00:00Bonjour Christian Parizeau, économiste et conseiller auprès d'Aurel BGC.
00:04On va parler évidemment de la réaction des marchés à ce conflit en Iran.
00:09Qu'est-ce que vous avez pu constater depuis ces trois jours ?
00:12Le week-end n'a pas été très calme.
00:14Non, ça n'a pas été très calme.
00:16Alors, ça met beaucoup d'incertitudes parce que naturellement,
00:18tout dépend de votre scénario sur la durée du conflit.
00:22On ne dira pas du tout.
00:23Il y a deux choses qui sont importantes.
00:24C'est naturellement, combien de temps on bloque le détroit d'Hormuz
00:26parce qu'on sait qu'il n'y a pas de rupture aujourd'hui.
00:28On a des approvisionnements assurés.
00:32L'Europe dépend à peu près à 30% de tout ce qui est pétrole et gaz de cette zone
00:36-là.
00:36Donc, il y a des moyens de se retourner.
00:38Il n'y aura pas de pénurie.
00:39Par contre, ça crée forcément des tensions.
00:41On voit que par précaution, tous les tankers ne passent pas.
00:43Donc, ça crée quand même de l'incertitude.
00:45Et puis, l'autre grosse incertitude, c'est jusqu'à quel point ce conflit va s'étendre à l'ensemble
00:50de la zone.
00:51Parce que ce que regardent les marchés, au-delà de l'aspect humain,
00:54vraiment la partie économique,
00:55c'est est-ce qu'il y a des exploitations qui sont détruites ?
00:59Est-ce qu'il y a vraiment l'ensemble de la zone qui peut être affectée durablement dans sa production
01:04?
01:04Et c'est ça qui, aujourd'hui, crée de l'incertitude.
01:06Alors, c'est vrai qu'on ne dira pas la même chose si, à la fin de la semaine, c
01:09'est fini.
01:09Ou si, je vous dis, qu'on rentre dans un conflit durable de plusieurs mois
01:12avec quand même quelque chose de nouveau maintenant.
01:14C'est qu'on voit que les attaques de l'Iran peuvent frapper assez loin sur des cibles.
01:19Alors, peut-être pas faire beaucoup de dégâts, mais en tout cas, créer suffisamment de perturbations.
01:23Et plus ça dure, plus c'est long, plus il y a un impact important,
01:28et plus les cours du pétrole vont rester élevés.
01:30Et ça, ça a généré quelque chose qu'on n'a pas forcément anticipé tout de suite.
01:35C'est que, certes, il y a eu une inversion au risque.
01:37Certes, les marchés ont réagi en disant qu'il y a un risque géopolitique.
01:40Mais la première chose qu'ils ont dit, il y a un risque inflationniste.
01:42Qui dit risque inflationniste dit banquier centraux beaucoup moins incommodant.
01:47Donc déjà, ça a fait peur, ça a induit des mouvements assez violents.
01:50Et surtout, on a vu que le marché obligataire n'a pas joué son rôle de valeur refuge.
01:53Et on a eu des investisseurs qui ont vraiment fait des arbitrages assez violents
01:57sur l'idée plutôt...
01:59Alors, stagflation en Europe, c'est-à-dire impact très négatif sur la croissance européenne
02:03avec une inflation qui pourrait rebondir.
02:05Alors, encore une fois, une inflation importée.
02:07Ce n'est pas dire qu'on serait dans une boucle prix-salaire.
02:09mais un risque inflationniste et derrière des vrais arbitrages
02:13qui se sont fait des rotations sectorielles particulièrement violentes sur certains secteurs.
02:17En quoi cette situation aujourd'hui est différente de ce qui s'est passé en 79 ?
02:21Alors, il y a beaucoup de choses qui sont différentes.
02:23D'une part, l'intensité énergétique de la croissance européenne ou américaine est beaucoup plus faible.
02:28Quand on a une croissance de 1% en Europe, c'est à peine 0,4% d'impact sur
02:32la consommation de pétrole.
02:33On était à 1,5% encore en 79 à la première révolution iranienne.
02:39Par contre, élément peut-être identique, c'est le fait que le poids du Moyen-Orient
02:43dans la production mondiale, l'Iran s'est effondré, représente à peine 5% de la production totale,
02:48mais on a le poids du Moyen-Orient qui est assez identique.
02:51Donc, ça veut dire quand même une sensibilité très forte.
02:53Par contre, l'Europe a beaucoup diversifié ses moyens.
02:56Donc, je dirais que l'impact énergétique direct, c'est un impact, ça peut être fort,
03:01mais ce n'est pas la plus grande source d'inquiétude.
03:03La plus grande source d'inquiétude maintenant qu'on peut avoir face à cette situation,
03:07c'est que le Moyen-Orient, c'est une plaque tournante des échanges entre l'Europe et l'Asie.
03:10Et c'est ça, surtout, qu'on commence à voir.
03:12C'est peut-être la chose que les marchés ont du mal à intégrer.
03:16Donc, on l'a intégrée via les compagnies aériennes, via le tourisme.
03:19Ok, ça, c'est un élément.
03:20Mais aussi, il y a toutes les chaînes d'approvisionnement qui peuvent être affectées.
03:24Donc, c'est à suivre.
03:24Ça peut être quelque chose d'assez négatif pour pas mal de secteurs industriels.
