00:00Le focus du jour c'est avec Alexandre Baradez, chef analyste chez IG. Bonjour Alexandre, merci d'être avec nous.
00:07On va revenir sur les stratégies de Banque Centrale, ça inquiète le marché, le marché suit ça de très près.
00:12On peut commencer par la BCE et notamment avec une prise de parole de Philippe Lein qui date de ce
00:17matin,
00:18qui nous dit après Isabelle Schnabel il y a quelques jours, Philippe Lein qui nous dit
00:21le choc énergétique aura des répercussions durables sur l'inflation et il précise même si certaines pressions
00:27liées à un choc d'offres s'atteignent avec le temps, il est important que les banques centrales veillent
00:30à ce qu'il n'y ait pas de convictions généralisées vis-à-vis de la population,
00:33enfin parmi la population, parmi les acteurs qui fixent les prix sur le fait que l'inflation va rester durable.
00:37Ça veut dire en substance Alexandre Baradez que quelles que soient les informations économiques
00:42qui proviendront sur le choc inflationniste, la BCE augmentera assez tôt quoi qu'il arrive
00:47pour montrer quelque part aux entreprises et aux particuliers qu'il y a une action sur l'inflation
00:52et qu'il ne faut pas aller négocier son salaire face à une hausse de prix temporaire, c'est ça
00:56?
00:56C'est les messages qui sont véhiculés et ce même Philippe Plein, le chef économiste,
00:59a expliqué aussi en début de semaine dans une autre interview qu'il n'y a pas besoin de changer
01:03pour l'instant
01:03les anticipations de marché. Or, les anticipations de marché c'est quoi aujourd'hui ?
01:07C'est plus de 90% de probabilité pour une hausse de taux le 11 juin, dans la prochaine réunion
01:12de la BCE
01:13et si on regarde un peu plus loin, juillet, donc pas de choses spécifiques,
01:17mais à la rentrée le marché considère qu'il y a 50% de chances pour avoir une deuxième hausse
01:21de taux à la rentrée.
01:23On est sur un taux de dépôt actuellement à 2, si on remonte à 2,50, la musique change quand
01:27même un petit peu
01:27pour le sentiment et les conditions financières en zone euro et c'est vrai qu'on a parfois un peu
01:33de mal à comprendre
01:34l'attitude un peu agressive malgré tout de la Banque Centrale Européenne
01:36parce que rappelons tout de même que le taux de dépôt au pic de toute la remontée de taux post
01:41-Covid,
01:42post-inflation massive, on était monté à 4%.
01:44Depuis, la BCE l'avait redescendue à 2% ce taux, elle avait procédé à la BCE à plus de
01:49baisse de taux
01:49que la Banque Centrale Européenne, que la Fed, dans un contexte économique aussi un peu moins dynamique en zone euro.
01:55Donc on était plutôt bien placé au niveau des taux et c'est vrai qu'on a eu beaucoup de
02:00révisions à la baisse
02:00des perspectives de croissance en zone euro.
02:02L'Allemagne qui provoque plus d'un pourcent de croissance désormais c'est seulement 0,5%
02:05et puis globalement, les salaires n'ont pas explosé en zone euro, la consommation n'a pas explosé en zone
02:10euro,
02:10on n'est pas du tout dans une dynamique économique qui est celle d'une accélération comme celle qu'on
02:14avait post-Covid
02:15où il fallait calmer les ardeurs.
02:16Oui, là il n'y a plus grand chose à calmer, c'est ce qu'on prend bien.
02:18C'est juste en réaction à un choc, effectivement ce que la BCE craint, c'est les effets de second
02:22tour,
02:22c'est-à-dire les effets secondaires, c'est-à-dire que ce qui est un choc énergie au départ
02:27devienne progressivement une transmission des prix à d'autres serrements comme les services.
02:32C'est une crainte justifiée, c'est ce qu'on a vu en 2022 par exemple ?
02:35C'est vrai que c'est une crainte, on l'entend souvent ces effets de second tour, est-ce qu
02:38'on le voit réellement ?
