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  • il y a 12 minutes
Ce mardi 5 mai, Marc Lavergne, géographe et directeur de recherche émérite au CNRS, était l'invité de Laure Closier dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business. Ils sont revenus sur les conséquences de la guerre au Moyen-Orient et du blocage du détroit d'Ormuz sur les économies africaines, notamment les pays d'Afrique de l'Est qui sont particulièrement affectés. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin c'est Marc Lavergne, bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes géographe et directeur de
00:04recherche émérite au CNRS.
00:06On parle beaucoup de l'Asie, des questions de pénurie, du fait qu'il y ait du télétravail ou qu
00:11'il y ait l'organisation de cette pénurie
00:13avec des moments où on ne peut plus aller à la pompe, il y a des jours impairs, des jours
00:16paires, il y a une organisation de la pénurie, c'est bien pire en Afrique en fait.
00:20Oui sans aucun doute, l'Afrique c'est un continent extrêmement vaste et varié mais Dubaï en particulier jouait le
00:29rôle d'un pôle d'attraction pour toutes les affaires finalement africaines,
00:34c'est-à-dire aussi bien pour placer l'argent qu'on a que pour, c'est un interface entre
00:39le monde et l'Afrique en quelque sorte.
00:41Et je pense que ce qui se passe actuellement aux Émirats, c'est quelque chose de beaucoup plus douloureux je
00:48dirais pour l'Afrique,
00:49beaucoup plus dommageable que ce qui est le cas pour d'autres régions du monde.
00:55Parce que les dirigeants africains, les hommes d'affaires africains ont tous un pied à terre à Dubaï, c'est
01:01pas simplement le business,
01:03c'est aussi l'échappatoire en quelque sorte et la fenêtre sur le monde pour le continent africain.
01:08Donc il y a d'autres centres financiers comme Singapour ou Hong Kong pour le milieu des affaires.
01:16Mais Dubaï apporte quelque chose de plus, ça apporte aussi les loisirs, la détente, le contact avec le monde d
01:22'une manière générale se fait aujourd'hui à Dubaï
01:25et ça sera quelque chose de beaucoup plus difficile à reconstruire que des immeubles qui ont été tapés ou bien
01:30des business qui ont été interrompus.
01:32Il y a une confiance qui est rompue là.
01:35Voilà, je crois que d'une manière assez durable, cette confiance est rompue.
01:41Mais il n'y a pas de remplacement possible à Dubaï d'un autre côté.
01:45Annalisa, en plus du choc pétrolier que vous avez évoqué lors, il y a aussi le choc sur les engrais
01:49dont l'Afrique est particulièrement dépendante.
01:52Est-ce qu'il y a là aussi une question de sécurité alimentaire qui va être mise en danger ?
01:55Oui, alors de façon indirecte, bien sûr. Les engrais sont indispensables. Ils peuvent être fournis directement dans les ports africains.
02:03Tout dépend des questions de financement plutôt. Dubaï, là, ne joue pas un rôle d'interface directement parce qu'il
02:11y a effectivement le port de Jebel Ali,
02:13mais qui est à l'intérieur du Golfe. Donc on a prouvé la vulnérabilité de tout ce qui est à
02:19l'intérieur du Golfe et ça ne se reconstruira pas quoi qu'il se passe en Iran.
02:23C'est-à-dire que les Africains se développent aussi leurs propres infrastructures sur le continent.
02:27Et puis aussi dans le domaine pétrolier, on peut dire, l'Afrique est un grand producteur de pétrole qui se
02:33développe.
02:33Et donc là aussi, je pense que la pente sera difficile à remonter, si vous voulez, pour les Émirats et
02:39pour les pays du Golfe d'une manière générale vis-à-vis du continent africain.
02:42Mais justement sur la question purement pétrolière, il n'y a pas d'accord entre l'Ouganda et d'autres
02:47pays africains pour fournir des stocks qui pourraient manquer à d'autres pays ?
02:51Ça, ça n'existe pas ?
