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  • il y a 3 heures
Bullshitomètre : "Il faut multiplier les aides aux consommateurs"

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Transcription
00:00Jean-François Robin vient nous dire ce qu'ils en pensent chaque jour, c'est vrai, un expert de marché
00:03vient déconstruire les idées reçues et nous livrer sa pensée profonde.
00:07Aujourd'hui c'est vous Jean-François qui vous y collez, directeur de la recherche de la T6, bienvenue, bonjour.
00:11Bonjour à tous.
00:11La crise donc est horrible, il faut des aides, geler les prix, taxer les surprofits, certains le pensent, pas vous,
00:17vous vous dites bullshit.
00:20Vous le foudroyez Jean-François, ceux qui pensent qu'il faut multiplier les aides face à la hausse des cours
00:23du pétrole.
00:24Oui j'ai tendance à regarder ça avec un peu de gourmandise, on s'en rendront.
00:29Mais beaucoup d'importance sur le scénario extrême, le scénario sévère ou adverse de la Banque Centrale Européenne,
00:34mais que tout le monde a, nous aussi on a un scénario beaucoup plus méchant que notre scénario central,
00:38mais au final aujourd'hui quand on regarde les choses un petit peu calmement, nous typiquement je donne notre scénario,
00:43on avait un prix du pétrole à 118 dollars le baril au mois d'avril, 94 au mois de mai,
00:49on finissait l'année à 80, ça se calme etc.
00:52Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ? On est sur un scénario qui est beaucoup plus bas
00:55que ça, on est à 91 et quelques le prix du baril aujourd'hui.
00:59Donc même avec notre scénario beaucoup plus méchant que ça, on termine avec une croissance française de 0,9, une
01:04croissance américaine près de 2,
01:06donc c'est pas un scénario dramatique. Quand vous regardez les chiffres typiquement de l'inflation française de ce matin,
01:11on est à 2%, c'est ce qu'on avait prévu,
01:15c'est pas des chiffres d'inflation qui font très très peur. Et donc est-ce que pour autant on
01:19doit utiliser les finances publiques ?
01:21Si on avait de l'argent peut-être qu'on devrait le faire, mais sûrement pas en tout cas en
01:24subventionnant la consommation de pétrole.
01:27Moi c'est un petit peu ça mon truc, c'est le pire des choses à faire aujourd'hui, c
01:31'est de subventionner la demande de pétrole d'essence.
01:34C'est exactement ce qu'a fait typiquement un pays comme l'Italie. L'Italie c'est vraiment un exemple
01:38de ce que certains réclament,
01:40c'est-à-dire on fait baisser de 20 centimes ou on met des capes à la hausse des prix.
01:44Qu'est-ce qui se passe en Italie ? Ça coûte un demi milliard toutes les quatre semaines.
01:48Où en sont les prix de l'essence en Italie ? Ils sont plus hauts que la France.
01:50Donc encore une fois cette idée de subvention, c'est-à-dire de faire en sorte de casser l'effet
01:56prix,
01:56me semble très très dommageable dans le contexte actuel qui n'est pas quand même dramatique.
02:00Je regardais juste avant de venir, le prix de l'essence il est sous les deux en Europe.
02:04Le 100 plan 95 il est repassé sous les deux.
02:06Honnêtement il n'y a pas de catastrophe.
02:08Si ça dure six mois on en reparle, mais pour l'instant aujourd'hui,
02:11si ça dure et que ça revient dans quelques semaines,
02:14je crois qu'il faut surtout raison garder et ne pas trop dépenser les finances publiques.
02:17Je rappelle un dernier chiffre, en 2022-2023, ça coûte 50 milliards d'euros à la France.
02:21Aujourd'hui, évidemment, on n'a plus du tout les moyens de faire ça
02:24et ce n'était peut-être pas forcément la meilleure des choses à faire.
02:26Il y a beaucoup de choses nettement mieux et plus intelligentes à faire avec l'argent public.
02:29Parce que vous avez en tête qu'on va revenir à la normale,
02:31sauf que les cours du pétrole, même si la paix était annoncée dans deux jours,
02:34les cours du pétrole ne vont pas revenir à ce qu'ils étaient avant la guerre.