02:39Est-ce qu'on l'a vu réellement par exemple avec le choc inflationniste de 2022 ?
02:42On voit que l'inflation est remontée effectivement à 3% d'euros, mais l'inflation sous-jacente qui est
02:46la plus importante,
02:46qui est hors alimentation, hors énergie, celle-ci révèle réellement les pressions inflationnistes
02:51quand on enlève l'aspect court terme, ça peut dire quelques mois, de l'énergie ou de l'alimentaire.
02:56Donc l'inflation sous-jacente, elle s'est un peu redressée, mais pas sur des niveaux qui justifieraient d'avoir
03:002 à 3 hausses de taux,
03:01c'est ce que presse le marché aujourd'hui, 2 à 3 hausses de taux cette année.
03:04Donc à ce stade, on ne voit pas encore ces effets, puis pour répondre complètement à la question,
03:07souvenez-vous bien ce qui s'était passé quand la BCE et la Fed avaient relevé les taux en 2022
03:11de manière massive.
03:12Souvenez-vous que les banques centrales, leur bilan avait doublé post-Covid, c'est absolument gigantesque.
03:17Le bilan de la BCE avait grossi de 3 000 ou 4 000 milliards, donc c'était une phase où
03:23tout progressait,
03:24les salaires progressaient fortement, la liquidité des banques centrales avait inondé l'économie et les marchés.
03:28On était sur des politiques de taux à l'époque, de taux zéro quasiment, donc l'argent ne coûtait pas
03:32grand-chose.
03:32Tout le monde avait emprunté, investissait, le mobilier grimpait, les marchés actions, il y avait des bulles aussi post-Covid.
03:38Donc c'est ça le contexte de l'époque, on voit bien qu'aujourd'hui, ce n'est pas du
03:41tout le même scénario
03:42et la même activité monétaire qu'on avait à l'époque.
03:44Et ce n'est pas le même scénario du côté de la Fed également, où là pour le coup, le
03:47marché obligataire s'inquiète
03:49du fait que Kevin Warch n'ait pas forcément l'intention de monter les taux à court terme.
03:54On aura l'inflation publiée cet après-midi, l'indice PCE.
03:58Alors jusqu'à présent, on suivait l'indice PCE-COR, qui était l'indice préféré de la Fed pour piloter
04:05l'inflation.
04:06Là, Kevin Warch, lui, il s'exprime sur le fait qu'il préfère le Trimmed Min PCE,
04:11je ne sais pas si je le prononce bien, où là pour le coup, on enlève les côtés un peu
04:14excessifs de l'inflation dans le calcul.
04:16Est-ce que c'est déjà joué pour la prochaine réunion de politique monétaire de la Fed ?
04:21Est-ce que Kevin Warch sera obligé d'agir face au marché ?
04:24Ou est-ce qu'il faut s'attendre à ce qu'il n'y ait pas de hausse de taux
04:28pour le moment ?
04:28Pour l'instant, en tout cas, ce qui est sûr, c'est que reparler de baisse de taux dans le
04:31contexte actuel,
04:32ce serait du délire, sauf à reparler de baisse de taux dans un horizon moyen terme,
04:36une fois que les effets de la guerre en Iran se seront évaporés,
04:39ce discours-là, le marché peut l'entendre, mais à condition de bien se projeter moyen terme.
04:42Si on dit tout de suite, oui, on est en pleine réflexion sur une baisse de taux à cheval
04:47entre le premier semestre et le deuxième semestre, ce serait mal vu.
04:49Ce serait très mal vu parce que les taux américains sont honnêtement repartis à la hausse
04:53et s'ils sont repartis à la hausse, pour de bonnes raisons, c'est qu'aux États-Unis,
04:55ce qui est très différent de la partie européenne,
04:57vous avez une inflation qui n'était pas encore sous contrôle avant la guerre en Iran.
05:00Alors qu'en Europe, je rappelle qu'en début d'année, on avait eu trois mois ou à deux
05:05ou en dessous de 2% d'inflation, donc on était même sous l'objectif.
