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Dans cette interview, Matthieu Auzanneau, ancien journaliste, auteur reconnu sur les questions énergétiques et directeur du think tank The Shift Project, explique sur la chaîne Greenletter Club pourquoi le pétrole « facile » appartient au passé. Il revient sur la montée du pétrole de schiste américain, une ressource coûteuse, complexe et très exigeante en capital et en infrastructures, dont la production s’effondre rapidement si le forage permanent s’arrête.
Les États Unis ont réussi une prouesse industrielle en forant massivement, mais cette dépendance est risquée pour l’Europe, surtout alors que la mer du Nord décline et que plusieurs régions productrices voient leur production diminuer. Auzanneau souligne qu’il devient vital pour l’Europe de reprendre le contrôle de son destin énergétique en développant toutes ses ressources décarbonées, comme le solaire, l’éolien, le nucléaire, la biomasse et l’efficacité énergétique.
Il insiste sur la nécessité d’organiser une véritable sobriété structurelle afin de transformer les transports, l’industrie et l’agriculture pour consommer moins d’énergie tout en maintenant des conditions de vie dignes et stables.

#energie #petrole #transitionenergetique #ecologie #climat

Réponses au quiz de fin :
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En combien de temps un puits non conventionnel s’épuise selon Matthieu Auzanneau ?
➡ Un ou deux ans.

De quel pays l’Europe risque-t-elle de devenir de plus en plus dépendante ?
➡ Les États Unis.

Quelle ressource décarbonée Auzanneau mentionne comme importable pour l’Europe ?
➡ L’uranium.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00À mesure que la mer du Nord va continuer, ou va continuer, en tout cas, à ne pas reprendre et poursuivre sa queue de production,
00:07à mesure que le continent africain, vraisemblablement, va continuer à décliner en termes de production,
00:11c'est-à-dire nos sources premières, demain peut-être la Russie,
00:14ça veut dire que pour le pétrole et pour le gaz, on va se retrouver mécaniquement, inexorablement, naturellement, si j'ose dire,
00:21de plus en plus dépendant des États-Unis et du golfe arabo-persil.
00:30Il y a un grand patron pétrolier américain, en 1998, il a dit qu'on est à la fin du pétrole facile.
00:40Le pétrole de schiste, ce n'est pas un pétrole facile, au sens où ça s'apparente beaucoup plus à une industrie extractive classique.
00:50Il te faut des capitaux fixes, des machines, qui vont percer la roche pour l'éclater et permettre aux liquides de remonter.
01:01Si tu arrêtes de forer constamment de nouveaux puits, la production s'effondre.
01:08Le profil de production d'un champ conventionnel, c'est grosso modo une longue courbe comme ça, asymétrique.
01:16Le profil de production d'un puits de pétrole conventionnel, c'est comme ça.
01:20C'est-à-dire que tu as une production, tu lances, tu craques, tu fractures la roche, tu atteins pratiquement instantanément,
01:27c'est-à-dire en termes de jours ou de semaines, ta production maximale.
01:31Et la zone que tu as fracturée libère son pétrole.
01:35Donc il faut que tu ailles forer 100 mètres plus loin ou 1 km plus loin pour refaire une courbe comme ça.
01:41En gros, les puits s'épuisent en 1 ou 2 ans.
01:43Voilà, ils s'épuisent très rapidement.
01:44Ils sont tout petits et ils s'épuisent très vite.
01:46Oui, sauf que les États-Unis ont réussi cette prouesse industrielle.
01:49Ils ont fait tellement de forages qu'ils arrivent à faire, avec toutes les queues de production,
01:54ils arrivent à faire un matelas de production absolument considérable,
01:57qui est quasiment de l'ordre du dixième de la production mondiale, ce qui est absolument gigantesque.
02:02Mais en termes de rentabilité et en termes de lourdeur industrielle,
02:13les pétroles conventionnels, c'était le vrai or noir.
