c'est quelque chose qui va péser sur les finances turques
01:30parce que la Turquie s'en dette beaucoup et sa monnaie n'est pas une monnaie forte.
01:35Donc ça, c'est vraiment une préoccupation qui n'est pas encore résolue.
01:40Et les Turcs n'ont pas pu encore arriver à ce que, par exemple,
01:43les pays d'Amérique latine comme Brésil, Mexique, ont réussi à faire.
01:48On sait que c'est un grand problème pour les Turcs.
01:50On estime qu'à peu près, pour un Turc sur trois,
01:52le principal problème est le coût de la vie.
01:54Donc finalement, ça fait un quotidien.
01:55Exactement, le pouvoir d'achat.
01:57Oui, le pouvoir d'achat.
01:58Et c'est très important pour les élections prochaines en 2027,
02:03législatives et présidentielles,
02:04pour AKP, l'Egypte, Taïb et Adouane.
02:09C'est vraiment, la Turquie souffre beaucoup d'autocratie,
02:14mais les gens qui votent pensent plutôt à l'inflation et au pouvoir d'achat.
02:19L'inflation, la stabilité financière, peut-être plus largement,
02:23avec une économie turque qui est quand même instable, fragile.
02:28Ça, ça rebute un petit peu, peut-être, les investisseurs,
02:32les entreprises à venir s'installer, vous le disiez,
02:34qui vont préférer Singapour, dans la région,
02:37qui proposent plus de stabilité, plus de confiance ?
02:40L'un des problèmes, c'est vraiment, justement,
02:46l'instabilité du cadre juridique en Turquie.
02:49Il y a un problème de séparation des pouvoirs.
02:52Et pour les entreprises turques,
02:55qui sont aussi parfois des entreprises multinationales,
03:00il y a des problèmes juridiques
03:02où ils peuvent se trouver, du jour au lendemain,
03:05avec des dirigeants accusés.
03:07C'est arrivé aux deux dirigeants,
03:09au secrétaire général et son adjoint de la Medef turque, Tussiad.
03:13Et ça, ce n'est pas prêt de changer ?
03:15Pour le moment, on ne voit pas de changement.
03:17En revanche, la Turquie,
03:18il faut revenir maintenant dans le contexte géopolitique,
03:21a un atout majeur,
03:23une industrie de la défense
03:26qui commence à devenir très importante.
03:29Et actuellement, en économie,
03:31la Turquie essaie de réorganiser sa structure industrielle,
03:37qui est importante,
03:38c'est un pays manufacturier,
03:39autour de la défense.
03:41Et la guerre lui a donné beaucoup d'atouts.
03:45Avec des pôles d'activité
03:46où on est essentiellement concentré sur Istanbul,
03:48qui reste...
03:49Ah non, c'est dans tous les pays,
03:53aux alentours d'Ankara aussi,
03:55dans tous les pays.
03:55Et c'est une industrie...
03:58En Europe, on parle beaucoup des drones Bayraktar turcs,
04:02mais en réalité,
04:04c'est une industrie très diversifiée,
04:06dans tous les corps de l'armée.
04:08Vous avez énormément de production de tanks,
04:11de navires,
04:13maintenant des missiles balistiques.
04:16Il y a quelques jours,
04:18la semaine dernière,
04:19justement,
04:20la Turquie a annoncé la production
04:22d'une missile balistique intercontinentale.
04:27Et elle est...
04:28Cette économie est en négociation
04:30avec deux grands pays européens,
04:32comme le Royaume-Uni,
04:34l'Italie.
04:35Ce n'est pas en négociation,
04:36je dois dire,
04:37plutôt en coopération
04:39dans le domaine militaire.
04:41Delisional,
04:41vous évoquez le rôle industriel de la Turquie.
04:44La Turquie essaie aussi
04:45de jouer un rôle diplomatique
04:46dans ce conflit,
04:46avec cette posture de médiateur
04:48qu'on a déjà vue
04:49dans plusieurs autres conflits,
04:50notamment la guerre entre la Russie
04:51et l'Ukraine.
04:52Quel est l'avantage pour Erdogan
04:54d'adopter cette posture-là
04:55de médiateur ?
04:57L'avantage, déjà,
04:58c'est éviter la guerre.
05:00Ça, la Turquie ne veut surtout
05:01entrer dans la guerre.
05:02La Turquie qui n'a pas été frappée,
05:04pour le coup,
05:04dans ce conflit.