05:07Les États-Unis, ça ne prêtait le cas depuis des années.
05:09Donc, leur problématique est, je dirais, plus complexe finalement que celle de la Banque Centrale Européenne.
05:14Ils ont eu une inflation globale à 3,8, une inflation PCE,
05:17donc c'est une inflation sous-jacente qui est assez proche de 3% également.
05:20Donc, Kevin Worscht ne pourra pas avoir un discours, on va dire, doviche sur cette réunion-là,
05:27sachant, il faut bien rappeler aussi, que Kevin Worscht ne décide pas seul.
05:30Il y a bien un comité de politique monétaire, le FOMC, qui prend des décisions.
05:34Donc, l'idée, c'est quand même de faire comprendre qu'ils ne remonteront pas non plus les taux
05:37de manière excessive si nécessaire, mais je pense qu'il y a vraiment une symétrie.
05:41C'est ça qu'ils vont s'attacher à faire, c'est d'expliquer qu'on ne peut pas ignorer
05:44le risque de devoir relever les taux tant que la guerre en Iran se prolonge.
05:48C'est de dire, on est vigilant, on pourra le faire si nécessaire,
05:51sans toutefois y aller franco et dire, on relève les taux effectivement à la prochaine réunion.
05:55Ce changement d'ajustement d'indicateurs et de ne plus regarder l'inflation corps,
05:59où on enlève effectivement l'alimentation et l'énergie,
06:01mais où on va regarder du coup ce nouvel indicateur,
06:03enfin qui existe déjà, mais en tout cas qui sera celui qui est le plus regardé,
06:07où on va enlever les côtés les plus excessifs de l'inflation de part et d'autre,
06:10est-ce que ça peut changer une stratégie de politique monétaire à court terme ?
06:14Oui, disons que ça focalise encore plus attention sur la partie vraiment cœur-cœur de l'inflation,
06:18c'est-à-dire, ça encore une fois, qui représente les éléments peu sensibles,
06:22durable et moins soumis surtout au bruit de l'alimentation de l'énergie,
06:27qui effectivement, c'est un bruit qui peut durer quelques temps,
06:29on l'a vu même longtemps en post-COVID,
06:31mais là, les projections qui sont faites, c'est qu'effectivement,
06:33on voit bien que depuis quelques mois, c'est vraiment la partie énergie qui tient l'inflation.
06:37Donc, il n'y a pas encore non plus, même aux Etats-Unis,
06:38de vraies grosses contagions à la partie sous-jacente,
06:40mais la partie sous-jacente ne redescend pas.
06:42Et encore une fois, ce que rappelle la Fed régulièrement,
06:46ses membres, quand ils s'expriment en dehors des réunions,
06:47et c'est bien comme ça qu'il faut le voir.
06:50Une personne qui est dans le top 10, top 15 des Américains les plus riches,
06:53une inflation à 3%, même à 4%, il la digère sans aucun problème.
06:57Quelqu'un, en revanche, qui n'a pas de patrimoine financier,
06:59pas de patrimoine immobilier, qui a juste son salaire pour vivre,
07:01et qui a les coûts de la vie à assumer,
07:05et qui a une inflation globale à 4%,
07:07cette personne-là a un problème.
07:08Et c'est ça qu'on a dans les enquêtes du Michigan, du Conference Board,
07:12ces enquêtes révèlent ce que cette grande partie des Américains vit,
07:17et en fait, la politique monétaire, elle est aussi faite pour ça.
07:20Même si on est obligé de laisser les toits élevés,
07:22c'est pour éviter que l'inflation ne pâte à 5%,
07:24c'est aussi et surtout pour la partie de la population
07:26qui ne peut pas encaisser, j'ai envie de dire,
07:28qui ne peut pas vivre avec une inflation proche de 4%.
07:30On suivra ce chiffre de l'inflation,
07:32enfin vous suivrez ce chiffre de l'inflation sur BFM Business cet après-midi.
07:35Merci beaucoup Alexandre Baradez,
07:37je rappelle que vous êtes chef analyste chez IG.
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