00:00C'est Thibaut Prébet qui est avec nous, économiste indépendant et auteur de Démographie, la bombe tranquille aux éditions du
00:06Rocher.
00:06Merci Thibaut d'être avec nous ce matin.
00:09On parle de l'Allemagne, l'Allemagne qui, le gouvernement allemand, a divisé par deux sa prévision de croissance pour
00:142026.
00:160,5% du PIB pour 2026, 0,9% pour 2027.
00:21Et puis, il a parlé aussi d'inflation, il a augmenté l'inflation, conséquence ici de la crise au Moyen
00:28-Orient déjà.
00:29Oui, c'est amusant parce qu'ils ont aussi dégradé au passage 2027.
00:31Alors, on ne sait pas très bien pourquoi, surtout qu'en général, quand la croissance se décale cette année vers
00:35la fin de l'année,
00:35en espérant un rebond, ça doit plutôt améliorer l'année suivante.
00:38Donc, on voit que tout ça peut être un peu fictif, mais c'est extrêmement intéressant.
00:41Déjà, il faut rappeler que quand on compare la dette au PIB, on parle de la croissance du PIB globale.
00:47C'est la croissance nominale, c'est la croissance plus l'inflation.
00:50Donc, 0,5% de plus d'un côté, 0,5% de moins d'un autre, on peut se
00:53dire que ce n'est pas si grave.
00:53Sauf que ça veut dire concrètement que pour dépenser le même argent, on aura moins de biens.
00:57Donc, c'est quand même pas génial, puisque c'est ce décalage qui fait peur à tout le monde de
01:00stagflation.
01:01C'est-à-dire, en fait, on doit dépenser plus pour avoir moins, ce qui n'est pas tout à
01:04fait quelque chose qui fait rêver.
01:06Ensuite, premier pays à donner des prévisions très précises par rapport à l'impact de l'Iran.
01:10Donc, c'est très intéressant.
01:11L'Allemagne, il y a un pays qui dépend beaucoup, même pas tellement du pétrole, mais surtout du gaz, pour
01:15les engrais, pour l'industrie.
01:17Et donc, le coût de l'énergie en Allemagne, en particulier comparativement aux États-Unis, est un enjeu qui ressort
01:23depuis des années.
01:24Et donc, l'idée de dire, là, on a un problème, ça va coûter, c'est quelque chose d'intéressant.
01:28Et quelque part, c'est un contraste assez fort avec des marchés qui ont totalement zappé cette crise,
01:33qui ont battu des plus hauts historiques aux États-Unis, qui même sont déjà remets en progression nette sur l
01:38'euro stocks depuis le début de l'année.
01:40Alors qu'en réalité, toutes les nouvelles qu'on a sont plutôt de nature depuis le début de l'année,
01:43a dégradé et la position des États et la position des entreprises.
01:47Donc, une certaine bienveillance microéconomique, alors même que le paysage macroéconomique ne s'améliore que dans les communiqués de Donald
01:55Trump,
01:55mais pas tellement en dehors.
01:57Donc, est-ce que l'Allemagne en sait plus ? Est-ce qu'elle est plus raisonnable ?
02:01Ou est-ce qu'elle a un problème de plus long terme ?
02:02C'est intéressant parce qu'il y a un impact, ici, du conflit en Europe sur des pays qui ne
02:09sont pas du tout décisionnaires dans le conflit.
02:11Oui, exactement. Il y a une trentaine d'années, vous savez, on parlait beaucoup de cette idée, le dollar, notre
02:15monnaie, votre problème.
02:16Et en fait, c'est devenu la politique étrangère, la géopolitique américaine.
02:20C'est vrai qu'on a passé des siècles où c'est l'Europe qui s'amusait à mettre le
02:22bordel un peu partout.
02:23Maintenant, c'est les États-Unis qui font ça et c'est nous qui en subissons le plus de conséquences,
02:26puisque les États-Unis étant autonomes en hydrocarbures, ça ne veut pas dire que ça n'a pas d'impact,
02:30que ça ne crée pas des transferts publics privés.
02:32Mais globalement, quand même, l'Europe est toujours un peu victime de tout cela.
02:37Et c'est vrai que l'importance d'une politique étrangère européenne soudée est de plus en plus forte.
02:41Mais après, c'est vrai qu'on voit encore que pour l'instant, entre le jeu entre Chine, un peu
02:45Russie et États-Unis,
02:46on est toujours un peu au milieu, à souffrir, et ça devient pénible.
