00:008h49 sur BFM Business et sur AMC Life, on décrit l'actualité du jour avec Thibaut Prébet.
00:04Bonjour, merci d'être avec nous économiste indépendant.
00:08On va vers une ouverture compliquée quand même ce matin sur les marchés avec ce Brent au-delà des 112
00:14dollars ce matin.
00:15Le gaz qui remonte avec des attaques du côté des infrastructures gazières.
00:19Et puis on a la Fed hier soir qui nous dit l'inflation aux Etats-Unis.
00:22Alors je ne sais pas où elle va mais en tout cas je remonte un peu mes anticipations.
00:25Est-ce que pour vous, c'est clair, l'économie américaine va rentrer dans une phase compliquée ?
00:31Oui mais c'est déjà le cas.
00:32D'ailleurs on est en train un peu de le planquer tranquillement avec cette réponse conjoncturelle.
00:36La réalité c'est que si vous regardez les choses avancées,
00:39c'est-à-dire vous prenez ce qui va en général créer de l'inflation.
00:41On a eu hier les prix à la production.
00:43Les prix à la production aux Etats-Unis, ils ont progressé de 3,4%.
00:45Sur un an, c'est un demi-point plus qu'attendu.
00:48Et sur le corps, c'est-à-dire hors éléments volatils, c'est 3,9%.
00:51Bon, ça ne donne pas l'impression qu'on va aller à deux.
00:53Et ça c'est avant l'attaque de l'Iran.
00:55Donc on voit qu'en fait on a des chiffres qui sont tout à fait dégueux sur l'inflation américaine.
00:59On voit que, comme on l'a souvent dit, les droits de douane, ça met un an, deux ans à
01:02faire effet,
01:03ça ne se fait pas en deux mois.
01:04Donc maintenant que c'est en train de rentrer, ça donne des stats un peu pourries,
01:06alors même qu'on va peut-être devoir rembourser.
01:08Donc on va avoir ni le beurre ni l'argent du beurre.
01:10Et donc cette conjoncture juste avant un choc très conjoncturel montre une économie américaine
01:14qui est peut-être, vous l'évoquez dans le journal, plus proche de la stagflation qu'on ne le pense.
01:18Évidemment pour une banque centrale, ce n'est pas très confortable.
01:20Mais surtout que pour une banque centrale, ça fait, vous avez raté l'inflation,
01:24vous avez raté aussi la question de l'emploi, c'est les deux mandats principaux et c'est loupé.
01:29Et attention parce que vous dites un peu rapidement, on n'est pas en stagflation,
01:31mais si on est un peu objectif, quand vous êtes à 6-7 de déficit,
01:35ça veut dire que si vous avez un déficit un peu normal à 3%,
01:37donc moins de stimulation de la croissance, à 2% de croissance, ce qui est peut-être à zéro.
01:41Donc votre bilan effectivement, c'est que sur la première année Trump,
01:44vous avez une croissance en forte baisse, un taux de chômage qui est remonté,
01:47une inflation qui aurait dû beaucoup baisser post-2022, qui ne baisse pas tant que ça,
01:51un commerce extérieur et un déficit qui sont toujours ultra élevés,
01:53on est toujours à 900 milliards de déficit extérieur, 1800 de déficit,
01:56et ça a très peu baissé, et si on rembourse cette droite de douane, ça aura probablement.
01:59Donc en fait, tout est absolument dégueu, et donc c'est vrai que maintenant,
02:01cette fascination de certains pour l'économie Trump, on est un peu dans la religion.
02:05Oui, mais alors les marchés ne pricent pas ça, c'est-à-dire qu'on est le Nasdaq,
02:09hier on perd des 0,5 depuis janvier.
02:11Oui, alors les marchés ne pricent pas ça pour plusieurs raisons.
02:13Déjà, il y a une déconnexion, une déconnexion physique,
02:15c'est-à-dire qu'à force que les États-Unis et le Canada produisent énormément de pétrole,
02:18en fait, eux, ils sont beaucoup moins dépendants du pétrole,
02:20et d'ailleurs, ce qui rend la situation un peu ubuesque,
02:22c'est que les seuls qui ont besoin du pétrole iranien sont les alliés de l'Iran et de la
02:25Chine,
02:25donc ils sont en train de dire, on va laisser passer les bateaux de nos potes et pas ceux des
02:28autres,
02:28mais en fait, il n'y a que les bateaux de leurs potes qui veulent le passer.
02:30Donc au final, on voit bien que ça aboutit à ces trucs un peu lunaires d'attaquer les voisins,
02:41boursières, c'était de l'industrie.
02:42Aujourd'hui, quand vous avez des GAFAM qui ne sont pas des boîtes industrielles,
02:45quand le cours du pétrole monte un peu,
02:47les valeurs touchées sont des tout petits poids dans les indices,
02:50et puis c'est des valeurs à très grosse marge.
