00:00À mesure que la mer du Nord va continuer, ou va continuer, en tout cas, à ne pas reprendre et poursuivre sa queue de production,
00:07à mesure que le continent africain, vraisemblablement, va continuer à décliner en termes de production,
00:11c'est-à-dire nos sources premières, demain peut-être la Russie,
00:14ça veut dire que pour le pétrole et pour le gaz, on va se retrouver mécaniquement, inexorablement, naturellement, si j'ose dire,
00:21de plus en plus dépendant des États-Unis et du golfe arabo-persil.
00:30Il y a un grand patron pétrolier américain, en 1998, il a dit qu'on est à la fin du pétrole facile.
00:40Le pétrole de schiste, ce n'est pas un pétrole facile, au sens où ça s'apparente beaucoup plus à une industrie extractive classique.
00:50Il te faut des capitaux fixes, des machines, qui vont percer la roche pour l'éclater et permettre aux liquides de remonter.
01:01Si tu arrêtes de forer constamment de nouveaux puits, la production s'effondre.
01:08Le profil de production d'un champ conventionnel, c'est grosso modo une longue courbe comme ça, asymétrique.
01:16Le profil de production d'un puits de pétrole conventionnel, c'est comme ça.
01:20C'est-à-dire que tu as une production, tu lances, tu craques, tu fractures la roche, tu atteins pratiquement instantanément,
01:27c'est-à-dire en termes de jours ou de semaines, ta production maximale.
01:31Et la zone que tu as fracturée libère son pétrole.
01:35Donc il faut que tu ailles forer 100 mètres plus loin ou 1 km plus loin pour refaire une courbe comme ça.
01:41En gros, les puits s'épuisent en 1 ou 2 ans.
01:43Voilà, ils s'épuisent très rapidement.
01:44Ils sont tout petits et ils s'épuisent très vite.
01:46Oui, sauf que les États-Unis ont réussi cette prouesse industrielle.
01:49Ils ont fait tellement de forages qu'ils arrivent à faire, avec toutes les queues de production,
01:54ils arrivent à faire un matelas de production absolument considérable,
01:57qui est quasiment de l'ordre du dixième de la production mondiale, ce qui est absolument gigantesque.
02:02Mais en termes de rentabilité et en termes de lourdeur industrielle,
02:13les pétroles conventionnels, c'était le vrai or noir.
02:18Les pétroles non conventionnels en termes de volume de machines, d'infrastructures qu'il faut déployer
02:24pour arriver à avoir des niveaux de production significatifs.
02:26Et encore une fois, il n'y a que dans la première puissance économique mondiale qu'on est arrivé à faire ça.
02:31Il ne fera jamais jeu égal.
02:33Donc c'est une autre raison de se dire que ça va être compliqué pour les pétroles non conventionnels,
02:38parce que la situation pour le pétrole lourd est similaire en termes d'intensité de capitaux,
02:43pour que toutes ces formes alternatives et qui sont des ersatz du pétrole conventionnel
02:53fassent jeu égal, précisément, et compensent le déclin du pétrole conventionnel.
02:58Donc là, aujourd'hui, on s'est mis dans une nouvelle dépendance vis-à-vis des États-Unis.
03:02On est très, très dépendants des États-Unis d'un point de vue énergétique.
03:05Oui, et puis on va l'être de plus en plus.
03:07À mesure que la mer du Nord va continuer, ou va continuer, en tout cas, à ne pas reprendre
03:11et poursuivre sa queue de production,
03:14à mesure que le continent africain, vraisemblablement, va continuer à décliner en termes de production,
03:19c'est-à-dire nos sources premières, demain peut-être la Russie,
03:21ça veut dire que pour le pétrole et pour le gaz, on va se retrouver mécaniquement, inexorablement,
03:27naturellement, si j'ose dire, de plus en plus dépendants des États-Unis et du golfe arabo-persique,
03:32à condition que ces capacités de production, des États-Unis en particulier, puissent être maintenues.
03:40Et ça, il y a pas mal de responsables, de patrons du pétrole de schiste qui disent
03:47« Attention, à partir de 2030, ça va commencer à être vraiment compliqué ».
03:51Parce qu'en fait, l'héritage, le poids des champs déclinants va être de plus en plus prépondérant
04:00vis-à-vis de la capacité à développer de nouveaux puits.
04:04Alors là, en fait, c'est l'inconnu.
04:06C'est-à-dire que Marc Blaiseau, qui a été le patron de la production de Total,
04:11il continue à être très prudent, il fait partie de ces pétrogéologues,
04:15il continue à être très très prudent sur l'avenir du pétrole de schiste,
04:19parce que précisément, c'est une industrie nouvelle et on ne connaît pas bien encore
04:22les limites à la fois physiques et industrielles de cette ressource.
04:29Encore une fois, on ne cherche pas à prédire l'avenir, mais on dit juste,
04:31nous, Européens, on a une excellente raison de se décarboner qui s'appelle le climat,
04:35mais on en a une seconde qui est, attention, on n'est pas maître de notre destin
04:40dans ce système-là tributaire des énergies fossiles.
