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  • il y a 8 minutes
Adrien Bilal, lauréat du Prix du meilleur jeune économiste 2026, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 1er avril. Ils ont abordé les impacts économiques du réchauffement climatique et l'intérêt de l'Union européenne à décarboner son économie, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h43 sur BFM Business et sur MC Live. Notre invité ce matin c'est Adrien Bilal.
00:04Bonjour, vous êtes lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2026.
00:08Félicitations, vous avez 35 ans, vous êtes également professeur à Stanford,
00:13vous avez enseigné à Harvard, vous êtes titulaire d'un doctorat en économie de l'université de Princeton
00:18et bien sûr vous avez fait Polytechnique, la base pour un CV d'économiste.
00:22Vous avez donc reçu ce prix du meilleur jeune économiste.
00:25On dit de vous dans les papiers qui ont été réalisés ces derniers jours
00:29que vous bousculez l'analyse économique de l'écologie.
00:33Vous avez cette proposition autour de la taxe carbone qui est assez élevée.
00:38Il faut dire que si on met en place vos idées, on passe sur un litre d'essence au-delà
00:42des 4 euros.
00:43Sur BFM Business, c'est Jean-Marc Daniel qui fait régulièrement cette proposition.
00:46On l'avait rarement vu d'un économiste. Est-ce que vous pensez que c'est sociétalement acceptable ?
00:51Oui, merci de la question. C'est vraiment une bonne remarque.
00:55Donc nous en fait, on n'avance pas le fait que la taxe carbone soit si élevée dans une implémentation
01:05immédiate.
01:06On dit voilà, dans un monde un peu idéal, ce qu'il faudrait faire, ce serait effectivement
01:10mettre un prix sur le carbone beaucoup plus élevé que ce qu'on pensait.
01:13Si on voulait vraiment faire la transition en fait ?
01:15Voilà. Mais en pratique, il y a tout un tas de considérations
01:18qui ne sont pas nécessairement prises en compte dans notre analyse,
01:21qu'il faut prendre en compte, accompagner les ménages dans la transition,
01:24accompagner l'électrification.
01:26Donc ça, c'est tout un tas de considérations supplémentaires
01:28qu'il faut un peu ajouter à l'analyse.
01:31Nous, on s'est essentiellement focalisés sur
01:33comprendre les impacts économiques du réchauffement climatique.
01:36Et ils sont très violents,
01:37beaucoup plus violents que ce qu'on pouvait calculer
01:40parce que vous faites une approche globale
01:42sur l'ensemble de la planète.
01:43Vous prenez en compte notamment la température des océans.
01:46Si on reste tel qu'on est, si on augmente la température d'un ou deux degrés,
01:50on pourrait perdre la moitié du PIB mondial.
01:53Donc ça, c'est la conclusion un peu surprenante à laquelle on arrive.
01:57Alors, il faut bien comprendre que ce n'est pas perdre la moitié du PIB mondial
01:59par rapport à aujourd'hui,
02:01mais perdre la moitié du PIB mondial par rapport à ce qu'on aurait en 2100.
02:04Donc ça ne veut pas dire qu'on sera plus pauvres à la fin du siècle qu'aujourd'hui.
02:07On sera quand même plus riches,
02:08mais on pourrait être beaucoup plus riches
02:10s'il n'y avait pas le changement climatique.
02:11– Mais ce qui veut dire qu'aujourd'hui,
02:13on ne prend pas en considération correctement ce qu'il faudrait faire,
02:17on ne prend pas les coûts, en fait, on les calcule mal.
02:20– Exactement, on les calcule mal
02:21parce qu'on s'est essentiellement attaché jusqu'à aujourd'hui
02:24à regarder les effets de la température dans votre pays.
02:28Donc on s'est intéressé à l'effet en France de la température en France.
02:33Mais ça, ça omet en fait une grande partie de la question
02:37puisque le changement climatique, c'est une transformation globale
02:41du système climatique.
02:42Et donc il y a tout un tas d'autres phénomènes
02:43qui accompagnent le changement climatique
02:45comme le réchauffement des océans
02:46qui lui-même ensuite donne lieu à des changements,
02:48des régimes de précipitation, des régimes de vent.
02:51Vous avez plus de sécheresse, etc.
02:52Et donc tout ça, ça contribue aussi à affaiblir l'économie
02:55quand ça se produit.
02:55On le voit tous les jours dans les infos.
02:59Et donc ça, ça rajoute des dégâts.
03:01Et donc c'est ce qu'on a pris en compte dans notre analyse.
03:03Et ça nous a mené à cette conclusion un peu surprenante
03:06mais d'un coût très élevé du changement climatique.