02:37Il y a eu des dommages aux infrastructures, on ne produira pas avant plusieurs années,
02:39peut-être même autant de pétrole qu'avant.
02:41Alors, justement, ce qui est intéressant, c'est que, évidemment,
02:44l'impact sur les prix du pétrole et sur ce qui va se passer dans le Trois-Dormouze,
02:47il y a de l'hystérésie, plus ça dure et plus ça a des impacts sur l'économie et l
02:50'inflation.
02:50Simplement, c'est que si jamais on imagine qu'il y a un cessez-le-feu assez rapidement,
02:54tout le monde est dans l'idée que ça va prendre beaucoup, beaucoup de temps.
02:56Or, si on regarde les infrastructures gazières qui ont été les seules à être touchées,
03:00rase la fan au niveau du Qatar, le Qatar, c'est 20% du LNG,
03:03il nous dit qu'il a 18% de trains sur 14 qui ont été endommagés,
03:08il lui faudra 3 à 5 ans, lui, il lui faudra du temps,
03:10mais attention, le LNG, c'est que 15% du gaz consommé dans le monde.
03:14Donc, si vous me suivez, vous avez 18% de 20%, de 15%.
03:17Ce n'est pas non plus la totalité du gaz du monde qui est impacté.
03:21Si vous regardez le pétrole, il y a zéro dégâts ou quasiment pas de dégâts
03:25sur les infrastructures pétrolières aujourd'hui.
03:26Et donc, il y a une étude qui est sortie par l'Organisation Maritime Internationale
03:30qui dit que si jamais il y a la paix demain,
03:32il y a 600 bateaux qui sont coincés dans le détroit d'Hormouze,
03:35sur les 600 bateaux, l'OMI dit
03:37« Nous, il nous faut deux semaines pour faire sortir les bateaux.
03:40Il faut un mois pour un bateau qu'il aille en Asie,
03:42deux mois qu'il aille en Europe. »
03:44À la fin, ce truc-là met du temps, mais ça ne prend pas non plus six mois.
03:47Karl, vous voulez réagir là-dessus ?
03:48Oui, je voulais juste faire un petit commentaire
03:49et revenir sur votre point,
03:52comme quoi, même dans des scénarios un peu extrêmes,
03:54on voit quand même une croissance qui résiste.
03:57Il faut observer tout ça à une échelle globale.
04:00Et surtout, dans nos analyses, ce qu'on voit,
04:03c'est que les États-Unis, l'Europe,
04:05quand même restent les régions les plus résilientes.
04:08Et on peut voir des phénomènes qui ne sont pas nécessairement très intuitifs,
04:12si on a une pensée linéaire aujourd'hui,
04:14mais aussi des effets de substitution,
04:16comme quoi, si la Chine, si l'Inde sont frappées plus fortement que l'Europe,
04:20on a des effets de substitution en Europe
04:22qui font revenir la croissance vers chez nous.
04:25Donc tous ces effets à observer et à équilibrer aussi.
04:28Mais là, le scénario que je donnais, c'est un autre scénario central,
04:30ce n'est pas du tout un scénario extrême.
04:32Mais ça devient un scénario maintenant pessimiste
04:35parce que finalement, les prix du pétrole, les prix du gaz,
04:37je regardais juste avant de venir,
04:39les prix de l'électricité en France.
04:41Je rappelle qu'en 2022-2023,
04:43le gaz est à 340 euros le TTF,
04:45les prix d'électricité en France,
04:46il passe à 1200 euros le mégawatt en août 2022.
04:49Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
04:50Les prix du TTF, ils sont en train de revenir vers les 45,
04:54le prix du pétrole était à 91,
04:56il était à 130,
04:56et les prix d'électricité en France cet après-midi,
04:59ils sont à 11 euros le mégawatt-heure.
05:00Ils sont à zéro en Espagne.
05:02On n'est pas du tout dans le scénario 2022, encore une fois.
05:06Antoine ?
05:06Bon, cela dit, là,
05:08si on parle simplement du trafic maritime dans le détroit d'Ormouz,
05:11tout ça, ça va prendre énormément de temps à fluidifier,
05:14à faire repartir.
