00:00Il n'est pas très content. C'est lui qui va s'asseoir sur le bullshitomètre de ce jour.
00:09Il s'agit d'El Manu, Manu Le Chypre. Bonjour à tous. Bienvenue, bravo encore Manu d'être Manu et
00:15d'être sur
00:16ce plateau. Mais pas encore ce que je vais dire. Non ça non. Ne vous emballez pas. J'en sais
00:21rien du tout.
00:22Ce que je peux vous dire c'est qu'on en a parlé ce matin. En fait on a des
00:26marchés, on est au milieu
00:28de problématiques commerciales qui partent dans tous les sens. Droits de douane, plus de droits de douane,
00:32flat tax à 10,15. On ne sait pas. Les marchés restent très calmes et preuve que je ne vous
00:38dis pas des
00:38bêtises. Je l'avais sorti pour aujourd'hui et j'ai réussi à l'avoir. On était à 3532,95.
00:48On a eu un
00:48nouveau record absolu sur le CAC 40. Ces marchés qui ne réagissent pas aux risques et à l'incertitude,
00:54vous commencez à trouver que c'est bullshit. Vous foudroyiez donc l'idée qu'un marché comme ça peut
01:03s'absoudre totalement des turbulences géopolitiques, géocommerciales on va dire et qu'à un moment on va en
01:10payer le prix. Oui moi ce qui m'inquiète beaucoup c'est que finalement l'histoire qu'on a tendance
01:16à
01:16se laisser raconter, par laquelle on a tendance à se laisser bercer, c'est que finalement on a des
01:21marchés qui sont vigilants et qui exercent finalement sur les acteurs économiques les pressions
01:28nécessaires pour remettre tout le monde dans le droit chemin quand ça n'est pas le cas. Or
01:34effectivement ces pressions elles n'existent pas aujourd'hui. Il n'y a pas de force de rappel. Il y
01:42a
01:42quand même un nombre d'incertitudes dans l'économie mondiale qui sont à un niveau historiquement
01:48élevé. Quand vous prenez les incertitudes géopolitiques, les risques de conflits, ils sont quand même multiples et pas des moindres.
01:55Quand vous regardez la question iranienne par exemple, les incertitudes économiques
02:00non seulement sur la croissance à court terme mais sur des sujets aussi existentiels que l'impact de l'intelligence
02:06artificielle à la fois sur la croissance et sur l'emploi.
02:09Les incertitudes politiques avec les résultats incertains des élections qui auront lieu aux Etats-Unis et qui auront lieu en
02:16Orme. Et donc
02:16normalement dans cet univers, on doit avoir des taux longs qui sont plutôt bas sur les dettes publiques, valeur refuge
02:24forcément,
02:25un dollar qui plutôt monte, des bourses qui sont plutôt malmenées et l'or qui est censé monter. Or il
02:31n'y a que le comportement
02:32de l'or qui est logique dans cette configuration. Et puis il y a aussi beaucoup de pays, et ça
02:38c'est quand même assez
02:40fascinant aussi, qui ne mènent pas des politiques économiques sérieuses et qui devraient être sous la pression étroite
02:46et la surveillance étroite des marchés. C'est ce que nous disent tous les économistes. Prenez les travaux de Paul
02:51Krugman, de
02:52Maurice Hopsfeld, de Carmen Reinhardt, Kenneth Rogoff. Lorsqu'un pays ne mène pas une politique économique sérieuse, les marchés
02:58le contraignent via la baisse de la bourse, via la dépression de son taux de change, via la hausse des
03:03taux d'intérêt à long terme, à réduire ses déficits
03:05publics ou ses déficits extérieurs. Bien sûr, alors évidemment, si le pays appartient à une union monétaire, la pression se
03:10fait surtout
03:10sur les taux longs. Mais là encore, finalement, à part la baisse du dollar, eh bien on ne voit aucun
03:15de ces soi-disant
03:18actes de pression et de surveillance que sont censés exercer les marchés.
03:22Oui, mais précisément, c'est sur le marché de taux qu'est le problème. C'est-à-dire qu'on
03:27a des tendances
03:28qui s'opposent, alors que globalement, de l'autre côté du balancier, il n'y a pas de vraie logique
03:34qui soit respectée.