02:52Quand vous avez 3 de marge, si les matières premières augmentent,
02:54vous pouvez basculer dans le rouge.
02:55Quand vous avez 60 de marge, au pire, vous aurez provisoirement 55,
02:59ça n'affole personne, donc en fait, les indices sont devenus de moins en moins sensibles à ça.
03:03Donc il vaut mieux regarder ce qui se passe sur les investissements dans l'IA,
03:06les résultats d'Open&I, le pétrole ?
03:08Moi, je pense quand même que le marché est quand même très gentil,
03:11qu'on est un peu dans un délire,
03:12que les taux américains, quand ils n'arrêtent pas de remonter,
03:15qu'il y a de l'inflation et que vous avez insulté tous vos partenaires
03:17et donc tous vos acheteurs, c'est un sujet,
03:19que quand vous avez besoin des investisseurs étrangers pour le financer,
03:23qu'en même temps vous ne voulez plus de déficit commercial,
03:25c'est quand même un peu autocontradictoire.
03:27Donc moi, je pense qu'il y a pas mal de raisons d'être inquiet,
03:29et je pense qu'on n'est vraiment pas du tout à des points d'achat,
03:31mais on va dire que le raisonnement par rapport à la composition des indices tech,
03:35je comprends, vous le disiez d'ailleurs,
03:36quand vous parlez de la hausse du gaz qui est un vrai sujet,
03:38oui, mais que c'était très vrai quand on était très industriel,
03:40aujourd'hui, il faut l'avoir en tête,
03:41en juillet en France, on consomme 5 fois moins de gaz en janvier.
03:45Donc je veux dire, on arrive à des périodes
03:46où le gaz est un sujet qui est de moins en moins important.
03:48Et donc en fait, on est dans cette contradiction
03:50que des sujets qui étaient cruciaux il y a 20 ans,
03:52on parlait en embargo catastrophe,
03:54ont aujourd'hui des résonances beaucoup plus faibles,
03:56pour autant je pense qu'elles n'en ont pas assez.
03:57Mais Thibaut, quand même, moi je n'entends sur ce plateau
03:59que des boîtes qui vont aux US parce que ça carbure,
04:02parce qu'on a des croissances qu'on n'a pas en Europe,
04:05qui sont toujours aussi optimistes, qui réinvestissent,
04:08là on avait ce projet de data center qui devait arriver en France,
04:10ben non, il va aux US.
04:12Alors il y a plusieurs sujets,
04:12le premier c'est que démographiquement,
04:14les Etats-Unis ont une zone plus dynamique que l'Europe,
04:16donc il y a plus de naissances encore pour quelques temps,
04:19plus de jeunes, donc plus d'acheteurs, c'est le premier point.
04:21Le deuxième point, c'est qu'il y a beaucoup de communication,
04:22à vous rappeler, par exemple, tous les Émirats, Qatar,
04:24qui ont promis des centaines, des milliers de milliards aux Etats-Unis,
04:26puis là ils disent, bon, finalement rien.
04:27Donc il y a aussi toute une communication qu'aujourd'hui,
04:29on ne peut pas être mal avec les US,
04:30donc on a besoin d'afficher ça.
04:32Et puis, c'est vrai qu'accès de droit de douane,
04:34ça a aussi poussé des gens à revoir leurs capacités,
04:36mais pour autant, il n'y a pas de main-d'oeuvre dispo aux Etats-Unis,
04:38malgré tout.
04:39Donc en fait, tout ça va se calmer assez vite.
04:41Mais il y a une réalité qu'aujourd'hui,
04:43si vous voulez, quand il y a beaucoup de déficits publics
04:44pour stimuler l'activité,
04:45vous pouvez vous dire que c'est malsain et que ce n'est pas durable.
04:47La boîte de camétrie, elle s'en fout,
04:48s'il y a des gens qui donnent de l'argent et que les gens consomment,
04:51c'est une réalité.
04:52Mais on sait que ce n'est pas très durable.
04:53Vous savez, il y a un truc qu'en économie,
04:54on aime bien dire, c'est l'effet d'éviction ricardien,
04:56c'est de dire, si vous donnez plein d'argent aux gens,
04:58une fois que vous avez trop de dettes,
04:59ils savent que vous allez venir le récupérer
05:00et ils arrêtent de le consommer.
05:01Donc on arrive un peu dans cette zone où tout devient un peu contre-productif.
05:05C'est-à-dire qu'on est arrivé un peu au bout de ce truc.
05:06Et aujourd'hui, moi, je suis un petit peu préoccupé,
05:09surtout que les marchés, effectivement,
05:10eux, pour l'instant, n'en ont pas grand-chose à faire.
05:12Et donc, un peu de vigilance, bienvenue pour les mois à venir.
05:16Merci beaucoup Thibault d'être venu ce matin
05:17dans la matinale de l'économie.
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