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  • il y a 2 jours
Ce jeudi 19 mars, Jean-Christophe Caffet, chef économiste de Coface, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur les frappes contre les infrastructures gazières en Iran, qui ont fait bondir le prix du baril, et le retournement des Bourses mondiales après ce choc énergétique. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il prévoyait 1,5 point de hausse d'inflation en 2026 dans un scénario extrême.
00:06Est-ce qu'on y est à ce scénario extrême ?
00:07Notre invité c'est Jean-Christophe Café.
00:09Bonjour, chef économiste de COFAS.
00:11Dans vos scénarios, vous dites dans le pire des cas,
00:13si le pétrole continue de rester coincé, si le gaz a du mal à sortir,
00:17on va prendre 1,5 point de hausse en 2026.
00:19Là ce matin, on est un peu dans ce scénario.
00:22On a eu de plus en plus dans ce scénario, un scénario alternatif
00:24qu'on avait commencé à construire effectivement avant le début de ce conflit,
00:28qu'il y a eu trois semaines.
00:30Je pense que tout a été dit et redit sur la variable cruciale qui est la durée.
00:34Évidemment.
00:34Les perturbations et l'intensité des perturbations qui ne sont pas complètement,
00:37on va dire, disjointes, orthogonales, de la durée.
00:41Encore une fois, plus ça dure, plus les répercussions vont se faire sentir en termes de prix
00:45puisqu'il va falloir reconstituer des stocks de pétrole, de gaz, etc.
00:48Aujourd'hui, ce scénario qu'on qualifie d'alternatif il y a encore peu de temps,
00:52tant à devenir central, c'est un scénario qui repose sur un prix du baril de Brent
00:56aux alentours de 100 dollars sur l'ensemble de l'année,
00:59et des prix du gaz en Europe et au Japon sur les niveaux actuels,
01:02c'est-à-dire 20 dollars par MBTU, à peu près 60 euros du mégawatt-heure.
01:051,5 point, est-ce qu'une économie, une société comme on a en Europe peut le supporter ?
01:12Oui, alors 1,5 point, c'est ce que rappelait tout à l'heure les chroniqueurs.
01:16On est loin des niveaux d'inflation qu'on a pu atteindre, ne serait-ce qu'en 2022.
01:19Moi, je suis assez convaincu aussi que les capacités des entreprises à transmettre,
01:24ce qu'on appelle le pass-through, la transmission dans les prix à la consommation,
01:26est quand même plus faible qu'en 2022.
01:29Ou, rappelez-vous, le taux d'inflation initial était quand même bien plus élevé que celui qu'on a aujourd
01:32'hui.
01:34Les bilans, il y avait quand même des buffers de cash dans les bilans,
01:37il y avait aussi des buffers d'épargne chez les ménages.
01:40Donc, les capacités des entreprises à transmettre ce choc inflationniste initial
01:43sur les prix des matières premières étaient quand même nettement plus forts.
01:46Donc, c'est en ce sens-là que j'ai du mal à croire à une inflation durable.
01:51Oui, mais oui, il y a des boîtes comme BASF qui annoncent ce matin,
01:53en chimiste allemand, moi, j'augmente mes prix de 30%.
01:56Oui, bien sûr.
01:57C'est un certain nombre d'entrants pour la cosmétique.
01:59Bien sûr, surtout pour la cosmétique.
02:01Mais un tas d'industries, de secteurs qui sont très énergivores,
02:05nous ne devons pas vraiment avoir le choix.
02:07Alors, encore relativement aux capacités de leurs acheteurs
02:09de pouvoir encaisser des hausses de prix,
02:11de transmettre la hausse du prix de leurs intrants dans leurs prix de vente.
02:14BASF en fait évidemment partie.
02:16Encore une fois, les impacts vont être très, très, très hétérogènes selon les secteurs.
02:20Avec un impact sur la croissance de quel niveau ?
02:22Alors, au niveau mondial, on a chiffré donc à 1,5 point d'inflation,
02:251,5 point de croissance mondial en moins,
02:27avec des impacts, là aussi, qui sont très, très, très différenciés selon les régions.
02:31La région la plus touchée, ce serait l'Asie.