03:35Alors, je veux bien acheter, effectivement, c'est le quotidien des marchés, cette idée de force
03:40contradictoire qui parfois peuvent se contredire les unes les autres. Ça peut être une explication
03:46pour les États-Unis, puisqu'on comprend que le monde entier continue à acheter de la dette américaine
03:51malgré l'ampleur des déficits, parce qu'il y a quand même cette crainte de la géopolitique.
03:57Mais par exemple, est-ce que vous pouvez acheter cette explication pour la France ? Est-ce
04:01que, vu sa situation budgétaire, la France ne devrait pas voir ses taux d'intérêt augmenter
04:06et surtout, l'écart de taux d'intérêt avec l'Allemagne se creuser, ou alors, voir
04:12l'écart entre les dettes privées et les dettes publiques se creuser. Mais pas du tout,
04:17les marchés continuent d'acheter la dette de la France. Alors bien sûr, ils ne sont
04:20pas fous, ils savent bien que la France ne peut pas faire défaut, que la BCE interviendra,
04:23etc. Mais rappelez-vous quand même ce qui s'est passé dans les pays du sud de la zone
04:26euro, l'Espagne, le Portugal, pendant la crise 2010-2014. Ces pays avaient accumulé
04:33des déficits extérieurs et publics bien avant que la crise ne se manifeste. Et je vous
04:40rappelle que quand même, pas si longtemps avant que cette crise débute, il n'y avait
04:44pas de spread de taux pour la Grèce par rapport à l'Allemagne et par rapport à la France.
04:48Donc, c'est mon point, en fait. Mon point, c'est de dire, il n'y a pas, contrairement à
04:52ce qu'on
04:52pourrait croire, de discipline de marché. Il ne se passe rien. Et brutalement, vous
04:58avez une crise qui impose un ajustement brutal et non progressif des politiques économiques.
05:03Moi, c'est ça qui m'inquiète, c'est que ce soit le calme plat et que d'un seul
05:08coup,
05:08ce soit la déflagration dans un ciel qui paraissait plutôt tranquille.
05:12Julien Marion.
05:12Moi, je ne vous rejoins pas sur deux points, Emmanuel. D'abord, les spreads, ils se sont écartés
05:16de la France par rapport aux pays du Sud. Même, on a fait des caisses sur la Grèce
05:21et le Portugal qui sont passées devant nous sur 10 ans. Donc, il n'y a peut-être pas
05:25une sanction de marché, mais il y a quand même un phénomène qui se traduit là-dessus.
05:28Ouais, un petit peu, mais honnêtement, d'ailleurs, c'est un peu redescendu. Et tu vois, même
05:33l'Allemagne, il n'y a pas vraiment des cas. On ne pourrait pas, il n'y a rien qui
05:39pourrait
05:40indiquer quand même qu'il y a une crainte des marchés sur la dette française, alors que
05:45je vous rappelle, et les déficits français, parce que c'est quand même la trajectoire
05:49des déficits français qui est préoccupante. Je vous rappelle que quand M. Moscovici a
05:53été nommé à la Cour des comptes, c'était M. déficit à 3% du PIB.
05:59Ah bah oui, ça...
05:59Quand Mme Mouchalin est nommée elle-même présidente de la Cour des comptes, c'est Mme 5% du déficit
06:06en proportion du PIB. Donc je trouve qu'il y a quand même une mensuétude à l'égard
06:10de la France qui est quand même extrêmement, finalement, à la fois rassurante, mais quand
06:16même aussi très préoccupante.
06:17Oui, et en même temps, le deuxième point sur lequel je voulais aller, c'est que vous parlez
06:20de la géopolitique, donc je me permets quand même d'évoquer, vous parliez de l'IA.
06:23Il y a quand même, les vigilants bonds, comme on les appelle, ils sont quand même intervenus
06:26à l'automne dernier, c'est Mme 5% qui le dit, lorsque Meta, Alphabet et surtout
06:32Oracle, qui pour le coup est endetté, parce que les autres, ils ont très peu de dettes
06:36en fait, leur vie d'endettement c'est 0,3, mais Oracle, qui est au-dessus de 2, là
06:39ils ont quand même dit, non non, là c'est la fin de la récré, là on arrête.
06:42Donc les forces de marché, peut-être moins au niveau des États, Manu vous avez raison,
06:46mais plus au niveau des entreprises, elles jouent.
