00:00Il prévoyait 1,5 point de hausse d'inflation en 2026 dans un scénario extrême.
00:06Est-ce qu'on y est à ce scénario extrême ?
00:07Notre invité c'est Jean-Christophe Café.
00:09Bonjour, chef économiste de COFAS.
00:11Dans vos scénarios, vous dites dans le pire des cas,
00:13si le pétrole continue de rester coincé, si le gaz a du mal à sortir,
00:17on va prendre 1,5 point de hausse en 2026.
00:19Là ce matin, on est un peu dans ce scénario.
00:22On a eu de plus en plus dans ce scénario, un scénario alternatif
00:24qu'on avait commencé à construire effectivement avant le début de ce conflit,
00:28qu'il y a eu trois semaines.
00:30Je pense que tout a été dit et redit sur la variable cruciale qui est la durée.
00:34Évidemment.
00:34Les perturbations et l'intensité des perturbations qui ne sont pas complètement,
00:37on va dire, disjointes, orthogonales, de la durée.
00:41Encore une fois, plus ça dure, plus les répercussions vont se faire sentir en termes de prix
00:45puisqu'il va falloir reconstituer des stocks de pétrole, de gaz, etc.
00:48Aujourd'hui, ce scénario qu'on qualifie d'alternatif il y a encore peu de temps,
00:52tant à devenir central, c'est un scénario qui repose sur un prix du baril de Brent
00:56aux alentours de 100 dollars sur l'ensemble de l'année,
00:59et des prix du gaz en Europe et au Japon sur les niveaux actuels,
01:02c'est-à-dire 20 dollars par MBTU, à peu près 60 euros du mégawatt-heure.
01:051,5 point, est-ce qu'une économie, une société comme on a en Europe peut le supporter ?
01:12Oui, alors 1,5 point, c'est ce que rappelait tout à l'heure les chroniqueurs.
01:16On est loin des niveaux d'inflation qu'on a pu atteindre, ne serait-ce qu'en 2022.
01:19Moi, je suis assez convaincu aussi que les capacités des entreprises à transmettre,
01:24ce qu'on appelle le pass-through, la transmission dans les prix à la consommation,
01:26est quand même plus faible qu'en 2022.
01:29Ou, rappelez-vous, le taux d'inflation initial était quand même bien plus élevé que celui qu'on a aujourd
01:32'hui.
01:34Les bilans, il y avait quand même des buffers de cash dans les bilans,
01:37il y avait aussi des buffers d'épargne chez les ménages.
01:40Donc, les capacités des entreprises à transmettre ce choc inflationniste initial
01:43sur les prix des matières premières étaient quand même nettement plus forts.
01:46Donc, c'est en ce sens-là que j'ai du mal à croire à une inflation durable.
01:51Oui, mais oui, il y a des boîtes comme BASF qui annoncent ce matin,
01:53en chimiste allemand, moi, j'augmente mes prix de 30%.
01:56Oui, bien sûr.
01:57C'est un certain nombre d'entrants pour la cosmétique.
01:59Bien sûr, surtout pour la cosmétique.
02:01Mais un tas d'industries, de secteurs qui sont très énergivores,
02:05nous ne devons pas vraiment avoir le choix.
02:07Alors, encore relativement aux capacités de leurs acheteurs
02:09de pouvoir encaisser des hausses de prix,
02:11de transmettre la hausse du prix de leurs intrants dans leurs prix de vente.
02:14BASF en fait évidemment partie.
02:16Encore une fois, les impacts vont être très, très, très hétérogènes selon les secteurs.
02:20Avec un impact sur la croissance de quel niveau ?
02:22Alors, au niveau mondial, on a chiffré donc à 1,5 point d'inflation,
02:251,5 point de croissance mondial en moins,
02:27avec des impacts, là aussi, qui sont très, très, très différenciés selon les régions.
02:31La région la plus touchée, ce serait l'Asie.
02:33Pas uniquement d'ailleurs parce qu'ils reçoivent 80% de transit par le détroit d'Hormuz,
02:38mais parce que dans beaucoup de pays émergents d'Asie,
02:41la part de l'énergie, des transports, de l'alimentaire,
02:45dans l'indice des prix à la consommation, dépasse 50-60%.