05:05Si, elle a été frappée,
05:07je ne sais plus combien de fois,
05:10au moins trois, quatre fois,
05:12mais ce sont...
05:13La Turquie accueille
05:14des bases de l'OTAN.
05:15Vous savez,
05:16donc, son armée
05:17en termes de nombre
05:19de soldats,
05:20c'est le deuxième
05:21de l'OTAN,
05:22mais aussi,
05:23je crois que c'est
05:23le deuxième pays
05:24qui accueille
05:27autant de bases
05:27de l'OTAN.
05:29En tout cas,
05:31il y a des bases
05:32très importantes
05:32qui sont aussi
05:33pointées
05:35vers l'Iran.
05:37Donc,
05:37il y a eu
05:38quelques missiles
05:39qui ont touché,
05:40mais c'est l'OTAN
05:41qui a répondu,
05:42pas les Turcs.
05:43Donc,
05:43ça rend plutôt complexe,
05:45sa situation.
05:45Denis Zinali
05:46a aussi une forte présence
05:47turque en Afrique.
05:48On en parle ce matin
05:50avec la présence
05:52d'Emmanuel Macron
05:53sur le continent
05:54avec des annonces
05:55de contrats,
05:5623 milliards au total.
05:58La Turquie exporte
06:00du gaz,
06:01du pétrole,
06:02notamment,
06:02en tout cas,
06:03fait de l'exploration
06:04gazière et pétrolière
06:06au large de la Somalie.
06:07C'est un sujet
06:08qui est bien identifié
06:09par Emmanuel Macron
06:10qui est en Afrique
06:11cette semaine
06:11pour y défendre
06:12les investissements
06:12français et européens
06:13avec le continent
06:14qui veut reprendre
06:15des parts de marché
06:16aux Chinois
06:16et aux Turcs
06:17qui, en fait,
06:18ces dernières années
06:18se sont quand même
06:19bien implantés.
06:20Oui,
06:21la Turquie est une puissance
06:23moyenne présente
06:24en Afrique
06:25et, effectivement,
06:27ses intérêts
06:27sont allés
06:28contre ceux
06:30de la France.
06:31Dans beaucoup de pays
06:32où la France
06:33a dû se retirer,
06:34la Turquie est présente
06:35notamment
06:36par des exportations
06:38de matériel militaire
06:42mais la Turquie
06:43en même temps
06:44a besoin
06:45des anciennes puissances
06:46comme la France
06:47pour pouvoir trouver
06:49des nouveaux marchés.
06:50Donc, il y a...
06:52Et la Turquie
06:53a énormément
06:54de masse militaire
06:55en Afrique.
06:56Mais je crois
06:57qu'une coopération
06:58n'est pas impossible.
06:59Les deux pays
07:00s'affrontent
07:00dans plusieurs domaines
07:02aussi bien en Afrique
07:03au Moyen-Orient
07:04et que dans le sud
07:06de la Caucase
07:07mais ont toujours
07:09gardé le contact
07:09pour avoir
07:10une coopération.
07:12Anna-Lisa ?
07:13Tous ces projets
07:14de la Turquie
07:15pourraient être mis à mal
07:16par le contexte intérieur
07:17qu'on évoquait
07:18il y a un instant
07:18sur l'inflation
07:19mais il y a aussi
07:20la question
07:20d'un possible exode
07:22migratoire des Iraniens
07:23si le régime
07:24venait à s'effondrer.
07:25C'est un peu
07:25la crainte d'Erdogan
07:27en ce moment.
07:28Est-ce qu'il y a
07:28un vrai risque ?
07:30On pensait
07:31qu'il y avait
07:31un vrai risque
07:32mais le fait est
07:33que depuis le début
07:33de la guerre
07:34il n'y a pas eu
07:35vraiment
07:35de migration notable.
07:37d'autant plus
07:38que la Turquie
07:38s'était préparée
07:40il y a un mur
07:40maintenant
07:42le long
07:43de la frontière
07:44turco-iranienne
07:45je pense que
07:46ça marche
07:47mais j'ai aussi suivi
07:49en Arménie
07:50on attendait
07:51autant de réfugiés
07:52ça n'a pas eu lieu.
07:54Merci beaucoup
07:55Denis Zunel
07:55économiste au CEPI
07:56spécialiste de la Turquie
07:58d'être venu
07:58nous parler de ce sujet
07:59ce matin.
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