Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Le Bullshitomètre : "Le pétrole peut monter jusqu'au ciel"

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Benjamin Louvé est avec nous. Bonjour Benjamin.
00:03Bonjour.
00:03Directeur des gestions en matière première chez Ophi InvestaM.
00:06Pourquoi cette flambée ? On en parle depuis ce matin sur BFM Business parce que l'Iran a attaqué la
00:11principale usine de GNL au monde.
00:13Elle est au Qatar. Il faudra plusieurs années, explique le patron de Qatar Energy, 3 à 5 ans pour réparer
00:18cette usine.
00:19Et parallèlement, du coup, les pays du Golfe s'inquiètent pour leurs infrastructures, si bien qu'ils menacent désormais de
00:24riposter.
00:24Si l'Iran les attaque, désormais certains pays, l'Arabie Saoudite, laissent entendre qu'ils pourraient riposter.
00:30Est-ce qu'on est en train d'ouvrir la boîte de Pondor là ?
00:33On en arrive exactement à l'endroit qui était le plus dangereux, c'est-à-dire un embrasement global de
00:37la zone.
00:37Effectivement, l'attaque hier orchestrée par Israël sur le champ gazier de l'Iran, le champ Saouf-Pars, qui est
00:47un énorme champ gazier,
00:49parce que c'est de là que vient le début des frappes iraniennes du jour.
00:54Ouvrent effectivement la boîte de Pondor, parce que la crainte que le monde avait, c'était qu'on arrive à
01:01une situation
01:02où l'ensemble de la zone s'embrase et on s'en approche toujours un petit peu plus avec ces
01:06frappes réalisées par Israël hier sur le champ de Saouf-Pars.
01:10Là, on est sur des pertes qui sont des pertes de long terme, puisqu'on parle de 3 à 5
01:14ans pour réparer cette usine.
01:15Et donc, on part durablement sur une augmentation du prix des hydrocarbures, et en particulier du gaz, et peut-être
01:23demain également du pétrole,
01:24si on veut avoir une indisponibilité plus longue avec des raffineries ou des capacités de production pétrolières qui étaient touchées
01:30en Arabie Saoudite ou dans d'autres pays.
01:32Le vrai problème, Guillaume, c'est qu'il n'y a pas de solution simple et rapide à cette problématique,
01:39parce que comme l'a rappelé Jeff Curry, l'ancien patron de la recherche matières premières de Goldman Sachs pendant
01:4527 ans,
01:45tout récemment dans une interview, on ne peut pas imprimer des molécules.
01:50C'est-à-dire qu'on a ce besoin de pétrole, ce besoin de gaz, et aujourd'hui le marché
01:57est focalisé sur une problématique inflationniste,
02:00mais la problématique inflationniste pourrait très vite être dépassée par une problématique de destruction de production,
02:05et donc d'une problématique de croissance. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, la consommation d'hydrocarbures est beaucoup plus
02:14rationnelle
02:14que ce qu'elle pouvait être dans les années 70. Autrement dit, dans les années 70, si le prix montait,
02:18il y avait de la demande de pétrole qui pouvait être détruite assez facilement, parce que la demande n'était
02:23pas optimisée.
02:23Avec la transition énergétique, on a optimisé cette demande depuis maintenant plusieurs années.
02:29D'ailleurs, la quantité d'hydrocarbures qui est consommée par unité de PIB produite ne cesse de diminuer.
02:35Mais ça veut dire aussi que les barils qui restent, ou le gaz qui reste, sont des deux indispensables à
02:41notre système économique.
02:43Et donc, si l'indisponibilité du gaz et du pétrole devait durer,
02:48et là, les stocks stratégiques ne sont pas suffisants pour faire face à la perte de production que l'on
02:54a
02:54avec la fermeture du détroit d'Hormouz, et les moyens de contournement qui ont été mis en place,
02:58eh bien on pourrait très vite passer d'un problème de risque inflationniste
03:02à un problème de risque de croissance très prononcé,
03:04et qui pousserait un certain nombre d'économistes à revoir leurs prévisions économiques,
03:10ce qui changerait très profondément la donne.
03:12Oui, parce que depuis le début de ce conflit, tout le monde nous explique,
03:15et à juste titre, que la clé, l'inconnu de l'équation, c'est la durée de ce conflit, la
03:19durée de cette guerre.