02:33Pas uniquement d'ailleurs parce qu'ils reçoivent 80% de transit par le détroit d'Hormuz,
02:38mais parce que dans beaucoup de pays émergents d'Asie,
02:41la part de l'énergie, des transports, de l'alimentaire,
02:45dans l'indice des prix à la consommation, dépasse 50-60%.
02:49Et donc, le choc inflationniste va être particulièrement fort,
02:51en particulier dans les pays les plus pauvres.
02:53Et donc, dans un contexte d'aversion pour le risque,
02:56fuite des capitaux, dépréciation de devises,
02:58possiblement aussi des banques centrales qui remonteront leurs taux dans ces pays-là,
03:01une forme de double, ou de triple peine pour les plus vulnérables d'entre eux.
03:04Dans le sens, la crise de 2022-2023 est riche d'enseignements, si vous voulez.
03:09Les pays riches vont avoir le loisir, si je puis dire,
03:12de transformer un risque de rupture d'approvisionnement en crise inflationniste,
03:17en soutenant la demande et en imprimant de la monnaie, si besoin était.
03:20Alors que les pays les plus vulnérables, pardon, ne pourront pas.
03:24D'ailleurs, on voit en Asie les premières mesures qui sont prises dans ce sens-là,
03:27avec les mesures prises au Bangladesh ou aux Philippines,
03:30sur des mesures de restriction.
03:31Sauf qu'on a une marge budgétaire quand même très faible.
03:34Et des taux, on le voit ce matin, à chaque fois que le pétrole monte,
03:37les taux obligataires montent aussi.
03:39Les marges budgétaires dans les pays développés ne sont pas les mêmes dans tous les pays.
03:43Vous avez bien l'idée de souligner, en France en particulier.
03:46Ou celles-ci sont relativement réduites.
03:49Je pense que, s'agissant de la France, ou des pays à marge budgétaire réduite,
03:53il va falloir être très précis et très ciblés dans les mesures de soutien.
03:58Et éviter, à mon sens, les mesures et les dispositifs les plus dispendieux qu'on avait pu voir.
04:03Ça, c'est les chèques énergie pour tout le monde ?
04:04Voilà, les chèques énergie.
04:05Le pire d'entre eux, à mon sens, encore une fois,
04:07c'est le plafond des prix de l'énergie pour les ménages.
04:10Puisque ça enlève même le signal prix, qui incite à un peu de sobriété.
04:13Ça, pour vous, c'est le pire. On ne peut pas faire...
04:15Même quand c'est Total qui l'annonce et qui dit « je plafonne en dessous de 2 ».
04:18Les capacités budgétaires de Total ne sont pas celles exactes.
04:21Non, mais donc vous dites que ça enlève le signal prix, c'est très mauvais.
04:24Ça enlève le signal prix.
04:24Le prix a quand même des vertus, si vous voulez, c'est de modifier les comportements dynamiques
04:29et d'inciter à des économies d'énergie, si vous dites que c'est l'invec d'une taxe carbone,
04:33si vous voulez.
04:34Ah, c'est sûr, oui.
04:35On ne peut pas aller dans ce sens-là et dans un autre, c'est juste pour un principe de
04:38cohérence.
04:39Alors, ça a peut-être une vertu de faire un plafonnement des prix,
04:42c'est que ça évite les effets de second tour du fait des mécanismes d'indexation sur l'inflation de
04:46l'année d'avant.
04:48Donc, ça a peut-être cette vertu-là en termes budgétaires.
04:50Mais encore une fois, compte tenu des impératifs d'économie d'énergie, d'efficacité, ça me semble quand même…
04:56Mais c'est quoi la bonne mesure, du coup ?
04:58J'en ai peur, mais il n'y a pas de bonne mesure à très court terme, à part soutenir
05:01encore une fois…
05:02La meilleure chose, c'est de rien faire ?
05:03Non, la meilleure chose, ce n'est pas de rien faire, peut-être pas pour les banques centrales,
05:06mais d'un point de vue budgétaire, encore une fois, c'est d'adopter des mesures très ciblées sur les
05:09secteurs qui en ont le plus besoin
05:10et les ménages les plus vulnérables également, par le truchement de chèques énergie, pourquoi pas ?