02:49Et donc, le choc inflationniste va être particulièrement fort,
02:51en particulier dans les pays les plus pauvres.
02:53Et donc, dans un contexte d'aversion pour le risque,
02:56fuite des capitaux, dépréciation de devises,
02:58possiblement aussi des banques centrales qui remonteront leurs taux dans ces pays-là,
03:01une forme de double, ou de triple peine pour les plus vulnérables d'entre eux.
03:04Dans le sens, la crise de 2022-2023 est riche d'enseignements, si vous voulez.
03:09Les pays riches vont avoir le loisir, si je puis dire,
03:12de transformer un risque de rupture d'approvisionnement en crise inflationniste,
03:17en soutenant la demande et en imprimant de la monnaie, si besoin était.
03:20Alors que les pays les plus vulnérables, pardon, ne pourront pas.
03:24D'ailleurs, on voit en Asie les premières mesures qui sont prises dans ce sens-là,
03:27avec les mesures prises au Bangladesh ou aux Philippines,
03:30sur des mesures de restriction.
03:31Sauf qu'on a une marge budgétaire quand même très faible.
03:34Et des taux, on le voit ce matin, à chaque fois que le pétrole monte,
03:37les taux obligataires montent aussi.
03:39Les marges budgétaires dans les pays développés ne sont pas les mêmes dans tous les pays.
03:43Vous avez bien l'idée de souligner, en France en particulier.
03:46Ou celles-ci sont relativement réduites.
03:49Je pense que, s'agissant de la France, ou des pays à marge budgétaire réduite,
03:53il va falloir être très précis et très ciblés dans les mesures de soutien.
03:58Et éviter, à mon sens, les mesures et les dispositifs les plus dispendieux qu'on avait pu voir.
04:03Ça, c'est les chèques énergie pour tout le monde ?
04:04Voilà, les chèques énergie.
04:05Le pire d'entre eux, à mon sens, encore une fois,
04:07c'est le plafond des prix de l'énergie pour les ménages.
04:10Puisque ça enlève même le signal prix, qui incite à un peu de sobriété.
04:13Ça, pour vous, c'est le pire. On ne peut pas faire...
04:15Même quand c'est Total qui l'annonce et qui dit « je plafonne en dessous de 2 ».
04:18Les capacités budgétaires de Total ne sont pas celles exactes.
04:21Non, mais donc vous dites que ça enlève le signal prix, c'est très mauvais.
04:24Ça enlève le signal prix.
04:24Le prix a quand même des vertus, si vous voulez, c'est de modifier les comportements dynamiques
04:29et d'inciter à des économies d'énergie, si vous dites que c'est l'invec d'une taxe carbone,
04:33si vous voulez.
04:34Ah, c'est sûr, oui.
04:35On ne peut pas aller dans ce sens-là et dans un autre, c'est juste pour un principe de
04:38cohérence.
04:39Alors, ça a peut-être une vertu de faire un plafonnement des prix,
04:42c'est que ça évite les effets de second tour du fait des mécanismes d'indexation sur l'inflation de
04:46l'année d'avant.
04:48Donc, ça a peut-être cette vertu-là en termes budgétaires.
04:50Mais encore une fois, compte tenu des impératifs d'économie d'énergie, d'efficacité, ça me semble quand même…
04:56Mais c'est quoi la bonne mesure, du coup ?
04:58J'en ai peur, mais il n'y a pas de bonne mesure à très court terme, à part soutenir
05:01encore une fois…
05:02La meilleure chose, c'est de rien faire ?
05:03Non, la meilleure chose, ce n'est pas de rien faire, peut-être pas pour les banques centrales,
05:06mais d'un point de vue budgétaire, encore une fois, c'est d'adopter des mesures très ciblées sur les
05:09secteurs qui en ont le plus besoin
05:10et les ménages les plus vulnérables également, par le truchement de chèques énergie, pourquoi pas ?