03:07Mais qu'est-ce qu'on fait de vos travaux ?
03:08Parce que vous dites vous-même,
03:10il ne faut pas mettre en place tout de suite demain
03:12une taxe carbone à plus de 1000 euros la tonne.
03:14On est aujourd'hui à 40 euros.
03:16Donc l'écart, il est quand même très important.
03:18Vous dites, ce n'est pas possible sociétalement.
03:20Donc qu'est-ce qu'on fait ?
03:20On vous donne un prix en vous disant
03:21merci, c'est bien gentil pour vos travaux.
03:23Mais on ne le fera pas ?
03:24C'est-à-dire qu'à un moment donné,
03:25il faut quand même passer de la théorie à la pratique ?
03:28Exactement.
03:28Mais il faut y aller de façon graduelle.
03:31Et puis, avant de passer de la théorie à la pratique,
03:33il y a tout un système d'institutions
03:39qui filtre un peu les travaux de la recherche
03:40avant de les amener aux décideurs
03:41puisque en pratique,
03:42il y a tout un tas de considérations sociales, politiques
03:45qu'il faut prendre en compte
03:46avant de mettre en place nécessairement
03:49quelque chose qui est plus théorique que pratique.
03:52Sauf que là, on est en pleine crise de l'essence
03:54avec un gazole qui s'est envolé à la pompe.
03:57On a des professions qui demandent des aides.
04:00Comment vous regardez ça ?
04:02Vous dites qu'il ne faut surtout pas subventionner l'essence
04:04parce que vous attaquez le signal prix.
04:06Comment vous regardez ça ?
04:07Oui, alors ça, c'est toujours une question délicate.
04:10D'un côté, on veut aider les ménages à absorber le choc.
04:14D'un autre côté, le signal prix,
04:18il est fait par les marchés et il est réel
04:20et il faut le respecter également.
04:22Ce qui est intéressant, plus dans le long terme,
04:24c'est de réfléchir à l'électrification de la flotte des véhicules,
04:28par exemple, et du reste de l'économie.
04:30En France, on a l'avantage sur la question des émissions carbone
04:33d'avoir une électricité qui est très décarbonée
04:35par rapport à nos voisins.
04:36Donc, c'est un avantage important
04:39duquel on peut profiter
04:42en électrifiant les véhicules électriques.
04:44Là, on disait tout à l'heure que...
04:46Ça augmente 30% quasiment de la flotte
04:48sur les immatriculations,
04:49sur les chiffres de la PFA de ce matin.
04:50Donc, on avance, pas très vite,
04:52mais on avance sur l'électrification.
04:54Voilà, donc ça, c'est très encourageant.
04:57Je pense que les ménages comprennent
04:59que c'est aussi dans leur avantage matériel et financier
05:02de passer à l'électrique,
05:03puisque ça coûte moins cher sur le long terme
05:05que les véhicules à moteur à combustion.
05:08Donc, voilà, continuer à accompagner cette transition,
05:09c'est un élément important,
05:12cette transition vers l'électrification de l'économie
05:14et la production des carbonés d'électricité.
05:16C'est un élément très important d'une politique plus globale.
05:19Sauf que dès que vous mettez en place
05:21un mécanisme d'ajustement aux frontières,
05:23une taxe carbone,
05:24vous avez l'FNSEA,
05:26qui l'a encore dit hier sur cette antenne,
05:27qui veut absolument revenir dessus
05:28parce que ça augmente ses coûts,
05:30vous avez toute l'industrie qui est contre
05:32parce que ça augmente les prix.
05:34Comment on arrive à un juste équilibre sans...
05:37On dit souvent qu'il ne faut pas faire
05:38la transition écologique sur un champ de ruines,
05:39mais on n'arrive pas à trouver ce juste milieu.
05:42Oui. Alors, une fois qu'on met un prix sur les émissions,
05:47au sein de l'Union européenne,
05:48c'est très important d'avoir un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières
05:50pour protéger la compétitivité des entreprises européennes.
05:54Ça, c'est très important.
05:55Ça permet d'égaliser les conditions de production
06:01à l'Union européenne et à l'étranger.
06:03L'autre argument important que j'aimerais faire,
06:06c'est une conséquence de nos travaux,
06:08qui est que si le coût du réchauffement climatique
06:10est en fait bien plus élevé que ce qu'on pensait,
06:13pour le monde entier, ça veut aussi dire
06:15qu'il l'est pour l'Union européenne.
06:16Et donc, ce que nos travaux suggèrent,
06:18c'est qu'en fait, l'Union européenne a quand même avantage
06:21à décarboner une grande partie de son économie,
06:24indépendamment de ce que font ses voisins,
06:26parce que ce sera dans son intérêt de long terme,
06:28même si elle ne prend en compte
06:30que ce qui se passe sur son territoire.