03:20Si maintenant les Iraniens, les pays du Golfe, les Israéliens, les Américains
03:24se mettent à tirer massivement sur les infrastructures de production,
03:28de production de pétrole ou de gaz, là, ce ne sera plus la question.
03:31La durée de la guerre ne sera plus la question.
03:33C'est de savoir, justement, quelle sera son intensité,
03:36au point que même si la guerre se terminait dans une semaine,
03:38les répercussions, les séquelles, les traces, les dégâts,
03:42les dommages sur les infrastructures seraient-elles qu'il faudrait des années pour s'en remettre,
03:45même si cette guerre était finalement courte, plus courte qu'on ne le craint aujourd'hui ?
03:49C'est ça. On passe d'un problème de logistique, la fermeture du détroit d'Hormuz,
03:53à une problématique industrielle, qui est la destruction des moyens de production.
03:59Et là, évidemment, ce sont des problématiques beaucoup plus profondes.
04:03La raffinerie du Qatar, qui a été détruite ce matin,
04:08qui va prendre plusieurs années à être reconstruite,
04:10ça veut dire qu'on a une indisponibilité de cette part de gaz naturel liquéfié,
04:16qui est là pour longtemps.
04:17Ce qui veut dire que la compétition pour les autres sources,
04:20le gaz naturel liquéfié, va s'en intensifier,
04:22et donc globalement, le prix risque de rester durablement plus élevé.
04:27Alors pour l'instant, nous, en Europe, on était plutôt protégés,
04:29parce qu'on est dans une période où la saison d'hiver se termine.
04:33Alors même si nos stocks sont bas,
04:34on n'est pas dans l'urgence pour restocker, pour préparer l'hiver prochain.
04:39Mais si cette indisponibilité devait durer longtemps,
04:42eh bien il y a fort à parier que le coût énergétique serait beaucoup plus fort.
04:45Et donc au-delà des impacts inflationnistes,
04:48on se retrouverait avec des impacts sur la croissance.
04:49Et le problème, c'est que tant qu'on ne prieçait que les impacts inflationnistes,
04:53on prévoyait plutôt une hausse des taux des banques centrales
04:58pour lutter contre cet effet inflationniste,
05:00ce qui est intéressant, mais ça ne marche pas très bien avec les matières premières.
05:03Mais si on a un problème de croissance,
05:05on a des injonctions de contradictoires,
05:06parce que les banques centrales devraient baisser les taux pour soutenir la croissance.
05:09Je pense que c'est peut-être ce point-là qu'ils devraient gagner.
05:11Donc ça pourrait amener à des changements de prévision
05:15de la part d'un certain nombre de banques
05:17et donc un changement de positionnement sur les marchés dans les mois qui viennent.
05:20Parce que cette guerre est peut-être en train de changer de nature.
05:22Il faudra voir si ce qui s'est passé depuis la nuit dernière
05:24se confirme, s'amplifie ou pas.
05:26On a donc des cours du gaz qui s'enflamment.
05:27Mais alors pour les Iraniens, un centre du monde un peu insurrectionné,
05:30le centre du monde pour eux, c'est une petite île
05:32qui fait la taille de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.
05:36Petite île, c'est à peu près la même superficie.
05:38Elle fait la taille de trois arrondissements parisiens.
05:40Elle fait la taille de la ville de Pau, tiens, dans le sud-ouest.
05:42Cette petite île, c'est l'île de Cargue.
05:44Mais elle concentre à elle seule 90% de leur pétrole à l'export.
05:47Il semblerait, d'après les médias américains,
05:49que les États-Unis, Benjamin, envisagent d'envoyer des milliers de soldats
05:53pour prendre le contrôle de cette île stratégique,
05:55le cœur battant, en fait, du financement du régime iranien.
05:59Oui, c'est une des possibilités qui est envisagée.
06:02Mais là encore, ça voudrait dire, Guillaume,
06:04qu'il faut attendre que ces soldats arrivent.
06:06Et qu'on ait l'ensemble des moyens techniques sur zone.
06:10Il y aurait probablement des ripostes de la part de l'Iran
06:13et possiblement des ripostes en frappant d'autres installations pétrolières.
06:17Et donc, on rentre exactement dans cette phase du conflit
06:19qui faisait un peu peur à tout le monde,
06:21qui est une généralisation du conflit à l'ensemble du Moyen-Orient.