02:52Bon, il peut y avoir des accords, effectivement, mais ces accords, ma foi, sont assez fragiles. Il y a toujours
02:59des clauses de sécurité, bien sûr.
03:01Et puis, je dis encore une fois, on voit que l'Afrique devient un producteur de pétrole à l'échelle
03:07mondiale de façon assez rapide et d'hydrocarbures en général.
03:10Il y a de nouveaux endroits producteurs qui se développent, que ça soit sur la côte atlantique, depuis le Gabon
03:17jusqu'au Maroc.
03:18Il y a tout ce pétrole offshore. Et puis, il y a aussi le Mozambique, l'Océan Indien.
03:23Donc l'Afrique est aussi suffisante en pétrole. Il faut le raffiner, bien entendu.
03:28Mais là aussi, ce n'est pas quelque chose de très nouveau.
03:31Le Biafra, il y a déjà 50 ans, était la cause de conflits entre les Français et les Anglais.
03:37Pour la mainmise sur le pétrole du Nigeria, il y a le pétrole en Nogola.
03:41Il y a des raffineries de pétrole qui vont se construire.
03:44Donc le Golfe, encore, n'est plus irremplaçable.
03:48Annalisa ?
03:48Il y a beaucoup de pays qui commencent à parler d'une transition énergétique
03:51qui serait nécessaire pour sortir de cette dépendance au pétrole.
03:54Est-ce que c'est possible dans les prochaines années ? On en est où en ce moment ?
03:58Oui, la transition énergétique.
04:00Il y a effectivement des énergies renouvelables.
04:03Il y a l'éolien.
04:05Il y a d'autres procédés.
04:08Mais pour l'Afrique, elle démarre, je dirais, même si ce n'est pas nouveau,
04:13une production pétrolière de masse pour le continent africain d'abord.
04:16Mais qui exporte aussi vers l'Amérique, qui exporte vers le Moyen-Orient.
04:21On voit que Total est présent au Mozambique aujourd'hui et dans d'autres régions.
04:25Et puis qu'il y a des grands projets aussi de tuyaux, c'est-à-dire de léoduc, de gazoduc
04:30qui vont traverser le Sahara pour aller jusqu'en Algérie ou aller jusqu'au Maroc en longeant la côte.
04:36Donc tout ça est dans les tuyaux, si on peut dire, aujourd'hui.
04:40Et ça ne s'arrêtera pas.
04:41Et ça n'est pas dû à la crise qu'il y a actuellement au Moyen-Orient.
04:44Et il y a des zones plus touchées que d'autres.
04:47On parlait du Kenya, de la Somalie.
04:49Là, on est quand même sur des situations qui sont critiques
04:52avec des populations qui se retrouvent quand même en manque de carburant.
04:55Oui, effectivement, il y a des points de blocage.
04:58Mais il faut bien voir ce que représente la Somalie,
05:01qui est un pays de toute façon en guerre interne permanente.
05:05Donc il n'y a pas de réseau organisé de production pétrolière ou de livraison de pétrole.
05:13Donc il y a toujours des compagnies, je dirais, clandestines, en quelque sorte,
05:18qui peuvent apporter le pétrole nécessaire si les grands circuits officiels ne fonctionnent plus.
05:25C'est la même chose pour le Kenya, d'une certaine manière,
05:27qui est un pays qui est beaucoup plus consommateur,
05:30mais où il y a des sources alternatives aussi de pétrole.
05:34Et puis il y a un grand projet qui est en cours, depuis l'Ouganda jusqu'à la mer,
05:38qui pose des problèmes écologiques, parce qu'il va traverser des parcs nationaux, etc.
05:42Mais qui est en cours et les compagnies françaises, enfin Total,
05:47étaient effectivement à la manœuvre là-dessus.
05:50Tout ça ne va pas s'arrêter parce que, au contraire,
05:53ça va inciter un développement de la production pétrolière en Afrique.
05:56Merci beaucoup Marc Lavergne d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
06:00Merci.
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