06:31Sauf que le premier argument des Européens
06:33pour dire qu'il ne faut rien faire,
06:34c'est souvent de dire qu'on est déjà
06:35les meilleurs élèves de la planète,
06:36pourquoi on irait faire plus ?
06:38Alors, c'est vrai que l'Union européenne
06:40se place assez haut sur la liste des pays,
06:43mais ça veut quand même dire
06:44qu'on peut continuer.
06:45Alors, ça ne veut pas nécessairement dire
06:47qu'il faut décarboner l'intégralité de l'économie
06:49si nos voisins ne font rien,
06:51mais on est encore loin du taux de décarbonation
06:56qui serait dans l'intérêt propre de l'Union européenne.
06:58Mais vous arrivez à chiffrer l'intérêt économique
07:01de la décarbonation, par exemple,
07:03pour l'Union européenne ?
07:04Voilà, exactement.
07:05Donc, dans nos travaux, on arrive à la conclusion
07:07que c'est intéressant pour l'Union européenne
07:09de décarboner environ 70% de son activité économique.
07:13Donc, on n'en est pas encore là.
07:14Mais intérêt pour quoi ?
07:16Pour l'Union européenne propre.
07:17Oui, mais vous le chiffrez en disant quoi ?
07:18Ça va augmenter le PIB de temps ?
07:20Ça va sur l'industrie ?
07:21Exactement.
07:21Donc, dans le long terme,
07:22ça va améliorer l'activité économique.
07:24On va limiter les dégâts climatiques
07:25qui s'appliquent à l'Union européenne.
07:26Et donc, c'est bénéfique pour l'activité économique,
07:29le PIB européen.
07:30Et vous arrivez à soustraire le nombre d'entreprises
07:33qui ne vont pas survivre ?
07:34Parce qu'avec le mécanisme d'ajustement aux frontières,
07:37avec l'augmentation des prix,
07:38certains ne pourront pas gérer leurs coûts.
07:41Alors, c'est vrai que ça...
07:42Il y aura des perdants, c'est ce que je veux dire.
07:43Il y a toujours des gagnants et des perdants.
07:44Donc, ça, c'est important de prendre en compte
07:46ces effets redistributifs.
07:48Dans les études qui ont été faites,
07:50en revanche, on voit en fait assez peu d'effets
07:56des changements de prix sur le marché européen des crédits.
07:59On voit assez peu d'effets de ces instruments
08:04pris sur le carbone.
08:06Alors, c'est peut-être un peu surprenant,
08:07mais c'est ce qu'on trouve jusqu'à maintenant.
08:09Donc, ça, ce ne sont pas des études que j'ai faites.
08:11Vous travaillez aux Etats-Unis.
08:12Alors, un, pourquoi les Etats-Unis et pas la France ?
08:15Vous habitez aux Etats-Unis.
08:16J'habite aux Etats-Unis, oui.
08:17Vous êtes là de passage.
08:18Et deux, comment on fait pour parler climat sereinement
08:20quand on est enseignant aux Etats-Unis ?
08:22Oui, si vous voulez, la recherche,
08:24on est parfois, à juste titre,
08:27considérée comme un petit peu dans notre bulle.
08:28Donc, la recherche continue.
08:29On travaille sur des temps qui sont très longs.
08:33En économie, on met parfois 5 ans à publier un article.
08:36Donc, voilà, c'est un peu comme avoir un enfant
08:39et le voir grandir.
08:40Et donc, nous, on continue de travailler sur nos sujets
08:44parce qu'on pense que c'est important.
08:45Peu importe l'impact des décisions gouvernementales.
08:49Oui, comme je vous disais,
08:50le temps de publication d'un article est plus long
08:52que le temps d'un mandat politique.
08:53Et donc, on suit notre cours.
08:56Stanford, c'est quelques temps et on revient en France.
08:59Vous étouffez la Harvard, Stanford, Pryson.
09:01C'est quoi votre plan de carrière ?
09:04Vous savez, pour l'instant, je suis aux Etats-Unis.
09:07La Californie, c'est un très bel état.
09:09Donc, on verra ce que l'avenir me réserve.
09:14Merci beaucoup, Adrien Villal, d'être venu ce matin
09:16dans la matinale de l'économie.
09:17Lauréat du prix du meilleur jeune économiste.
09:20Prix qui est décerné par le Cercle des économistes
09:22et le monde.
09:23Merci beaucoup.
09:23Je vous잘ais searched le Mid断.
09:23Je vous Beng reboot du chemin.
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