06:48Non mais quand je te dis les forces de marché, c'est, alors sur les boîtes tu as raison,
06:51et d'ailleurs, effectivement, quand on dit la bourse ne réagit pas trop, c'est vrai
06:56pour tous les gros indices, mais le Nasdaq, effectivement, lui a quand même pas mal
07:00été secoué, mais la réalité c'est que sur les grandes trajectoires, c'est-à-dire
07:06ce que tu dis est valable, effectivement, pour les boîtes de l'IA, il y a une vigilance,
07:10effectivement, sur les acteurs de l'intelligence artificielle, mais grosso modo, aujourd'hui,
07:16comment tu anticipes l'impact de l'intelligence artificielle sur l'économie, c'est en ça
07:21que les trajectoires économiques qui sont amenées à se dessiner sont quand même très
07:26incertaines, l'impact sur la productivité, l'impact sur l'emploi, l'impact sur la croissance,
07:31donc en général, dans ces configurations-là, c'est vrai que c'est toujours plus difficile.
07:38Mais alors du coup, sur les marchés, on a un mal fou à essayer d'évaluer la volatilité,
07:44les zones de turbulence.
07:45On regarde par exemple l'indice VIX, et on passe notre temps à en parler, en gros,
07:52où il se met à grimper quand les marchés baissent, et il redescend quand les marchés
07:55remontent.
07:56On voit l'or qui atteint des niveaux de volatilité qu'il n'avait jamais atteints, étant donné
08:00qu'il n'avait jamais atteint ce niveau de cours.
08:03Finalement, la vraie volatilité, la volatilité dangereuse, celle qui peut mettre vraiment
08:06le bazar et paniquer tout le monde, c'est la volatilité sur les taux.
08:09C'est ce que vous nous dites, Emmanuel.
08:10Oui, parce que, encore une fois, ce qui est inquiétant, c'est qu'on a l'impression
08:13qu'il y a soit pas d'inquiétude, soit inquiétude maximale.
08:18Et on le voit d'ailleurs dans les fluctuations complètement folles du VIX.
08:21C'est-à-dire que vous n'êtes pas sur des niveaux qu'on pourrait appeler, qu'on a
08:25connus par le passé, sur ce qu'on pourrait appeler des niveaux de vigilance.
08:28Vous êtes soit, finalement, il ne se passe rien, ou soit, finalement, c'est la panique
08:32à bord.
08:33Est-ce que ce n'est pas finalement le reflet de ce qui est en train de devenir le débat
08:36public et notre société ? Cette idée-là qui vient, mais une polarisation totale.
08:41Il y a une polarisation totale.
08:43Et là où c'est inquiétant, c'est qu'il y a aussi une polarisation totale.
08:47Si vous prenez un pays, il faut être honnête, moi ce qui m'inquiète aujourd'hui, et j'achète
08:53assez l'inquiétude de Patrick Artus dans sa dernière note, sur quand même le risque
08:59américain.
09:00C'est-à-dire que vous dites qu'il y a polarisation du débat, mais il y a polarisation des
09:04grands
09:05agrégats économiques aussi.
09:06C'est-à-dire des déficits publics, 8% du PIB depuis 3 ans, des déficits extérieurs
09:13colossaux, des bourses qui sont au plus haut, etc.
09:17Et donc, vous voyez bien que le grain de sable qui peut venir soit faire monter les
09:23taux longs, soit apporter une déception sur la croissance, etc.
09:26est quand même extrêmement à redouter.
09:30Et moi, j'ai l'impression qu'on ne le redoute pas.
09:33Et moi, c'est ça qui m'effraie, c'est qu'en l'absence de signaux d'alerte, on est
09:37quand
09:37même une déflagration qui, à un moment ou à un autre, fasse quand même assez mal.
09:42Effectivement, il va falloir rester vigilant.
09:43C'est vrai qu'on le dit jour après jour, cette sorte de complaisance, entre guillemets,
09:47des marchés.
09:48Il n'y a pas d'avertissement dans ce monde-là.
09:49Non, ça ne prévient pas.
09:51Ça ne prévient pas.
09:52Ça ne prévient pas.
09:54Effectivement.
09:54Merci beaucoup, Emmanuel Lechy.
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