00:00Il est 16h48 chaque jour dans cette famille BFM Bourse.
00:03Un expert de marché vient dégonfler les idées reçues.
00:05Aujourd'hui c'est Jean-François Robin qui nous accompagne, qui nous rejoint.
00:08Directeur de la recherche de Natixis.
00:10Bonjour Jean-François.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue.
00:13Bon le marché finalement, price, ça y est, intègre les décisions à venir des banques centrales.
00:19C'est dans les cours.
00:19Certains ne pensent pas vous, vous vous dites bullshit.
00:23Vous foudroyez Jean-François cette idée que les prochaines décisions monétaires vont bien se passer, bien passer en bourse.
00:29Oui, je suis toujours un petit peu interdit quand je vois d'un côté les actions qui sont au plus
00:34haut partout
00:34et de l'autre côté quand même des taux d'intérêt qui montent avec un pricing qui est un petit
00:39peu parfois bizarre.
00:40Moi j'ai toujours en tête cette phrase de Greenspan qui dit
00:42« Les phases d'expansion ne meurent jamais toutes seules, les banques centrales les tuent ».
00:47Et effectivement on n'est quand même pas à l'abri d'une erreur de politique monétaire, que ce soit
00:51aux Etats-Unis ou en Europe.
00:52Aujourd'hui c'est tout à fait possible qu'on ait finalement des banques centrales qui se plantent.
00:57Vous dites que le marché ne price pas suffisamment ce que concoquent les banques centrales, que le marché sera surpris.
01:02Il price quoi ? Il attend quoi aujourd'hui le marché ?
01:04Aujourd'hui d'un côté vous avez la Fed où on attendait plutôt des baisses.
01:11Désormais péniblement on intègre une hausse des taux, mars 2027.
01:16Donc rien cette année, éventuellement une hausse sur l'année 2027.
01:20Et de l'autre côté vous avez la Banque centrale européenne où là on est à quasiment trois hausses des
01:25taux dès cette année.
01:27Est-ce que ça semble crédible ?
01:28Moi je pose un petit peu la question dans un moment où finalement vous avez les Etats-Unis qui ont
01:323,8% d'inflation.
01:33C'est quand même aux Etats-Unis qu'il y a le plus gros choc de la guerre en Iran.
01:37C'est de tous les pays du G7, c'est aux Etats-Unis que l'essence monte le plus.
01:41De l'autre côté vous avez la Banque centrale européenne qui devrait monter trois fois les taux alors que l
01:45'inflation est à 2,8%.
01:46Donc je trouve qu'il y a un petit peu quelque chose de pas très cohérent avec d'un côté
01:50la Banque centrale européenne qui devrait monter les taux
01:52alors que là on voit un ralentissement économique, du taux de chômage qui monte, des salaires qui ralentissent.
01:56Et de l'autre côté les Etats-Unis où finalement ça résiste mieux mais la Fed ne ferait rien.
02:00Alors Jean-François, dans un monde parfait, on ne l'est pas puisque vous l'avez bien pointé,
02:04qu'est-ce qu'elle devrait faire ces banques centrales d'après vous ?
02:07Moi je pense qu'une banque centrale elle ne doit absolument pas réagir à un choc d'offres.
02:10C'est précisément ce qu'est la guerre en Iran, ce n'est pas du tout un choc de demande,
02:14il n'y a pas du tout une accélération de la demande, je parle notamment pour la Banque centrale européenne.
02:19Aujourd'hui quand vous regardez la dynamique, je pense que la seule raison pour laquelle finalement la Banque centrale européenne
02:24montrait ses taux,
02:26c'est plutôt pour corriger l'erreur de 2022 où ils ont trop attendu et là traumatisme,
02:31on est passé, on avait des taux à moins 0,5 en 2022, on a été obligé de les monter
02:35nettement très fortement
02:38parce que l'inflation était montée à 10,6%, donc très très loin de l'objectif de deux.
02:41Mais aujourd'hui monter les taux, ça n'a rien à voir avec 2022.
02:45En 2022, vous aviez donc des taux qui étaient à moins 0,5, vous aviez déjà de l'inflation qui
02:49était à 5,6%
02:50avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, là tout d'un coup, je le disais, l'inflation monte
02:54à 10,6.
02:55Aujourd'hui, situation totalement différente, on a un taux de chômage qui remonte,
02:59à l'époque on était sur des taux de croissance des économies de 2, 3%, avec un taux de chômage
03:04qui baissait,
03:05on peut se souvenir qu'en France on avait un taux de chômage qui a baissé au plus bas depuis
03:081982,
03:10on allait vers les 7%, aujourd'hui ça n'a rien à voir, on est en train de retourner vers
03:13les 8% en France,
03:15ça remonte en Allemagne, ça remonte en Italie, vous avez des salaires qui ralentissent,
03:19monter les taux dans ce contexte-là, vous avez déjà des taux qui sont à un niveau neutre,
03:22pour moi ça n'a pas de sens. Donc aujourd'hui le pricing de marché qui écoute un petit peu
03:26Schnabel hier,
03:27qui dit qu'il n'y a pas de problème, la BCE peut monter les taux sans faire du mal
03:31à l'économie,
03:31je trouve que c'est un petit peu ou optimiste ou pessimiste, mais à ce moment-là,
03:35il n'y a aucune raison de voir les actions au plus haut, si jamais la BCE fait ça,
03:39probablement qu'elle accélère la stagnation des économies.