05:15Alors oui, et simplement, ce que je disais,
05:17c'est que ça dépend.
05:18C'est-à-dire qu'encore une fois,
05:19si c'est un intérêt de tout le monde,
05:20y compris des Chinois, des Américains, des Iraniens,
05:22de reprendre le trafic.
05:24Ce qui, a priori, est le cas.
05:26Ce qui pourrait être le cas.
05:27Alors, peut-être moins les Iraniens,
05:28qui ont déjà survécu du 300 000 barils le jour.
05:31Là, les Iraniens, c'était les grands gagnants de tout ça,
05:33juste en termes de pétrole,
05:34puisqu'ils exportaient plus pendant le conflit qu'avant.
05:38Ils étaient à 1,4 million de barils le jour,
05:39ils se sont montés à 1,8.
05:41Et d'ailleurs, les Chinois sont les grands gagnants de ça,
05:43puisqu'eux n'avaient pas de problème d'accès au pétrole iranien,
05:45puisque 90% du pétrole qui sortait,
05:47c'était pour eux.
05:47Et donc, on a quand même un truc,
05:49c'est que si c'est de l'intérêt de tout le monde de le réouvrir,
05:51je le disais, ça peut prendre deux semaines,
05:52mais surtout, quand on voit le trafic maritime,
05:55évidemment, comme tout le monde,
05:56on commence à suivre les AIS, c'est-à-dire les GPS,
05:59on suit quel bateau, qui fait quoi.
06:00En fait, on commence à regarder.
06:02Hier, il y a une vingtaine de bateaux qui sont passés,
06:04il y a cinq tankers qui sont passés.
06:06On est très, très loin de la situation qui prévalait avant.
06:09C'était autour de 80 par jour.
06:11Donc, quand Trump dit, c'est bon, j'ai rouvert le Détroit,
06:12quand il y en avait un qui passe, il y en avait 80 avant.
06:14Non, on est dans une situation bien pire, c'est sûr.
06:16Mais si ça se réouvre, il n'y a pas d'infrastructure de détruite,
06:20on a de la production excédentaire,
06:22on retrouve avec un scénario qui était comme celui d'avant tout ça,
06:25qui était, il y a trop de pétrole cette année.
06:26Donc, les pays qui multiplient les aides,
06:29on pense à l'Espagne, l'Italie,
06:30beaucoup de pays, aujourd'hui en Europe, annoncent des aides,
06:32disent qu'ils ont tort.
06:33Aucune aide, aucune aide ne doit passer.
06:35Vous faites Détroit sur les aides, en l'occurrence.
06:37Aucune aide publique, compte tenu du fait que tout cela est provisoire.
06:39Alors si, moi je pense que vraiment l'enseignement de tout ça,
06:41c'est d'accélérer la transition vers quelque chose
06:44qui nous rend au moins dépendants des énergies carbonées,
06:46puisqu'on voit encore une fois que notre dépendance aux hydrocarbures,
06:4961% de notre mix énergétique, c'est complètement idiot.
06:52Donc aujourd'hui, plutôt que de subventionner le carburant,
06:55on ferait mieux d'accélérer le leasing écologique sur les voitures.
06:58On parle tout le temps des infirmières,
07:00mais les infirmières, on devrait les mettre d'emblée
07:02dans le leasing à 100 euros de véhicules électriques par mois.
07:05J'étais ce matin dans le sud de la France avec un chauffeur de taxi
07:10qui me disait, moi je suis passé d'une Mercedes
07:11qui me coûtait 2500 euros en carburant tous les mois
07:15à une voiture électrique qui me coûte 250 euros tous les mois.
07:18Donc c'est divisé par 10.
07:19Donc la grosse priorité, c'est d'accélérer la transition
07:21vers des véhicules électriques.
07:23Regardez maintenant, une C3 électrique,
07:24elle est moins chère que son équivalent thermique.
07:26Ça n'a pas beaucoup de sens dans le pays d'électricité
07:29et de continuer à avoir des voitures thermiques
07:31et se chauffer au gaz alors qu'on a l'électricité.
07:34Jean-François Robin est directeur de la recherche de Natisys.
07:36Vous restez avec nous Jean-François.
07:37Avec grand plaisir.
07:38Merci.
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