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  • il y a 2 heures
Bullshitomètre : "L'inflation revient"

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00:0016h50, Jean-François Robin nous rejoint, tiens, pour participer à ce conseil de famille,
00:04directeur de la recherche de Natixis, il vient casser les idées reçues.
00:08Bienvenue Jean-François.
00:09Bonjour à tous.
00:09Ce qui se passe en Iran peut créer une crise inflationniste.
00:12On l'entend beaucoup, mais vous, vous n'y croyez pas, vous dites bullshit.
00:17Vous foudroyez.
00:18Ceux qui disent que les taux vont probablement monter parce que l'inflation est de retour du fait de cette
00:22guerre.
00:23Oui, je trouve qu'on a un petit peu trop vite tendance à calquer ce qui se passe aujourd'hui
00:27en Iran
00:28sur ce qui s'est passé en 2022 avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
00:33Et on a un peu tendance à retrouver ça dans les marchés obligataires, dans les taux qui remontent.
00:38Vous avez assez logiquement les actions qui baissent, l'or qui monte, les valeurs refuge qui montent.
00:42Mais d'habitude, les valeurs refuge, ça inclut les obligations souveraines.
00:46Et là, on voit les taux qui remontent très, très fortement.
00:48Donc le marché achète l'idée que ce truc-là, ça va faire un choc inflationniste,
00:52mais quelque part qui ne ralentirait pas la croissance.
00:55Et ça, moi, je trouve que c'est quelque chose qui me semble un peu bizarre.
00:58C'est dur à comprendre.
01:00Soit, effectivement, on a un choc durable qui va ralentir les économies.
01:03Et à ce moment-là, les banques centrales, comme elles font toujours,
01:05c'est ce qu'elles disent, on regarde au-delà des prix de l'énergie.
01:09Et à ce moment-là, les banques centrales baisseraient les taux.
01:11Soit ou alors, c'est un choc très temporaire.
01:13Et à ce moment-là, il n'y a aucune raison non plus de monter les taux.
01:15Donc je trouve qu'il y a un truc qui ne boucle pas entre le fait que les actions,
01:18qui ne baissent pas beaucoup, alors que les taux montent énormément.
01:21Et si on va un petit peu plus dans les détails,
01:23aujourd'hui, ce qu'avait fait l'inflation en 2022, c'était les prix,
01:27notamment du gaz et du pétrole.
01:29Donc là, aujourd'hui, on a un prix du pétrole qui a monté de 15-20 dollars, la prime.
01:32Et vous avez un prix du gaz en Europe, le TTF, qui est monté jusqu'à 50%.
01:37Simplement, il faut juste deux petites remarques.
01:39D'abord, le prix du gaz, 50%, c'est très impressionnant.
01:42À la fin, le prix du gaz, il est sous les 50 euros le TTF.
01:44Il faut se souvenir qu'en 2022, quand Poutine arrête,
01:50c'est lui qui stoppe les livraisons de gaz à l'Europe,
01:52ça monte à 340 euros le TTF.
01:54Donc on n'est pas du tout dans le même ordre d'idées.
01:57La deuxième chose, c'est aussi qu'on sort de l'hiver.
02:00C'est l'hiver météorologique, on est en train d'en sortir en Europe.
02:04Et on est avec des stocks qui sont autour de 30%, un peu moins pleins que d'habitude.
02:07Mais finalement, avec une fin d'hiver qui s'annonce très douche.
02:09C'est 19-20 degrés, je vois.
02:11Voilà, on est 10 degrés au-dessus des normales saisonnières.
02:14Ça dure un peu trop, d'ailleurs.
02:15Mais a priori, on ne devrait pas avoir le retour d'un hiver très fort,
02:19ce que nous disent en tout cas pas les prévisions météo.
02:21Et donc, on n'est pas du tout dans la même situation
02:22où Poutine nous coupe le gaz au moment où on doit remplir nos stocks
02:25au début de l'automne.
02:27Donc à mon avis, ce choc inflationniste,
02:29il est beaucoup, beaucoup trop surjoué.
02:30Et puis je termine par ça.
02:32C'est qu'il me semble qu'on en parle tous,
02:35on a tous des idées un petit peu là-dessus.
02:36Mais effectivement, ce qui se passe en Iran,
02:40tout dépend de combien de temps ça durera en Hormuz.
