00:00Notre invité ce matin c'est Marc Lavergne, bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes géographe et directeur de
00:04recherche émérite au CNRS.
00:06On parle beaucoup de l'Asie, des questions de pénurie, du fait qu'il y ait du télétravail ou qu
00:11'il y ait l'organisation de cette pénurie
00:13avec des moments où on ne peut plus aller à la pompe, il y a des jours impairs, des jours
00:16paires, il y a une organisation de la pénurie, c'est bien pire en Afrique en fait.
00:20Oui sans aucun doute, l'Afrique c'est un continent extrêmement vaste et varié mais Dubaï en particulier jouait le
00:29rôle d'un pôle d'attraction pour toutes les affaires finalement africaines,
00:34c'est-à-dire aussi bien pour placer l'argent qu'on a que pour, c'est un interface entre
00:39le monde et l'Afrique en quelque sorte.
00:41Et je pense que ce qui se passe actuellement aux Émirats, c'est quelque chose de beaucoup plus douloureux je
00:48dirais pour l'Afrique,
00:49beaucoup plus dommageable que ce qui est le cas pour d'autres régions du monde.
00:55Parce que les dirigeants africains, les hommes d'affaires africains ont tous un pied à terre à Dubaï, c'est
01:01pas simplement le business,
01:03c'est aussi l'échappatoire en quelque sorte et la fenêtre sur le monde pour le continent africain.
01:08Donc il y a d'autres centres financiers comme Singapour ou Hong Kong pour le milieu des affaires.
01:16Mais Dubaï apporte quelque chose de plus, ça apporte aussi les loisirs, la détente, le contact avec le monde d
01:22'une manière générale se fait aujourd'hui à Dubaï
01:25et ça sera quelque chose de beaucoup plus difficile à reconstruire que des immeubles qui ont été tapés ou bien
01:30des business qui ont été interrompus.
01:32Il y a une confiance qui est rompue là.
01:35Voilà, je crois que d'une manière assez durable, cette confiance est rompue.
01:41Mais il n'y a pas de remplacement possible à Dubaï d'un autre côté.
01:45Annalisa, en plus du choc pétrolier que vous avez évoqué lors, il y a aussi le choc sur les engrais
01:49dont l'Afrique est particulièrement dépendante.
01:52Est-ce qu'il y a là aussi une question de sécurité alimentaire qui va être mise en danger ?
01:55Oui, alors de façon indirecte, bien sûr. Les engrais sont indispensables. Ils peuvent être fournis directement dans les ports africains.
02:03Tout dépend des questions de financement plutôt. Dubaï, là, ne joue pas un rôle d'interface directement parce qu'il
02:11y a effectivement le port de Jebel Ali,
02:13mais qui est à l'intérieur du Golfe. Donc on a prouvé la vulnérabilité de tout ce qui est à
02:19l'intérieur du Golfe et ça ne se reconstruira pas quoi qu'il se passe en Iran.
02:23C'est-à-dire que les Africains se développent aussi leurs propres infrastructures sur le continent.
02:27Et puis aussi dans le domaine pétrolier, on peut dire, l'Afrique est un grand producteur de pétrole qui se
02:33développe.
02:33Et donc là aussi, je pense que la pente sera difficile à remonter, si vous voulez, pour les Émirats et
02:39pour les pays du Golfe d'une manière générale vis-à-vis du continent africain.
02:42Mais justement sur la question purement pétrolière, il n'y a pas d'accord entre l'Ouganda et d'autres
02:47pays africains pour fournir des stocks qui pourraient manquer à d'autres pays ?
02:51Ça, ça n'existe pas ?
02:52Bon, il peut y avoir des accords, effectivement, mais ces accords, ma foi, sont assez fragiles. Il y a toujours
02:59des clauses de sécurité, bien sûr.
03:01Et puis, je dis encore une fois, on voit que l'Afrique devient un producteur de pétrole à l'échelle
03:07mondiale de façon assez rapide et d'hydrocarbures en général.
03:10Il y a de nouveaux endroits producteurs qui se développent, que ça soit sur la côte atlantique, depuis le Gabon
03:17jusqu'au Maroc.
03:18Il y a tout ce pétrole offshore. Et puis, il y a aussi le Mozambique, l'Océan Indien.
03:23Donc l'Afrique est aussi suffisante en pétrole. Il faut le raffiner, bien entendu.
03:28Mais là aussi, ce n'est pas quelque chose de très nouveau.
03:31Le Biafra, il y a déjà 50 ans, était la cause de conflits entre les Français et les Anglais.
03:37Pour la mainmise sur le pétrole du Nigeria, il y a le pétrole en Nogola.
03:41Il y a des raffineries de pétrole qui vont se construire.
03:44Donc le Golfe, encore, n'est plus irremplaçable.
03:48Annalisa ?
03:48Il y a beaucoup de pays qui commencent à parler d'une transition énergétique
03:51qui serait nécessaire pour sortir de cette dépendance au pétrole.
03:54Est-ce que c'est possible dans les prochaines années ? On en est où en ce moment ?
03:58Oui, la transition énergétique.
04:00Il y a effectivement des énergies renouvelables.
04:03Il y a l'éolien.
04:05Il y a d'autres procédés.
04:08Mais pour l'Afrique, elle démarre, je dirais, même si ce n'est pas nouveau,
04:13une production pétrolière de masse pour le continent africain d'abord.
04:16Mais qui exporte aussi vers l'Amérique, qui exporte vers le Moyen-Orient.
04:21On voit que Total est présent au Mozambique aujourd'hui et dans d'autres régions.
04:25Et puis qu'il y a des grands projets aussi de tuyaux, c'est-à-dire de léoduc, de gazoduc
04:30qui vont traverser le Sahara pour aller jusqu'en Algérie ou aller jusqu'au Maroc en longeant la côte.
04:36Donc tout ça est dans les tuyaux, si on peut dire, aujourd'hui.
04:40Et ça ne s'arrêtera pas.
04:41Et ça n'est pas dû à la crise qu'il y a actuellement au Moyen-Orient.
04:44Et il y a des zones plus touchées que d'autres.
04:47On parlait du Kenya, de la Somalie.
04:49Là, on est quand même sur des situations qui sont critiques
04:52avec des populations qui se retrouvent quand même en manque de carburant.
04:55Oui, effectivement, il y a des points de blocage.
04:58Mais il faut bien voir ce que représente la Somalie,
05:01qui est un pays de toute façon en guerre interne permanente.
05:05Donc il n'y a pas de réseau organisé de production pétrolière ou de livraison de pétrole.
05:13Donc il y a toujours des compagnies, je dirais, clandestines, en quelque sorte,
05:18qui peuvent apporter le pétrole nécessaire si les grands circuits officiels ne fonctionnent plus.
05:25C'est la même chose pour le Kenya, d'une certaine manière,
05:27qui est un pays qui est beaucoup plus consommateur,
05:30mais où il y a des sources alternatives aussi de pétrole.
05:34Et puis il y a un grand projet qui est en cours, depuis l'Ouganda jusqu'à la mer,
05:38qui pose des problèmes écologiques, parce qu'il va traverser des parcs nationaux, etc.
05:42Mais qui est en cours et les compagnies françaises, enfin Total,
05:47étaient effectivement à la manœuvre là-dessus.
05:50Tout ça ne va pas s'arrêter parce que, au contraire,
05:53ça va inciter un développement de la production pétrolière en Afrique.
05:56Merci beaucoup Marc Lavergne d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
06:00Merci.
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