00:00Le ramadan a commencé sur fond de tension face à l'inflation alimentaire.
00:05Ce mois sacré est en train de devenir un test économique pour Erdogan.
00:08Oui, en fait, pendant tout ce mois de ramadan, la crédibilité politique du président Erdogan va se jouer sur le
00:14prix des boulettes.
00:15Pourquoi on vous parle des boulettes ? Parce qu'il y a une histoire incroyable qui a inflammé les réseaux
00:19sociaux en Turquie.
00:20C'est un homme qui disait avoir commandé un plat de boulettes de viande et une salade dans un café
00:24d'Antalia.
00:24Et il disait qu'ils étaient retrouvés face à une addition de plus de 20 000 lire turcs.
00:30Ça fait à peu près 450 euros.
00:32Je ne sais pas si vous avez la main sur les prix turcs.
00:34En tout cas, c'est absolument hors de prix.
00:36Donc évidemment, ça a tellement fait réagir les Turcs que le gouvernement a été obligé de s'en mêler,
00:40de démentir via le vice-ministre du commerce qui a dit que non, c'était une fake news, qu'il
00:45avait commandé d'autres choses.
00:46Bref, c'est une histoire du quotidien toute simple.
00:48Mais ça nous montre à quel point il y a une tension en Turquie sur les prix de la nourriture.
00:53Évidemment, ça explose pour ce mois de ramadan puisque les aliments deviennent évidemment, tous les repas deviennent évidemment très symboliques.
01:00Et puis, ça nous montre aussi que les Turcs ont tellement intégré les hausses de prix que payer 400 euros
01:05pour des boulettes,
01:06évidemment, c'est choquant, mais en fait, c'est plausible. Ils y ont presque cru.
01:09Mais qu'est-ce qui est différent cette année ? Parce que ça augmente toujours avant le ramadan et pendant
01:13cette période, c'est aussi une question d'offrir et de demande.
01:15Oui, ça augmente toujours. Il y a un impact d'à peu près 0,5 point sur l'inflation globale.
01:20C'est ce que dit la Banque centrale turque. Mais cette année, ce qu'on voit, c'est qu'il
01:25y a une hausse de 7% au mois de janvier,
01:28donc le mois qui précède le ramadan. Ça commence toujours sur le mois qui précède le mois de ramadan,
01:33contre une hausse de seulement, si j'ose dire, seulement 2% en décembre sur l'alimentaire.
01:37Alors pourquoi c'est aussi compliqué cette année ? Parce qu'en fait, les Turcs ne voient pas le bout
01:41de cette spirale inflationniste
01:43qui dure depuis très longtemps. Il faut imaginer que sur 5 ans, le prix de l'alimentaire a grimpé de
01:48750%.
01:49Donc les Turcs ne peuvent plus du tout s'acheter ce qu'ils pouvaient s'acheter il y a 5
01:53ans.
01:53En fait, ils ont du mal à se permettre un simple panier moyen.
01:56On ne parle pas de tables très adoubées, très riches pour la rupture du jeûne.
02:01On parle vraiment des biens de première nécessité, du beurre, du lait, du fromage.
02:06Alors cette inflation, elle devient socialement explosive ?
02:09Oui, bien sûr, parce que ce que montrent les derniers sondages, c'est que désormais pour un Turc sur 3,
02:13le coût de la vie est la plus grande inquiétude.
02:16Donc ça commence bien sûr à devenir une inquiétude pour Erdogan aussi.
02:19Donc le gouvernement choisit des mesures hyper symboliques, à commencer par exemple par le poulet.
02:25Les producteurs de volaille avaient menacé des hausses de 15% juste avant le ramadan.
02:30Résultat, le gouvernement a interdit carrément les exportations de volaille pendant tout ce mois sain
02:35pour forcer les producteurs à baisser les prix, à vendre les poulets, les volailles sur le marché intérieur.
02:40Autre mesure très symbolique, Erdogan envoie des inspecteurs sur tous les marchés
02:45pour essayer de surveiller un petit peu les pratiques déloyales, les pratiques abusives.
02:49Bref, c'est une vraie chasse aux sorcières avec une cible, c'est la spéculation.
02:54Donc tous ceux qui profitent du ramadan pour trop augmenter les prix.
02:57Mais c'est sûr qu'il va falloir faire davantage, même après ce mois de ramadan.
03:02C'est vrai que l'inflation est autour de 30%, donc elle a bien baissé quand même
03:05par rapport au pic qui était à 86% il y a trois ans.
03:08Mais c'est encore très loin de l'objectif fixé par la Banque centrale,
03:12objectif fixé à 16% pour 2026.
03:14Aujourd'hui, c'est une promesse qui paraît très peu crédible pour les Turcs.
03:1716% objectif de la Banque centrale sur l'inflation.
03:20C'est très loin de nos 2% nous en Europe.
03:23C'est un autre monde.
03:26Merci beaucoup Annalisa Capellini.
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