05:14Mais encore une fois, il ne s'agit pas de faire de l'hélicoptère monnaie, comme on sait très bien
05:19faire aussi,
05:19d'un point de vue budgétaire, pour, encore une fois, soutenir ceux qui en ont le plus besoin,
05:25puisque les marges de manœuvre seront très limitées.
05:27Sur les États-Unis, quel impact, vous voyez, de la crise en voie hier, la Fed qui quand même réajuste
05:33ses prévisions d'inflation,
05:34qui monte à 2,7 au lieu de 2,4, ce qui était prévu, sans impact des droits de douane,
05:38qu'on ne voit pas encore dans l'économie ?
05:39Pas complètement. On le voit sur les marges des entreprises américaines.
05:42L'inflation ne peut que monter aux États-Unis ?
05:44L'inflation va monter aux États-Unis, d'autant plus que les buffers fiscaux,
05:47si vous voulez, le coin fiscal sur les prix de l'essence ne seront pas exactement les mêmes qu'en
05:49France.
05:50Par exemple, on a un prix de l'essence aux États-Unis qui approche les 4 dollars le galon.
05:54C'est aussi une des raisons pour lesquelles on reste quand même sur un schéma de,
05:57au passage, petite parenthèse, sur un scénario de conflit qui reste circonscrit dans le temps,
06:01parce que je ne pense pas que l'administration américaine puisse se permettre le luxe d'avoir des prêts à
06:04la pompe
06:04qui restent aussi élevés aussi longtemps, compte tenu des échéances électorales.
06:08Sur les États-Unis, si on modélise uniquement le choc énergétique inflationniste dont on a parlé,
06:14on est sur un demi-point de croissance en moins, c'est-à-dire une croissance,
06:16on était un petit peu plus pessimiste que le consensus sur 2026,
06:19on serait aux alentours de 1,75 au lieu des 2,25 qu'on prévoyait initialement.
06:24Pas de quoi faire remonter la Fed, si vous voulez.
06:26Alors que la Fed revoit à la baisse ses baisses de taux,
06:29ce n'est pas trop surprenant, si vous voulez.
06:31– Revoit à la baisse les perspectives de baisse de taux, c'est ça ?
06:33C'est-à-dire qu'au lieu d'en avoir trois dans l'année, on pourrait en avoir une en
06:36fin d'année.
06:37– Pour en avoir une, alors après vous savez comme moi que le gouverneur va changer,
06:40alors le gouverneur n'a pas tous les pouvoirs,
06:43mais les pressions qui sont celles qui reposent sur les épaules de Jerome Powell
06:46seront au moins aussi fortes sur celles de Kevin Warch et sur l'ensemble des membres du FOMC.
06:51Bout d'incertitude sur la réserve fédérale,
06:53sur ses capacités à mener une politique monétaire parfaitement indépendante,
06:55ça ce n'est pas nouveau,
06:56mais dans l'ensemble, sur la seule base de l'évolution des prix de l'énergie,
07:01on est sur les ordres de grandeur que je viens de vous dire,
07:04ça pourrait être bien pire si des perturbations, encore une fois, devaient durer,
07:08si on devait avoir des pénuries de semi-conducteurs,
07:09parce que pour les semi-conducteurs on a besoin d'un tas d'intrants qui transitent…
07:13– Notamment de gaz, d'hélium, tout un peu de trucs.
07:16– Gaz, d'hélium, de soufre, etc., qui passent par le Détroit,
07:17et on sait que les semi-conducteurs, on en a besoin d'un paquet pour faire des data centers,
07:20entre plusieurs millions, voire des milliards pour les hyperscalers,
07:23et comme on sait que l'IA, c'est quand même un soutien de la croissance uniquement,
07:27pas uniquement d'ailleurs par les dépenses en capital,
07:29mais aussi par les valorisations qui, si elles étaient affectées,
07:33pourraient quand même affecter bien plus fortement la croissance américaine.
07:37– Merci beaucoup Jean-Christophe Café,
07:38des venus ce matin dans la matinale de l'économie.
07:40– Merci beaucoup.
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