00:00Et ce matin, direction la Turquie, qui tente de tirer son épingle du jeu dans le conflit au Moyen-Orient.
00:05On en parle avec notre invité. Bonjour Denis Zunel.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être sur notre plateau. Vous êtes économiste au CEPI, spécialiste de la Turquie.
00:12Avec moi pour vous interroger, Annalisa Capellini.
00:15On voit que les tensions dans le Golfe ont affaibli un certain hub économique de la région.
00:20C'est le cas de Dubaï, on en a parlé aux Émirats Arabes Unis.
00:23Denis Zunel, est-ce que la Turquie en profite déjà pour attirer des capitaux étrangers,
00:29notamment à Istanbul ?
00:31Elle est laissée, mais visiblement les capitaux qui sont partis de Dubaï
00:36se sont orientés plutôt vers Singapour et vers la Suisse.
00:41Mais la Turquie a des grandes espérances parce qu'il y a un centre financier important à Istanbul
00:48et son idée est de le transformer maintenant comme un centre financier pratiquement mondial.
00:56Mais ce n'est pas dit qu'elle va pouvoir réussir.
00:59Parce qu'il reste un problème majeur, c'est l'inflation qui baisse.
01:02Elle est à 32% sur un an, mais elle n'est pas totalement maîtrisée.
01:06Est-ce que la Turquie y arrive petit à petit ?
01:09Les derniers chiffres de l'inflation en Turquie ont été une surprise
01:14parce qu'indépendamment de la guerre, elles étaient élevées.
01:18On s'attendait à moindre, donc on était autour de 32%.
01:23Et on ne voit pas l'issue pour le moment à ce conflit.
01:26Et c'est quelque chose qui va péser sur les finances turques
01:30parce que la Turquie s'en dette beaucoup et sa monnaie n'est pas une monnaie forte.
01:35Donc ça, c'est vraiment une préoccupation qui n'est pas encore résolue.
01:40Et les Turcs n'ont pas pu encore arriver à ce que, par exemple,
01:43les pays d'Amérique latine comme Brésil, Mexique, ont réussi à faire.
01:48On sait que c'est un grand problème pour les Turcs.
01:50On estime qu'à peu près, pour un Turc sur trois,
01:52le principal problème est le coût de la vie.
01:54Donc finalement, ça fait un quotidien.
01:55Exactement, le pouvoir d'achat.
01:57Oui, le pouvoir d'achat.
01:58Et c'est très important pour les élections prochaines en 2027,
02:03législatives et présidentielles,
02:04pour AKP, l'Egypte, Taïb et Adouane.
02:09C'est vraiment, la Turquie souffre beaucoup d'autocratie,
02:14mais les gens qui votent pensent plutôt à l'inflation et au pouvoir d'achat.
02:19L'inflation, la stabilité financière, peut-être plus largement,
02:23avec une économie turque qui est quand même instable, fragile.
02:28Ça, ça rebute un petit peu, peut-être, les investisseurs,
02:32les entreprises à venir s'installer, vous le disiez,
02:34qui vont préférer Singapour, dans la région,
02:37qui proposent plus de stabilité, plus de confiance ?
02:40L'un des problèmes, c'est vraiment, justement,
02:46l'instabilité du cadre juridique en Turquie.
02:49Il y a un problème de séparation des pouvoirs.
02:52Et pour les entreprises turques,
02:55qui sont aussi parfois des entreprises multinationales,
03:00il y a des problèmes juridiques
03:02où ils peuvent se trouver, du jour au lendemain,
03:05avec des dirigeants accusés.
03:07C'est arrivé aux deux dirigeants,
03:09au secrétaire général et son adjoint de la Medef turque, Tussiad.
03:13Et ça, ce n'est pas prêt de changer ?
03:15Pour le moment, on ne voit pas de changement.
03:17En revanche, la Turquie,
03:18il faut revenir maintenant dans le contexte géopolitique,
03:21a un atout majeur,
03:23une industrie de la défense
03:26qui commence à devenir très importante.
03:29Et actuellement, en économie,
03:31la Turquie essaie de réorganiser sa structure industrielle,
03:37qui est importante,
03:38c'est un pays manufacturier,
03:39autour de la défense.
03:41Et la guerre lui a donné beaucoup d'atouts.
03:45Avec des pôles d'activité
03:46où on est essentiellement concentré sur Istanbul,
03:48qui reste...
03:49Ah non, c'est dans tous les pays,
03:53aux alentours d'Ankara aussi,
03:55dans tous les pays.
03:55Et c'est une industrie...
03:58En Europe, on parle beaucoup des drones Bayraktar turcs,
04:02mais en réalité,
04:04c'est une industrie très diversifiée,
04:06dans tous les corps de l'armée.
04:08Vous avez énormément de production de tanks,
04:11de navires,
04:13maintenant des missiles balistiques.
04:16Il y a quelques jours,
04:18la semaine dernière,
04:19justement,
04:20la Turquie a annoncé la production
04:22d'une missile balistique intercontinentale.
04:27Et elle est...
04:28Cette économie est en négociation
04:30avec deux grands pays européens,
04:32comme le Royaume-Uni,
04:34l'Italie.
