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  • il y a 1 an
Ce mardi 5 août, David Baverez, investisseur et spécialiste de la Chine, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Il a expliqué son bilan du sommet Chine-UE qui s'est déroulé à Pékin sous le signe de la discorde, alors que l'objectif initial était de célébrer leurs 50 ans de relations diplomatiques. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Bonjour David Baverez, merci d'être avec nous, on vous attrape entre deux avions, c'est vrai que c'est pas évident, vous voyagez beaucoup et vous êtes très occupé,
00:08alors ça nous fait plaisir de vous avoir au cœur de l'été sur le plateau de BFM Business, je rappelle que vous êtes investisseur David, installé à Hong Kong depuis 2011 maintenant,
00:16vous êtes au pouvoir depuis plus longtemps que Xi Jinping, il est arrivé après vous, vous êtes auteur de Chine Europe, le grand tournant aux éditions du Passeur.
00:27Ce que vous retenez vous du sommet de Pékin, on va revenir un petit peu là-dessus avec vous David Baverez, c'est que l'Europe n'a pas compris en réalité l'état d'esprit de la Chine, pourquoi ?
00:37C'est-à-dire que pour les Chinois l'Europe n'existe pas, c'est ça le vrai message. Ce sommet qui remonte à une dizaine de jours, il devait durer deux jours,
00:44on devait parler d'économie le second jour, donc les Chinois ont dit on ne veut pas en parler, on ne parle pas, et on a acté d'un déficit de 300 à 400 milliards de dollars par an de l'Europe vis-à-vis de la Chine,
00:55et on a signé un accord climatique qui ne fait qu'acter une dépendance totale de l'Europe à la Chine sur le plan technologique pour la transition environnementale.
01:02Donc pour les Chinois, ce n'est que du gagnant-gagnant.
01:06Mais il y a quoi s'il n'y a pas l'Europe ? Qu'est-ce qu'ils voient les Chinois dans le monde s'ils ne voient pas les Européens ?
01:11Ce qu'ils font depuis la crise de 2008, c'est qu'ils divisent, c'est l'art de la guerre, ils divisent l'Europe en s'attaquant aux maillons faibles,
01:20qui aujourd'hui sont la Hongrie et l'Espagne, et qui permettent de pénétrer commercialement l'ensemble de la zone,
01:26sans faire aucune concession sur les conditions pour nos sociétés à l'entrée au marché chinois.
01:32Un peu comme les négociations entre Washington et Bruxelles, où il y a 15% d'un côté, il n'y a pas de contrepartie ?
01:39C'est ça qui est intéressant, c'est qu'on a poussé des hurlements en disant que c'est une humiliation pour Mme von der Leyen devant M. Trump,
01:45mais en réalité, il me semble que l'humiliation est beaucoup plus importante vis-à-vis de Pékin,
01:50parce que l'accord américain, on va pouvoir le renégocier.
01:53On va se rendre compte que 80% de ses tarifs sont payés par, si vous en croyez Goldman Sachs, par le consommateur et les entreprises américaines.
01:59Mais le renégocier avant le 7 août, avant, après-demain ?
02:01Non, mais on va s'assurer que ce sont les Américains qui payent pour ses tarifs.
02:06La Chine, c'est très différent.
02:08La Chine, ce qu'on a, c'est ce que j'appelle un second choc chinois qui arrive.
02:12Donc le premier choc chinois, ça a été en 2001, quand la Chine est rentrée dans l'OMC,
02:16et la Chine a fait ce qu'on ne voulait plus faire.
02:18Mais aujourd'hui, la Chine fait ce qu'on souhaite faire.
02:21Et ce second choc, il est orienté autour de trois axes.
02:24L'innovation, parce que la Chine innove de plus en plus.
02:27Donc on parle ici de voitures électriques, mais à Hong Kong, on ne parle plus de voitures électriques,
02:32on ne parle que de voitures connectées et autonomes.
02:34On a déjà marié hardware et software, qui est la manière de digitaliser les industries du XXe siècle,
02:42les digitaliser au XXIe.
02:44Prenez la grande surprise des douze derniers mois, c'est la pharmacie et les biotech.
02:49Les Chinois trouvent maintenant 30% des nouvelles molécules.
02:52C'est-à-dire qu'ils sont en avance sur les États-Unis.
02:54Donc le premier point, c'est l'innovation.
02:56Le second, c'est les surcapacités industrielles.
02:58Parenthèse là-dessus, ça vous fait un choc, vous aussi, qui vivez là-bas, entre Hong Kong, Pékin, Shanghai,
03:05quand vous revenez en France ?
03:06Alors, ça ne me fait pas un choc de voir le sang chinois privé le plus entrepreneurial au monde
03:12nous surprendre en innovation.
03:15Ce qui ne me surprend pas non plus, c'est que ces gains de productivité,
03:18ils sont réinvestis dans des surcapacités industrielles.
03:20Donc ça, c'est le gouvernement qui dit, vous devez réinvestir les gains,
03:25non pas pour générer des dividendes, mais pour créer des surcapacités
03:29qui vont nous permettre de lancer une guerre des prix vis-à-vis du reste du monde
03:32et rendre le reste de la planète dépendante des exportations chinoises.
03:36Et c'est pour ça que ce second choc, il est très dangereux.
