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  • il y a 16 heures
Ce jeudi 9 avril, Djilali Benchabane, consultant expert en stratégie et géopolitique, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il est revenu sur les discussions autour d’un cessez-le-feu dans le conflit au Moyen-Orient, prévues samedi au Pakistan en présence de J. D. Vance et des Iraniens. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On nous annonce donc des négociations, ça serait samedi depuis le Pakistan où Jid Evans doit se rendre officiellement pour
00:08des discussions.
00:08Le vice-président américain qui parle d'une trêve fragile selon ses mots.
00:13On en parle avec Jilal Ibn Chaban, bonjour, vous êtes consultant expert en stratégie et en géopolitique.
00:18Trêve fragile, le mot est faible presque.
00:21Trêve fragile parce que finalement ce n'est pas un conflit qui concerne uniquement l'Iran.
00:25On le voit par rapport aux demandes qui sont étendues à inclure également le Liban.
00:30On est aussi dans cette situation de précarité parce qu'on se rend compte que les frappes se poursuivent de
00:36part et d'autre.
00:37Donc finalement le fil est extrêmement ténu et on se dit que la bascule pourrait arriver.
00:42Mais néanmoins, comme il y a cette perspective d'une négociation, on sent que cette pression s'exerce parce que
00:47chacun a des arguments.
00:49Chacun souhaite conserver un minimum d'atouts dans sa manche pour pouvoir négocier en position de force.
00:54Atout numéro 1 de l'Iran, Hormuz.
00:57Clairement et d'ailleurs on le voit même dans les demandes qui ont déjà été faites par Washington et par
01:01le président Trump.
01:02Et ce qui est assez édifiant, c'est de voir que la question nucléaire qui faisait déjà partie de la
01:07problématique majeure,
01:08voit s'ajouter celle de la libre circulation du détroit d'Hormuz et de sa sécurité.
01:14Tout en sachant qu'avant le conflit, ce n'était pas un sujet.
01:17Donc désormais il y a ce sujet qui a rattrapé le conflit puisque c'est devenu le principal levier de
01:23pression de Téhéran.
01:24Donc la situation est pire aujourd'hui qu'il y a un mois.
01:28C'est-à-dire que ce qu'on négocie avec l'Iran n'a quasiment aucun sens aujourd'hui.
01:32Est-ce que ça n'existait pas même dans les buts de guerre d'il y a un mois ?
01:35Ce qui est paradoxal, c'est que cette guerre qui avait un certain nombre d'objectifs,
01:39c'est-à-dire affaiblir le programme nucléaire, la dimension balistique, s'est vue transformée.
01:45Pourquoi ? Parce qu'on est tombé dans un conflit où l'asymétrie s'est faite non pas simplement du
01:50point de vue militaire,
01:51mais où l'Iran a ciblé le centre de fragilité qui était l'économie mondiale au travers de la circulation
01:57du détroit d'Hormuz.
01:58Annalisa, vous avez mentionné le front libanais.
02:00C'est vrai qu'aujourd'hui, c'est peut-être le front le plus incertain.
02:03On sait que les Pakistanais qui ont négocié l'accord disent que le cessez-le-feu inclut bien le Liban.
02:08Les Israéliens disent le contraire.
02:10C'est peut-être ce front-là qui va faire sauter le cessez-le-feu ?
02:14En tout cas, c'est un front qui risque de mettre en difficulté la stabilité du cessez-le-feu.
02:20Je pense que chacun des belligérants a envie d'aller jusqu'au bout de la négociation et du processus.
02:26Le président Macron lui-même a demandé au président Trump d'inclure la question libanaise,
02:31puisque finalement, quand on analyse la situation, on est dans une dimension régionale
02:37avec des enjeux qui vont à la fois de la sécurité des populations à celle de la sécurité économique du
02:44monde.
02:44Donc on se rend bien compte que cette architecture doit être globale, complète,
02:48pour ne pas repartir ensuite sur un nouveau cycle de conflits.
02:51Ce qui est intéressant sur la réorganisation du monde, c'est qu'on voit que le système de sanctions
02:56qui peut être mis en place, alors contre la Russie, contre l'Iran, ça ne fonctionne plus du tout aujourd
03:00'hui.
03:00C'est-à-dire que l'Iran, par exemple, s'est totalement réorganisé.
03:03Des dollarisations, pression sur le commerce mondial, réorganisation des flux.
03:09Ça ne marche plus aujourd'hui quand vous, juste, vous mettez des sanctions sur un pays.
03:12J'ai presque envie de dire la chose suivante, c'est que finalement,
03:15on savait que les embargos n'étaient pas là pour affaiblir les États.
03:19Et on se rend bien compte que différents pays qui sont encore sous embargo
03:22allant plus loin que l'échelle moyen-orientale, je pense notamment à la Corée du Nord
03:26ou à d'autres États.
03:28Donc ces régimes d'embargos, en réalité, consolident ces régimes,
03:31puisqu'il y a toujours des alternatives.
03:32Il y a des capacités à pouvoir mettre en place des systèmes
03:36qui permettent de maintenir des corridors économiques.
03:39Et donc, in fine, oui, ce système est à bout
03:42parce qu'il permet surtout une concentration, une capacité des autorités
03:46à être plus en mesure d'être des acteurs résilients.
03:50Et c'est ça, le souci.
03:51Je voudrais juste qu'on dise un mot du Pakistan.
03:53Annalisa nous a raconté largement à quel point le Pakistan était monté
03:56dans son rôle de médiateur.
03:58Vous attendiez, vous, en tant qu'expert du Moyen-Orient,
04:00à cet acteur-là, au cœur du conflit ?
04:04Je m'attendais surtout à ce que la transition s'accélère.
04:08Et effectivement, elle s'accélère parce que d'habitude,
04:10elle se fait souvent, on parle en toile de fond du rôle de la Chine.
04:13Il faut rappeler quand même que la Chine, dans ce conflit,
04:16jouera un rôle certainement à la fin,
04:18puisqu'elle a été quand même l'un des acteurs du rapprochement
04:20du canal diplomatique entre Téhéran et l'Arabie Saoudite.
04:24Le Pakistan prend une place qui est la sienne
04:27parce que, un, c'est une puissance nucléaire,
04:29deux, elle a des liens historiques avec à la fois l'Iran et les États-Unis.
04:34Et elle se retrouve aussi dans une position qui n'était pas évidente
04:37parce qu'il faut le rappeler qu'un pacte de sécurité l'unit à l'Arabie Saoudite.
04:41Et en cas de déflagration, elle aurait dû forcément se tenir aux côtés de l'Arabie,
04:46ce qui aurait pu ouvrir un nouveau front et complexifier.
04:49Donc, le Pakistan joue sa carte à fond.
04:52Elle lui permet de peser dans ce panorama.
04:54Par contre, ce qui peut être inquiétant pour l'Occident,
04:58je pense notamment à l'Europe,
05:00c'est voir la marginalisation dans un dossier dans lequel elle subit les répercussions,
05:04mais sans être en capacité d'être un acteur de la médiation.
05:07Réunion samedi, pour l'instant, toujours prévue au menu
05:10avec J.D. Vence et les Iraniens au Pakistan.
05:14Je te remercie beaucoup Djili Benchaban d'être venue ce matin dans la matinale de l'économie.
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