04:43Donc si on veut récupérer notre destin, il faut compter sur nos propres ressources énergétiques
04:47et elles sont essentiellement décarbonées par la force des choses,
04:50que ce soit le vent, le soleil ou l'uranium qu'on arrive à importer,
04:56ou peut-être demain l'uranium appauvri qu'on a et qu'on pourrait re-rendre fertile avec la surgénération.
05:03Bref, il faut miser sur nos propres ressources énergétiques en comprenant bien que,
05:09même si on est très très bon sur le solaire, sur l'éolien, sur le nucléaire et sur les énergies issues de la photosynthèse,
05:19il est peu probable, pour ne pas dire qu'il est industriellement invraisemblable,
05:25qu'on puisse maintenir le niveau de consommation énergétique qu'on connaît aujourd'hui.
05:29Donc il faut très vite et de façon très construite et lucide reconfigurer un certain nombre d'organes vitaux de la société,
05:41organes vitaux des transports, organes vitaux de l'agriculture, de l'industrie, etc.,
05:45de façon à ce qu'ils soient aussi sobres que possible,
05:49que techniquement et en termes d'usage, aussi sobres que possible en énergie,
05:55parce que ça sera d'abord le moyen le plus sûr de montrer le chemin de décarbonation pour le climat,
06:03et puis parce que, pour nous, Européens, ça sera la façon la plus sûre de récupérer notre destin.
06:09Il y a un large consensus sur le fait que, pour réussir,
06:13pas un consensus absolu, mais une large convergence qui n'existait pas il y a encore 3-4 ans,
06:17en France, pour dire, pour réussir la décarbonation,
06:22on a besoin de toutes, de développer aussi sainement que possible
06:28toutes les sources d'énergie décarbonées.
06:33Ça sera loin, très très loin.
06:35En gros, on consomme 1 600 TWh en France,
06:38c'est l'ordre de grandeur, il faut retenir, laisser tomber 1 000 TWh,
06:41retenez 1 600 et l'électricité, c'est 500.
06:43Tout ce qu'il y a entre ces 500 et ces 1 600,
06:47c'est essentiellement du pétrole et du gaz,
06:50dont, soit pour le climat, soit pour le pic pétrolier, il faut se débarrasser.
06:53Dans les 500, il y a aussi beaucoup, dans l'électricité, il y a aussi beaucoup de gaz.
06:57Dans l'électricité, il y a aussi beaucoup de gaz, c'est exact.
06:59Oui, oui.
07:00Donc c'est un peu plus...
07:01C'est encore un peu plus...
07:02Mais en France, on a un mix électrique qui est, disons, largement,
07:08essentiellement, enfin majoritairement, bas carbone.
07:10Oui, mais c'est pas le cas en Pologne, c'est pas le cas en Allemagne, c'est pas le cas...
07:13On est d'accord.
07:14Justement, c'est pour ça que nous, au SHIFT, on milite pour que la France montre le chemin.
07:17Pas juste pour dire faites des centrales nucléaires partout.
07:20Trouvez les moyens industriels qui vont vous permettre de répondre aux besoins de votre société.
07:24Mais chemin faisant, et c'est là qu'on se retrouve profondément avec Négawatt,
07:28mais avec RTE, peu ou pront, avec la direction générale énergie-climat aujourd'hui,
07:35avec les gens du secrétariat général de la planification écologique,
07:37pour se dire, donc il y a nucléaire, renouvelable, efficacité énergétique.
07:43Alors ça, c'est heureux, c'est-à-dire qu'un moteur électrique est beaucoup plus efficace qu'un moteur thermique,
07:49mais il n'y a pas que ça.
07:50Et je dirais clé de voûte, parce que c'est la... ou plutôt maillon faible, mais maillon indispensable.
07:56Les marins disent qu'une chaîne ne vaut que par son maillon le plus faible, le plus difficile,
08:01en tout cas politiquement, où il y a le plus de malentendus, c'est sobriété structurelle, systémique.
08:06Comment est-ce qu'on s'organise ? C'est pas dire aux gens de serrer la ceinture, précisément c'est le contraire.
08:12C'est comment est-ce qu'on peut s'organiser collectivement pour gaspiller moins d'énergie,
08:17et précisément donner la capacité aux gens, et en particulier les plus modestes, de se déplacer,
08:23de manger ce qu'ils ont envie de faire, et éventuellement de prendre plaisir,
08:28à profiter de leur week-end à peu près de la manière...
08:30C'est-à-dire récupérer la capacité, et ça, nucléaire, renouvelable, efficacité, sobriété,
08:37aujourd'hui en France... Alors, modulo cette histoire, les choix éthiques tout à fait respectables
08:44des gens qui sont anti-nucléaires, mais du coup ils sont encore plus pro-sobriété,
08:50et du coup c'est encore plus dur de convaincre les gens qui se sont pas plongés,
08:56qui ont pas eu la capacité, ou le temps, ou l'angoisse, pour se plonger vraiment
09:04dans cette tragédie qu'il convient d'éviter, tous les gens se rejoignent sur ces quatre piliers.
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