03:38Et si vous rajoutez un petit zeste de guerre monétaire avec des États-Unis
03:43qui disent que la seule manière de relancer la croissance américaine,
03:46c'est une dévaluation du dollar,
03:47que la Chine refuse la réévaluation de sa monnaie,
03:50on va avoir un euro qui va être totalement surévalué.
03:53Si je résume ce que vous dites, David Bavrez,
03:55l'Europe, l'Union Européenne, c'est le marchepied de la Chine ?
03:59C'est surtout qu'on n'existe pas.
04:02Et donc, il faut qu'on décide, soit on se ressaisit.
04:07Et c'est tout l'enjeu du chancelier allemand aujourd'hui.
04:11C'est que dans ce monde qui est surendetté,
04:13il n'y a qu'une grande puissance qui est sous-endettée
04:17c'est l'Allemagne qui a 1000 milliards d'euros sous le pied
04:21et qui, en fonction de la manière dont il va résister,
04:23va permettre ou non de remettre l'Europe sur l'échiquier mondial.
04:27Ça tient à ça, le réussite de l'Union Européenne face aux géants chinois ?
04:32Malheureusement, quand vous êtes très endetté,
04:33vous perdez votre souveraineté.
04:34Et que les seuls qui ont encore une souveraineté potentielle en Europe,
04:38c'est l'Allemagne.
04:38Ils l'ont perdu avec le gaz russe,
04:40avec la défense américaine et avec les exportations chinoises.
04:44Et je pense que le chancelier Merckx a un agenda de 5 ans
04:48pour rendre à l'Allemagne sa souveraineté.
04:51Ce que nous, naturellement, nous n'aurons pas en France.
04:52Et en même temps, vous disiez, David Baverez,
04:54la Chine a tendance à diviser les Européens pour mieux régner.
04:57C'est vrai que ça reste difficile d'unir et d'unifier quand on est 27.
05:02On l'a vu, je reparle à nouveau de la guerre commerciale avec Donald Trump,
05:08mais c'est difficile d'incarner l'Europe quand on représente 27.
05:10Et pourquoi on n'arrive pas à diviser la Chine quand la croissance chinoise,
05:14aujourd'hui, si vous écoutez les meilleurs macroéconomistes,
05:16la croissance chinoise est seulement de 1 à 2 %.
05:18C'est une croissance européenne, maintenant, la croissance de la Chine.
05:21Donc, il ne faut pas croire que la Chine est totalement unie derrière Xi Jinping.
05:24Il y a naturellement tout un secteur économique privé
05:29qui n'est pas du tout d'accord avec la politique qui est poursuivie.
05:31Vous me faites une super transition, David Baverez.
05:33Je voulais aussi qu'on parle de ça.
05:35Vous avez sûrement vu que certains cynologues, depuis quelques semaines,
05:39soulignent que Xi Jinping, depuis quelques mois,
05:43effectivement, est en retrait sur la scène politique,
05:45que ce soit intérieure ou internationale.
05:48On l'a vu au sommet des BRICS, où son absence a été remarquée.
05:52On remarque aussi que le PCC, qui s'est réuni fin juin
05:54pour mettre en place de nouvelles réglementations
05:56pour régir ses organes décisionnels,
05:59comment est-ce que vous interprétez ça ?
06:01Ça fait quand même trois ans qu'on est en déflation
06:03de l'indice des prix à la production.
06:06Donc, la dernière fois, il faut remonter à Mao Tse-tung
06:07pour avoir une telle performance.
06:09Donc, naturellement, il y a, et vous avez raison de le dire,
06:12de plus en plus de rumeurs qui sont montées depuis le mois de juin.
06:15Mais ce qu'on a tendance à m'énerver oublier,
06:17c'est que vous pouvez en Chine avoir économiquement tort
06:22très longtemps, tant que vous avez politiquement raison.
06:27Il est arrivé l'inverse.
06:28Au père de Xi Jinping est allé en prison pendant 15 ans.
06:30Donc, le président Xi a bien ça en tête.
06:32Et aujourd'hui, ce ralentissement économique
06:34dont le coût est supporté entièrement par la population,
06:37c'est quoi qu'il vous en coûte,
06:39donc c'est très différent de chez nous,
06:41ce coût qui est économiquement important,
06:44en fait, est contrebalancé par ce mot magique,
06:48humiliation,
06:49qui, où Xi dit à sa population,
06:50le 19e siècle, c'est la Chine qui est humiliée par l'Occident.
06:53Le 21e siècle, c'est le siècle
06:55où la Chine va humilier l'Occident.
06:57Et en même temps, le président chinois, en réalité,
06:59il a toutes les cartes politiques en main jusqu'à maintenant,
07:02donc pas question qu'il parte tout de suite,
07:04il contrôle absolument tout.
07:05Non, alors, ce qui est en discussion,
07:06c'est le Standing Committee,
07:08donc le comité permanent,
07:09les sept personnes qui dirigent la Chine,
07:12où, à la fin du mois de juin,
07:14il y a un communiqué qui appelle à une décision plus collégiale,
07:18ce qui était historiquement la Chine depuis Mao,
07:20plutôt qu'une seule personne qui dirige.
07:21Donc, peut-être un changement de paradigme
07:23qui ne veut pas dire pour autant changement de président.
07:25Exactement.
07:26Merci beaucoup, David Baverez,
07:28d'être venu nous voir ce matin,
07:29investisseur installé en Hong Kong,
07:31auteur de Chine, Europe, le grand tournant.
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