05:14Mais encore une fois, il ne s'agit pas de faire de l'hélicoptère monnaie, comme on sait très bien
05:19faire aussi,
05:19d'un point de vue budgétaire, pour, encore une fois, soutenir ceux qui en ont le plus besoin,
05:25puisque les marges de manœuvre seront très limitées.
05:27Sur les États-Unis, quel impact, vous voyez, de la crise en voie hier, la Fed qui quand même réajuste
05:33ses prévisions d'inflation,
05:34qui monte à 2,7 au lieu de 2,4, ce qui était prévu, sans impact des droits de douane,
05:38qu'on ne voit pas encore dans l'économie ?
05:39Pas complètement. On le voit sur les marges des entreprises américaines.
05:42L'inflation ne peut que monter aux États-Unis ?
05:44L'inflation va monter aux États-Unis, d'autant plus que les buffers fiscaux,
05:47si vous voulez, le coin fiscal sur les prix de l'essence ne seront pas exactement les mêmes qu'en
05:49France.
05:50Par exemple, on a un prix de l'essence aux États-Unis qui approche les 4 dollars le galon.
05:54C'est aussi une des raisons pour lesquelles on reste quand même sur un schéma de,
05:57au passage, petite parenthèse, sur un scénario de conflit qui reste circonscrit dans le temps,
06:01parce que je ne pense pas que l'administration américaine puisse se permettre le luxe d'avoir des prêts à
06:04la pompe
06:04qui restent aussi élevés aussi longtemps, compte tenu des échéances électorales.
06:08Sur les États-Unis, si on modélise uniquement le choc énergétique inflationniste dont on a parlé,
06:14on est sur un demi-point de croissance en moins, c'est-à-dire une croissance,
06:16on était un petit peu plus pessimiste que le consensus sur 2026,
06:19on serait aux alentours de 1,75 au lieu des 2,25 qu'on prévoyait initialement.
06:24Pas de quoi faire remonter la Fed, si vous voulez.
06:26Alors que la Fed revoit à la baisse ses baisses de taux,
06:29ce n'est pas trop surprenant, si vous voulez.
06:31– Revoit à la baisse les perspectives de baisse de taux, c'est ça ?
06:33C'est-à-dire qu'au lieu d'en avoir trois dans l'année, on pourrait en avoir une en
06:36fin d'année.
06:37– Pour en avoir une, alors après vous savez comme moi que le gouverneur va changer,
06:40alors le gouverneur n'a pas tous les pouvoirs,
06:43mais les pressions qui sont celles qui reposent sur les épaules de Jerome Powell
06:46seront au moins aussi fortes sur celles de Kevin Warch et sur l'ensemble des membres du FOMC.
06:51Bout d'incertitude sur la réserve fédérale,
06:53sur ses capacités à mener une politique monétaire parfaitement indépendante,
06:55ça ce n'est pas nouveau,
06:56mais dans l'ensemble, sur la seule base de l'évolution des prix de l'énergie,
07:01on est sur les ordres de grandeur que je viens de vous dire,
07:04ça pourrait être bien pire si des perturbations, encore une fois, devaient durer,
07:08si on devait avoir des pénuries de semi-conducteurs,
07:09parce que pour les semi-conducteurs on a besoin d'un tas d'intrants qui transitent…
07:13– Notamment de gaz, d'hélium, tout un peu de trucs.
07:16– Gaz, d'hélium, de soufre, etc., qui passent par le Détroit,
07:17et on sait que les semi-conducteurs, on en a besoin d'un paquet pour faire des data centers,
07:20entre plusieurs millions, voire des milliards pour les hyperscalers,
07:23et comme on sait que l'IA, c'est quand même un soutien de la croissance uniquement,
07:27pas uniquement d'ailleurs par les dépenses en capital,
07:29mais aussi par les valorisations qui, si elles étaient affectées,
07:33pourraient quand même affecter bien plus fortement la croissance américaine.
07:37– Merci beaucoup Jean-Christophe Café,
07:38des venus ce matin dans la matinale de l'économie.
07:40– Merci beaucoup.
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