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  • il y a 8 minutes
Ce mercredi 20 mai,Maneli Mirkhan, spécialiste des relations internationales et de l'Iran, cofondatrice de Dorna, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Elles sont revenues sur la bataille de communication pour poursuivre les négociations en Iran ainsi que le renforcement de l'emprise sur Ormuz. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Focus ce matin sur la situation en Iran, les négociations se persuivent selon Donald Trump.
00:04Pendant ce temps, la bataille de communication continue, bataille de communication en externe, bataille de communication en interne aussi.
00:10On va en parler avec Maneli Mirkan. Bonjour, vous êtes spécialiste des relations internationales et de l'Iran, vous êtes
00:14cofondatrice de Dorna.
00:16On a évidemment cette bataille de communication des deux côtés.
00:20Comme vous, vous connaissez bien l'Iran et sa population, vous avez évidemment des sources là-bas.
00:24À quel point aujourd'hui, il y a en interne des oppositions encore qui existent aux gardiens de la révolution
00:33?
00:33On voit depuis le début du conflit les autorités qui organisent des mouvements, eux, pour montrer qu'il y a
00:38une population qui soutient le gouvernement.
00:41Quelle vision vous en avez, vous ?
00:42Alors évidemment, ils organisent des mouvements dans la rue, ils organisent beaucoup d'images de propagande à la télévision d
00:50'État.
00:50Tout ça pour mobiliser leur base, effectivement, idéologique, mais ça ne change rien à l'opposition de la majeure partie
01:00de l'Iran, de la population, à ce régime.
01:03Même si une guerre, par définition, ça réveille le nationalisme chez les gens, que la rhétorique utilisée, employée de l
01:12'autre côté, côté américain, a joué aussi sur le réveil de ce nationalisme.
01:16Mais il n'y a pas encore d'effet de drapeau.
01:18D'ailleurs, les sociologues iraniens, toute cette résistance iranienne, quand on voit ces images-là...
01:24C'est des images de mariage qui passent en ce moment sur RMC Live...
01:28Oui, et des missiles peints en rose.
01:30On parle d'une vulgarisation du mal.
01:33Ça, c'est des termes employés par les sociologues à l'intérieur de l'Iran.
01:38Pourquoi ? Parce que ça désarme, en fait, ça désarme par rapport à un sujet qui est grave, qui est
01:42quand même une guerre,
01:44qui est la préparation de faire subir le pire à la population, il y a ces images qui vulgarisent, qui...
01:51De mariage où les gens s'engagent à faire d'eux-mêmes protection de leur corps pour les centrales nucléaires,
01:57par exemple.
01:58De mourir en martyr. Ils s'engagent à mourir en martyr.
01:59Ils ont lancé un site internet pour mobiliser un peu la population, et ça s'appelle « Ceux qui sont
02:05prêts à donner leur vie ».
02:07Donc, en fait, ces coupes sont censées présenter cet amour qui est prêt à se sacrifier pour la patrie.
02:15Mais pour répondre à votre question, la résistance de la population, elle continue.
02:21C'est pas cette population que vous voyez sur les images, cette population qui est exécutée chaque jour,
02:26qui ne peut pas, ne serait-ce qu'entrer en contact avec leur famille à l'étranger,
02:30parce que ça passe pour collaboration avec l'ennemi.
02:33Le nombre d'exécutions depuis le début d'année, on est à 200 exécutions en 2025,
02:3980% des exécutions dans le monde se sont passées en Iran.
02:42Donc, ça, ça continue, mais c'est la face cachée qui ne passe pas.
02:46Et d'ailleurs, l'Internet, la coupure d'Internet, elle est là pour ça,
02:49pour qu'on ne voit pas l'autre réalité de l'Iran.
02:52Annalisa ?
02:52C'est ça, ce qui est frappant, c'est le contraste entre ces images très organisées
02:55qui visent à montrer que la population iranienne soutiendrait le régime,
03:00et en réalité, le fait qu'en réalité, les Iraniens ne peuvent pas s'exprimer,
03:03ne peuvent même pas vraiment être en contact entre eux.