02:49Et ce qui se passe avec les trois dormus, on est encore un exemple de cette situation presque de faiblesse
02:54européenne,
02:55qui n'arrive pas à peser autant qu'elle le voudrait, qui n'est pas non plus unie.
02:59Donc c'est aussi, encore une fois, un appel à renforcer cette construction européenne
03:02et la cohérence qu'on doit avoir, en particulier face aux États-Unis.
03:05Bon, et puis c'est un peu votre prisme en ce moment, mais il y a aussi cette question,
03:09ce facteur de la démographie qui est important dans cette situation.
03:13Oui, absolument. Dans mon livre « Démographie, la bombe tranquille », j'évoque le fait qu'on est en train
03:16de passer à la société du 2-2-2,
03:172 enfants par femme, 2 de croissance, 2 d'inflation, faire une société du 1-1-1, ou peut-être
03:21en Allemagne du 0-5-1-1.
03:22Et ce qui est intéressant, c'est que justement, l'Allemagne, il ne faut pas oublier qu'il y a
03:26deux ans,
03:26trois ans, nous sort à moins 0,7 de croissance, ce qui est dégueulasse,
03:29alors que je rappelle que l'Allemagne, c'était l'exemple à suivre, que nous, les Français, n'avaient pas
03:32à faire.
03:33Il y a deux ans, moins 0,5, l'année dernière, 0,3.
03:35Donc on est sur du zéro moins, c'est quand même tout à fait pourri.
03:38Et cette année, on est déjà en train de nous diminuer le potentiel.
03:41Alors, plusieurs observations.
03:42La première, c'est que ça ressemble à ce que font les entreprises.
03:44Les entreprises, souvent, essaient d'être un peu pushy pour essayer d'attirer les boursicoteurs.
03:49Puis à la moindre mauvaise nouvelle internationale, on appelle ça, dans les marchés, mettre sous le tapis.
03:53C'est-à-dire qu'on réduit tout en disant que c'est la faute à telle nouvelle,
03:57et en mettant une ampleur dans ces révisions qui n'est pas justifiée.
04:00En fait, on voit que les pays qui ont besoin d'offrir de la croissance,
04:03parce que les politiques doivent être élus sur ce thème de la croissance,
04:05qui reste très majoritaire dans l'opinion, en font beaucoup.
04:08Et quand la réalisation est difficile, on est obligé de rabaisser.
04:11Alors pourquoi ? Simplement parce que quand le potentiel de croissance s'érode,
04:14que vous n'êtes plus à 2, mais à 1 ou à 0,5,
04:17n'importe quel petit problème vient vous amener en territoire nul ou négatif.
04:21Donc en fait, il y a un problème de logiciel dans cette logique,
04:24d'essayer de toujours vouloir offrir cette croissance à 1 ou à 2,
04:27alors qu'en fait, elle n'existe plus.
04:29On est à 0,5, maintenant attendu pour l'Allemagne.
04:32On sera probablement, à mon avis, à 0.
04:33En France, on espère un peu moins d'un.
04:36En Europe, un tout petit peu plus.
04:37La réalité, c'est que tout ça est légèrement au-dessus
04:39et que, quelque part, mauvaise nouvelle ou pas,
04:42et en fait, il y a toujours des mauvaises nouvelles,
04:44on va traîner vers les 0,5, 1 de croissance.
04:47À quel moment, comme d'autres l'ont fait autour de nous déjà,
04:49on va adapter nos systèmes sociaux pour vivre avec ce niveau de croissance ?
04:53C'est une vraie question.
04:54Et quelque part, cette crise conjoncturelle doit nous montrer
04:56que notre situation structurelle ne nous permet plus de les absorber.
05:00Donc c'est un des points qui me semblent vraiment intéressants
05:02sur cette histoire de la croissance allemande qui a disparu depuis quelques années.
05:04C'est intéressant parce que sur la démographie,
05:06vous me disiez aussi que cet enjeu sur la démographie,
05:09ce serait vraiment le sujet de la campagne l'année prochaine,
05:12la campagne présidentielle,
05:13qui n'auront peut-être pas encore tout à fait écouté ce que vous aviez à dire.
05:16Il faut qu'ils lisent ce livre.
05:19Espérons, mais comme ce n'est pas des choses très populaires à dire,
05:21je ne sais pas s'ils auront envie de les proposer aux électeurs.
05:23Merci beaucoup Thibaut Prébet, économiste indépendant et auteur de Démographie,
05:27la bombe tranquille aux éditions du Rocher.
05:29Merci d'avoir été dans le débrief de la matinale de l'économie.
05:32Merci.
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