02:18Les pétroles non conventionnels en termes de volume de machines, d'infrastructures qu'il faut déployer
02:24pour arriver à avoir des niveaux de production significatifs.
02:26Et encore une fois, il n'y a que dans la première puissance économique mondiale qu'on est arrivé à faire ça.
02:31Il ne fera jamais jeu égal.
02:33Donc c'est une autre raison de se dire que ça va être compliqué pour les pétroles non conventionnels,
02:38parce que la situation pour le pétrole lourd est similaire en termes d'intensité de capitaux,
02:43pour que toutes ces formes alternatives et qui sont des ersatz du pétrole conventionnel
02:53fassent jeu égal, précisément, et compensent le déclin du pétrole conventionnel.
02:58Donc là, aujourd'hui, on s'est mis dans une nouvelle dépendance vis-à-vis des États-Unis.
03:02On est très, très dépendants des États-Unis d'un point de vue énergétique.
03:05Oui, et puis on va l'être de plus en plus.
03:07À mesure que la mer du Nord va continuer, ou va continuer, en tout cas, à ne pas reprendre
03:11et poursuivre sa queue de production,
03:14à mesure que le continent africain, vraisemblablement, va continuer à décliner en termes de production,
03:19c'est-à-dire nos sources premières, demain peut-être la Russie,
03:21ça veut dire que pour le pétrole et pour le gaz, on va se retrouver mécaniquement, inexorablement,
03:27naturellement, si j'ose dire, de plus en plus dépendants des États-Unis et du golfe arabo-persique,
03:32à condition que ces capacités de production, des États-Unis en particulier, puissent être maintenues.
03:40Et ça, il y a pas mal de responsables, de patrons du pétrole de schiste qui disent
03:47« Attention, à partir de 2030, ça va commencer à être vraiment compliqué ».
03:51Parce qu'en fait, l'héritage, le poids des champs déclinants va être de plus en plus prépondérant
04:00vis-à-vis de la capacité à développer de nouveaux puits.
04:04Alors là, en fait, c'est l'inconnu.
04:06C'est-à-dire que Marc Blaiseau, qui a été le patron de la production de Total,
04:11il continue à être très prudent, il fait partie de ces pétrogéologues,
04:15il continue à être très très prudent sur l'avenir du pétrole de schiste,
04:19parce que précisément, c'est une industrie nouvelle et on ne connaît pas bien encore
04:22les limites à la fois physiques et industrielles de cette ressource.
04:29Encore une fois, on ne cherche pas à prédire l'avenir, mais on dit juste,
04:31nous, Européens, on a une excellente raison de se décarboner qui s'appelle le climat,
04:35mais on en a une seconde qui est, attention, on n'est pas maître de notre destin
04:40dans ce système-là tributaire des énergies fossiles.
04:43Donc si on veut récupérer notre destin, il faut compter sur nos propres ressources énergétiques
04:47et elles sont essentiellement décarbonées par la force des choses,
04:50que ce soit le vent, le soleil ou l'uranium qu'on arrive à importer,
04:56ou peut-être demain l'uranium appauvri qu'on a et qu'on pourrait re-rendre fertile avec la surgénération.
05:03Bref, il faut miser sur nos propres ressources énergétiques en comprenant bien que,
05:09même si on est très très bon sur le solaire, sur l'éolien, sur le nucléaire et sur les énergies issues de la photosynthèse,
05:19il est peu probable, pour ne pas dire qu'il est industriellement invraisemblable,
05:25qu'on puisse maintenir le niveau de consommation énergétique qu'on connaît aujourd'hui.
05:29Donc il faut très vite et de façon très construite et lucide reconfigurer un certain nombre d'organes vitaux de la société,
05:41organes vitaux des transports, organes vitaux de l'agriculture, de l'industrie, etc.,
05:45de façon à ce qu'ils soient aussi sobres que possible,
05:49que techniquement et en termes d'usage, aussi sobres que possible en énergie,
05:55parce que ça sera d'abord le moyen le plus sûr de montrer le chemin de décarbonation pour le climat,
06:03et puis parce que, pour nous, Européens, ça sera la façon la plus sûre de récupérer notre destin.