06:24Et là, on pourrait rentrer dans quelque chose de beaucoup plus grave
06:26avec des dégâts qui sont beaucoup plus long terme.
06:29Et donc, avec des conséquences économiques beaucoup plus graves.
06:31Ici, en Europe, on s'inquiète du coup de l'impact sur la facture
06:34pour nos industries, même les particuliers qui dépendent du gaz.
06:38Et puis, la facture d'électricité.
06:40On imagine que celle des Allemands et des Italiens va beaucoup progresser
06:43parce que leurs économies dépendent plus du gaz que l'économie française.
06:46Mais est-ce que l'économie française y échapperait ?
06:48Vous vous dites que ce sera comme le nuage de Tchernobyl.
06:50On ne sera pas concerné ou on sera un peu aussi concerné
06:53sur les factures d'électricité ?
06:54On sera forcément concerné, alors pas forcément sur les factures d'électricité des particuliers.
06:59Parce qu'encore une fois, vous le disiez, on est relativement protégé
07:01par la forte part nucléaire d'une part et par le développement des énergies renouvelables
07:05que l'on a fait ces dernières années, ce qui fait que notre recours au gaz est moins important.
07:10Et puis, on va avoir un impact fort aussi sur la partie pétrochimie
07:17et production de beaucoup de biens de base qui sont nécessaires.
07:20Et au-delà, si le détroit d'Orbousse devait rester fermé longtemps,
07:23on en a déjà parlé ensemble, vous avez des problèmes sur l'aluminium,
07:26vous avez des problèmes également sur le nafta, sur le méthanol qui servent à fabriquer des plastiques,
07:31vous avez des problèmes sur l'urion qui servent à des semi-conducteurs,
07:34les cartes de support des outils, des data centers.
07:40Donc, on a un problème qui se pose de façon beaucoup plus large.
07:44L'Europe est relativement concernée, la France un peu plus protégée,
07:47mais l'industrie française sera touchée.
07:49On avait vu déjà en 2020 la hausse du pétrole et du gaz,
07:53l'impact qu'elle avait pu avoir sur l'industrie française.
07:55Il y a fort à parier que ça pourrait à nouveau avoir des conséquences.
07:57Quand même, est-ce qu'on peut, alors ça va être votre défi là Benjamin, pour conclure,
08:01est-ce qu'on peut apporter une bonne nouvelle ou une lueur d'espoir ?
08:03Bon, je ne sais pas, est-ce qu'il y a un truc dans l'univers matière première énergétique aujourd
08:07'hui,
08:08dans les perspectives, dans les discussions que vous avez,
08:12les blogs que vous suivez aussi ?
08:14Est-ce qu'il y a des choses un peu positives qui, malgré tout, émergent de ce contexte ?
08:18C'est un peu difficile aujourd'hui avec l'évolution de la situation depuis hier.
08:22Je dirais que la seule nouvelle positive que l'on peut voir,
08:25c'est qu'à un moment donné, le coup politique pour Donald Trump va devenir proprement insoutenable.
08:32On l'a vu hier, il y a une personnalité importante de son équipe qui a démissionné.
08:39On a de plus en plus, de moins en moins d'Américains qui sont d'accord avec cette guerre.
08:44Je crois que c'est 25% le taux d'approbation.
08:48Et on a des mid-terms qui arrivent au mois de novembre.
08:51Donc, avoir des prix du pétrole qui restent sur ces niveaux-là,
08:54alors que la saison en plus, ce qu'on appelle la driving season,
08:57la saison où la majorité des Américains prennent leurs vacances et donc prennent leurs voitures
09:00et parcourent beaucoup de kilomètres,
09:02donc pour le moment où le prix de l'essence est le plus important, arrive à grands pas.
09:06Et donc, le coup politique pour Donald Trump va devenir proprement insupportable.
09:10Et donc, on peut peut-être voir arriver un nouveau tako.
09:14Trump always chicken out.
09:15Et ça, ça serait peut-être, je dirais, une bonne nouvelle
09:18parce que ça serait peut-être un moyen de, au moins, temporiser
09:22et de désescalader un petit peu le conflit actuel.
09:25Oui, Benjamin Louvé.
09:26Merci beaucoup, Benjamin, de nous avoir répondu au FI Investa.
Commentaires

Recommandations