04:35Ce n'est pas en négociation,
04:36je dois dire,
04:37plutôt en coopération
04:39dans le domaine militaire.
04:41Delisional,
04:41vous évoquez le rôle industriel de la Turquie.
04:44La Turquie essaie aussi
04:45de jouer un rôle diplomatique
04:46dans ce conflit,
04:46avec cette posture de médiateur
04:48qu'on a déjà vue
04:49dans plusieurs autres conflits,
04:50notamment la guerre entre la Russie
04:51et l'Ukraine.
04:52Quel est l'avantage pour Erdogan
04:54d'adopter cette posture-là
04:55de médiateur ?
04:57L'avantage, déjà,
04:58c'est éviter la guerre.
05:00Ça, la Turquie ne veut surtout
05:01entrer dans la guerre.
05:02La Turquie qui n'a pas été frappée,
05:04pour le coup,
05:04dans ce conflit.
05:05Si, elle a été frappée,
05:07je ne sais plus combien de fois,
05:10au moins trois, quatre fois,
05:12mais ce sont...
05:13La Turquie accueille
05:14des bases de l'OTAN.
05:15Vous savez,
05:16donc, son armée
05:17en termes de nombre
05:19de soldats,
05:20c'est le deuxième
05:21de l'OTAN,
05:22mais aussi,
05:23je crois que c'est
05:23le deuxième pays
05:24qui accueille
05:27autant de bases
05:27de l'OTAN.
05:29En tout cas,
05:31il y a des bases
05:32très importantes
05:32qui sont aussi
05:33pointées
05:35vers l'Iran.
05:37Donc,
05:37il y a eu
05:38quelques missiles
05:39qui ont touché,
05:40mais c'est l'OTAN
05:41qui a répondu,
05:42pas les Turcs.
05:43Donc,
05:43ça rend plutôt complexe,
05:45sa situation.
05:45Denis Zinali
05:46a aussi une forte présence
05:47turque en Afrique.
05:48On en parle ce matin
05:50avec la présence
05:52d'Emmanuel Macron
05:53sur le continent
05:54avec des annonces
05:55de contrats,
05:5623 milliards au total.
05:58La Turquie exporte
06:00du gaz,
06:01du pétrole,
06:02notamment,
06:02en tout cas,
06:03fait de l'exploration
06:04gazière et pétrolière
06:06au large de la Somalie.
06:07C'est un sujet
06:08qui est bien identifié
06:09par Emmanuel Macron
06:10qui est en Afrique
06:11cette semaine
06:11pour y défendre
06:12les investissements
06:12français et européens
06:13avec le continent
06:14qui veut reprendre
06:15des parts de marché
06:16aux Chinois
06:16et aux Turcs
06:17qui, en fait,
06:18ces dernières années
06:18se sont quand même
06:19bien implantés.
06:20Oui,
06:21la Turquie est une puissance
06:23moyenne présente
06:24en Afrique
06:25et, effectivement,
06:27ses intérêts
06:27sont allés
06:28contre ceux
06:30de la France.
06:31Dans beaucoup de pays
06:32où la France
06:33a dû se retirer,
06:34la Turquie est présente
06:35notamment
06:36par des exportations
06:38de matériel militaire
06:42mais la Turquie
06:43en même temps
06:44a besoin
06:45des anciennes puissances
06:46comme la France
06:47pour pouvoir trouver
06:49des nouveaux marchés.
06:50Donc, il y a...
06:52Et la Turquie
06:53a énormément
06:54de masse militaire
06:55en Afrique.
06:56Mais je crois
06:57qu'une coopération
06:58n'est pas impossible.
06:59Les deux pays
07:00s'affrontent
07:00dans plusieurs domaines
07:02aussi bien en Afrique
07:03au Moyen-Orient
07:04et que dans le sud
07:06de la Caucase
07:07mais ont toujours
07:09gardé le contact
07:09pour avoir
07:10une coopération.
07:12Anna-Lisa ?
07:13Tous ces projets
07:14de la Turquie
07:15pourraient être mis à mal
07:16par le contexte intérieur
07:17qu'on évoquait
07:18il y a un instant
07:18sur l'inflation
07:19mais il y a aussi
07:20la question
07:20d'un possible exode
07:22migratoire des Iraniens
07:23si le régime
07:24venait à s'effondrer.
07:25C'est un peu
07:25la crainte d'Erdogan
07:27en ce moment.
07:28Est-ce qu'il y a
07:28un vrai risque ?
07:30On pensait
07:31qu'il y avait
07:31un vrai risque
07:32mais le fait est
07:33que depuis le début
07:33de la guerre
07:34il n'y a pas eu
07:35vraiment
07:35de migration notable.
07:37d'autant plus
07:38que la Turquie
07:38s'était préparée
07:40il y a un mur
07:40maintenant
07:42le long
07:43de la frontière
07:44turco-iranienne
07:45je pense que
07:46ça marche
07:47mais j'ai aussi suivi
07:49en Arménie
07:50on attendait
07:51autant de réfugiés
07:52ça n'a pas eu lieu.
07:54Merci beaucoup
07:55Denis Zunel
07:55économiste au CEPI
07:56spécialiste de la Turquie
07:58d'être venu
07:58nous parler de ce sujet
07:59ce matin.
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