02:42Or, je crois quand même que le temps ne joue pas en faveur du régime iranien.
02:47Là aussi, pour donner un petit peu des ordres d'idées,
02:49sur la seule journée d'hier, la coalition Israël-États-Unis bombarde.
02:53Ils ont 4000 frappes qui se sont données.
02:55C'est un truc qu'il faut juste prendre un ordre d'idée.
02:57Le record, pardon de parler comme ça,
02:59en Ukraine des Russes, le mieux qu'ils aient pu faire, c'est 200.
03:03Donc c'est 200 par jour frappes.
03:05Là, c'est 4000.
03:05À ce rythme-là, je serais quand même assez étonné
03:08qu'il y ait beaucoup, beaucoup de munitions.
03:10On nous dit que les Iraniens sont capables
03:12de produire des usines de chède.
03:14Tu en vois là.
03:15Quand on voit que les Israéliens ont à peu près le contrôle
03:17de toutes les caméras de surveillance de Téhéran,
03:19je serais assez étonné qu'ils ne sachent pas
03:21où sont exactement ces stocks
03:22et qu'ils les aient détruits dans les quelques prochains jours.
03:24Donc attention, cette idée que le détroit d'Hormuz
03:26va faire une énorme crise économique et financière,
03:29moi, je n'y crois pas trop.
03:34On voit quand même que le marché a du mal à y croire,
03:37si vous me permettez,
03:37parce qu'il y a encore,
03:39Donald Trump a dit,
03:39alors les navires, on les escorte,
03:41l'assurance, on la prend,
03:43et on se dit, bon, ok.
03:45L'Iran dit l'inverse.
03:47Vous semblez imputer que l'Iran,
03:49en fait, on n'est pas obligé de les croire
03:50quand il parle.
03:52Mais le marché, lui, n'y croit pas.
03:53Le marché, il n'y croit pas.
03:54Le pétrole, ça monte encore.
03:57L'Asie, ce matin, c'était catastrophique.
03:58Oui, c'est-à-dire que les assurances des Américains
04:00et la promesse d'escorter les navires,
04:02le marché dit, ok, c'est sympa,
04:04mais franchement, on ne va pas bâtir une stratégie là-dessus
04:05parce que ça reste très fragile,
04:07très hypothétique.
04:09Et le pétrole se détend à peine, effectivement, aujourd'hui.
04:11Vous avez raison, Julien,
04:12il reste au-dessus des 80 dollars.
04:13Mais qu'on mette de la prime sur du pétrole,
04:15encore une fois,
04:15vous avez un sujet sur le pétrole en tant que tel,
04:19c'est que vous avez quand même une zone,
04:21encore une fois, ce n'est pas l'Iran.
04:22L'Iran, c'est 1,4 million de barils le jour.
04:23L'Iran, c'est un tout petit pourcentage,
04:26ce n'est même pas 3%,
04:27on est sur un tout petit pourcentage
04:29de les exportations mondiales.
04:31En revanche, la zone Moyen-Orient,
04:33là, c'est quelque chose de beaucoup plus important.
04:35Et notamment, c'est un énorme problème,
04:37ce qui se passe dans Hormuz et dans la région,
04:39c'est surtout pour la Chine, encore une fois,
04:41ce n'est pas du tout,
04:42beaucoup moins un problème dans un premier ordre
04:43sur l'Europe et les États-Unis.
04:45Nous, c'est un problème de deuxième ordre par les prix.
04:47Mais en revanche, pour la Chine,
04:48c'est un énorme sujet.
04:4950% du pétrole qu'elle importe passe par là.
04:51Et donc, pour en revenir à mon détroit,
04:55ce qu'on va voir, c'est quand même une alliance
04:56un petit peu hétéroclite,
04:57mais de gens où tout le monde va avoir le même intérêt,
04:59c'est que ça finisse par sortir,
05:00à la fois les pays du Golfe,
05:02les Chinois, les États-Unis,
05:04les Anglais, les Français,
05:05tout le monde se met là-dedans.
05:06Et même les Iraniens y ont un temps.
05:07Même les Iraniens, finalement.
05:09Donc, je ne crois pas trop à cette idée
05:11que les Iraniens soient capables
05:13de disrupter longuement.
