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  • il y a 4 heures
Le reporting extra-financier est de plus en plus courant dans les entreprises, mais Thomas Breuzard craint que l’on ne mesure que ce qui est le plus facile à mesurer. Dans son édito, il explique que ce qu’il manque ce n’est pas la data mais des indicateurs adaptés pour mesurer efficacement l’impact.

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Transcription
00:12Et comme à chaque fois on commence cette émission avec ton édito Thomas, et tu nous dis que le reporting
00:17n'a jamais été aussi dense.
00:18Et oui, on mesure de plus en plus des données avec des indicateurs et on fait beaucoup de reporting.
00:23Mais une question à mon sens reste largement ouverte, est-ce que ce que l'on compte est ce qui
00:27compte vraiment, ou est-ce que ce que l'on compte c'est ce qui est le plus facile à
00:30mesurer ?
00:30Et tout ça est très important parce que derrière on prend des décisions qui font qu'on peut décider des
00:35choses prioritaires alors qu'en fait il y a derrière des choses moins visibles qui sont éminemment importantes.
00:39Le vrai problème aujourd'hui est peut-être pas tant le manque de données que le choix des indicateurs initiaux
00:43qui font qu'on peut s'organiser ensuite pour bien collecter ces données pendant des décennies.
00:47On l'a évoqué dès le lancement, on a piloté avec un indicateur dominant, celui qui est autour de la
00:52performance financière.
00:54Alors aujourd'hui on a ajouté moultes indicateurs, dits extra-financiers, mais souvent sans vraiment changer le tableau de bord.
00:59C'est-à-dire qu'on est venu associer d'autres compteurs à côté, mais en gardant des silos, en
01:03silotant la finance, le social, l'environnemental.
01:05Résultat, les décisions continuent de privilégier souvent le court terme et manquent de synergie.
01:10Et alors aujourd'hui justement, est-ce que les indicateurs qui existent influencent vraiment les décisions stratégiques selon toi ?
01:15Alors un point important, un second point important, c'est que mesurer ce qui compte vraiment, c'est aussi mesurer
01:19des interrelations entre différentes dimensions, d'où l'idée de silos qui sont problématiques.
01:24Ce qui peut faire à mon sens la différence aujourd'hui, ce sont ces indicateurs par exemple croisés, comme on
01:29pourrait évoquer le chiffre d'affaires rapporté à la tonne de CO2, à la tonne de carbone.
01:33On ne peut plus dissocier l'économique de l'environnemental.
01:35On pourrait parler aussi parfois d'indicateurs du type mesurer la part du chiffre d'affaires qui contribue activement à
01:40la résolution d'enjeux sociétaux,
01:42ou à l'inverse, et c'est beaucoup plus dérangeant qu'à la part du chiffre d'affaires qui détruit
01:45de la valeur sociale et ou environnementale pour créer de la valeur financière.
01:49Alors ces indicateurs-là évidemment sont plus inconfortables, parfois plus difficiles à mesurer, mais parfois très intéressants.
01:54Sur un volet très social, je prendrais un autre exemple, celui qui visera à corréler l'épanouissement par le travail
01:58et l'absentéisme au travail.
02:00C'est quelque chose que l'on fait chez Norcisse qui marche très bien et qui peut révéler parfois que
02:03la santé mentale devient un indicateur de performance globale pour les organisations.
02:07Peut-être aussi partir davantage des bénéficiaires directs des politiques d'engagement sociétal, des politiques business aussi des entreprises.
02:13Salariés, clients, fournisseurs, partenaires, ce sont eux en réalité qui définissent s'il y a impact ou pas à travers
02:19les stratégies de nos entreprises.
02:20Un dernier point, changer d'échelle.
02:22Mesurer l'impact, ce n'est pas qu'à l'échelle d'une organisation dans son silo à elle, c
02:26'est aussi le fait d'œuvres collectives qui font que, par exemple,
02:29on pourrait mesurer à l'échelle d'une filière ou d'un écosystème la capacité à générer des impacts positifs.
02:33C'est une des propositions des nouveaux standards de Bicorp qui viennent de paraître.
02:36Et est-ce qu'il n'y a pas aussi des aspects de l'activité économique qui sont difficiles à
02:40mesurer ?
02:40Alors un angle mort majeur parmi d'autres, mais majeur à mon sens, c'est celui des coûts cachés ou
02:45des bénéfices invisibles.
02:46On pourrait le prendre plus positivement.
02:47C'est le troisième point clé.
02:48Ce que l'on mesure ne finit pas toujours finalement par être bien identifié.
02:53Les pollutions des eaux, des sols, des problématiques de santé mentale, d'exclusion, de décrochage par exemple parmi certains pans
02:58de la population,
02:59pourquoi donc a-t-on tant de mal à traiter les problèmes à la source plutôt que de venir colmater
03:04des brèches ?
03:05Eh bien sans doute parce que les coûts sont très diffus, parce que les bénéfices de la prévention sont partagés,
03:09donc nécessairement moins visibles dans un compte d'exploitation de résultats.
03:13C'est bien dommage parce que ce qu'on mesure autrement, c'est que par exemple dans le cas des
03:17travaux d'impact France,
03:19lorsqu'on est capable d'aller chercher de la donnée là-dessus,
03:21on voit qu'un groupe comme La Poste est capable d'éviter 1,9 milliard de dépenses publiques
03:26en ayant des politiques d'emploi pour les jeunes, pour les personnes moins jeunes, éloignées de l'emploi,
03:31qui font que la collectivité derrière a moins besoin de mener des politiques d'envergure.
03:36Un autre exemple récent qui m'a marqué, c'est Unicité, cette association à l'origine du service civique,
03:40qui explique non seulement qu'un euro investi dans son projet, c'est 1,92 euro de valeur créée pour
03:45la société,
03:45et peut-être plus important encore, et j'y reviendrai plus tard dans l'émission, l'impact que cela sur
03:49la démocratie,
03:50parce que les jeunes qui passent par le service civique aujourd'hui sont deux fois plus engagés en termes de
03:54citoyenneté,
03:5555% d'entre eux se sentent davantage à appartenir à une communauté de destin nationale.
03:59C'est absolument majeur.
04:00Alors on parle ici de bénéfices sociaux, démocratiques, mesurables,
04:03mais qui restent pourtant très largement invisibles dans les décisions économiques.
04:06Et alors pourquoi est-ce que ces coûts évités et ces bénéfices collectifs comptent si peu dans les décisions ?
04:10Bien, parce que mesurer l'impact, ce n'est pas que du reporting,
04:13c'est aussi choisir ce que l'on veut rendre visible,
04:15et quand c'est inconfortable, évidemment c'est plus complexe.
04:18Il faut changer les indicateurs, et souvent cela veut dire déplacer les priorités,
04:21révéler des angles morts, et parfois remettre en cause tout un modèle,
04:24ce qui évidemment pose plein de difficultés quand on pilote opérationnellement une organisation,
04:28à forcer une entreprise.
04:30Moi je finirai en disant que dis-moi ce que tu mesures,
04:32et je te dirai ce que tu considères vraiment comme étant important.
04:34Merci beaucoup Thomas, merci d'avoir posé le décor.
04:37On va évidemment y revenir tout au long de cette émission.
04:39C'est parti pour la prochaine séquence.
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