03:07Le régime craint quoi exactement ?
03:09Des nouvelles manifestations comme au mois de janvier ?
03:11Le régime a un front intérieur qu'il craint beaucoup plus que le front extérieur.
03:16Un front extérieur, ça lui sert toujours à mobiliser sa base idéologique.
03:20Le front intérieur, c'est la confrontation directe.
03:23Et donc, effectivement, ils ont très peur.
03:25Ils ont déjà, pendant la guerre de 12 jours, coupé complètement Internet.
03:29Aujourd'hui, on est au 80e jour de coupure d'Internet.
03:33Et ils visent vraiment ce manque de communication, déjà vis-à-vis de l'extérieur,
03:38pour répondre aux questions que vous vous posez aussi sur la réalité du terrain, d'une part,
03:42et d'autre part, pour que les Iraniens ne puissent pas s'organiser pour utiliser les faiblesses du régime
03:48et organiser un mouvement populaire.
03:50À quel point aujourd'hui, l'économie est atteinte ?
03:52On voit Téhéran qui annonce qu'ils veulent créer une autorité du détroit du Golfe Persique
03:56pour percevoir potentiellement des droits.
03:58Ils envisagent de taxer les câbles Internet sous-marin.
04:01Il y a toujours ce blocus de la part des navires américains.
04:04Qu'est-ce qu'on perçoit aujourd'hui de l'état de l'économie iranienne ?
04:07L'état de l'économie est catastrophique, d'ailleurs, à tel point que le président devient assez vocal là-dessus,
04:14parce qu'il ne peut plus faire l'impasse de ne plus en parler,
04:17ne serait-ce que pour créer une soupape pour la population et éviter un soulèvement populaire.
04:23Vous savez, rien que la coupure d'Internet en coût direct pour l'économie iranienne,
04:27c'est 30 à 50 millions de dollars par jour, et en coût indirect jusqu'à 100 millions de dollars
04:32par jour.
04:33Le blocus américain, c'est 500 millions de dollars par jour.
04:35Aujourd'hui, les Iraniens, en termes d'inflation et d'accès à beaucoup de choses,
04:42ne serait-ce que les médicaments deviennent inaccessibles, la nutrition devient compliquée,
04:48l'économie est vraiment au bord de faillite.
04:51On parle d'une pénurie d'eau qui arrive avec l'approche de la saison chaude et la pénurie d
04:56'électricité.
04:57L'électricité est intéressante parce qu'à chaque fois qu'il y a une pression économique forte sur le régime,
05:04sur l'accès à ses avoirs internationaux, sur ses gels et blocages,
05:09il y a des parcs immenses de cryptos en fait en Iran.
05:13Ça fait depuis des années qu'ils développent ça.
05:15Et donc la pénurie d'électricité se manifeste.
05:17Et aujourd'hui, d'ailleurs, le président Pézéchkin demande à la population de restreindre sa consommation
05:23pour ne pas créer de pénurie de masse sur l'électricité.
05:27Pour pouvoir garder une activité sur les cryptos.
05:29Sur les cryptos, parce que les cryptos, c'est leur soupape de pouvoir respirer,
05:33de subvenir au minimum des besoins vitaux du régime en termes de monnaie.
05:39Et d'ailleurs, de l'autre côté, les Chinois les aident justement beaucoup sur l'échange de ces cryptos.
05:45Mais c'est le seul accès en fait qui leur reste sur la partie financière.
05:49Sinon, le reste de l'économie étouffe, évidemment.
05:52Et avec ça, le risque pour le régime d'avoir un soulèvement.
05:56Donc il faut qu'ils jouent, j'allais dire quelque chose qu'ils ont provoqué eux-mêmes,
06:00en misant sur la résilience de l'économie iranienne par rapport au monde,
06:05à l'économie du monde qu'ils veulent impacter.
06:09Ça peut se retourner complètement contre eux.
06:12La question c'est quand ?
06:13Merci beaucoup d'être venu ce matin.
06:14Maneli Mirkan dans la matinale de l'économie.
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