03:28Donc, encore une fois, c'est le trafic maritime, c'est l'impact sur le trafic de fret aérien
03:33qui peut être vraiment important à surveiller.
03:35Donc, il y a cet aspect-là.
03:37Et puis, l'aspect, clairement, sur le comportement des agents économiques.
03:41Parce qu'on sait, on le voit, on en parle, on parle de retour d'inflation.
03:45Bon, le consommateur, quand on lui parle que le coût de l'essence va monter,
03:48bon, ça n'est pas à acheter une nouvelle voiture ou à consommer plus.
03:52Donc, déjà, on a cette fragilité-là.
03:54On voit que, quand même, quoi qu'il arrive, la hausse des prix de l'essence va être là
03:58dans les prochains mois.
03:59Donc, ça va être un élément qui peut renier le pouvoir d'achat.
04:01Donc, ça peut jouer sur le consommateur.
04:02Et puis, pour les entreprises, naturellement, c'est un facteur de risque.
04:05Alors, on sait que, par le passé, l'économie mondiale a été très résiliente au choc géopolitique.
04:09Donc, ça, c'est plutôt rassurant.
04:11Mais, on est quand même sur des choses qui vont quand même fragiliser.
04:14Donc, les marchés ont fait leur choix.
04:16On a bien vu, les investisseurs.
04:17Je pense qu'il y a pas mal de grands fonds américains qui ont décidé de rapatrier leur argent.
04:21Ce qui explique beaucoup pourquoi la bourse américaine a plutôt bien résisté
04:25et pourquoi on n'a pas eu, finalement, une correction trop sévère à Wall Street.
04:29Mais, on voit qu'on a quand même un appétit pour le risque qui a beaucoup diminué.
04:32Les bourses émergentes, les bourses européennes ont beaucoup chuté.
04:36Et puis, surtout, on voit qu'il y a une sélection
04:38où tous les pays qui sont très dépendants de l'approvisionnement vis-à-vis du Moyen-Orient
04:43ont été lourdement sanctionnés.
04:45Donc, il y a quand même un aspect psychologique qu'il ne faut pas sous-estimer.
04:49Pourquoi ? Parce qu'il y a une grosse différence entre 79 et aujourd'hui.
04:51C'est la valorisation des marchés qui est particulièrement élevée.
04:54C'est-à-dire que, pour vous donner juste un chiffre,
04:56on était sur un PE sur la bourse américaine à 8 en 79.
04:59Là, maintenant, on est sur un PE de plus de 20.
05:02Donc, ça veut dire quoi ?
05:03Ça veut dire qu'aujourd'hui, on a des actifs risqués qui sont très chers,
05:06donc très sensibles à la moindre mauvaise nouvelle.
05:08Donc, c'est pour ça qu'on peut avoir des réactions assez violentes.
05:10Vous parliez d'inquiétude, ça se voit aussi dans votre propre activité au quotidien à vous.
05:15Vous l'avez senti tout le week-end.
05:16C'est ça, il va falloir répondre à l'incertitude.
05:18Et vous l'avez dit, ça va dépendre de la durée de la crise.
05:21En grande partie, des choses qu'on ne maîtrise pas.
05:23Mais c'est vrai que c'est compliqué parce qu'en termes de choix d'allocations d'actifs,
05:27de rotation sectorielle, de savoir quel est finalement le secteur qu'on peut jouer,
05:31on voit que ça tourne très vite.
05:32Alors, il y a les secteurs plastiques.
05:34On joue la défense, on achète les pétrolières, on va vendre les loisirs.
05:38Ok, une fois qu'on a dit ça, mais après, est-ce que ça a un impact sur la consommation
05:40?
05:41Donc, est-ce qu'il faut aller sur les biens de consommation cycliques ou pas ?
05:43Quelle sera la réponse de l'administration Trump ?
05:45Parce qu'on voit qu'il y a quand même une vraie pression sur le pouvoir d'achat des ménages
05:48américains.
05:49L'administration Trump a déjà promis qu'ils allaient aider les Américains.
05:51Mais quelles sont les mesures qui peuvent être prises ?
05:53Est-ce qu'on aura la flexibilité budgétaire ?
05:54Donc, on rentre quand même dans un schéma où on a des rotations.
05:58Et puis surtout, le grand trade qu'on anticipait tous et qu'on commençait à avoir,
06:02c'est-à-dire que les grandes gestions américaines diversifiaient, achetaient l'Europe,
06:06achetaient les émergents pour diversifier leurs risques,
06:08parce qu'ils avaient trop investi sur l'intelligence artificielle
06:10et ils voulaient aujourd'hui jouer plutôt ce retour.
06:12Et regardez la bourse sud-coréenne ce matin, la correction est particulièrement violente.
06:17C'est vraiment, on a un mouvement de recul.
06:20et très clairement, on est en train de nouveau de réduire la prise de risque sur les émergents et l
06:25'Europe.
06:26Donc, attention, ça va très très vite.
06:27C'est ce qui explique un peu cette volatilité.
06:29Je propose que vous restiez sur ce plateau, Christian Parézio.
06:31Vous êtes d'accord ?
06:32Avec plaisir.
06:32On vous retrouve dans un instant dans Good Morning Market avec Étienne Braque, évidemment.
06:37Merci, Christian Parézio, économiste et conseiller auprès d'Aurel BGC.
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