05:15Encore une fois, les Israéliens et les Américains
05:18ne sont pas fous.
05:19Le premier truc qu'ils ont fait,
05:20c'est couler les navires.
05:22Iraniens dans leur base
05:22pour ne pas qu'ils puissent bloquer le détroit.
05:25Donc, oui, c'est sûr qu'avec un RPG,
05:26c'est sûr qu'avec un petit truc de bas de gamme,
05:28on peut inviter un temps de guerre.
05:30Un drone, mais encore une fois,
05:31je crois qu'il ne faut pas sous-estimer aujourd'hui
05:33l'armada qui est là-bas.
05:34Vous avez 40% de la flotte américaine
05:36qui est sur place.
05:37Vous rajoutez ça, les Chinois qui sont en train de dire
05:38attention, moi j'ai besoin...
05:40Ça fait cher le drone à abattre.
05:41Ça fait quand même cher le drone à abattre.
05:42Oui, bien sûr, c'est une guerre économique,
05:44mais je crois que là aussi,
05:45c'est plutôt du côté de la coalition attaquante.
05:47Jean-François, est-ce que vous osez le mot
05:49de choc transitoire temporaire
05:51en ce qui concerne l'inflation ?
05:53C'est un mot qui fait peur quand même aux banquiers centraux
05:54parce que ça veut dire qu'ils ne sont pas prêts
05:57à prendre des décisions maintenant,
05:58qu'ils attendent de voir ce qui se passe.
05:59Et en 2022, ça avait été reproché à l'ABCE.
06:03Est-ce que vous, vous dites que c'est un choc,
06:05que c'est temporaire ?
06:06Encore une fois, moi je ne suis pas du tout...
06:09C'est très dur de dire combien de temps
06:10ça va durer cette histoire.
06:11Là, je m'avance un peu, mais...
06:12Quoi ? Vous êtes le directeur de la recherche
06:13de la 10-6 quand même, Jean-François ?
06:15Nous, on a un scénario central
06:16qui est de dire que ça ne dure pas
06:17en se disant, mon analyse pétrole me dit,
06:20moi je pense qu'à la fin de l'année,
06:21le pétrole est à 66.
06:23Donc on retourne à un scénario
06:24où on ne reste pas très longtemps
06:27sur ces niveaux-là.
06:28Encore une fois, il ne faut pas oublier un truc,
06:29il y a des effets de second tour.
06:30C'est-à-dire que si jamais les prix du pétrole
06:32restaient très élevés,
06:33ça ralentirait les économies,
06:34ça ralentirait la demande
06:35et ça ne resterait pas très élevé.
06:37Et après, pour répondre à votre question,
06:39effectivement, on a dans le modèle de la Fed,
06:42vous avez 10 dollars de hausse du pétrole,
06:44vous avez autour de 0,3 de hausse de l'inflation.
06:47C'est ce qu'on a un peu tous en tête.
06:48Ça veut dire qu'un pétrole qui passe à 100 dollars,
06:50effectivement, ça vous fait de l'inflation à 4 aux Etats-Unis.
06:53Alors là, la Fed, elle ne baisse pas les taux,
06:55ça c'est certain.
06:56Simplement, on oublie la deuxième partie de l'équation
06:57qui est de dire que s'il y a 10 dollars
06:59de hausse du pétrole aux Etats-Unis,
07:01ça vous fait baisser le PIB de 0,2.
07:03Et donc je reviens à mon histoire de second ordre.
07:05Et dans ces cas-là, historiquement,
07:07ce qu'on voit, c'est que les banques centrales,
07:09et Philippe Lein l'a commencé à le dire,
07:10Villeroy l'a dit pour la BCE,
07:12en fait, la Banque Centrale Européenne,
07:14dans ces chocs un peu one-off, comme ça,
07:17sur les énergies, ils ont tendance à regarder au-delà,
07:19en disant, c'est pas qu'il y a de la surchauffe de l'économie,
07:21l'inflation, elle monte parce qu'il y a des prix du pétrole qui montent.
07:24C'est un petit peu ce qui s'était passé en 2022,
07:26donc je suis assez optimiste que ça ne change pas la Banque Centrale.
07:28C'est Jean-François Robin qui nous accompagne,
07:30en fil rouge, si ça vous dit de rester avec nous, Jean-François.
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