03:42Donc pile ou face, qui va faire la plus grosse bêtise ? La BCE si elle relève ses taux,
03:48ou la Fed si elle les descend ?
03:50Moi je pense que le plus grand danger, il est quand même pour la Fed.
03:53Pourquoi je dis ça ? Parce qu'aujourd'hui on a une grande question sur la dédollarisation,
03:56la politisation de la Fed. Ce qu'on voit bien avec la BCE, c'est que si jamais elle monte
04:00les taux
04:00dans une question comme ça, où la plupart, je pense, des économistes sont de cet avis là,
04:04que c'est un choc d'offre, et elle ne doit pas trop réagir,
04:06si elle monte les taux, ça montre bien qu'elle est indépendante.
04:08En revanche, la Fed qui ne monte pas les taux alors qu'on a 3,8% d'inflation,
04:12il y a un petit souci de crédibilité de la Fed.
04:14Donc Kevin Warch, qui vient d'arriver, qui a promis des baisses de taux, attention,
04:19ne rien faire dans ce contexte-là de la part de la Fed cette année,
04:22ça peut mettre à mal sa crédibilité, alors qu'au contraire la BCE,
04:25à la limite si elle monte ses taux au mois de juin, ce qu'elle va sans doute faire quand
04:27même malheureusement,
04:28je pense qu'elle asseoir a une crédibilité de politique monétaire très traditionnelle, très dure,
04:33alors que la Fed, on va de nouveau se questionner sur l'indépendance de Kevin Warch
04:37et de la Fed en général vis-à-vis de Donald Trump.
04:40– Oui, oui, pour vous, la Fed devrait relever ses taux-là dès le mois de juin ?
04:43– Ah bah moi, dans toute chose égale par ailleurs, elle aurait dû le faire, elle ne va pas le
04:46faire.
04:47Encore une fois, il y a le normatif et le positif, la BCE ne devrait rien faire,
04:50elle va monter ses taux au mois de juin, la Fed devrait monter ses taux au juin, elle ne le
04:53fera pas.
04:53– D'accord, mais pour vous, si elle ne le fait pas en juin, ce sera un signe de perte
04:56d'indépendance.
04:57Même un statu quo serait le signe d'une perte d'indépendance.
04:59Donald Trump, il veut des baisses de taux, il n'y aura pas de baisses de taux là au mois
05:01de juin,
05:01mais même un statu quo, pour vous, serait le signe d'une forme d'obéissance de Kevin Warsh à Donald
05:05Trump ?
05:05– Aujourd'hui, on a toutes les raisons de penser que la Fed devrait monter ses taux
05:08quand vous avez une économie qui est assez proche de son potentiel,
05:11qui pour le coup, on a eu des chiffres d'emploi un petit peu rassurants, on pourrait en discuter,
05:15mais quand même, on a une économie américaine qui se tient pas mal,
05:17une inflation qui va vers les 4%, si vous ne montez pas les taux un tout petit peu à ce
05:21niveau-là, il y a un souci.
05:22– Donc pour vous, la Fed aurait tort de ne pas relever ses taux, la BCEL aurait tort de relever
05:26les siens.
05:27Ça ferait plaisir si la BCE relève ses taux la semaine prochaine,
05:29et il est probable que ça arrive, ça ferait plaisir à Isabelle Schnabel, aux Allemands,
05:32mais peut-être moins notre nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin,
05:35là qui arrive et qui s'est prononcé, il s'est un peu exprimé,
05:38avant de devenir officiellement gouverneur dans quelques jours,
05:40à la place de François-Yves Roit-Gallot, il s'est exprimé en disant
05:42« Pourquoi pas prôner un retour à un QI ? »
05:45Enfin, il a plutôt porté des propos assez accommodants récemment, Emmanuel Moulin.
05:49Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ? Quel message au futur gouverneur de la Banque de
05:51France ?
05:51– Moi, je pense qu'on est dans un monde de politisation,
05:54des politiques monétaires et budgétaires.
05:55Aujourd'hui, on a une guerre monétaire et budgétaire, quelque part, on est vraiment là-dedans.
06:00Aujourd'hui, la Banque Centrale Européenne, elle ne joue pas trop dans le camp de l'Europe
06:03s'il a commencé à monter ses taux.
06:04Encore une fois, Schnabel réclame des hausses des taux,
06:06mais il faut quand même se poser la question.
06:09– Donc il doit être l'anti-Schnabel, Emmanuel Moulin, le Banque de France ?
06:11– Non, je ne crois pas, mais honnêtement, il faut quand même juste remettre les choses à leur niveau.
06:15Ça fait six ans qu'il y a une stagnation en Allemagne.
06:17La croissance en France est nettement plus forte en France qu'en Allemagne.
06:21Vous avez une dégradation du marché de l'emploi,
06:23notamment sur le secteur manufacturier, qui est beaucoup plus importante en Allemagne qu'en France.
06:27Donc aujourd'hui, les Allemands devraient pousser une baisse des taux,
06:29et à la limite, les Français devraient dire,
06:31bon, pour l'instant, notre économie, encore une fois,
06:33elle est très proche du potentiel.
06:34L'année dernière, on fait 0,9 de croissance,
06:36malgré tout le délire qu'on a pu avoir autour des discussions budgétaires.
06:39Honnêtement, ce serait plutôt aux Allemands de réclamer des baisses des taux.
06:41– Il nous reste deux minutes à passer en famille.
06:43Vous restez avec nous, Jean-François ?
06:44– Eh bien, avec plaisir.
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