06:09Il y a un large consensus sur le fait que, pour réussir,
06:13pas un consensus absolu, mais une large convergence qui n'existait pas il y a encore 3-4 ans,
06:17en France, pour dire, pour réussir la décarbonation,
06:22on a besoin de toutes, de développer aussi sainement que possible
06:28toutes les sources d'énergie décarbonées.
06:33Ça sera loin, très très loin.
06:35En gros, on consomme 1 600 TWh en France,
06:38c'est l'ordre de grandeur, il faut retenir, laisser tomber 1 000 TWh,
06:41retenez 1 600 et l'électricité, c'est 500.
06:43Tout ce qu'il y a entre ces 500 et ces 1 600,
06:47c'est essentiellement du pétrole et du gaz,
06:50dont, soit pour le climat, soit pour le pic pétrolier, il faut se débarrasser.
06:53Dans les 500, il y a aussi beaucoup, dans l'électricité, il y a aussi beaucoup de gaz.
06:57Dans l'électricité, il y a aussi beaucoup de gaz, c'est exact.
06:59Oui, oui.
07:00Donc c'est un peu plus...
07:01C'est encore un peu plus...
07:02Mais en France, on a un mix électrique qui est, disons, largement,
07:08essentiellement, enfin majoritairement, bas carbone.
07:10Oui, mais c'est pas le cas en Pologne, c'est pas le cas en Allemagne, c'est pas le cas...
07:13On est d'accord.
07:14Justement, c'est pour ça que nous, au SHIFT, on milite pour que la France montre le chemin.
07:17Pas juste pour dire faites des centrales nucléaires partout.
07:20Trouvez les moyens industriels qui vont vous permettre de répondre aux besoins de votre société.
07:24Mais chemin faisant, et c'est là qu'on se retrouve profondément avec Négawatt,
07:28mais avec RTE, peu ou pront, avec la direction générale énergie-climat aujourd'hui,
07:35avec les gens du secrétariat général de la planification écologique,
07:37pour se dire, donc il y a nucléaire, renouvelable, efficacité énergétique.
07:43Alors ça, c'est heureux, c'est-à-dire qu'un moteur électrique est beaucoup plus efficace qu'un moteur thermique,
07:49mais il n'y a pas que ça.
07:50Et je dirais clé de voûte, parce que c'est la... ou plutôt maillon faible, mais maillon indispensable.
07:56Les marins disent qu'une chaîne ne vaut que par son maillon le plus faible, le plus difficile,
08:01en tout cas politiquement, où il y a le plus de malentendus, c'est sobriété structurelle, systémique.
08:06Comment est-ce qu'on s'organise ? C'est pas dire aux gens de serrer la ceinture, précisément c'est le contraire.
08:12C'est comment est-ce qu'on peut s'organiser collectivement pour gaspiller moins d'énergie,
08:17et précisément donner la capacité aux gens, et en particulier les plus modestes, de se déplacer,
08:23de manger ce qu'ils ont envie de faire, et éventuellement de prendre plaisir,
08:28à profiter de leur week-end à peu près de la manière...
08:30C'est-à-dire récupérer la capacité, et ça, nucléaire, renouvelable, efficacité, sobriété,
08:37aujourd'hui en France... Alors, modulo cette histoire, les choix éthiques tout à fait respectables
08:44des gens qui sont anti-nucléaires, mais du coup ils sont encore plus pro-sobriété,
08:50et du coup c'est encore plus dur de convaincre les gens qui se sont pas plongés,
08:56qui ont pas eu la capacité, ou le temps, ou l'angoisse, pour se plonger vraiment
09:04dans cette tragédie qu'il convient d'éviter, tous les gens se rejoignent sur ces quatre piliers.
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